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L'illusion Palamède
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Heller The Killer
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 Message Posté le: Dim 07 Fév 2010 - 15:13    Sujet du message: L'illusion Palamède
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Oyez oyez, bientôt sur vos écrans (de PC), une nouvelle fan-fic !

Une histoire super cool qui aura pour nom "L'illusion Palamède", un titre bien pompeux qui ressemble à s'y méprendre à du Robert Ludlum, et en plus c'est fait d'exprès !

C'est l'histoire d'un alsacien, un certain Jacques Bauer, agent très très (très) spécial de la DGSE, qui va malgré lui être mêlé à une sombre affaire d'attentats et de complots de toutes sortes sur le territoire français ! Et forcément, l'avenir du monde libre va rapidement reposer entre ses mains ! Ça va être éééénaurme ! Mr. Green

Par contre, ça ne se passera pas en 24 heures. Crying or Very sad

Et non, pour deux raisons très simples, et surtout pour la 2ème :

1 - Ça ferait pas très crédible de faire tenir l'histoire en 1 journée... Mr. Green
2 - J'ai beau avoir une trame globale à peu près organisée, je serais bien infoutu de prévoir à l'avance un découpage en 24 parties... Sad (sauf si tout est écrit à l'avance, mais c'est plus très fun du coup... je préfère écrire petit à petit, quitte à me planter lamentablement Cool )


J'avais pensé au début faire ça en 24 mois, puis en 24 jours, mais comme je suis un total novice dans l'écriture je me suis vite rendu compte que c'était pas une bonne idée de me mettre de si grosses contraintes pour mon baptême du feu... Confused

Surtout qu'il y aura peut-être des flashbacks ! Shocked Laughing

Enfin bon, les fan-fics c'est fait pour élargir les horizons de toute façon, et mon objectif est quand même d'essayer de respecter ce qui fait l'essence de 24.

A part le temps réel... Shhh



Donc, si dans le futur vous vous ennuyez à un moment ou un autre, vous aurez bientôt la possibilité de passer le temps en suivant les tribulations de l'agent Jacques Bauer, de son supérieur Georges Masson, mais aussi de guests comme Thomas Govin, membre de la brigade des Sapeurs Pompiers de Paris. Mr. Green

A suivre... Wink



EDIT : titre du topic édité.
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Dernière édition par Heller The Killer le Mar 01 Juin 2010 - 2:17; édité 1 fois
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fodj
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 Message Posté le: Lun 15 Fév 2010 - 3:24    Sujet du message:
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Est ce que le fait que jacques bauer soit alsacien n'est qu'un hasard, ou y aura t il quelques références à l'Alsace dans l'histoire?
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Heller The Killer
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 Message Posté le: Lun 15 Fév 2010 - 3:38    Sujet du message:
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C'est d'abord et surtout parce que la quasi totalité des bauer de France sont alsaciens. Mr. Green

Mais pas que pour ça... surprise !
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 Message Posté le: Lun 15 Fév 2010 - 3:47    Sujet du message:
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D'ac'.

Etant alsacien, je vais suivre ça de près Mr. Green
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 Message Posté le: Mar 01 Juin 2010 - 1:40    Sujet du message:
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EPISODE 1 : « Ce dont tout le monde se doutait »




Un tir de plus dans le mille.

C'était devenu une routine, une formalité. Jacques Bauer savait y faire avec les armes, son entrainement et son expérience l'avait bien formé pour ce genre d'éventualités. La cible avait à peine dépassé le monticule de pierre qui lui servait de couverture qu'elle était déjà criblée de balles. Mais la partie n'était pas terminée. Les adversaires se faisaient de plus en plus belliqueux, presque suicidaires. Pour Jacques, c'était avant tout une question d'honneur que de sortir victorieux de cet affrontement. L'agent de la DGSE aligna un à un ces abrutis qui couraient vers une mort certaine, armés de ridicules poignards.
Il commençait cependant à perdre espoir face à ces kamikazes dénués de réflexion. Parfois sur le terrain le nombre l'emporte sur l'intellect. Et malgré l'aide de sa fille de 17 ans, qui était à ses côtés dans la bataille, les ennemis allaient sans nul doute prendre possession du lotissement.
Et en effet, un des terroristes avait réussi à les prendre à revers. Celui-ci s'approcha discrètement de Jacques et de sa fille, et fut en mesure de leur trancher la gorge, tout en arborant un sourire des plus sadiques.

C'est à ce moment que l'écran devint rouge et que les mots "game over" apparurent. Camille était habituée, à l'inverse de son père qui sursauta à la vue de son personnage, carotide à l'air.

« Ce jeu est stupide, s'indigna t-il, ce connard n'aurait jamais pu s'approcher comme ça en faisant si peu de bruit ! C'est complètement débile ! »
Le regard sévère, Jacques se leva et envoya valser la manette de la XBOX. Un bruit fracassant s'ensuivit.


Tessy Bauer faisait le ménage à l'étage quand le vacarme la fit sursauter. Elle descendit les escaliers quatre à quatre et débarqua en panique dans le salon, le balai à la main. L'expression affolée de sa fille, le vase éparpillé aux quatre coins de la pièce, et le regard de Jacques témoignaient de ce qui venait de se passer. Mon Dieu, ça recommence...

« Garde ton calme Jacques par pitié ! Tu vois pas que tu fais peur à Cam ?
- Oh, ça va, y a pas mort d'homme ! A part dans ce jeu ridicule bien sûr !
- Et tu crois que c'est une raison suffisante pour réagir comme ça ?
- Et pourquoi pas ? répliqua Bauer, à la fois désinvolte et méprisant.
- Ça peut plus continuer comme ça Jacques ! Depuis que tu es revenu, tu... »

Tessy marqua un silence gêné, puis se tourna vers sa fille.

« Cam, va te coucher.
- Mais maman, je...
- Dans ta chambre ! »

La jeune fille était en pleurs, mais elle s'exécuta. Avec insultes, claquements de porte, la totale. Cam dans ses grands jours, pensa Bauer cyniquement.

« Jacques, je commence à en avoir plein le cul de tes conneries ! lâcha Tessy, en proie à une colère immense. Tu as complètement changé, et tu refuses de me dire pourquoi ! Si tu veux remettre de l'ordre dans le bordel que t'as foutu, t'as pas trente-six solutions. Soit tu t'expliques, soit tu te barres !
- Parfait, ça me fera des vacances ! »
- Je ne me sens plus en sécurité avec toi. Et Cam non plus. Tu comprends ça ? »


Ce n'était pas une surprise, il le savait déjà. Mais le simple fait d'entendre sa femme le dire eut l'effet d'un éclat d'obus, tellement la douleur était intense. Il baissa les yeux, et reprit lentement ses esprits, tout en contemplant le morceau de vase qui gisait à ses pieds. Les images de ces derniers mois défilaient à toute allure dans son esprit, et la brûlure s'intensifiait. Jacques s'effondra sur le sofa.

« Pardonne-moi mon amour... »



______________________




Les décombres étaient encore fumants. Thomas Govin, lieutenant-colonel en charge du 3ème groupement d'incendie de la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris, contemplait la scène avec le plus grand désarroi. Certes, ils avaient finalement maîtrisé les flammes, mais à quel prix ! Dans le feu de l'action (d'habitude, il trouvait cette expression très drôle), il n'avait pas bénéficié du recul nécessaire pour apprécier pleinement l'ampleur de la catastrophe. Mais, après presque 24 heures de folie, il s'était écroulé sur un bout de matelas cramé qui gisait sur le bitume, en essayant tant bien que mal de mettre de l'ordre dans ses pensées. « Un putain de théâtre de guerre ! », fut tout ce qui lui vint à l'esprit. L'ancien légionnaire n'avait jamais vraiment oublié les images de l'Indochine (elles rejaillissaient d'ailleurs de temps en temps dans son sommeil), mais un tel spectacle en pleine métropole, c'était une première pour lui. Merde, sûrement pour tout le monde, pensa t-il en parcourant les environs désolées de son regard fatigué et poussiéreux...


Olivier Colombani n'en croyait pas ses yeux non plus. Mais contrairement à Govin, son travail ne faisait que commencer. Il n'avait pas couvert l'événement ces deux derniers jours, car son statut reconnu de journaliste d'investigation lui épargnait les tâches sans intérêt. En effet, dès le début de l'accident, le zèle de la police s'était exprimé de manière inhabituelle, avec un silence de plomb et un respect draconien du cordon de sécurité, lequel décrivait un ovale extrêmement large autour du site. Un black-out total, de sorte que les collègues de Colombani dépêchés sur les lieux n'avaient tout simplement rien à se mettre sous la dent, et devaient se contenter de paraphraser les déclarations laconiques du maire et du préfet. Le journaliste reprit l'article du jour, qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à celui de la veille :


Citation:
Le feu ravage la commune de Clichy


Dans la nuit de Mardi à Mercredi, un incendie de grande envergure s'est déclaré à Clichy-La-Garenne, dans les Hautes-Seines. La rapidité avec laquelle le feu s'est propagé a rendu l'évacuation des habitants difficiles, voire périlleuse et même impossible dans les endroits les plus sinistrés. On ignore pour le moment le nombre de victimes ainsi que l'étendue des dégâts matériels. D'après le préfet de police, l'incendie serait probablement d'origine accidentelle, même si la thèse criminelle n'est pas encore totalement mise de côté. Cependant, un grand site de transformation d'EDF-RTE se trouve à l'intérieur du cordon de sécurité, ce qui pourrait expliquer le caractère inhabituel de la catastrophe. Devant l'ampleur de la situation, la caserne communale a dû faire appel aux autres centres de secours de sa compagnie, à savoir les casernes de Saint-Ouen, Boursault et Montmartre. Puis, rapidement, ...



Colombani interrompit sa lecture. De toute façon, il avait déjà lu l'article plusieurs fois. « Quel incapable ce Muller, il remplit toujours ses papiers avec du vent ! », grommela t-il. Mais cette fois, on ne pouvait pas vraiment lui en vouloir, n'est ce pas ? Maintenant que le danger était écarté, la sécurité se relâchait, et son enquête pouvait enfin commencer. Son expérience lui indiquait qu'il y avait anguille sous roche, et il comptait bien connaître le fin mot de l'histoire.



______________________




« On en est absolument certain ? » demanda le président Grevy.


La réunion habituelle s'était transformée en cellule de crise pour la deuxième journée consécutive, et les nouvelles n'étaient pas bonnes. Les sept personnes assises autour de la table échangeaient les mêmes regards inquiets, bien que ceux-ci ne se manifestaient pas pour les mêmes raisons.


Roger Chatenet, ministre de l'intérieur, semblait dépassé par les évènements. Il avait été le premier à prendre la parole, afin de relater la discussion qu'il avait eu avec le préfet de police, et le constat était sans appel : jamais un incendie dans la métropole n'avait causé des pertes humaines et matérielles aussi importantes. Bien qu'il était impossible d'estimer avec précision le nombre de victimes, le bilan provisoire au niveau des dégâts matériels était catastrophique : de nombreux bâtiments résidentiels, industriels et commerciaux sinistrés, tout un secteur privé d'eau et d'électricité, et une voirie fortement compromise. La ligne de métro ne fut pas épargnée, puisque le trafic entre les stations Saint Denis-Université et Gabriel Péri était totalement interrompu.

Benoît Lamassoure, porte-parole du gouvernement, n'en menait pas large non plus. Mais lui pensait surtout aux élections présidentielles qui approchaient. La campagne battait son plein, et il était responsable de la réélection de Grevy. Depuis une dizaine d'heures, il se maudissait d'avoir accepté cette lourde tâche en plus de son poste actuel. Mais le président lui avait promis en échange un ministère dans son futur gouvernement, et sur le moment Lamassoure n'avait pas réfléchi plus de 3 secondes avant d'accepter.
Maintenant il voyait la fin prématurée de sa carrière se profiler à l'horizon. Charles De Bosca, le principal adversaire de Grevy, avait mené toute sa campagne sur le thème de l'insécurité, et il se pavanait déjà sur toutes les chaînes de télé, en accusant le président sortant de laxisme, de naïveté, et de plusieurs autres qualificatifs soigneusement préparés par Alain Mancel, l'homologue de Lamassoure dans le camp adverse.
De Bosca, fidèle à lui-même, clamait haut et fort que l'incendie était d'origine criminelle.

Et il avait raison.


« Monsieur le Président, murmura timidement le porte-parole, je suis vraiment désolé de changer de sujet, mais il faut absolument que nous évoquions au plus vite les conséquences de... »

Grevy stoppa net l'élan de Lamassoure en levant une main autoritaire, sans même détourner le regard sévère qu'il adressait à la personne en face de lui.

Et de tous les hommes présents dans la salle, Georges Masson, directeur général de la sécurité extérieure, était de loin le plus mal à l'aise. Il venait à l'instant d'apporter au gouvernement des informations extrêmement déplaisantes. Des informations que son service n'avait pas considéré prioritaires jusqu'à ces dernières heures, et qui s'avéraient maintenant capitales.

« Bon sang Georges, je vous ai posé une question ! reprit le président. Êtes-vous absolument certain de vos informations ? »

Masson releva la tête, et il confirma ce dont tout le monde se doutait :

« Monsieur le président, la DGSE est en mesure de confirmer que cet évènement n'est pas un accident, pas plus que l'œuvre de pyromanes désaxés. C'est un attentat. »

Il marqua une pause, le temps de reprendre sa respiration.

« Notre pays est victime d'une opération qui a été sciemment orchestrée par des éléments extérieurs. »



______________________




Olivier Colombani avait demandé à de nombreuses personnes où il pouvait trouver son vieil ami, mais dans le chaos qui continuait de régner, personne ne pouvait le renseigner. Après une demi-heure à arpenter les rues désolées, il finit par l'apercevoir. Le pauvre homme semblait perdu, exténué. Le visage couvert de cendres, il fixait un point dans le ciel enfumé.

« Hé, Tom ! » lança t-il, après s'être approché de lui en se frayant un chemin parmi les décombres.

Le lieutenant-colonel Govin ne réagit pas. Les voix qui résonnaient dans sa tête dataient de plusieurs heures. Des cris désespérés, des enfants cherchant leur mère, des femmes bloquées sous les débris, toutes sortes d'appels à l'aide, qui lui étaient destinés, mais qu'il n'avait pas pu satisfaire.

« Thomas ? Ça va ? »

Cette fois, le soldat du feu releva la tête, lentement, et jeta un regard furieux au journaliste.

« Ça va ? Tu te fous de moi ? Comment veux-tu que ça aille ? Qu'est ce qui s'est passé, c'est quoi ce bordel ?
- Tom, mon vieux, j'allais te poser la même question.
- J'en ai pas la moindre idée, à vrai dire, déclara Govin avec un ton à peine radouci. Tout ce que je sais, c'est que ce putain de feu s'est propagé à une vitesse folle, et qu'on a bien cru qu'une partie de la capitale allait y passer.
- Mais heureusement, la BSPP a fait un boulot impeccable, comme toujours.
- Ouais, va donc dire ça aux familles des victimes, elles seront sûrement ravies de l'apprendre. Merde, on était tous là, au grand complet ! Presque immédiatement après le début de l'incendie, l'ensemble de la 9ème compagnie était sur le pied de guerre, mais ça ne suffisait pas. Les autres compagnies sont arrivées peu à peu, et au bout de 5 heures, tout le 1er groupement combattait. Mais ça ne suffisait toujours pas, et le 2nd a dû aussi se joindre à la fête. Mon groupement a été le dernier à rappliquer, et ça fait un jour qu'on est là. Putain, c'est bien la première fois que j'emmène les gars si loin de notre secteur. Je vais te dire un truc, c'est pas le moment qu'un feu se déclare dans l'est de Paname, y a presque plus personne là-bas.
- Je ne me souviens pas avoir déjà vu un incendie de cette ampleur dans le coin, réfléchit Colombani. Tu es d'accord avec la version officielle toi ?
- Celle qui dit que c'est probablement un accident ? ricana Govin avec épuisement. Tu parles, je vais te dire un truc, mais ça reste entre nous, ok ? Ici, on est tous convaincu que ce bordel a été sciemment orchestré. Le feu semble s'être déclaré à plusieurs endroits simultanément, et la vitesse de propagation, l'intensité... non, j'en ai vu des incendies, et celui-ci, c'est un putain de crime, ça fait pas un pli. On a tout de suite prévenu le préfet, mais pour l'instant, tout le monde est tenu au silence.
- J'imagine que ça vaut mieux comme ça.
- Ça c'est clair, pas besoin d'ajouter des citoyens paranos à l'équation dans l'immédiat. En tout cas, pas avant qu'ils éclaircissent ce foutoir. » baragouina le pompier tout en baillant.

Colombani sortit son carnet et son stylo, et commença à poser sur le papier les premiers éléments concrets de son futur article. Il ressentait une grande tristesse pour son ami. Cette armoire à glace au visage taillé dans la pierre était méconnaissable. Dans ses yeux habituellement froids et impassibles se lisait un mélange confus de colère, d'impuissance et de fatigue, auxquels s'ajoutait une sorte de désespoir à la fois incrédule et résigné.

« Tom, tu devrais rentrer chez toi et te reposer.
- Ouais... j'imagine que tu as raison... Je vais aller rédiger mon debrief, et je vais réintégrer mon plumard. Avec un peu de chance, Marlène sera peut-être encore à la maison. »

Le lieutenant-colonel prit une grande inspiration, accepta la main tendue et réussit tant bien que mal à se hisser sur ses jambes branlantes. Puis il jeta un dernier regard dépité autour de lui.

« Tu n'y es pour rien Tom, répéta le journaliste. Tu as fais tout ce qui était en ton pouvoir, et je suis persuadé que tu as fais un sacré bon boulot.
- Ouais... C'est ça... Du super boulot... », répondit Govin en se retournant, refusant de croire à ce qu'il venait de dire.


Colombani, immobile, regarda son ami s'éloigner. Il se remit petit à petit à réfléchir à son article. Les deux hommes se connaissaient assez pour ne pas avoir besoin d'exprimer l'évidence. Colombani était connu pour sa déontologie et le respect qu'il manifestait envers ses sources, et il avait une grande dette envers son ami. Il attendrait donc avant de dévoiler ce qu'il venait d'apprendre. En contrepartie, si dans l'intervalle le bruit s'ébruitait, il obtiendrait une exclusivité avec le patron de Govin, ainsi qu'un accès généreux aux rapports de la brigade.

De toute façon, pensa Colombani, il n'avait pas encore matière à rédiger un article de qualité, loin de là. Mais il était de plus en plus persuadé qu'il s'agissait d'un évènement majeur.

Oui, aucun doute, il était sur un gros coup.



______________________




Ibrahim Qati était satisfait. Tout s'était déroulé à la perfection. Son plan avait fait l'objet d'une réflexion intense ces derniers mois, et d'une préparation harassante ces derniers jours. Il avait désormais quelques heures pour se reposer et savourer sa réussite. Le Pakistanais était allongé devant la télévision, dans une pièce sombre et minuscule où filtrait à peine la lumière du jour. La plupart des chaînes diffusaient une édition spéciale : il était partout question d'un incendie dévastateur qui avait ravagé la commune française de Clichy-La-Garenne. Le terroriste jubilait à l'idée que la France entière était scotchée devant leurs journaux d'informations à grand spectacle, c'était pour lui une satisfaction qui dépassait toutes les attentes. Plutôt que d'analyser les causes du sinistre, d'investir leur temps dans des enquêtes sérieuses, ces abrutis préféraient se contenter de donner la parole à des enfants déboussolés, des parents effrayés d'avoir perdu leurs gosses, des vieux qui criaient leur désespoir de voir leurs toits et leurs souvenirs détruits... Bref, les médias de ce pays d'infidèles avaient choisi de donner de l'émotion, des sensations, du spectacle, ils se démenaient pour offrir au monde entier des images de citoyens français apeurés, et Ibrahim Qati se délectait de voir ces mécréants participer à son propre grand dessein.

Il se tourna vers l'homme qui se tenait debout devant la porte.

« Tu vois Haji, je te l'avais dis, ces idiots vont nous aider. Leur système est tellement corrompu qu'il va lui-même participer à sa propre chute. »

Sans attendre de réponse, le Pakistanais comblé déroula son sajada sur le sol, et entama sa 5ème et dernière salât de la journée.

Oui, vraiment, tout s'était déroulé à la perfection.




Du moins pour le moment...



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 Message Posté le: Mar 01 Juin 2010 - 2:38    Sujet du message:
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Au dernier moment, j'ai décidé de garder le gros cliff que je voulais mettre pour l'épisode suivant... Mr.
Green

J'espère que vous allez aimer néanmoins. Wink
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fodj
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 Message Posté le: Mar 01 Juin 2010 - 19:59    Sujet du message:
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Comme promis plus haut, j'ai lu ce premier épisode et c'est vraiment très sympa à lire.
J'aime bien et la suite m'intrigue, je serais donc là pour lire la suite, continue comme ça Wink
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 Message Posté le: Ven 04 Juin 2010 - 0:26    Sujet du message:
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Merci fodj. Smile
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 Message Posté le: Jeu 05 Aoû 2010 - 16:49    Sujet du message:
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super j'ai hate de lire la suite
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 Message Posté le: Jeu 05 Aoû 2010 - 22:23    Sujet du message:
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C'est très passionnant, j'attends également la suite avec impatience !
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 Message Posté le: Ven 06 Aoû 2010 - 17:47    Sujet du message:
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Merci à vous.

J'ai énormément de mal écrire l'histoire que j'ai en tête. J'ai jeté plusieurs fois les épisodes suivants, car malgré une intrigue globale bien en tête, je ne parviens pas à gérer la dose d'éléments dévoilés, ni l'équilibre entre les différents personnages, lieux, situations etc...

Un exemple con : faire intervenir un nouveau personnage pour densifier une situation, puis le jeter après parce qu'il ne sert plus à rien... A part les personnages centraux, pivots, pour lesquels je n'ai pas trop de problèmes, je me heurte régulièrement à des murs quend il s'agit des autres...

Mais je ne suis pas étonné. Je me suis lancé là-dedans avec zéro idée des difficultés, mais en me disant qu'elles seraient certainement beaucoup plus importantes que ce que je m'imaginais. C'est le cas.

Et puis, j'ai subis une mutation professionnelle qui a un peu foutu en l'air toute ma vie et mes habitudes, et j'ai clairement (mais momentanément) laissé tombé cette histoire... Il y a des priorités dans la vie. Laughing

Mais Jacques aura droit à son histoire, je vous le promets ! Maintenant que je suis un peu installé dans ma nouvelle vie, que j'ai pris mes repères, je vais me réinvestir...

Content en tout cas qu'il y ait des gens qui soient intéressés dès l'intro. Merci encore d'avoir pris le temps de lire du travail d'amateur. Mr. Green
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 Message Posté le: Lun 09 Aoû 2010 - 2:21    Sujet du message:
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J'avoue que ton style est très particulier de par son éclecticité. On commence dans le registre parodique comme ton premier post nous l'avait fait entrevoir avant de rentrer dans un registre pathétique. Mais après tout pourquoi pas? Tu expérimentes peut-être un nouveau genre? Le premier paragraphe de ta fanfiction ne nous laisse pas non plus indifférents. Tu commences par nous décrire une scène d'action issue d'un jeu vidéo tout en nous faisant croire qu'il s'agit d'une scène d'action banale. Là encore tu nous étonnes et nous surprends et je pense que le début de cette fanfiction restera à jamais gravé dans nos mémoires et je pense même que c'était précisément voulu. On peut même voire dans ce début de fanfiction une parodie du début de la saison 1 de la série 24 tant les similitudes sont nombreuses : Jacques Bauer et sa fille jouent aux jeux vidéo/ Jack Bauer et Kim Bauer jouent aux échecs, La fille de Jacques Bauer va se coucher sur ordre de sa mère/ Kim Bauer va se coucher sur ordre de son père, Camille Bauer insulte sa mère et lui claque la porte / Kim Bauer insulte sa mère avant d’aller se coucher, La femme de Jacques Bauer s’appelle Tessy/ La femme de Jack Bauer s’appelle Téri, Des problèmes au sein des deux couples Bauer… Après cette scène parodique, nous rentrons dans le vif du sujet de ta fanfiction qui devient alors là très sérieuse. Tu commences avec le portrait d’un certain Thomas Govin que j’ai beaucoup aimé. Tu nous dévoiles les pensées les plus intérieures du personnage, son passé de légionnaire en Indochine, ses états d’âme, son étonnement face à une catastrophe inattendue. De ce personnage nous allons passer à un autre dont le nom n’est pas l’un des moins connus si je puis dire. Il s’agit bien sûr du journaliste Olivier Colombani (un lien avec Jean Marie Colombani ?). J’ai aussi beaucoup aimé ta phrase de transition, à savoir : « Olivier Colombani n'en croyait pas ses yeux non plus. Mais contrairement à Govin, son travail ne faisait que commencer ». Là ou le travail du sapeur pompier s’arrête commence celui du journaliste. Le premier risquant sa vie pour empêcher le pire sans être pour autant reconnu et le deuxième au contraire ne risquant pas sa peau et qui pourtant recevra sans aucun doute les lauriers du monde médiatique pour avoir couvert l’événement. On peut même voir dans ce passage de ta fanfiction une critique acerbe des médias que tu compares à des vautours, qui si ils le pouvaient n’hésiteraient pas à profiter des pires catastrophes pour un peu de gloire, ce qu’on pourrait résumer par ce proverbe : le malheur des uns peut parfois faire le bonheur des autres : « les collègues de Colombani dépêchés sur les lieux n'avaient tout simplement rien à se mettre sous la dent ». La deuxième critique de ta fanfiction consiste à dénoncer tout le blabla médiatique qui ne sert qu’à faire couler de l’encre mais qui n’a pas en vérité une réelle importance si ce n’est celle de faire vendre du papier au plus grand nombre : « Le journaliste reprit l'article du jour, qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à celui de la veille », « Quel incapable ce Muller, il remplit toujours ses papiers avec du vent ! », « et ils devaient se contenter de paraphraser les déclarations laconiques du maire et du préfet ». Colombani, contrairement à ce que son statut pourrait laisser envisager, semble vouloir connaître la vérité plus que de manipuler ses lecteurs avec « du vent ». Et par ce fait, ce journaliste se différencie de « ses collègues » et du certain « Muller ». Je pense même qu’Olivier Colombani occupera une place très importante dans la suite de ton écriture et il sera probablement l’un des personnages principaux de cette fanfiction de par sa quête de curiosité. Par la suite, tu noues un lien d’amitié entre les deux personnages. Et nous nous apercevons alors de la loyauté et de l’honnêteté d’Olivier Colombani à l’égard de Thomas Govin. Pour faire une comparaison avec la série 24, on pourrait dire que Colombani est à l'opposé du caractère égocentrique du journaliste Ron Wieland. Car contrairement à ce dernier Colombani est prêt à ne pas divulguer l'information comme quoi l'incendie de Clichy-La Garenne est d'origine terroriste, à condition d'obtenir une exclusivité avec le patron de Govin, par respect pour ce dernier. Alors que Ron Wieland refuse cette même proposition faite par Sherry Palmer en salle de détention. Tu as choisi une autre référence de la série 24 en la personne du directeur général de la sécurité intérieure Georges Masson, ce dernier nous rappelant le directeur de la CTU George Mason succédant à Jack Bauer dans la série. J'attends le prochain épisode pour en savoir plus sur le complot terroriste dont nous connaissons déjà deux noms : Ibrahim Qati et un certain Haji.
ps: L'idée de partir du principe que la thèse officielle nie toute implication terroriste alors que petit à petit toute la ville se rend bien compte, de par les rumeurs et le bouche à oreillles, qu'il s'agit d'un attentat sans pour autant avoir de preuves est ingénieuse et me fait un peu penser à l'intuition non prouvée qu'ont Michelle Dessler et Jack Bauer à propos de l'enregistrement de Chypre lors de la saison 2 même si j'admets qu'au premier abord il n'y a aucun rapport entre les deux.
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 Message Posté le: Mar 10 Aoû 2010 - 2:34    Sujet du message:
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Merci pour ton commentaire "fleuve" dr house, autant de mots écrits pour mon 1er zod, ça fait plaisir. Wink

Je vois que tu as bien analysé les différents passages, c'est chouette.

Et oui, je souhaite varier les plaisirs. Coller du débile sur du dramatique, du décalé sur du tragique... un objectif comme un autre... Mr. Green

En espérant juste que quand tu parles de registre "pathétique" tu te trompes de mot... Crying or Very
sad Laughing

Même si du pathétique, il y en aura dans le prochain... mais pas dans le sens que tu conçois je pense... (j'espère...)
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 Message Posté le: Mar 10 Aoû 2010 - 3:05    Sujet du message:
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EPISODE 2 : « La plus belle vue de tout Paris »




Sylvain Cassan revenait des Émirats Arabes Unis, où il avait passé ses journées à négocier de juteux contrats, et ses soirées à profiter de putes indonésiennes bon marché. Il arborait le sourire d'un homme comblé.

« Dubaï, c'est la meilleure ville où j'ai jamais mis les pieds, tout est dans l'extrême le plus total là bas ! Tiens, par exemple, chez eux, il fait 50°C minimum, mais ces barjots ont eu l'idée de faire une piste de ski intérieure. Elle fait 80 mètres de hauteur ! Ça leur a pris un mois entier pour faire refroidir l'entrepôt, malgré des murs d'un mètre de large... T'imagines le truc de ouf ? Trop des barrés ces types ! Ça c'est de l'entrepreneurship ! »

Eugène Duffay était béa d'admiration. Son ami avait gravi les échelons de la société à une allure sidérante, alors que lui était toujours coincé dans le même bureau, tous les jours de la semaine, depuis 9 ans. Ils étaient pourtant issus de la même promotion, avaient postulé ensemble pour le même poste, mais le bagout inné de Sylvain, son incroyable sens de la répartie, et sa compréhension naturelle des faiblesses de la nature humaine l'avaient rapidement parachuté dans les plus hautes sphères de la compagnie. Car chez Morgan, Stanley & Smith, on appâtait davantage le client avec de belles phrases qu'avec des prestations de qualité.

Marlène Govin écoutait la conversation d'une oreille distraite et amusée. Elle connaissait Eugène et Sylvain depuis 6 ans. Elle s'était petit à petit attaché à ces grands enfants, et elle en avait bien besoin. Ses 15 années passées à occuper un poste de juriste grassement payé au service de cette entreprise sans âme ni scrupules avaient peu à peu eu raison de son enthousiasme et de sa joie de vivre, et le coup de fil qu'elle avait reçu à 5 heures du matin n'était qu'un exemple parmi d'autres de cette vie qui ne l'intéressait plus. « Global China Group Holdings invoque la loi de son pays pour ne pas nous rembourser ! » avait crié son patron dans le combiné, sans même un « bonjour », sans même un « comment allez-vous Marlène ? ». Complètement endormie, elle n'avait pas eu la présence d'esprit de protester, et s'était contentée d'écouter les hurlements pendant 2 minutes, suivis immédiatement du bip signifiant que la conversation était terminée, et qu'elle n'avait pas d'autre choix que de se rendre au plus vite sur les lieux. Résignée, elle se leva et fila sous la douche. Sept minutes plus tard, sans rien avaler, elle était déjà dehors, priant pour arriver à temps à la station Chevaleret du metro 6. Au bout de 30 secondes de course à perdre haleine, elle se souvint que le 1er metro en direction de Charles De Gaule Étoile ne passait qu'à 5h38. Après 5 secondes de réflexion, immobile et désabusée, elle se rua vers sa voiture en parcourant le même chemin en sens inverse. Heureusement, il n'y avait pas encore trop de monde sur la route, et son job avait fait d'elle une experte en conduite « parisienne ». Après avoir grillé un feu rouge, emprunté 2 voies de bus et un petit sens interdit, elle entra dans le parking souterrain de Morgan, Stanley & Smith et se gara immédiatement sur une des places les plus proches, celle où il était noté en gros sur une plaque en marbre : « Maître Govin ». Elle sortit de sa Maserati et se rua vers l'ascenseur. Après 20 secondes, celui-ci ouvrit ses portes et Marlène s'engouffra en se jetant frénétiquement sur le bouton de son étage...

Pendant ce court moment de répit, elle remercia Dieu ne pas avoir mis de forces de l'ordre sur sa route. Non pas qu'elle craignait les amendes. Mais le temps perdu, oui. Les prunes, elles auraient de toute façon été réglées par l'Entreprise. Le temps perdu, lui, n'était jamais récupéré, et pouvait mener à des désastres. Avec les milliards d'Euros quotidiennement en jeu chez Morgan, Stanley & Smith, 5 minutes de temps de travail de maître Govin valaient largement plus que 100 euros d'amendes par les poulets du coin. Le prêt accordé à la firme chinoise était substantiel, et les intérêts, même si très concurrentiels, allaient engendrer des bénéfices majeurs pour l'Entreprise. Mais Marlène, qui était en charge du dossier le plus incendiaire de l'année, maudissait son job. Elle maudissait ce foutu parking, ce foutu ascenseur, ce foutu patron qui n'était au final qu'un pion de plus, et surtout cette foutue boîte de requins, qu'elle avait intégré pleine de bonnes intentions naïves, et qui s'était, au fil du temps, révélée comme un repère de serpents avides de dividendes, et insensibles à toute vie humaine... Au début, elle s'était faite une raison : c'était « le jeu ».

Mais aujourd'hui, elle maudissait ce qu'était devenue sa vie.

Au sein de l'Entreprise, les seuls, rares moments qu'elle appréciait, étaient ceux où elle écoutait les discussions animées et sans fin de ses 2 amis, Sylvain et Eugène. Le premier revenait des EAU, et allait certainement passer la matinée à raconter ses exploits. Dans le bureau qu'ils partageaient tous les trois, ils échangeaient souvent de bons moments, à l'insu de la direction, pour laquelle le côté « humain » de l'Entreprise avait depuis longtemps été officiellement proscrit. Pour eux, une paye substantielle pouvait annihiler toute « humanité ». Et Dieu sait si de nombreux financiers s'étaient accommodés de cette contrainte, car pour gagner 8 fois plus que ce que gagnait leurs voisins, « on pouvait bien faire des sacrifices »...

Perdue dans ses macabres pensées, Marlène n'avait pas remarqué qu'elle était déjà arrivée à destination. Les portes de l'ascenseur s'ouvraient sur son lieu de travail. Elle était enfin arrivée à destination : le 55ème étage de la Tour Montparnasse.

Il était 5h20 quand Marlène montra sa tête à travers la porte du bureau. Eugène fut tout content de la voir arriver.

« Salut Marlène ! J'imagine que tu viens pour la même raison que moi !
- GCGH, j'imagine...
- Et bien, t'en a mis du temps, t'as pris une douche ou quoi avant de venir ? », fit Eugène avec un grand sourire.
La remarque faisait juste office de conversation, Eugène n'était pas quelqu'un de méchant, mais c'était exactement le genre de remarques que Marlène ne pouvait plus supporter. Le genre de remarque qui avait été inséré dans la cervelle d'Eugène dès son arrivée. Fraichement sorti de l'école, sans expérience professionnelle, mais prodigieusement doué avec les chiffres, l'Entreprise l'avait immédiatement recruté, avec une offre 2 fois plus intéressante que les autres entreprises, et comme tout frais diplômé, Eugène n'avait pas eu besoin de réfléchir longtemps... Il avait intégré Morgan, Stanley & Smith les yeux plein d'étoiles, avec plein de belles promesses. Promesses qui ne s 'étaient jamais concrétisées... Car, bien qu'il n'en avait pas conscience, l'empathie profonde qu'il ressentait pour son prochain lui avait interdit la voie du poste de financier d'affaires... Celui qui représentait le Saint-Graal, désiré plus que tout par n'importe quel homme de finances, synonyme de voyage à travers le monde, de vie faste, tous frais payés, et en plus, de paye exorbitante. Celui qui était capable de multiplier le chiffre d'affaires par 1,20 avec l'obtention d'une seule signature sur un bout de papier...

C'était l'exploit qu'avait accompli Sylvain Cassan aux EAU.

« Ce n'est pas grave », se disait régulièrement Eugène, « je gagne déjà bien plus que la majorité des gens que je connais, donc j'ai réussi ma vie... »

L'expérience qu'avait acquise Marlène n'avait bien entendu rien de si naïf. Elle ne savait pas si elle connaissait tous les tenants et aboutissants d'un conglomérat aussi tentaculaire, mais l'image qu'elle pouvait en esquisser lui suffisait amplement. Résignée, elle s'assit malgré tout à son bureau, et se transforma en Maître Govin, avocate experte en droit international, spécialisée dans les affaires commerciales sensibles, professionnelle et consciencieuse, dévouée corps et âme au bien-être, ou plutôt aux profits sans limites, de Morgan, Stanley & Smith. Devant elle, les immenses classeurs avaient déjà été mis à sa disposition. Les stagiaires n'avaient aucune idée du problème, mais ils ne voulaient pas commettre d'oublis susceptibles de compromettre leur carrière, qui n'avait pas encore débutée. Ils avaient donc rassemblé sur le bureau de Govin l'ensemble des dossiers susceptibles de l'intéresser, à savoir, tout le droit commercial et financier de France et d'Europe, ainsi que la totalité des textes connus de la loi chinoise. La plupart de ces textes étaient en Gǔwén, un des innombrables langages écrits de Chine.

Marlène Govin était engagée pour une semaine d'enfer, à trouver dans cet océan illimité de textes, la phrase précise qui allait contraindre les Chinois à payer ce qu'ils devaient à l'Entreprise. Elle ouvrit le premier classeur en soupirant...



______________________




Dans la maison alsacienne de la famille Bauer, les tensions s'étaient évanouies en même temps que Jacques. Tessy, effrayée, tenait dans les bras le corps frêle de son mari qui reprenait peu à peu conscience, envahi par de profonds sanglots qui résonnaient dans la pièce comme ceux d'un fantôme macabre annonçant la fin des temps. Elle était pétrifiée, mais souhaitait par dessus tout le réconforter, et se garda bien de demander ce qui pouvait avoir mis Jacques dans cet état.

A ce moment, elle pris la décision d'encaisser, d'être le pilier sur lequel sa famille qui partait en décrépitude pourrait se raccrocher... puisqu'à l'évidence, Jacques ne pouvait plus tenir ce rôle. Mais en son fort intérieur, elle ne pouvait s'empêcher de poser cette question qui lui brûlait les lèvres : « Qu'est ce qui a bien pu lui arriver de si terrible lors de cette foutue mission ? »

La seule chose qu'elle savait, la seule chose qu'elle avait réussi à obtenir de son mari, c'est qu'il avait été envoyé au Pakistan. Mais cela ne répondait en rien au flou qui envahissait son esprit...



______________________




Il était tard. Beaucoup trop tard. D'ailleurs, qu'il s'agissait du soir, ou du matin, c'était trop tard. Thomas Govin n'en pouvait plus. Sa fatigue lui avait fait perdre toute notion du temps. Et de l'espace également. Surpris d'apercevoir sa maison si tôt, il avait bifurqué d'un coup sec, et son plan de rosiers avait été massacré par les roues de sa 206. Par chance, il parvint, dans un élan de lucidité, à braquer et à freiner afin d'éviter un crash contre le mur de son salon. Il ne comprenait pas grand chose. Mais une fois la voiture finalement arrêtée, il eut un instant de lucidité, provoqué par l'afflux d'adrénaline pénétrant son cerveau. Il en profita pour remercier le ciel de n'avoir démoli que la petite cabane en bois qu'avait confectionné le fils de son voisin sur la délimitation des deux terrains.

Heureux d'avoir évité le pire, Govin jeta un coup d'œil autour de lui, et s'aperçut que la voiture de sa femme n'était pas là. Avec le peu d'énergie qui lui restait, il ouvrit sa portière tout en fulminant contre le patron de Marlène. La voiture avait terminé sa course dans le fossé entre les deux terrains. Elle était en travers, tête en bas, mais ça, Govin ne l'avait pas encore compris. Il tomba face contre terre, surpris de constater que le sol était « penché ». Étendu dans l'herbe, il se reprocha un instant la déchéance à laquelle il en était arrivé, mais l'immense fatigue qu'il ressentait depuis plus de 24 heures finit par avoir raison de lui, et avant qu'il puisse réagir, il fut envahi d'un sommeil profond, et s'endormit à poings fermés, dans le fossé, à côté de sa voiture en partie démolie...



______________________




« Marlène, café ? »

« Bien sûr, café ! » prononça intérieurement la juriste, alors plongée au fin fond d'un obscur arrêté chinois, ajouté à l'improviste suite à la possibilité qu'un pays musulman puisse prochainement intégrer l'Europe... « Le café... », les seuls moments de la journée où il n'était pas question de boulot... L'accalmie qu'aucun dossier ne pouvait sacrifier... Entre les trois compères, c'était la règle. « Café... Sacré ! ». Ils rigolaient bien en racontant que la direction serait certainement furax qu'une affaire de plusieurs millions soit retardée de 5 minuscules minutes par un pauvre petit café. Encore qu'avec Sylvain qui revenait de ses aventures, celui-ci serait probablement consacré aux magnifiques contrats qu'il avait obtenu. A moins qu'il évoque ses conquêtes peu orthodoxes d'un soir, ce qui, à défaut de discussions intéressantes, serait déjà plus reposant que ces histoires de signatures juteuses...

« Merde, la cafetière est vide... » prononça Eugène. Surpris par ce langage, les deux autres le dévisagèrent, amusés. Eugène, confus par tant d'audace verbale, se reprit :
« Euh... Je vais la remplir, à tout de suite.
- A tout de suite ! » s'exclamèrent Sylvain et Marlène, en cœur, hilares devant le spectacle de leur ami tout embarrassé courant chercher de l'eau.

Ils se tenaient tous deux face à la vitre donnant sur le nord-ouest de Paris, avec une vue imprenable sur la capitale. D'habitude, c'était un spectacle magnifique, mais depuis 2 jours, d'énormes nuages de fumée s'élevaient, lentement, au loin, assombrissant complètement le tableau et lui donnant presque un air de fin du monde... Les 2 amis contemplaient le triste spectacle, immobiles, sans un mot. La juriste eut une pensée pour son mari, et se promit de l'appeler avant la fin de la matinée.
« Tu sais qu'il est impossible de se suicider ici ? Demanda soudainement Sylvain.
- Je sais que les vitres sont incassables, si c'est ce que tu veux dire, répondit Marlène, étonnée. Mais je sais qu'au moins 6 personnes se sont jetées depuis la coursive du 58ème étage. »
Sylvain Cassan, surpris et contrarié par cette réponse, décida d'embrayer sur autre chose.
« Tu sais ce qu'on dit de la vue qu'on a de Paris, d'ici ?
- Non, je ne sais pas, répondit Marlène en s'éloignant pour savoir ce qui prenait tant de temps à Eugène.
- On dit que c'est la plus belle de tout Paris, et tu sais pourquoi ? Continua Cassan, faisant l'idiot, le nez contre la fenêtre.
- Non, je ne sais pas, continua t-elle d'une voix lasse.
- Parce que c'est le seul endroit dans tout Paris d'où on ne voit pas la tour Montparnasse ! » s'esclaffa Sylvain d'un rire tonitruant.

Il ne pouvait bien sûr pas le savoir, mais cette boutade était sa dernière. Un souffle gigantesque envahit l'étage, les vitres se brisèrent en mille morceaux, et Sylvain Cassan, collé à la fenêtre qui disparaissait sous ses yeux, fut transpercé par l'explosion phénoménale qui venait de se produire. Il fut projeté au dehors de l'édifice, à 198 mètres au dessus du sol, la chair broyée par les débris propulsés dans toutes les directions, et Marlène eut tout juste le temps de contempler l'incompréhension profonde et la détresse totale qui transpirait de son visage lacéré, qui disparut bien vite de son champ de vision. Complètement sous le choc, affolée, elle se rendit finalement compte qu'elle aussi était tailladée de toutes parts, sa jambe gauche était pliée à l'envers, et les muscles de ses deux bras déchiquetés étaient à vif, couverts de débris de toutes sortes, et de poussières qui s'inséraient sournoisement dans sa chair en l'espace de fractions de secondes. C'est alors qu'elle prit conscience de la douleur intense qui parcourait son corps, et elle cria, elle cria de toutes ses forces. Elle ne savait pas ce qu'elle criait, mais c'était sa seule façon de résister. Elle n'en avait pas vraiment conscience, mais elle hurlait « Eugène ! ». A tue-tête, tel un animal enragé, elle rugissait le nom de la seule personne susceptible de la sauver.

Mais sa souffrance ne dura pas longtemps. Les éléments de l'immeuble s'effritaient, et sept secondes après l'explosion, plusieurs poutrelles de 200 kilos s'effondrèrent sur son corps.

Les hurlements cessèrent immédiatement.



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 Message Posté le: Jeu 12 Aoû 2010 - 0:56    Sujet du message:
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dr house, histoire de te répondre un peu mieux :

dr house a écrit:
Le premier paragraphe de ta fanfiction ne nous laisse pas non plus indifférents. Tu commences par nous décrire une scène d'action issue d'un jeu vidéo tout en nous faisant croire qu'il s'agit d'une scène d'action banale. Là encore tu nous étonnes et nous surprends et je pense que le début de cette fanfiction restera à jamais gravé dans nos mémoires et je pense même que c'était précisément voulu.

Surprendre, oui, c'était voulu. Rester gravé dans les mémoires, je n'ai pas cette prétention... Laughing

Cependant, il y avait un indice à la 4ème ligne : "Mais la partie n'était pas terminée." Mr. Green

Citation:
Après cette scène parodique, nous rentrons dans le vif du sujet de ta fanfiction qui devient alors là très sérieuse.

C'est vrai que c'est pas très drôle après... Laughing
Mais dans la scène de la famille Bauer, mon objectif n'était pas de faire quelque chose de parodique. Hormis l'intro un peu décalée, le but était quand même de présenter un Jacques torturé, transformé par certains évènements qu'il a subi les mois précédant le début de la fic...

Citation:
Tu commences avec le portrait d’un certain Thomas Govin que j’ai beaucoup aimé.

Chouette. Smile

Citation:
De ce personnage nous allons passer à un autre dont le nom n’est pas l’un des moins connus si je puis dire. Il s’agit bien sûr du journaliste Olivier Colombani (un lien avec Jean Marie Colombani ?)

Pas de lien, si ce n'est que pour choisir le nom des personnages, pour ne pas me casser la tête, je vais sur wiki prendre le nom de 2 ou 3 gars qui ont eu la même profession, puis je choisis un prénom, et un nom... J'ai fais la même chose pour les politiques par exemple. Grevy, Chatenet, Lamassoure, ce sont des noms de personnes ayant occupé les mêmes postes (plus ou moins). J'ai juste pris un autre prénom, celui d'un prédécesseur ou d'un successeur. En général, pas vraiment de signification particulière, sauf pour Bauer, Masson, et aussi Thomas Govin, qui sont directement inspirées des séries (Tommy Gavin dans Rescue Me...)

Citation:
J’ai aussi beaucoup aimé ta phrase de transition, à savoir : « Olivier Colombani n'en croyait pas ses yeux non plus. Mais contrairement à Govin, son travail ne faisait que commencer ». Là ou le travail du sapeur pompier s’arrête commence celui du journaliste. Le premier risquant sa vie pour empêcher le pire sans être pour autant reconnu et le deuxième au contraire ne risquant pas sa peau et qui pourtant recevra sans aucun doute les lauriers du monde médiatique pour avoir couvert l’événement.

Je ne suis pas allé aussi loin dans l'analyse, mais tant mieux si ça t'évoque ça, c'est plutôt pas mal. Laughing


Et pour conclure sur les médias, oui, tu as bien compris, je méprise nos grands médias nationaux, qui ont offert à la France la magnifique place de 43ème dans le classement de la liberté de la presse de Reporters Sans Frontières. Derrière la Lettonie, le Japon, la Ghana, Chypre, l'Uruguay, le Costa-Rica, j'en passe et des meilleurs... et des pires... Les "merdias" français, j'ai pas fini de leur taper sur la gueule ! Laughing

C'est ça qu'est bon avec l'écriture de fictions, tu peux t'en prendre à qui tu veux, c'est assez plaisant. Mr.
Green

D'ailleurs, dans le zod 2, je me suis fais une nouvelle victime. Je prends mon pied ! Cool


Merci encore pour tes commentaires, et j'espère que la suite continuera de t'intéresser. Wink[/quote]
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