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Fan-fiction de Mr. Jack S4: Opération Sombres Soleils
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Etes-vous satisfait de l'évolution de ma fan-fiction au fil des saisons ?
Oui (en partie parce que ca se rapproche plus d'un roman désormais)
71%
 71%  [ 5 ]
Non (en partie car ça s'éloigne de la fan-fiction et de l'univers de la série)
0%
 0%  [ 0 ]
A moitié, car certains points peuvent rebuter, comme la longueur des épisodes par ex.
14%
 14%  [ 1 ]
Peu importe, je m'y suis habitué et je n'y prête pas attention
14%
 14%  [ 1 ]
Total des votes : 7

Auteur Message
Mr. Jack
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 Message Posté le: Mer 23 Juil 2008 - 2:12    Sujet du message:
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L'épisode 2 devrait être terminé dans peu de temps, peut-être demain.

J'avais quasiment tout écrit il y a une semaine mais j'ai pas eu le temps de poursuivre depuis, et je m'y remets demain Wink

J'attends toujours autant vos avis, et j'espère qu'il y a d'autres lecteurs assidus hormis Didouche (d'ailleurs merci de me suivre depuis le début) Smile

Puis je sais qu'il y a moins de monde en raison des vacances, mais n'hésitez pas à voter au sondage Wink
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Mr. Jack
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 Message Posté le: Sam 26 Juil 2008 - 20:10    Sujet du message:
Répondre en citant

L'épisode 2 est achevé, mais il me reste à le relire et je ne suis pas là jusqu'à demain soir donc je posterais à mon retour Wink

Il y a souvent quelques fautes qui peuvent paraitre anodines pour certaines, mais parfois, il arrive que cela entrave la compréhension de la phrase, et je ne tiens pas à ce que ça arrive, je préfère livré l'épisode 100% bouclé.

Petite phrase teaser: Laughing

Le compteur indiquait près de 130 km/h alors que Jack sillonnait la 14ème rue, à sens unique, sur deux voies doubles séparées par un mur de palmiers.

- " La route est barrée à 800m, ils tournent un de ces foutu film de la FOX sur un agent antiterroriste ! ", indiqua Radford dont les mots étaient voilés par le vent



Mr. Green
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Mr. Jack
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 Message Posté le: Lun 28 Juil 2008 - 2:50    Sujet du message:
Répondre en citant

Comme promis, l'épisode 2 de cette saison Opération Sombres Soleils.

L'épisode est de la même longueur que le premier, avec peut-être un peu plus de narration, dans la mesure où je voulais d'avantage m'étendre sur la connexion, le lien symbolique (autour du thème de la spirale) entre Jack et Caïn, acteur de premier plan qui comme Matters, a vraiment un rôle fondamental dans la série.

Entrée dans la partie de la Russie également, volontairement un peu écartée jusque là (dans la fin de saison 3 du moins) puisque je ne voulais pas d'une rivalité de fin de saison entre russes et américains à l'image de la saison 6 de la série, très manichéenne et caricaturée qui plus est.

Vous verrez que beaucoup de choses, et vous allez le comprendre avec la Coalition, vont un peu à l'inverse de cette image classique du conflit de la Guerre Froide qui s'éternise secrètement dans les arcanes des gouvernements internationaux...



Précédemment dans la fan-fiction de Mr. Jack :

Employé par la CIA afin de retrouver la trace de Gabriel Radford, disparu depuis plusieurs mois, Jack Bauer espérait se servir du biélorusse Mikhael Drakov, avec qui lui et CIA avaient tenu un marché, pour attirer l'ancien directeur Delta en infiltrant le marché noir. En réalité, Jack semblait jouer un double jeu: il était encore en contact avec Radford, par le biais d'une équipe freelance dont faisait partie Cassandra.
Après l'opération en Biélorussie il y a 5 ans de cela, Jack avait pu approcher Karamazov, un vendeur du marché dans la prison où ils étaient enfermés, ce qui l'avait mené à un yakuza du nom de Zan Yanaka. Il s'intéressait lui aussi à Radford, et pour retrouver sa piste, il envoya ses yakuza encercler le bâtiment où Jack l'avait retrouvé. Bauer devait maintenant chercher un moyen d'y échapper sans être repéré. Non seulement Yanaka avait mis au point une attaque terroriste avec Frank Bergman, patron invisible de la CIA, mais possédait également assez d'information pouvant compromettre les russes.

Justement, dix missiles balistiques furent envoyés depuis le sol afghan par Bergman et les talibans. S'il faisait croire à des essais, c'était en réalité bien plus: une ville à l'est de l'Afghanistan fut frappée par l'attaque. Yanaka était évidement lié, et d'après son bras droit, James Matters, lui aussi ancien Delta, les russes seraient également de la partie. Un procès était donc mené contre le yakuza dans le cadre de sa collaboration avec l'organisation Delta au sujet des nanotechnologies, mais il ne s'agissait en réalité que d'une fausse piste créée par les russes pour innocenter Yanaka grâce au manque de charges, et donc éviter que les regards se tournent vers l'attaque près de Kaboul. La Russie cherchait avant tout à faire taire Yanaka.

Pour regrouper les preuves et retrouver Bergman, une opération fut lancée à Kaboul, dirigée par Danny Caïn, lieutenant-colonel à l'US Army, sous la demande du Congrès, et du nouveau président Kurt Brainer, qui succédait à Lane. En raison des accusations à son encontre et du manque de crédibilité, Lane fut poussé à démissionner après sa sortie de prison. Pour retrouver le directeur de la CIA, Caïn voulait attirer les talibans, et découvrir où se situait la désinformation dans cette histoire.
La CAT de Washington, désormais commandée par Mike Newell travaillait sur l'opération, épaulée par Nate Sorensen, un important financeur politique, qui s'occupait de gérer la crise internationale: en effet, les tensions étaient accentuées par le silence de la Russie sur son implication en Biélorussie 5 ans plus tôt, les fuites de données sur ses réserves pétrolières et la présence du consortium Idéon au Moyen-Orient.


Episode 2 : ( 13h00 - 14h00 )

Ces événements se déroulent le jour de l'opération Sombres Soleils, entre 13h et 14h, heure de Washington DC.



Les cris et les pleurs des familles en deuil s'échappaient du repos qui avait parfumé Kaboul de cette odeur de liberté pendant quelques mois. Le silence était bien loin au retour de la désillusion. Ces gens payaient le prix de la guerre du mensonge, se disait sans arrêt Danny Caïn, dont le malaise distillée dans la ville lui inspirait de plus en plus cette sensation de vaste supercherie, du fait qu'il parvenait de moins en moins à comprendre les raisons de sa présence ici. Malgré son accommodation et le trouble qu'il subissait, il fuyait comme la peste ce doux poison qu'était le mensonge, qui émanait à chaque seconde.

Depuis l'attaque du cargo pétrolier en France il y a 5 ans, Caïn et bien d'autres ne pouvaient que constater que suivre ces opérations d'envergures n'était que plus s'immerger dans ce trompe l'œil, et désormais, à Kaboul, il se sentait piégé par sa propre curiosité. Il ne savait même plus s'il fuyait, ou s'il traquait. Il ne voulait surtout pas l'admettre, mais le poison faisait déjà son effet, et le soldat ne pouvait que se laisser guider dans cette spirale dont il ne contrôlait pas le mouvement.


- " Allez aider le vieil homme ! ", parlant d'un père enfoui sous les décombres

Le lieutenant-colonel chercha à se renseigner sur le tumulte qui régnait comme une ancienne habitude.

- " Une faction rebelle, ils étaient au moins dix ! ", indiqua une femme voilée, traduite par un soldat
- " Bon sang, les talibans il y a une heure, ils devaient attirer notre attention "
- " On n’est pas les bienvenues ici. Plus on restera, plus il y aura de morts... "
- " Ca sera pire si les talibans veulent prendre contrôle de la ville. On doit rencontrer le mollah "
- " Leur chef ne s'exposera jamais "
- " Sa survie dépend des institutions qu'il contrôle. En lui tenant un piège..."

La désinformation que les talibans mettaient en place devenait claire tout à coup. Elle était un moyen de se préserver tout en poursuivant l'ambition, et mettre un terme à cette course avide, c'était stopper la guerre du mensonge et de l'illusion que Caïn combattait sans relâche.
Les morts se comptaient presque par dizaine, des innocents, abattus dans la pure motivation d'éloigner l'armée américaine. La goutte de sang en trop pour Caïn, mais la Maison Blanche n'aurait pas été de cet avis.


D'ailleurs, Brainer venait tout juste d'y arriver, accompagné par ses gardes qui l'escortaient jusqu'à l'amas de politiciens dans un déjeuner organisé par le président Logan - il prenait à l'instant un avion pour l'Irak, afin de régler certains points sur le nucléaire -, dans le but de discuter des problèmes autour de la Russie, même si l'ambiance n'était pas si terne qu'on l'aurait imaginé.

- " Ce n'est pas de mon avis. J'ai l'impression que le M. Logan cherche à fuir la discussion avec les russes. Il veut laisser le Cabinet résoudre le conflit ", entendait Brainer en traversant le repas mondain
- " Il faudra compter sur le Secrétaire d'Etat, comme toujours "

Le président de la Chambre se faufila jusqu'à un groupe de personne dont l'un d'eux semblait monopoliser la conversation: George Rosenberg, toujours chef du Département d'Etat.

- " Ah Kurt, vous voila. Je ne vous attendais pas si tôt "
- " Un contretemps. Je serais en danger d'après le FBI... "
- " Mais pour diable quelle raison ? ", s'interrogea Rosenberg
- " Ce n'est peut-être qu'une menace fantôme, mais si c'est vrai, je mise sur la guerre en Afghanistan "
- " J'ai entendu pour les missiles, c'est désolant. Mais Kaboul est pourtant épargnée "
- " Non, pas depuis l'arrivée de factions dissidentes que nous pourchassons. Un affront direct il y a une heure. Je pense qu'Idéon effectue des représailles "
- " En raison de notre influence ? "
- " Oui. C'est à cause de moi si le Moyen-Orient s'est révoltée et a conduit aux sanctions sur le consortium. Idéon veut reprendre ses activités "
- " Seigneur...Idéon est une organisation américaine. Ca signifie que quelqu'un dans ce pays collabore avec les rebelles "
- " Frank Bergman, je ne vois pas d'autres solutions "
- " Finalement, c'était peut-être lui que le prince Nazr désignait en parlant du supérieur d'Anthony Lane "
- " Je vois mal comment il pourrait contrôler le Congrès. Toujours est-il qu'il faut prendre une décision à propos de Kaboul "
- " Etant donné la menace, il faudrait regrouper nos forces armés dans la capitale "
- " Pour empirer les choses ? "
- " Non, pour faire croire à Bergman qu'il est en sécurité là où il est. Il sera moins vigilant "

Même si Bergman était à Kaboul, ce qui était le cas à quelques kilomètres près, les combats le pousserait à s'éloigner de la capitale, pour ainsi le prendre de revers par les quelques troupes qui entouraient Kaboul.


[13:07:49]


Jack et Radford se terraient dans l'ombre de deux fourgonnettes, à la bordure du cinquième étage, en attendant le moment décisif pour sortir du parking.

- " On va attendre encore combien de temps ? "
- " Quand le premier agent sera là, je lui dirais que j'ai rien vu. Le deuxième, posté à l'entrée ira soutenir une autre équipe et on aura le champ libre "
- " Tu veux passer par le hall d'entrée ? "
- " Le parking. Ma voiture est juste à sa sortie ", raconta Jack
- " Je sais que tu m'avais dis de ne pas venir, mais c'était le seul moyen pour voir si les yakuzas me traquaient. Je pense qu'ils m'ont trouvés et qu'ils ont avertis le SWAT, afin de les occuper en même temps "
- " J'en ai vu près du marchand de journaux à l'angle, plus un autre sur une terrasse. Ils savent que tu es là, c'est pour ça que je ne peux pas te laisser ici ! "

Un coup de chargeur bien appuyé, en desserrant un peu la cravate, et Jack était prêt à signaler son statut aux hommes du SWAT.

- " Ici l'agent Flynn, vous me recevez ? "

A cause des chinois qui le croyaient mort, Jack s'était donné une fausse identité au nom de Frank Flynn. Seul le leader SWAT, qui collaborait avec la CIA était au courant de l'imposture.

- " Affirmatif, je viens d'arriver au 5ème étage. Quelle est votre position ? "
- " 8ème étage, et toujours rien à signaler, même sur les caméras de surveillance "
- " Je vais dire à Miles de se détacher à l'immeuble d'à côté. Il n'est pas bien équipé en caméra "
- " Bien reçu, je vous laisse finir le secteur, je suis attendu sur une autre intervention. Dites à Collins de ramener Drakov sans moi "
- " Entendu, message reçu. Fin "

Radford était conscient des dangers en venant jusqu'ici, mais il ne s'était pas demandé une seule fois comment il pouvait en sortir.

- " Et si les hommes de Yanaka nous attendent en bas ? "

Jack leva la tête et affronta le regard de son ancien supérieur.

- " J'ai un chargeur plein "


Dans les appartements du yakuza, Yanaka recevait le procureur dans son bureau, en prenant le soin de fermer les deux portes japonaises coulissantes. L'entrée était tenue par Matters, pour l'instant exempt de tout reproche dans ses fonctions de bras droit.

- " Asseyez-vous donc ", dans un fauteuil à 1500$

Les honneurs faisaient presque office de tapisserie sur les murs. Yanaka avait un degré de sociologie mercantile et quelques diplômes après un travail sur les idéologies. La place de son père au sein de la mafia lui avait permis de rester longtemps dans les études pour préserver comme il disait, le business du savant. Hors de question de léguer 21 milliards à un inculte, et par dessus tout, Yanaka avait mérité sa place au sommet.

- " Comment s'annoncent les choses ? "
- " L'Attorney Général aimerait éviter que le procès de l'organisation Delta Force aille trop loin. Il est donc prêt à ne pas fouiller d'avantage dans vos affaires, mais il faudra vous tenir à carreaux "
- " Mon second gère parfaitement le marché de Tokyo ", assura Yanaka " J'ai juste des appréhensions vis à vis de la CIA "
- " Vous croyez qu'ils vous surveillent ? "
- " Oui. Ils connaissent mon rôle dans les attentats du 11 septembre. Je serais un précieux transfuge pour eux "
- " C'est problématique...les russes vivent sous la crainte de vos révélations "
- " C'est pour ça que j'ai accepté ce procès, vous le savez. Votre influence auprès du Cabinet m'est utile. Si jamais ce procès se déroule mal, invoquez Karamazov à la barre "
- " La comparution immédiate serait difficile, la CIA s'y opposerait "
- " C'est pour ça que je vous ai engagé. Utilisez votre pouvoir auprès de la Maison Blanche. Les russes doivent maintenant savoir que Karamazov sait la vérité. Ils ne devraient rien tenter d'inespéré contre moi "
- " Comment ils sauraient ? Karamazov est isolé dans une prison de la CIA "
- " Un espion russe, qui m'a entendu parler avec mon homme de main "
- " Vous le saviez ? "
- " Oui, ça faisait plusieurs semaines que je le soupçonnais. Mais tant mieux, les russes pourraient croire que la balle est dans leur camp "
- " Peut-être, mais en apprenant que vous avez dit la vérité à Karamazov sur votre implication dans certains attentats, ils pourraient le voir comme une trahison "
- " Non. En m'engageant dans ce procès, j'ai tenu ma parole "

Sous ses airs innocents, Matters laissait traîner l'oreille, connaissant les affaires sales de Yanaka dans ses moindres recoins. " L'espion de Moscou " comme il était appelé avec frivolité durant son enfance.
Mais Yanaka n'y portait que peu d'intérêt, Matters avait prouvé sa loyauté à maintes reprises et plus qu'un homme de main, il était un surprenant confident qui n'avait pas peur de régler les cas à problèmes.


La visite de routine s'achevait pour Nate Sorensen, qui s'assura une dernière fois des directives que Newell avait donné à ses agents.

- " Je suis rassuré de savoir que l'attentat ne nous était pas destiné. Nous avons déjà assez de problèmes "
- " C'était indirect, mais il est évident que les talibans veulent nous provoquer ", analysa le directeur de la cellule
- " C'est plus que de la provocation. Il y a quand même quatorze pertes à déplorer "
- " Vous croyez qu'ils veulent bouger nos troupes vers l'est ? "
- " Je pense qu'ils visent Kaboul. Mais je ne sais pas pourquoi Yanaka s'est investi là dedans"
- " Un ancien agent que je dirigeais il y a 9 ans travaille pour le compte de Yanaka. James Matters "
- " Il est fiable ? "
- " Il est loyal. S'il travaille pour Yanaka, il ne le trahira pas. Mais il doit savoir beaucoup... "
- " Trouvez-un moyen de le faire venir "
- " Comment ? "
- " L'idéal serait de mettre la main sur un de ses revendeurs de drogue. On le force à avouer que Matters est derrière ça, en échange, on le laisse libre. Ca nous permet de discuter avec Matters sans éveiller les soupçons de Yanaka "
- " Mais nous n'avons pas assez de temps pour lancer des arrestations massives "
- " C'est plus simple. Yanaka a sûrement calmé les affaires à cause du procès. Prenez la liste de ses contacts les plus anciens sur Washington. Je pense qu'ils sont encore dans le coup, pour éviter que les chiffres dégringolent pendant que Yanaka prend un coup médiatique "
- " Il serait sur ses gardes dans ce cas là... "
- " Même si ces suspects ne sont plus en activité, Yanaka et Matters auront toujours peur qu'ils balancent, et prendront la menace au sérieux "

Le donateur quitta la cellule avec ce détachement qu'il se vouait à employer pour dégager sa confiance en soi. Il n'était qu'un relais de la Maison Blanche, et n'avait aucune compétence sur le terrain. Mais il avait su se forger une renommée internationale, et pour cela, chacun le voyait comme un atout qui pouvait calmer la crise avec un bon chèque à six zéros après la virgule, ce qui lui offrait également un grand crédit médiatique.


[13:15:22]


L'US Army aidait les victimes de Djalâlâbâd à l'aide des secours.
L'équipe de Caïn pénétra à l'intérieur d'un pensionnat rattachée à une école.
Dans l'ascenseur, Jack baissa le visage pour ne pas faire face à la caméra.
Le repas à la Maison Blanche était interrompu par un message au sujet du pic pétrolier.



[13:20:32]


Entre les deux allés excentrées du parking, plongé dans la pénombre, Jack et Radford se faufilaient entre les voitures comme des serpents jusqu'à la barrière automatique, contrôlée par un gardien. Radford ne supportait pas le terrain alors qu'ironiquement, il avait passé une bonne partie de sa vie à diriger des hommes prêts à y laisser leur peau en se fiant à quelqu'un qui bénéficiait sans doute de l'agrément présidentiel, voir au delà comme le soupçonnait Jack.

- " Qu'est-ce que tu vas faire de Drakov ? ", demanda Radford en se baissant contre le pare-choc d'une Lexus " On ne va pas le laisser aux mains de la CIA ! "
- " C'est toi qui leur a livré je te rappelle ! Drakov va respecter sa part du marché "
- " Je n'ai pas livré Drakov à la CIA mais à Palmer. D'ailleurs il n'a pas hésité longtemps quand il a vu le nom de certains contacts du marché noir... "
- " Tu savais que Palmer allait accepter, en voyant le dossier que tu avais préparé... "
- " Ce n'était pas un mensonge. Drakov connaissait les allemands qui ont organisés l'attentat bactériologique sur Palmer en 2002. Tu sais que mon ambition n'était rien d'autre que d'approcher Karamazov, et puis Yanaka ensuite "
- " Et les russes ? Tu savais que l'opération Eclipse allait m'exposer après mon extraction de la prison par le groupe de James ", regretta Jack
- " Je pensais le gérer, mais les relations de la Coalition, et même du gouvernement avec le Kremlin se sont largement détériorées "
- " La Coalition est derrière les attentats d'aujourd'hui n'est-ce pas ? "
- " J'ai stoppé le contact avec eux, mais c'est possible. Tout dépend de l'objectif "
- " On va retourner à la planque, Cassandra est opérationnelle. Tu pourrais enfin m'expliquer leur rôle "
- " Je ne pourrais pas rester longtemps avec vous...Le procès est inévitable "

La position de la caméra située à l'angle des deux allées semblait embarrassante pour les deux hommes. Lorsqu'une voiture croisa leur route, Bauer passa discrètement derrière elle et s'adossa au mur sous la caméra, qu'il désactiva une fois que la Chevrolet avait franchie la barrière. Le gardien s'étonna aussitôt, et n'hésita pas à quitter son poste pour inspecter la défaillance.

- " Ben, j'ai un problème avec une caméra, tu peux aller voir ça ? "
- " J'aide le SWAT à retrouver un suspect, tu peux pas t'en charger ? ", répondit un vigil

Aucun véhicule en vue, et la caméra n'était qu'à quelques mètres, alors le gardien s'y dirigea, ce qui laissait l'opportunité aux deux anciens deltas de monter la pente après la barrière. Soudainement, une BMW noire fit une apparition foudroyante, fonçant droit sur eux, et les obligèrent à se ruer à l'intérieur du poste de surveillance pour repousser un peu plus la fatalité qu'ils côtoyaient si souvent. Le vigil fut éliminé instantanément, et après un virage serré marqué par des traces de pneu, trois hommes d'origine asiatique sortirent de la voiture.

- " Jack ! "
- " La caméra de l'ascenseur. Ils savent que je travaille avec la CIA ! Prends ma voiture ", en lui balançant les clés " A 50m au parking de gauche "
- " Mais le SWAT... "
- " Ils sont concentrés dans l'immeuble à côté, ça te laisse le champ libre "

Dès l'arrivée d'une seconde BMW qui bloqua la sortie, Jack tira sur le réservoir pour enflammer le carburant, puis grimpa sur le toit du poste, presque aveuglé par la lumière du jour. L'explosion retarda de quelques secondes les hommes de Yanaka, au nombre de cinq.
Jack traversa la circonférence du bâtiment grâce à la passerelle qui conduisait jusqu'à un centre commercial, puis à mi-chemin, sauta sur une voiture qui sortait du parking depuis le rez-de-chaussée. Les yakuza évitèrent les tirs dès lors que Jack s'immisça la foule jusqu'à rejoindre sa voiture, pilotée par Radford.

- " On va passer par la voie rapide dans le tunnel, ça nous laissera une chance de les semer ! "


Rosenberg connaissait par cœur ce discours sur la gravité des ressources pétrolières, et bien que ne négligeant pas ce phénomène inéluctable, il s'agissait plus pour lui d'une campagne de sensibilisation dont bien d'autres préoccupations le troublait.

- " Le déclin des productions mondiales de pétrole ne cesse de s'aggraver, et le choc pétrolier qui en découle n'est pas un sujet qui doit être pris à la légère. Dans cette ère de terreur, il est préférable que ce mot n'apparaisse pas à l'oreille des concitoyens de ce pays, même du monde. Pourquoi ? Tout simplement parce que la concurrence menée par la Russie aurait des effets... "

- " Rosenberg ? ", dit-il en décrochant son téléphone

Il s'éloigna de la foule qui suivait avec attention le discours un peu trop réprobateur.

- " Colonel Galytchev à l'appareil ", d'un accès russe prononcé " La ligne est sûre ? "

Rosenberg plaça un relais de la taille d'une batterie qui rendait la transmission inaudible pour tout réseau d'écoute.

- " Elle l'est. Votre appel me surprend un peu, cela fait presque deux mois "
- " Le FSB se méfie de votre intégrité. La Russie tient à prendre précautions "
- " Vous ne savez pas à qui faire confiance ? ", sans y croire " Notre alliance fonctionnera aussi longtemps que durera la guerre "
- " Aussi longtemps que dur votre témoignage de volonté "
- " Je crois que nous n'avons plus à vous en convaincre, après tout ce que nous faisons depuis toutes ces années "
- " Nous venons apprendre que Karamazov sait certaines choses. Le 9/11, la désinformation...il faut s'en occuper "
- " D'où le tenez-vous ? "
- " Le chauffeur de Yanaka. Si jamais Karamazov parle, tout le procès tombe à l'eau, et Yanaka sera plus gros danger encore "
- " Nous le contrôlons, mais ce n'est pas ça qui vous rend méfiant "
- " C'est juste. Votre président est le problème "
- " Palmer a été exclu, c'était ce que la Coalition voulait non ? Nous n'avions pas prévu qu'il fasse appelle à l'OTAN pour remettre de l'ordre en Biélorussie, ni qu'il s'allie à Yechevko. Si Yechevko ne craignait pas la Coalition, il en aurait dit assez à Palmer pour secouer le FSB et le Kremlin. Je vois mal comment vous convaincre d'avantage que nous n'avons pas divulgué d'informations sur vos réserves pétrolières "
- " Si la Coalition n'a pas fait cela, qui est-ce ? "
- " Vous le savez comme moi...Quelqu'un a voulu faire croire que la Coalition cherchait à vous provoquer en dévoilant ces informations "

Visiblement pour Rosenberg, on tentait d'élargir la scission entre russes et américains. Après un temps de réflexion durant lequel le russe se rendait à l'évidence, il sentait qu'un certain malaise s'imposait dans la conversation.

- " Il y aurait taupe au sein de la Coalition ? ", interrogea le russe
- " Je ne pense pas. J'ai interrogé tous les membres au détecteur "

Soit le Secrétaire d'Etat disait vrai, soit il soupçonnait les russes d'avoir placé une taupe au sein de cette Coalition dont il semblait mêlé, et se résolvait à ne rien dire à l'agent du Service Fédéral de Sécurité de la Fédération Russe, ou par abréviation, le FSB.


L'équipe de Caïn s'immobilisa devant l'école de Charfi, en pleine reconstruction, alors que la nuit s'imposait sur Kaboul. Les marches au dessin impérial s'accordaient parfaitement aux lignes du reste du bâtiment, qui avait des tracés identiques à ceux d'une mosquée. Quelques creux rocailleux sur les escaliers indiquaient encore les dégâts subis quelques mois auparavant, dont le pensionnat avait été épargné.

- " Les compagnies à l'est ont été alertées ? "
- " Oui Lieutenant-colonel. Mais elles ne seront pas là avant la fin de la semaine, à cause de l'attentat à Djalâlâbâd "
- " Le contraire m'aurait étonné. Et les frontières ? "
- " Le 3ème bataillon occupe toute la bordure "
- " Bien. Cela pourrait décourager les talibans, d'autant plus avec la levée du cessez-le-feu "
- " Et s'ils arrivent à Kaboul, décidés à nous combattre ? "
- " On doit temporiser et attendre les troupes. Et puis...il faut prévenir les radios que nous augmentons les effectifs dans la capitale "

Caïn lui-même tombait dans le piège de la désinformation, comme s'il prenait confiance qu'au delà du mensonge, il s'agissait d'une arme redoutable stratégiquement indispensable dans le jeu de la ruse.


[13:31:05]


Les hommes de l'US Army entraient dans le hall principal de l'école.
Sur le téléphone de la voiture, Jack apprenait pour l'attaque en Afghanistan.
Rosenberg libérait un sourire artificiel à l'issue du discours achevé.
Matters était prévenu par un yakuza au sujet de la fuite de Radford.



[13:35:59]


Dès que le responsable de la branche yakuza de Washington tentait d'expliquer à Matters que Radford avait été repéré, le bras droit traversa la pièce et enleva le t-shirt qu'il portait sous son pull fin.

- " On a confirmation que c'est Radford ? "
- " Bien sûr, tu nous prends pour qui ? ", répondit le yakuza d'un air dédaigneux
- " Pour quelqu'un qui a l'air d'avoir un problème ", en défiant l'homme du regard " Je ne veux pas te faire de la concurrence Amaya. Si M. Yanaka m'a engagé, il a ses raisons. Maintenant écarte-toi "

Matters enfila aussitôt une veste adapté aux motos, et entra exceptionnellement dans le bureau de son employeur après avoir toqué.

- " Pardonnez mon intrusion, mais vos hommes ont repérés Radford. Il traverse le First Street Tunnel avec cet agent fédéral, Bauer je crois "
- " Quel est le problème ? "
- " Les autorités contrôlent les sorties. Ils vont essayer de nous semer en prenant direction Philadelphie, et vu le trafic, ce ne sera pas difficile "
- " Vas-y. Et prends le tranquillisant "
- " Je donnerais rendez-vous à Cho et Kagami avant l'embranchement de l'Union Station "

Il referma la porte, et passa devant Amaya sans même le regarder. Ce dernier peinait à cacher la pointe de jalousie qui le gagnait à la pensée de Matters, qui s'était glissé sans mal jusqu'au sommet de la hiérarchie alors qu'Amaya briguait cette place depuis toujours, dealant dans les quartiers les plus malfamés de Tokyo.


Siège de la CIA, Langley, Virginie.

Au coin du bureau cabalistique de Richard E. Braxton, le directeur de la CIA s'entretenait avec son adjoint, Ruben Culles.

Le président Logan a affirmé que les 19 derniers prisonniers de la CIA ont été envoyés à Guantanamo. Pourtant, d'autres sont portés disparus et n'ont pas donnés de signes de vie depuis plus de cinq ans pour certains, lisait le directeur Richard Braxton d'après le rapport confié par un officier gradé.

- " Elle devient gênante. Il ne faudrait pas remettre sur le tapis l'affaire des prisonniers secrets "
- " Surtout si elle creuse jusqu'à Karamazov "
- " Ce n'est pas le plus important. Le 9/11 pourrait refaire surface avec ça. Nos affaires avec la famille Ben Laden, le marché avec Drazen...Tout cela est top secret, comment en a t-elle eu accès "
- " Les diners de la Maison Blanche. Et puis même un enfant pourrait faire le constat que Ben Laden a été laissé en vie pour inspirer la terreur... "
- " Ce n'est pas question de laisser planer le doute. C'est la désinformation et le contrôle sur les médias qu'on doit préserver, et ce genre d'aveux tente d'imposer le contraire. On pourrait rapidement faire le lien avec l'opération Crépuscule quand Drazen voulait envoyer les missiles "
- " Et alors ? Le départ de Lane nous a fait le plus grand bien en prenant tout sur le dos. Notre administration se relève enfin "
- " Ni nous, ni la presse, ni les autres nations ne décident de cela. Les ordres sont de laisser agir Bergman, alors nous devons le faire. Peu importe qu'il y ait des gens bien dans cette administration, et d'autres qui veulent exhumer la vérité. Les pères fondateurs de cette agence n'en sont pas moins des menteurs et plus nous tentons de bien faire notre travail, plus nous sommes prisonniers de leurs requêtes "

Ces mots semblaient encore plus lourds venant d'un directeur qui tenait son grade depuis plus de 10 ans.
Braxton déposa le dossier sur sa table basse, où le nom de l'auteur apparaissait sur l'en-tête: Eve Thompson, ancienne conseillère politique d'Anthony Lane.


L'air était irrespirable dans la capitale afghane. Il semblait si bien se marier avec cette terreur oppressante et invisible que les militaires saisissaient leur quête à contresens. Tout semblait si désert depuis leur arrivée, comme si les rues abandonnées n'étaient plus peuplées que de blessés et de morts. La guerre avait bien menée Caïn dans cette spirale dont sa plus grande crainte était de ne pas réussir à en sortir.
Le soleil couchée, les hommes du Lieutenant-colonel inspectaient l'accueil de l'école à la recherche d'un administratif, progressant dans le hall à l'aide de lampes-torches.

- " Je peux faire quelque chose pour vous ? ", s'adressa un homme en dari
- " Dis-lui que nous voulons voir le directeur ", ordonna Caïn au traducteur du groupe
- " C'est lui-même ", traduisit-il
- " Une ville a été attaquée à l'est, Kaboul n'est plus sûre, les talibans sont revenus "

L'officier répéta chaque mot dans la langue officielle du pays.

- " Il dit qu'on en parle aux infos Al-Jazeera, mais que Kaboul est sans danger "
- " Les talibans ont dû prévenir la chaine à propos de l'attaque. Dis que les américains vont bientôt couvrir ce secteur "

Le concierge à la longue barbe hirsute sembla plus tendu soudainement.

- " Ca ne représente aucun intérêt, l'école est contrôlé par le gouvernement, ou quelque chose comme ça "
- " Le mollah Azdulleh ? "

L'afghan nia catégoriquement, et fit sentir à l'armée qu'elle n'était pas la bienvenue.

- " Nous sommes venus pour vous libérer ", poursuivit Caïn
- " La liberté n'est bonne...que pour les américains... ", répeta le traducteur avec peine
- " Nous resterons ici tant que nous n'aurons pas vu le directeur "
- " Mais... "
- " Il s'agit du concierge. Le directeur ne doit jamais être présent, je pense qu'il a passé un marché avec les talibans pour que son école ne soit pas attaquée, sinon les dégâts auraient été pires "
- " Il dit qu'il n'est pas là, qu'on peut encore l'attendre longtemps "
- " On a tout notre temps "

Le bluff marchait plus facilement avec ceux qui n'en connaissaient pas les règles, pensait Caïn, alors qu'un jeune novice prenait note de l'assurance dont faisait preuve son supérieur. Le haut gradé s'efforçait des dissimuler ses réelles intentions, ce qui était problématique pour son unité, et contrairement à ce qu'il disait, il n'avait pas tout son temps. Mais son mentor, autrefois, lui avait toujours appris que la supériorité sur les autres, essentiellement d'ordre intellectuelle, se jouait selon notre rapport au temps, et faire croire qu'on en disposait de plus que c'était le cas, c'était imposer une certaine domination, bien que purement artificielle, sur l'emprise du temps.


L'unité d'intervention se déployait dans un immeuble en réaménagement de la 8ème rue. Ses membres avertissaient les occupants par murmures afin de ne pas s'inquiéter, et s'apprêtaient à défoncer la porte du résident de l'appartement 461. Une fine caméra optique fut glissée le long du pallier. Malgré la pénombre ambiante, l'agent décela un des suspects nommé par Newell, avachie sur son canapé, les pieds sur la table basse, et nota l'absence d'autres individus. Il émergea ses cinq doigts et d'un geste du menton, ordonna à ses hommes de pénétrer à l'intérieur. La porte fut défoncée par un pilier en fer qui faisait la taille d'un lance-missile, dont l'utilité était vouée à ce genre de fonction afin de casser divers d'obstacles de face.
Cinq agents entraient alors dans la pièce délabrée. Cigarettes éparpillées sur le tapis brulé, magazines érotiques pour soutenir le pied de la table, et un ventilateur qui ne fonctionnait visiblement pas très bien, mais qui semblait une bonne alternative aux stores fermés. Le japonais, qui hallucinait un peu, sursauta aussitôt, et hésitant dans un premier temps, il se décida ensuite à se rendre aux hommes armés.

- " Je...je suis clean ! Vous voulez quoi ? ", les cheveux en bataille

Un fédéral l'attrapa au poignet pour l'immobiliser et lui placer les menottes, serrées avec mépris.

- " Nous l'avons Monsieur ", à Newell
- " Bien. Divisez-vous en deux groupes. Ramenez Mariko à la cellule et retrouvez James Matters "
- " On sait où il se trouve ? "
- " Le FBI l'a vu sortir des appartements de Yanaka il y a 5mn. Il a pris le tunnel. J'ai déja des hommes postés à la sortie ouest, donc prenez l'autre côté et suivez-le. J'envoi un hélico. Une dernière chose: Yanaka ne doit rien savoir, ce sera notre seule occasion de négocier avec Matters "


[13:44:11]


Pendant que Caïn patientait dans le hall, son détachement fouillait le pensionnat.
Matters passait la 6ème vitesse, doublant tous les véhicules de la branche est du tunnel.
Jack et Radford étaient bloqués par les bouchons, alors que les japonais pouvaient les apercevoir.
Drakov arrivait dans les locaux de la CAT de Washington pour être débriefé par la CIA.



[13:48:52]


Washington avait beau être à l'autre bout du pays, la circulation n'en était pas moins pénible qu'à Los Angeles, surtout à cette heure de pointe pour ceux qui commençaient le travail l'apres-midi. Radford ne cessait de gesticuler, fixant son rétroviseur par intervalles, alors que Jack tentait de visualiser un trajet pour semer les yakuza, à quelques voitures d'ici. La situation était encore inédite pour l'employé de la Compagnie, qui n'avait jamais connu les temps morts lorsqu'il était traqué.

- " Ne t'en fais pas, ils ne vont rien faire, il y a trop de monde ", rassura Bauer, plutôt par convention que par souci
- " Tu sais comme moi que des renforts patientent à la sortie "
- " Tu ne risques rien de toute façon, la Coalition est derrière toi... "
- " On ne va pas remettre ça sur le tapis... "
- " Au contraire. Cette organisation est impliquée d'une façon ou d'une autre dans l'attaque d'aujourd'hui. Je veux savoir les raisons de l'attentat en Afghanistan "
- " Je ne suis pas dans leurs petits papiers Jack ", en se tournant vers lui
- " Mais tu connais bien Bergman, et on sait qu'il est derrière ça. Ca fait des mois que je te demande des noms ! "
- " Pas compliqué, trouve les plus grandes firmes du pays et cherche le panneau clignotant qui indiquent qu'ils font parti de la Coalition ", dit-il avec une ironie maussade " Je t'ai dis que je t'aiderais à les traquer alors je le ferais "

Jack ne pouvait s'empêcher de douter du témoignage de cet allié superficiel. Si Radford était le meilleur moyen pour avoir accès à des informations secrètes, il savait que de son côté aussi, il gagnait un intérêt à révéler ces informations. Peut-être un faux transfuge, chargé de brouiller les pistes. Cela expliquait pourquoi il balançait tant au sujet de la Coalition, alors que d'un autre côté, il livrait ses renseignements au compte goutte pour diriger la trajectoire de Bauer et ne pas trop éveiller ses suspiçons. Il savait qu'en révélant tout immédiatement, Jack allait penser à une version préfabriquée pour l'ancrer encore plus dans ce monde dupliquée. Désormais, Radford était certain d'avoir un contrat qui n'expirait pas avant quelques révélations.

- " Tu avais parlé d'une douzaine d'hommes... "
- " Environ oui. Mais comme je te l'ai dis, je sais juste qu'ils sont à la tête de l'industrie américaine. Défense, énergie, médias, surveillance, transports...leurs fonds sont énormes. Quand ils m'ont demandés d'infiltrer le marché noir par le biais de Drakov, j'ai senti qu'il s'agissait d'un gros coup "
- " Qu'est-ce qu'ils voulaient ? "
- " Entrer en contact avec certains vendeurs du marché. On a réussi à faire une partie du travail grâce à l'organisation AVP Force "
- " Et tu as engagé ta fille c'est ça ? L'organisation traitait avec plusieurs cellules terroristes du monde entier, sous l'influence de Bergman "
- " En effet. Mais l'organisation courait à sa perte dès le moment où le nom de Bergman circulait trop souvent. J'ai réussi à entrer en contact avec Drakov en lui proposant le marché des nanotechnologies, un os à rogner "
- " La Coalition comptait alors sur Drakov pour vous donner quelques noms "
- " Mieux que ça Jack. Je te passe les détails pour l'instant, mais on a eu intérêt commun: mettre la main sur Karamazov "
- " Puisque Karamazov nous a mené à Yanaka, ça signifie que la Coalition le visait ? "

Le trafic retournait à la normale. Jack s'assura de prendre le volant avant que Radford ne redémarre, puis enclencha la 2ème vitesse sans plus tarder, alors que le téléphone notait un appel entrant.

- " Un nouveau routeur qui déconne ? ", demanda Radford sans sérieux, en voyant apparaître le nom de Cassandra
- " La radio afghane diffuse un message qui parle du déplacement des troupes américaines à Kaboul "
- " Même un enfant ne goberait pas le mensonge ! L'armée ne prendrait jamais ce risque avec ce qu'il vient de se passer à l'est du pays "
- " C'est mauvais... ", prédit-elle " Karamazov t'a parlé d'une attaque pour détruire des informations sur le gouvernement non ? "
- " C'est ce qu'il a dit ", confirma Jack " Ca signifierait que le bâtiment attaqué contenait ces dossiers "
- " Karamazov cache quelque chose... "
- " Impossible de l'approcher. Et c'est bientôt pareil pour Drakov, la CIA vont le garder en lieu sûr pour le moment "

Une caravane s'insérait entre la file de Radford et celle des hommes de Yanaka, ce qui les empêchaient de se distinguer réciproquement, tandis que lumière du jour encore discrète pénétrait à l'issue du tunnel.


Nate Sorensen traversa le gala de prestige à la recherche du président récemment désigné, qui se contentait d'assoir sa position en sympathisant avec quelques politiciens encore sceptiques quant à son programme en Afghanistan. En fait, il défila dans la pièce à toute vitesse pour éviter ces remarques élogieuses, et dans le fond hypocrites de ceux qui souhaitaient s'attirer son soutien. Droit, faisant mine de savoir où aller, il croisa un homme de corps, qui lui livra le message de se rendre dans la loge réservée au maquillage. De son envergure affirmée, il déambula, jusqu'à la balustrade en montant les escaliers toujours aussi poussiéreux, puis entra dans la loge où quelqu'un l'attendait, encerclé par les miroirs.

- " J'ai contacté Galytchev au FSB ", signala l'homme dont le contour était dessiné par les fortes ampoules autour du miroir
- " Les russes ne sont pas trop perplexes ? ", s'inquiéta Sorensen
- " Pas plus réservés que je ne l'espérais. La Coalition complique les choses... "
- " Galytchev n'est pas dupe. Il sait que nous ne contrôlons pas Radford, et qu'il peut révéler des choses sur la Coalition à tout moment "
- " Le moment où le monde découvrira que la guerre n'est plus la même sera notre signal de danger. Pour l'instant, tant que nous préservons le secret... ", assura le reflet de Rosenberg
- " Toujours votre vieux topo de la guerre qui a changée. Rappelez-moi en quoi est-ce si crucial ? "
- " Notre collaboration avec les russes ne doit pas se savoir, c'est aussi simple que ça. Il ne s'agit pas d'une guerre à couteaux tirés. Toute notre force se fait dans notre alliance avec eux. Et si Radford dit un mot de cela... "
- " Hm...en toute franchise, je pensais qu'il s'agissait plus de quelque chose comme...le règne des arcanes ", pas tout à fait sérieux " Tout ce que Radford peut dire, c'est que le président n'a aucun pouvoir. Qui pourrait croire à un gouvernement de l'ombre, c'est un conte bon pour les théoriciens du complot. Il n'y a plus de place pour cette lutte acharnée aux saveurs de guerre froide contre les russes. Pas aux yeux du monde en tout cas "
- " Ce n'est pas question d'ombre ou de lumière ", en sortant du faisceau lumineux qui l'éclairait " La différence voyez-vous, est une question de degré. Travailler dans le secret ne fait pas de nous les mauvais "
- " Mais elle fait de nous les arbitres de l'illusion "
- " Le fait même de le croire est une illusion ", vantant presque sa sagesse " Pour preuve, il y a peut-être bien une taupe à la Coalition, qui nous mène par le bout du nez. Elle nous emmène dans son terrier, dans ses zones d'ombre, et nous nous acharnons à croire qu'il s'agit d'un vaste terrain doré "
- " Lumière ou ombre peu importe en effet. Je dois rester dans l'estime des russes jusqu'à la fin de ce projet. La déception ne sera que plus grande pour eux "

La naïveté avait ouvert tant de portes aux deux hommes, qui naviguaient de crédules en crédules pour bâtir le parcours d'une déception insondable et chaotique. Rosenberg parcourut les miroirs, dont la perception devint subitement floue à cause d'une ampoule grillée, et adressa des sourires élargis aux membres de l'assemblée qui n'étaient à ses yeux que les prisonniers d'un même panier.


Yanaka se plaisait à contempler l'œuvre dessinée sur son dos dans le reflet du miroir, achevée il y a maintenant onze années. Un loup, signe de témérité et de sagesse, criant sous la carté de la lune, dont les éclats se confondaient avec un dragon qui prenait toute la largeur de l'épaule gauche. Plusieurs motifs floraux venaient compléter le tatouage, accentuant le caractère traditionnel et pur. L'idée n'était pas d'affirmer la terreur, et le maître du crime organisée japonais voulait éviter d'être la figure de l'impitoyable, même si la cruauté s'avérait parfois nécessaire. L'honneur qu'il avait édifié était d'avantage fondé sur un grand respect des traditions et un gout prononcé pour la justice.
Amaya, le principal représentant des gangs de rue sur la côte Est s'introduit dans la chambre à petit pas. Malgré son jeune âge, à peine 23 ans, Yanaka avait fait la promesse de s'en occuper à la mort de son père, qui était un ami de longue date au seigneur yakuza. Depuis, Amaya avait fait ses preuves, plus que Matters selon lui, et il ne pouvait pas supporter l'idée qu'un américain se trouvait au cœur du clan.

- " J'ai ramené du gibier... "

Yanaka enfila son kimono et se dirigea jusqu'au second salon, réservé à la détente et aux affaires, alors que le premier servait à recevoir. Un asiatique, ayant entamé la trentaine se trouvait à genoux, les mains et la bouche ligotées, juste devant le jacuzzi bouillonnant.

- " Kagamiko a eu un mal fou pour l'attraper. Il revenait d'un congrès avec ses collègues de la Défense ", poursuivit le jeune homme
- " Tu as les dossiers ? "
- " Quand nos hommes sont arrivés, il avait déjà fourni son rapport à la Défense. Ca indiquait... "

Son employeur lui coupa la parole d'une consonne appuyée, et demanda à retirer le bandeau de la bouche.

- " M. Seong va nous avouer lui-même ce que ce rapport indiquait ", en écartant ses yeux bridés lorsqu'il regarda l'homme bâillonné
- " Je vous promets que je ne suis pas... "
- " Ch... ", murmura Yanaka

Il saisit un fin couteau traditionnel et s'approcha de Seong, qui se racla la gorge.

- " C'est un simple rituel que j'ai commis des centaines de fois ", imposant
- " Mais je vous jure... "

Yanaka attrapa d'un coup sec la main de l'homme, derrière son dos, et découpa net le bout de l'index, entrainant un cri de douleur qu'il cherchait à refouler du mieux possible.

- " Je n'ai pas de temps à perdre. Vous avez dix secondes pour me dire ce que je veux entendre "
- " Att...Ec...Nous suivons de près le dossier Bergman, c'est ce que vous voulez savoir ?! "
- " Cinq secondes. D'autres gens parleront vous savez "
- " Mais je n'en sais pas plus ! Si ce n'est qu'après le début de sa fuite il y a 5 ans, le gouvernement n'a pas reconnu les s... "

La lame glissa le long du cou en cisaillant au passage la pomme d'Adam saillante, sans toucher la veine pour éviter le bain de sang. Le poids mort tomba aussitôt dans le jacuzzi, faisant éclabousser quelques gouttes sur la moquette. Le sang se dispersa dans l'eau ondoyante.

- " J'ai su ce que je voulais savoir. Dans tous les cas, je pense qu'il est trop tard pour le gouvernement "

D'une inclinaison de la tête, il fit signe à un de ses hommes sur la balustrade à l'étage de faire le ménage, et lentement, il referma les deux portes coulissantes blanches qui laissaient apparaître son ombre avant de l'effacer définitivement.


Le soldat de 1ère classe Connick s'essuyait le front avec un chiffon usagé, posé sur les escaliers en attente de directives de la part de Caïn. Le reste de l'unité était justement de retour, après avoir inspecté de fond en comble le pensionnat et les douze dortoirs comprenant une centaine d'enfants. Le concierge veillait au grain depuis la fenêtre de son bureau, voyant qu'il ne pouvait pas persuader ces américains - entêtés, comme il pensait tout bas - de partir. Caïn venait à l'instant de débriefer les bases au nord du pays, qui n'avaient pas vu l'ombre d'un rebelle.

- " Lieutenant-colonel, une journaliste du magazine ROZ voudrait des informations sur notre présence ", signala le soldat Perlman, d'après son badge
- " Merde, je suis venu ici pour fuir aux médias, pas pour les accueillir à bras ouvert "
- " Bien Lieutenant-colonel ", ayant compris le message
- " En attendant, j'ai ordonné aux troupes à l'est d'achever les préparatifs et de se déporter 15km à l'ouest pour contrôler les civils qui vont vers le centre. Ordre de stopper tous les véhicules de marchandise, nous ne sommes pas à l'abri d'une autre attaque de la part des talibans "
- " Quels sont les objectifs en attendant un signe du mollah ou des talibans ? "

Caïn développa une carte qu'il tenait de sa poche, et la posa sur le présentoir de l'accueil, tenu habituellement par le proviseur adjoint et sa secrétaire.

- " Le déplacement se fera uniquement par les sections de reconnaissance dans la périphérie de Kaboul. On ne peut qu’attendre que les talibans viennent à nous, mais il va falloir anticiper du mieux possible leur venue. Ensuite nous organiserons une action rapide en encerclant les troupes aux bordures des quartiers de Shahrara, de Khaïkhâna et de Shahr-I-Nao "
- " Et si ils viennent par l'ouest ? "
- " Je viens d'établir une zone de transit qui pourrait nous servir au cas où il faudrait des renforts. Bon, qu'est-ce que fout Perlman ? "

Laissant sa carte ouverte, Caïn se précipita avec ardeur vers l'entrée du bâtiment, et au moment où il s'apprêta à ouvrir les deux grandes portes en bois massif ancien, un coup de feu résonna dans tout la place du marché (qui habituellement l'était hors périodes de tension). Le retentissement du tir dura une bonne dizaine de seconde, durant lesquelles Caïn appréhendait ce qu'il allait voir. Pendant que le concierge s'empressait d'aller mettre les enfants en sécurité, le Lieutenant-colonel et ses hommes jetaient un regard anxieux depuis les fenêtres aux dessins religieux.
Le tourment ne s'évapora pas aussi vite que la résonnance de la décharge, lorsqu'ils constatèrent que le soldat Perlman avait été tué par un groupe d'une dizaine d'hommes en tunique, dont quelque uns se déplaçaient pour cerner le pensionnat. Caïn repéra vite l'otage qui était mis en évidence au bas du long escalier, probablement cette journaliste, qui n'était d'aucune valeur pour les talibans, mais qui était une bonne carte pour inspirer la pitié chez les occidentaux.

Si les novices du groupe se disaient que la guerre était bien relancée, et que le meurtre d'un de leurs hommes était un affront direct, Caïn et les autres plus sages savaient pertinemment qu'elle ne s'était jamais arrêtée, seulement que les conflits armés étaient plus discrets au centre, et qu'en raison du manque d'investissement du président Logan, on l'ignorait de plus en plus.


Le cadavre de Perlman gisait au sol, entraînant l'effroi de la journaliste, les bras tirés en arrière par un taliban.
Caïn réfléchissait à une solution avant d'être encerclé par les rebelles.
Yanaka, à moitié distrait, regardait les infos à la télé, qui parlaient de l'explosion au centre ville en début d'heure.
Drakov s'assurait auprès de Newell que le marché passé avec la CIA était toujours d'actualité.
Jack doublait de vitesse pour distancer le clan yakuza.



[13:57:20]


Jack appuya sur la pédale d'accélération en évitant de justesse l'embranchement qui menait à l'autoroute. Le compteur indiquait près de 130 km/h alors qu'il sillonnait la 14ème rue, à sens unique, sur deux voies doubles séparées par un mur de palmiers. De l'autre côté, les hommes de Yanaka subissaient le soleil qui réfléchissait sur les carreaux d'un building d'affaire, cherchant à maintenir la même allure que l'ex-delta pour crever les pneus de la Porsche et bloquer la circulation.

- " La route est barrée à 800m, ils tournent un de ces foutues séries de la FOX sur un agent antiterroriste ! ", indiqua Radford dont les mots étaient voilés par le vent

Le virage à droite fut serré, et Jack s'implanta à moitié entre la voie de droite et le trottoir, lorsque les tirs commencèrent à bondir sur la carcasse du véhicule. Couverts par les vitres teintées, les yakuza agissaient en dernier recours, remarquant qu'ils pouvaient se rabattre sur une voie rapide après avoir récupéré Radford.

- " Bon sang Jack ! ", hurla Radford à couvert " J'espère que t'as une bonne assurance "

Le fédéral ne répondit pas, concentré dans le maniement du véhicule, jusqu'à la percée flamboyante d'une moto qui doubla toute la file. Il dévia de quelques mètres, puis se reprit en entrant au sein d'une ruelle étroite tapissée de poubelles déchirées. Il souffla en constatant qu'il évita pour l'instant le cliché des deux voitures à l'entrée et à la sortie de la ruelle pour tendre un piège au véhicule central, mais laissa le moteur à l'arrêt et dégaina son arme à la venue de la Honda.
Après un bref rugissement, la moto s'arrêta au niveau des deux hommes. Le pilote releva la visière et ne daignât pas regarder Jack. Il sortit son SIG-Sauer P228 de sa veste et pointa sur Radford.

- " Montez à bord ! ", à l'homme chauve

Etant donné la circulation, c'était son seul moyen d'échapper aux japonais, et Jack avait là l'occasion de détourner leur attention.

- " Ecoute Jack, quoiqu'il arrive, ne leur dis pas que je suis à la tête de notre groupe en freelance ! ", spécifia Radford
- " Tu me connais mal ", catégorique, le sourcil relevé,

Le jeu de trahison avait rendu trouble leurs intérêts, et même si Radford savait que son ancien protégé était résistant à toute épreuve, sa certitude ne livrait plus la même assurance qu'avant l'opération Eclipse.

- " Si je ne reprends pas contact avant 20mn, retrouve Drakov avant que la CIA le récupère ! Je pense qu'il a été engagé par quelqu'un d'autre... "
- " Qu'est-ce que tu veux dire ? "
- " Drakov est le transfuge idéal pour eux. Il a accepté de livrer des noms du marché noir uniquement pour être gracié du meurtre de Davies, et pour que la Biélorussie bénéficie d'un soutien économique "
- " Je sais, ces cinq dernières années depuis Eclipse ont montrés que son seul objectif est de rentrer au pays natal. Mais ça ne prouve pas qu'il trahi la CIA ", douta Jack
- " Je crois qu'il a été envoyé pour tester la CIA et la Coalition "
- " M. Radford ", s'impatienta Matters, caché sous son casque
- " Merde ! ", réagit Bauer " Karamazov cache quelque chose d'après Cassandra, ca expliquerait pourquoi la CIA l'a enfermé, et pourquoi ils surveillent Drakov de près "
- " Tu ne penses tout de même pas que... "
- " L'attentat près de Kaboul n'était pas l'objectif final, il y a un autre attentat qui se prépare !!! "
- " La CIA l'a arrêté pour couvrir leurs intentions, que Bergman devrait bientôt mettre à exécution ! "
- " Tout devient plus clair, les missiles n'étaient qu'un leurre pour faire croire qu'il s'agissait de l'attaque ", dit-il d'un ton mélangé de lucidité et d'affolement

La BMW des asiatiques pénétra dans l'allée, ce qui provoqua l'empressement de Radford, aussitôt à l'arrière de la moto de James Matters. Ce dernier fit signe qu'il s'en occupait, et dirigea son arme vers la flaque d'essence qui coulait depuis qu'une balle avait percée le réservoir, une vengence bien calculée. Jack se dégagea immédiatement de la voiture, et évita de justesse la balle du Sauer qui ricocha sur la couche colorée, provoquant ainsi une déflagration étreintée entre les murs. La Honda démarra en trombe, laissant Jack à terre, projeté par le souffle, protégé par la barrière de feu.

La chaleur du feu déformait les bâtiments de la ruelle, qui cachaient les pieds des gratte-ciel de Washington.
Le brasier s'accentua ensuite, atteignant un pic de 4m de haut, comme une ligne de démarcation entre les japonais et Jack, confronté à deux choix: celui de fuir, ou de traquer. Dans l'instant, il ne savait plus très bien. Les vagues de la flambée floues caractérisaient bien son indécision.
Après tout, peut-être que le malaise n'était un retour aux racines, passage indispensable, qui lui rappelait ses premiers jours nébuleux dans la grande aventure du contreterrorisme. Et si Jack avait si peur de ressentir ce sentiment d'irrésolution, c'est parce qu'il ne voulait plus revenir en arrière, trop focalisé sur sa poursuite effrénée du temps, à la conquête d'un avenir qu'il croyait encore pouvoir changer.





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 Message Posté le: Lun 28 Juil 2008 - 4:02    Sujet du message:
Répondre en citant

Laughing la FOX qui tourne une série sur un agent anti terroriste...

Sinon super idée le gouvernement de l'ombre et la Russie impliqués dans le 11 septembre...

Par contre,vu que Logan est impliqué,et que c'est avant la saison 5,et que le pétrole d'Asie Centrale est le thème,et que la Russie est mêlée,ca risque quand même d'être lié à la conspiration du Sentox même indirectement?

je t'ai déja demandé je sais,tu m'a dit pas trop,mais j'ai du mal à imaginer qu'il y ait pas de lien du tout

j'espère aussi qu'on verra les Chinois un moment^^
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Mr. Jack
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 Message Posté le: Lun 28 Juil 2008 - 4:57    Sujet du message:
Répondre en citant

Même à 4h on lit ma fic, ca c'est un vrai fan ! Mr. Green

Pour Logan, comme je l'ai dis, son importance est mineur étant donné que de toute façon, beaucoup de choses sont mises sur le compte de la Coalition et d'autres organisations nébuleuses.
Palmer n'était qu'un pantin et Logan en est de même.

Après, bien évidemment je ferais un petit lien non pas avec le sentox (cette histoire est trop foireuse à mon gout) mais sur le pétrole en Asie Mineure, ce qui sera bien sûr lié au devenir d'Idéon...


Citation:
Sinon super idée le gouvernement de l'ombre et la Russie impliqués dans le 11 septembre...


Justement, l'intérêt est là d'aller un peu à l'encontre de ce cliché, enfin d'un côté, oui, son existence reste secrète pour le peuple (mais ça n'a rien d'étonnant, les plus grands think tank, le groupe Carlyle et autres lobbyistes sont méconnus), mais d'un autre, j'essaie de montrer qu'il y a différentes structures ou niveaux d'informations (de vérités peut-on dire...), la plus basse et la plus "infectée" par le mensonge étant le niveau populaire, alors que la fictive Coalition appartient à un des plus hauts niveaux.

Et je crois qu'Eclipse montre assez bien ce jeu avec la réelle signification de Pluie Noire qui sera véritablement dévoilé cette saison.
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 Message Posté le: Lun 28 Juil 2008 - 13:43    Sujet du message:
Répondre en citant

On saura qui est le président de la Russie à ce moment
et donc si c'est Suvarov qui a commandité tous les complots des russes évoqués dans les 4 saisons?

quand je parlais de gouvernement de l'ombre tu explore cette idée mais sans reprendre les clichés tels quels c'est vrai...

et oui je suis un vrai fan Mr.
Green Laughing
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Mr. Jack
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 Message Posté le: Lun 25 Aoû 2008 - 18:55    Sujet du message:
Répondre en citant

Aussitôt le forum rétabli, j'en profite pour poster le 3ème épisode... Twisted Evil

J'espère pas faire buguer le fofo... Laughing

Toujours pas de musiques ni d'image, car je suis dans une période où j'ai envi de proposer quelque chose d'un peu plus authentique, même si c'est au détriment des émotions. Et puis je m'efforce d'être quand même assez descriptif sans pour autant négliger l'évolution des personnages et leur psychologie, d'ailleurs très mis en avant pour ce 3ème épisode, notamment par le destin croisé de Bauer, Matters et Caïn.

Je viens de débuter l'écriture du 4ème épisode, qui je crois, complète assez le 3ème, dans la mesure où il plante la menace, et amène doucement la Coalition en tête d'affiche... Smile

Bonne lecture à tous !


Précédemment dans la fan-fiction de Mr. Jack :

Pistés par les yakuza qui avaient retrouvé leur trace, Jack et Radford reçurent l'aide de James Matters afin de leur échapper. Même si Radford suivait de près Drakov, il avoua qu'il ne pouvait pas fuir éternellement le procès qui le guettait. De plus, pour éviter les représailles de la Coalition, il n'hésitait pas à livrer ce qu'il savait sur l'organisation, à la tête de l'industrie américaine, et impliquée dans l'attentat de Djalalabad. Leur ambition était d'entrer en contact avec certains vendeurs du marché noir, par le biais de Drakov notamment. En réalité, Yanaka était l'objectif principal, dans le but d'un nouvel attentat qui se produirait dans la journée, et dont la CIA semblait également mêlée.

La fusillade avec l'unité de Danny Caïn n'était qu'une diversion pour permettre aux talibans de frapper au plein cœur de Kaboul, éloigner l'armée et prendre le contrôle de la ville. Pensant libérer les institutions contrôlées par le mollah, et donc les talibans, Caïn cherchait surtout à lui tendre un piège en l'attirant dans une école de la ville. Pour Rosenberg, le plan était plutôt de faire croire au regroupement des forces américaines dans la capitale pour que Bergman relâche sa garde, alors qu'en réalité, l'US Army serait en infériorité. Une fois à l'intérieur du pensionnat, Caïn et ses hommes constatèrent que les talibans étaient définitivement revenus, un otage sous le bras, en encerclant le bâtiment.

Pour éviter d'être éliminé par les russes à cause de ses informations qui pourraient intéresser la CIA, Yanaka tenait en Karamazov une assurance solide. De plus, il avait connaissance d'un espion russe parmi ses employés qui s'avérait utile pour les informations, ou désinformations qu'il voulait leur transmettre.

Au gala de la Maison Blanche, Sorensen partagea quelques secrets avec Rosenberg au sujet du colonel du FSB, ancien KGB russe, qui portait ses craintes sur Karamazov, mais aussi la Coalition, qui pourrait, selon lui, avoir une taupe infiltrée dans ses rangs.



Episode 3 : ( 14h00 - 15h00 )

Ces événements se déroulent le jour de l'opération Sombres Soleils, entre 14h et 15h, heure de Washington DC.



Les pensées de Caïn s'échouaient dans cet amalgame de décisions à prendre avant l'invasion des talibans à l'intérieur du pensionnat. Les pieds enchevêtrés dans les gravats de l'arrière cour, dont le terrain de sport avait été intégralement démoli après les bombardements, le lieutenant-colonel signala à une religieuse âgée au fond de l'étendue instable de rentrer à l'abri et de rassurer les enfants. Epaulé par deux autres soldats, Porter et Mike, bénéficiant respectivement de 1 et 3 ans d'expérience, il s'apprêta à freiner le groupe de rebelles qui contournait l'enceinte par l'aile administrative est. Après avoir escaladé les grillages du terrain de basket, où les pieds du lieutenant furent coincés un instant, l'unité retomba sur un lieu de prière, où une spirale brune, pallier d'une sculpture énonçant trois versets du Coran ornait en son centre, au milieu de bancs et d'une fontaine morte.

- " Ici Bravo Sea, nous confirmons le rapprochement de cinq ennemis fournis en armes iraniennes ", reçu Caïn sur sa radio d'après l'unité postée à l'étage de l'aile longée
- " Ca fait 18 hommes en tout, avec le groupe près des dortoirs et celui à l'entrée ", ajouta Porter, le crane entièrement rasé, qui défendait un côté condescendant un peu français
- " Les Marines arrivent par l'est, les talibans se fortifient à l'intérieur du bâtiment en ruine d'en face ", remarqua-t-il avec ses jumelles " Lance-roquette à vos 15h, ils vont détruire le mur ! "
- " On continue toujours chef ? "
- " Affirmatif ! ", lança strictement Caïn " Mais il faudra se replier ensuite et protéger le dortoir ! L'objectif n'est pas de décimer le groupe ennemi, il faut temporiser et attendre les ordres, en souhaitant que d'autres unités se ramènent ! "
- " Et s'ils n'arrivent pas à temps ? "
- " On remercie le père géniteur de nous avoir donné des couilles et on survit ! ", répondit Mike à la place de son supérieur

En traversant la zone de recueillement sous la nuit étoilée qui commençait à se refroidir, Caïn eut le temps d'admirer le quart de lune pointer au dessus de la mosquée du quartier, et se remémora cette scène d'enfance qui l'avait marqué. Pendant la première guerre d'Afghanistan, crise épilogue de la Guerre Froide, une intervention de l'Armée Rouge fut retransmise à la télé. Le général Sokolov prenait une ville afghane en assaut, et Caïn, aux côtés de son père, un éminent analyste travaillant pour la Maison Blanche sur les troupes aéroportées dans les pays satellites de la Russie, y découvrit la grandeur stratégique des russes face à quelques moudjahidines peu nombreux, qui tentaient de survivre, puis se souvint d'un commentaire que son père avait prononcé: " Survivre, c'est éviter l'échec de soi, et dans le plus pur instinct de survie, chaque pion de l'échiquier géant doit veiller à ne pas chuter pour rendre cet échec insignifiant par le temps, puis poursuivre son ascension et sa promotion ". Caîn lui répondit alors, quelques années après sa mort, que la survie l'amènerait bien plus loin que ses rêves les plus fous.

Après cet instant de dérive, des tirs d'armes automatiques se manifestaient à l'autre bout du secteur.

- " Equipe Alpha Contact, quel est l'origine des tirs ? ", demanda Caïn
- " Ils... ", avant un grésillement continu
- " Chef, ils entrent dans le réfectoire, je ne vais pas tenir longtemps, ils vont prendre les enfants ! Dép... "

Le contact fut à nouveau coupé.

- " Bordel, ils vont se servir des enfants pour qu'on rende les armes ! "

Malgré les talibans à proximité, il ne murmurait pas le désarroi exhumé par ce pressentiment d'abandon. Le front barré par un pli, il s'approcha de la façade murale et se cacha derrière une statue dont il manquait une partie de la tête pour pouvoir surprendre les troupes ennemies à leur arrivée dans la grande cour de l'école.


[14:05:44]


A quelques mètres de l'océan, du coté centre ville de la longue route qui longeait la côte Est, Jack avait semé les japonais, à ce qu'il en croyait, ou plutôt était-ce une précaution, pensant qu'ils s'intéresseraient à lui plus tard, après les comptes à régler avec Matters, qui s'était échappé avec Radford au dos de sa moto. En errant dans un centre commercial, il posa ses lunettes de soleil sur le nez, puis s'arrêta près d'un commerçant le long de l'allée centrale qui proposait des montures de marque. Il en profita pour regarder si on le suivait depuis le miroir, puis se posa un instant pour récupérer le journal laissé en évidence. Les mots croisés étaient inachevés, que Jack termina en écrivant les mots whispers et call-girl, dont le W et le C entraient dans la 5ème colonne. Le signal était clair: un rendez aux toilettes dans 5mn.


L'équipe envoyée par Newell se déployait le long du parvis face à l'immeuble de Yanaka, où une impressionnante architecture au contour baroque attirait le regard des passants. En civils, les hommes de la CAT observaient le hall d'entrée du coin de l'œil à travers les portes automatiques translucides.

- " Ici Archange II, j'ai repéré les deux hommes en moto dans le parking. Le profil du conducteur correspondait bien à James Matters ", recevait l'agent au blouson en cuir, assis sur un banc vert " On force l'intervention ? "
- " Avez-vous confirmation qu'il s'agit bien de lui ? "

Le fédéral laissait croire qu'il fouillait dans le coffre de sa Lexus, en regardant traverser les deux suspects, alors que Matters cachait Radford.

- " Je confirme, il vient d'enlever son casque. Mais je n'arrive pas à voir l'autre, je vais essayer de me déplacer "


Au même moment, Jack reçu un message sur son biper, provenant de Newell lui-même, avec qui il avait établi quelques liens grâce à une connaissance commune. Le message stipulait que Matters serait bientôt appréhendé. L'ancien Delta saisit aussitôt son téléphone et contacta le directeur, comme s'il venait de se rappeler que la CAT comptait intervenir.

- " Frank Flynn, passez-moi Newell, tout de suite ! ", à la secrétaire
- " Vous avez reçu mon message ? ", demanda Newell arrivé comme un éclair
- " N'intervenez surtout pas, ça ne s'est pas passé comme je l'espérais "
- " Je sais que vous tombez dans l'estime de Caïn, mais je ne peux pas annuler une opération pareille... "

Après un moment d'hésitation, Jack se décida à lui avouer un soupçon de vérité.

- " Un de nos agents est infiltré chez Yanaka. Si ce dernier croit qu'il s'agit de Matters ou de qui que ce soit d'autre, sa couverture sera grillée "
- " Pourquoi Yanaka penserait forcément à une taupe ? "
- " Parce qu'il est très suspicieux envers Matters. Je ne voudrais pas sacrifier un innocent "

Jack savait que d'une façon ou d'une autre, la CIA n'en ferait qu'à sa tête et appréhenderait Matters à un moment ou un autre. S'il appréciait Newell, c'était avant-tout pour sa discrétion, lui qui savait ne pas ébruiter une affaire quand c'était dans l'intérêt des gens en qui il avait confiance.


Avant d'entamer son discours, Brainer aspirait à faire quelques pas sur les bords d'une rivière scintillante dans les jardins de la Maison Blanche. Les éclats du soleil qui s'échappaient au gré des ondes d'eau éblouissaient le successeur d'Anthony Lane, accompagné de Nate Sorensen, qui s'était avéré de grande valeur en lui livrant les contacts qui manquaient à sa liste. Tout autour, pas moins de huit gardes du corps assuraient la protection du président de la Chambre.

- " Les manifestations deviennent de plus en plus violentes. Les gens ont peur que l'Europe soit contagieuse... ", s'inquiéta Brainer, remettant à niveau ses lunettes
- " Le pic pétrolier effraie peut-être, mais nous avons l'avantage sur le Moyen-Orient. Au vu de notre marché de la désinformation, le pétrole qu'ils nous fournissent est encore assuré pour une bonne décennie, malgré la mort de Nazr "
- " Le nouveau prince ne nous fait pas confiance. Il pense que nous soutenons les représailles d'Idéon, et il est persuadé que c'est le président Logan qui pousse le Moyen-Orient à retirer une partie des parts pétrolières réservées à l'Europe pour nous les livrer. Idéon est indépendant, et nous ne sommes pas à l'abri d'une révolte, tant que nous n'aurons pas entièrement désarçonné le consortium "
- " On peut déjà s'estimer heureux qu'il n'y a plus de nettoyage ethnique, maintenant que Kingsley est mort et que Nazr nous a donné quelques noms ", commenta Sorensen, regardant au loin les arbres italiens
- " C'était une impasse. Les membres d'Idéon bénéficient d'une bonne couverture, et même si Lane aurait parlé, il n'aurait rien pu nous dire. J'ai parlé avec quelqu'un récemment, qui m'a avoué que les français étaient sur une piste intéressante, même si les preuves sont aussi maigres que ces filles de l'Est... "
- " Les français liés à Idéon ? ", sans relever la comparaison déplacée de Brainer
- " Leur ancien premier ministre, mécontent des résultats économiques causées par le consortium "
- " Il serait grand temps de calmer le jeu au Moyen-Orient. Nous avons besoin d'eux pour la désinformation, au moins tout autant que les russes se servent d'eux pour les mêmes raisons "
- " Je ne pourrais jamais vous remercier assez pour tout ce que vous avez fait là bas. Chaque jour est un pas de plus vers le refuge de Ben Laden "
- " Un pas dans l'ombre de son refuge plutôt. Mais nous devons nous en contenter. Ben Laden est un des seuls qui a connaissance de la désinformation lancée par les russes. Si jamais il basculait pleinement de leur côté, ça nous couterait cher "
- " Cela fait des années que notre gouvernement protège la famille Ben Laden "
- " C'est un ennemi instable. Le diable de notre paradis perdu. Il faut continuer à lui donner de fausses informations, en partant du principe qu'il les livrera aux russes "

Brainer s'arrêta et fit face à Sorensen, les cheveux luisants à cause d'un gel qui lui donnait l'impression de sortir des années 1960.

- " De vous à moi, le jeu que mène le Congrès est un peu trop obscur pour que je puisse le cerner ", admit Brainer
- " Cela fait 14 ans que je soutiens le Congrès. Ne croulez pas sous l'illusion, ils sont bien à l'origine de certaines opérations détournées, comme Cyclone, ou encore Crépuscule, malgré le peu que je sais. Mais ce sont les premiers édifices de notre trésor: la manipulation des grandes puissances. Avec les fonds que le Congrès a détourné, nous avons pu nous rapprocher de la famille Ben Laden et dominer le Moyen-Orient "
- " Comment parvient-il à financer de telles opérations ? "
- " Je n'en ai pas la moindre idée, mais c'est là l'obstination qui vous guide n'est-ce pas ?"

Une idée certes saugrenue mais pas improbable apparue à Brainer: et si Idéon, après les nettoyages ethniques, après les représailles et l'immense marché pétrolier qu'elle contrôlait finançait le Congrès afin de mieux se jouer du Moyen-Orient et des russes ? Quelques secondes plus tard, l'idée parut mourir dans les abysses intérieures de Brainer, qui se laissait sans doute trop aller à ses théories conspirationnistes.


Quand Jack remarqua que l'agent d'entretien était distrait, il improvisa en saisissant une pancarte sur son chariot indiquant que les toilettes étaient hors d'utilisation, et l'accrocha sur la porte avec l'écriteau "Women". Une jeune femme qui semblait remettre son tampon sortait au même moment de sa cabine. Jack entra hâtivement dans l'une d'elles jusqu'à ce que la femme quitte la pièce, puis sortit son arme par vigilance.

- " Tu peux sortir ", en devinant que son contact se cachait

Le loquet de la cabine fut désengagée.

- " J'ai fais le tour du centre commercial, personne ne te suivait ", rapportait Cassandra à Jack en le fixant dans le miroir ovale.

Une chemise à manches courtes bleue marine ainsi qu’un pantalon noir de femmes d'affaires marquait les traits de son ancienne conquête furtive.

- " Heureusement que notre repère n'est qu'à quelques mètres d'ici. Et je crois qu'on me surveille toujours "
- " L'alibi est solide, la CIA est toujours persuadée que Kim vit à l'hôtel "
- " Je crois qu'ils mettent quand même le bâtiment sur écoute "

Même s'ils n'avaient pas beaucoup de temps, Jack laissa fuir un court silence qui dévoilait son anxiété auparavant voilée.

- " Tu travailles pour eux Cassandra ? "
- " Quoi ? "

Jack ne comptait pas sur la sincérité, mais cherchait plutôt à la deviner d'après le ton qu'elle employait et ses expressions faciales.

- " Je pensais que cinq ans suffirait pour te convaincre. Qu'est-ce qu'il te faut de plus ? ", déplora-t-elle
- " Tu disais qu'avant Eclipse, Bergman t'avais ordonné de ne rien dire sur votre collaboration avec Mikhael Drakov, au cas où ca se retournait contre vous, et que son but était de découvrir comment dirigeait la Coalition. Mais Radford m'a dit qu'il ne savait presque rien d'eux. La Coalition les aurait engagés dans le cadre d'une alliance avec les russes. Je pense que Bergman et Radford n'ont pas accordés leurs violons, et qu'on se sert de toi pour découvrir ce que fait vraiment Radford "
- " Pourquoi je passerais par toi et pas directement par Radford, en me servant de lui ? "
- " Parce que j'ai toujours été digne de confiance ", pas vraiment convaincu
- " C'est ce qu'il te fait croire. Notre intérêt est le même: Mikhael Drakov, que Bergman pense lié à une multinationale obscure du nom d'Old Fates, comme je t'avais dis dans le mémo. C'est pourquoi on s'en est intéressé de près puis veillé à sa capture "
- " Tu ne m'as toujours pas dit comment... "
- " Les occasions étaient rares ces derniers temps. Depuis ta démission des Delta, le cartel Salazar, et la création de notre unité, on n'a pas pu mettre les choses au clair "
- " Etrangement, j'ai été le dernier à intégrer le groupe freelance, et comme par hasard, juste après la CIA a proposée de m'employer "
- " Ce qui nous a permis de découvrir leurs intérêts ! Ca n'avait pas l'air te déranger quand je t'ai donné de quoi survivre en prison, et quand j'ai transmis à Radford les moindres informations que tu me donnais sur Karamazov, puis quand j'ai organisé l'extraction avec James ! Comment oses-tu parler de trahison ? "
- " Tu n’as pas répondu à ma question. Ni comment Bergman t'a engagé "
- " Il y a tellement de vides...et il y en aura toujours. Je ne pourrais pas te donner réponse à tout Jack, tu fais de tout ça une obsession, tu deviens avide et corrompu par ton imagination, comme... "
- " Comme qui ? "

Cassandra cherchait à s'échapper de la pièce, jusqu'au moment où elle commença à comprendre les raisons de ce revirement étrange.

- " Tu...tu penses que c'est moi qui a balancé ? Que j'ai dit aux yakuza où vous étiez il y a une heure ? Tu ne sais rien de moi Jack, et tu n'en saura jamais plus "

Cet aveu sembla le vexer, et il préféra ignorer ce qu'elle venait de dire.

- " Je suis désolé...tout empire depuis Teri. Kim, mes problèmes de cœur, Ellen, la prison en Biélorussie, les chinois...c'est une malédiction ", s'efforçant de ne pas monter le ton
- " Tu ne changeras pas l'emprise du temps sur toi. Il y aura toujours une partie de toi qui devra accepter la solitude "
- " Mais je ne peux pas accepter la déception ", après cette taupe à la CAT qui l'avait profondément bouleversé
- " Si quelqu'un balance des informations à l'ennemi, c'est Radford lui-même. Il savait que je le surveillais. Peut-être qu'il voulait entrer en contact avec Yanaka. Jack, je ne suis pas Nina Myers. Mon discours depuis toujours devait te rendre à l'évidence: je ne veux pas d'une autre identité. Une seule est déjà bien dure à supporter "


L'avertisseur sonore annonçait l'ouverture des portes de l'ascenseur. Les portraits de Matters et de Radford se glissaient entre elles. L'ancien directeur avança le premier, menacé par une l'arme dans son dos, puis Matters pressa sur le bouton qui menait au dernier étage.

- " Désolé pour le flingue. Yanaka doit y croire ", dit-il à basse voix
- " J'ai hâte de l'entendre brailler avec son accent. Il va s'en donner à cœur joie "
- " Il ne vous tuera pas. Je préviendrai Jack s'il faut intervenir "
- " Voila qui me rassure... "
- " Faites lui croire que vous avez agi dans son intérêt. C'est vous qui m'avez conseillé comme bras droit, et il ne m'a pas renvoyé, ni soupçonné de quoi que ce soit. C'est qu'il pense que la négociation est encore possible. Dans le cas contraire, il m'aurait déjà supprimé "
- " C'est pas faux. T'apprends vite les ficelles du métier. Mais quand même, comment on dit trou du cul en japonais ? "

Matters releva les sourcils, sans le prendre au sérieux, puis fixa l'indicateur d'étage.

- " Yanaka sait que j'ai une place d'honneur au sein de la Coalition ", poursuivit Radford " C'est pour ça qu'il t'a engagé. S'il avait eu le moindre doute durant ces 18 mois, tu aurais connu la torture sur la cuvette des chiottes... "
- " Je l'ai aidé à réussir ce procès. Par contre lui, ne vous a pas vraiment aidé...Le Delta Force sera supprimé, une autre organisation sera créée. Peut-être pourrez-vous trouver un terrain d'entente là dessus... "


[14:16:31]


Matters attendait la fin de la réunion pour présenter Radford à Yanaka.
Jack sortait du centre commercial par derrière.
Les manifestations s'intensifiaient à Washington, et gagnaient peu à peu la Maison Blanche.
Sorensen offrait quelques confessions pour gagner d'avantage la confiance de Brainer.
Les tirs cessaient au pensionnat. Les talibans savaient que l'équipe de Caïn se repliait, et en profitaient pour investir les lieux.



[14:21:16]


Dans les hauteurs de Chicago, dans un quartier excentré de la ville - où circulait un peu trop le métro d'après les habitants -, une femme aux cheveux courts, rajeunie de quelques mèches blondes laissait claquer ses talons sur le macadam qui semblait être le parfait reflet des nuages gris qui survolaient la banlieue. En tenue de bureau, le sac à main à l'épaule, on arrêta Eve Thompson au bas de l'escalier de la résidence où elle vivait luxueusement, même si le coin était essentiellement habité par la classe moyenne.

- " Vous m'avez presque manqué ", dit-elle à l'homme en costard qu'elle ne connaissait même pas
- " Agent Spelling, CIA, sous les ordres de Richard Braxton "
- " Ce bon vieux Richard ? Comment va t-il ? La vieillesse ne doit pas lui aller... "

Elle monta les marches, passa la clé dans la serrure, puis comme si cela allait de soi, laissa entrer le fédéral.

- " Vous savez pourquoi je suis là "
- " Parce que votre patron fait mine de ne pas savoir que je travaille pour l'OIS, organisation chargée de la collecte et de la distribution d'informations dans le monde. Enfin information est un vaste mot. Quoiqu'il en soit, je suppose qu'il n'a pas aimé mon récent article sur les prisonniers de Guantanamo. C'est rare, mais il m'arrive d'aimer la vérité ", débitant les mots à une vitesse folle
- " M. Braxton dit qu'il ignore lui-même d'où vient cet ordre apparent de l'OIS, en étroite collaboration avec la Vinaigrerie ", surnom de la CIA
- " Pas étonnant, Braxton n'est là que pour poser sur les posters. Son rôle est très limité, mais vous ne le saurez jamais. Quelqu'un de plus puissant que la CIA donne les ordres, mais allez racontez ça...la chasse aux sorcières pourrait bien recommencer "

Spelling, ancien agent de la CAT de Washington, avait rapidement été transféré dans un bureau miteux de la CIA, où il avait monté en grade récemment grâce à la localisation d'espions russes dans le camp géorgien.
Eve Thompson avait beau avoir la quarantaine, elle n'en restait pas moins charismatique et impressionnante, sans être dénué d'un charme mature. Spelling ne savait quoi lui répondre, et improvisa sur son mince terrain de connaissance.

- " On doit facilement connaître ce quelqu'un quand on travaillait avec Anthony Lane ", suggéra l'officier de la CIA
- " Pas quand ce quelqu'un ne veut pas se faire connaître. Je ne connais pas tant que ça la CIA. Par contre si vous avez des questions sur le Congrès...La seule piste que je peux vous donne est... ", elle marqua une pause " Et si quelqu'un voulait décrédibiliser la CIA? Et comptait sur moi pour faire le sale boulot ? "
- " Si c'était le cas, je suppose que vous n'auriez pas émis cette hypothèse "
- " Peut-être bien que si ", en semant le doute chez Spelling " Mais si c'est le cas, croyez-moi, moi-même je ne saurais distinguer le vrai du faux. Et Lane ne pourrait que trop bien le confirmer. Cet océan de nœuds emmêlés dans lequel il s'est jeté en est une preuve. Lui-même se laissait guider au gré des complots sans même savoir comment en sortir "
- " Quel était l'intérêt dans ce cas ? "
- " Le prestige je suppose... ", la tête basculant en arrière, le regard perdu " Mais c'est une autobiographie que vous préparez ? "
- " Non ", en insistant après avoir posé son calepin " Si vous voulez ma théorie, Lane voulait s'emparer de l'Europe et prendre leurs ressources. Probablement pour être en avance sur les russes ou les chinois, comme la 3ème guerre mondiale approche "
- " Théorie intéressante, je vous laisse en débattre avec Braxton, c'est un renard vicieux qui n'aime pas beaucoup Lane, mais il a toujours su faire le lèche-cul, sinon il n'aurait pas tenu 3 ans à la tête de la CIA "

Avant que Spelling s'apprêtait à sermonner Eve Thompson avec peu d'assurance, elle le coupa en anticipant:

- " Je pourrais acquiescer bêtement en vous faisant la promesse d'arrêter d'écrire et déménager à l'autre bout du pays, mais je ne le ferais pas, et Braxton ne pourra guère grand chose à part envoyer ses jeunes loups faire le trajet au lieu d'un simple coup de fil. On m'a donné un rôle, et je le tiendrais jusqu'au bout, personne à la CIA, du moins, pas la face visible ne pourra m'en empêcher. Mais comme vous m'avez l'air d'un gentil garçon, je vais vous donner de quoi nourrir le boss. Vous pouvez lui dire que mon prochain article concerne le dernier rapport de la Défense indiquant que le grand patron, dont vous n'entendrez jamais parler, s'est enfui à l'aide d'un tout nouveau sous-marin non signalé et reconnu par le gouvernement. D'où vient-il, tel est la question, mais ce n'est pas à moi d'en répondre. D'abord laisser couler les rumeurs, puis les recouvrir de rumeurs plus persistantes qui passeront pour des vérités tragiques. Passez le bonjour au vieux Braxton "

Le claquement de la porte tombait en écho avec les tirs qui résonnaient à quelques étages des dortoirs dans le pensionnat de Kaboul. Connor, un des favoris de Caïn pour son culot, puis Malek, un sud africain faussement exilé reculaient à grand pas à l'approche des ennemis. Une explosion se fit entendre là où se trouvait Caïn, suivie par une fusillade, probablement un missile qui venait de détruire le mur.
Une religieuse à la beauté orientale envoutante s'approcha de Malek, évoquant l'angoisse des enfants. Comme il avait une veine paternelle, le soldat s'arrangea pour aller les rassurer un court instant, puis à son retour, deux étages plus bas, Connor n'était plus là, mais avait laissé quelques gouttes de sang tacher le sol.


Dans les coulisses situés derrière la scène des galas de la Maison Blanche, Rosenberg collait le vieux combiné de téléphone sur son oreille pendante, entre une planche de bois et un rideau qui avait pris la poussière, faisant attention à ne pas parler lorsqu'on traversait le couloir.

- " C'est ça, et la radio afghane a diffusée plusieurs fois le message. Les troupes se déportent à 40% sur Kaboul les prochaines 24h pour lutter contre les talibans, et ainsi faire croire que l'armée est ancrée dans la capitale pour que Bergman croit avoir le champ libre ... tout à fait, il sait qu'en réalité, les soldats ne bougeront pas d'un orteil. Il sait même où se trouvent nos troupes ... Non Br... ", il se tut pendant que quelqu'un passa " Non, Brainer ne s'y est pas opposé. Il sait que la désinformation est reine pour durer. Et puis si Bergman a envoyé le missile, c'est justement pour que l'armée soit obligée de rester à l'est à cause du chaos à Djalalabad, et pour que l'information ne soit pas crédible ... Oui exactement, cela permettra aux talibans d'arriver en surnombre. Mais ils doivent se modérer, c'est la règle... Sorensen n'a pas envi de financer des régiments supplémentaires ... Oui, Brainer est une cible facile. Et ce n'est pas Logan qui empêchera l'attaque ... Le rapport de la Défense n'a rien tirée de l'enquête sur les sous-marins, nous pouvons attendre tranquillement jusqu'à l'heure convenue "

- " George, vous êtes là ", remarqua un homme " Le Général Mills vous cherche, un appel d'urgence à propos de nos hommes à Kaboul "

Rosenberg se doutait du message, mais se préparait à griffonner la façade qui ferait jaillir sa fausse surprise, toujours conscient qu'un bon politicien se devait d'alterner ses deux identités, de l'être et du paraître.


Caïn remonta d'une traite les douze marches de l'escalier criblé de balles qui menait au premier étage du pensionnat où dormaient les petites filles, couvert par Porter qui tenait un P9 muni d'une torche, puis Mike qui surveillait les arrières.

- " Repli trois sur zone de défense ! Ici Alpha Contact, appelle à l'unité Faucon Noir, demande de renforts immédiats ! ", lança désespérément Caïn
- " Les dortoirs sont vides Lieutenant-colonel ! J'aurais leur peau à ces enfoirés ! ", signala Porter

Parfaitement rasé mais transpirant de sueur, Caïn traversa une à une chaque pièce jusqu'à la dernière, puis exigea le silence complet arrivé au niveau d'un lit défait. Il s'abaissa d'un genou sur le sol, et croisa le regard d'une fille en sanglot, les jambes enveloppées par ses bras, totalement apeurée:

- " Ils ne l'ont pas vu dans la panique général ! On doit établir un périmètre de sécurité pour la sortir d'ici ! Je vais continuer de joindre Wilson ! ", précisa le soldat au P9
- " Ne crains rien, on est là pour t'aider ", chuchota mélodieusement Caïn en lui tendant la main, même s'il savait qu'elle ne comprenait rien " Allez suis-moi, on va te sortir d'ici "

Après un moment d'hésitation, elle glissa jusqu'à l'entre-deux lits et agrippa les mains de pianistes de Caïn. Un craquement heurta soudainement le calme, et le lieutenant-colonel dégaina de l'autre main.

- " Restez avec elle "
- " Mais lieut..."
- " C'est un ordre ! "

Il s'avança jusqu'à la porte en bois entr'ouverte, puis à l'apparition d'un grincement, il écrasa la main - trop mat pour être un de ses hommes - qui s'introduisait dans l'espace en fermant la porte. Caïn saisit alors l'homme en le tirant vers lui, puis livra un coup sec du tranchant de la main au bas de la gorge. Il écarta l'automatique que tenait le taliban, enroula son bras autour du sien pour l'immobiliser, puis le frappa au ventre d'un poing bien serré, avant de le prendre à l'arrière du crane pour lui faire voir de plus près le vitrail beige.

- " Moi envoyé... ", articula t-il à moitié sonné contre le mur

Porter n'hésita pas à laisser seule la petite avec Mike pour pointer son arme sur le rebelle.

- " Où sont ces fumiers ? Ils veulent nous tendre un piège c'est ça ? "
- " Négociation veut chef. Pas de mort, mais vous rendre "
- " Laissez-moi l'achever lieutenant-colonel ! ", en collant le P9 contre la tempe
- " Attends. Où sont les enfants ? "

Le taliban murmura quelques mots dans sa langue natale.

- " Dans entrée, pendant que vous battre dans la cour "
- " Il fallait s'en douter. On ne pouvait pas couvrir toutes les entrées de toute façon, et ils ont surpris Bravo Sea par derrière ", remarqua Caïn
- " On ne va pas négocier avec ces arabes ! ", s'indigna Porter
- " Ce n'est pas le moment pour dresser tes rancœurs. Depuis le début ils me voulaient moi "
- " Ca...tu penses que le concierge les a renseignés ? "
- " Oui, pour avoir l'assurance de laisser les enfants en sécurité. Si nous nous rendons, ils ne leur feront pas de mal car ils tiennent à ce qu'on leur fasse confiance, pour éviter toute rébellion des institutions qu'ils contrôlent "
- " On ne peut pas se rendre, on serait torturé puis tué comme des bêtes ! "
- " Je préfère ça que la mort d'un seul de ces enfants. Je ne suis pas sûr qu'ils cherchent à nous exécuter. Ils auraient pu envoyer un kamikaze "
- " Presque tous les mois des soldats américains sont publiquement exécutés. Ca serait un bon moyen de faire reculer nos troupes et de déstabiliser le commandement "

La gamine versa quelques larmes en réalisant qu'elle ne comprenait plus rien à la situation ni ce qu'ils disaient. Mike tenta de la réconforter, même si ce n'était pas son fort.

- " On aura le temps d'intervenir. Si les talibans se resserrent sur le centre de la ville et nous encerclent, ils savent que nos troupes vont ensuite les encercler à nouveau. Ils vont donc nous emmener à l'extérieur. D'ici là, notre gouvernement aura peut-être le temps de négocier à son tour "

Même si Caïn avait tendance à trop prévoir ses coups, souvent soumis à l'imprévu, il savait au moins une chose: si la balle n'était pas dans son camp, cela prouvait qu'on versait des informations aux talibans et que le monde n'allait pas tarder à le savoir s'ils cherchaient à exécuter les soldats de l'US Army. Le visage en sang, le rebelle espéra être ramené auprès de ses frères d'armes. Le sort en décida autrement, quand une balle tout droite sortie du canon de Porter fusa jusqu'à son cerveau.

- " Ca c'est pour les miens "

Caïn savait être réprobateur quand il le fallait, mais là, il se retrouvait avec des morts sur la conscience et ne pouvait pas regretter qu'un autre taliban subisse le même sort.

- " Et on fait quoi de la petite ? Une fois qu'on sera à eux, ils partiront de l'école "
- " Les talibans nous observent en ce moment ", en traversant le couloir " Mieux vaut attendre pour jouer notre coup "



[14:31:19]


En retournant à l'hôtel, Jack fit mine d'ignorer la présence de l'agent fédéral posté de l'autre côté du trottoir.
Caïn rencontra les cadavres de quelques uns de ses hommes. Il ferma leurs yeux avec douleur.
Brainer jeta un coup d'œil à la grille d'entrée de la Maison Blanche, où les manifestants inondaient la rue de pancartes.
Les Marines à Kaboul s'organisaient pour sécuriser le quartier autour de l'école, prenant les talibans dans leur ligne de mire.



[14:35:54]


Les rumeurs disaient toujours que Washington couvrait de diamants ses agences fédérales, bénéficiant de fonds inimaginables pour redorer la ville d'une belle image. Pourtant, à en voir les locaux de la CAT, et particulièrement la salle d'interrogatoire, ces rumeurs qui circulaient depuis longue date laissaient à désirer. Des murs sans tapisserie, où l'entassement de briques donnait une impression de cave abandonnée qui s'effondrait doucement, une lumière intense dont l'isolation était négligée, puis une table d'acier vers le fond, près de la "vitre aux vicieux", comme le pensaient tous ceux qui avait subi les interrogatoires interminables des fédéraux, dont Mikhael Drakov, acceptant finalement de s'asseoir en face de Newell, désireux de faire lui-même le travail. Il consulta sa montre, et entama la séance d'un ton presque amical et posé.

- " Raskolnikov, n'est-ce pas le personnage central de ce livre de Dostoïevski ? "
- " Passez-moi le résumé accéléré, j'ai parlé au briefing "
- " Je m'informe en toute curiosité. Si vous tenez tant à maintenir cette carapace, pourquoi cette comparaison avec cet homme, qui si mes souvenirs sont bons, a été déporté en Sibérie ? Est-ce par sympathie communiste ? "
- " L'odeur de la Guerre Froide ne lâchera jamais vos habits sales. La paranoïa va de pair... "
- " Quel est votre camp alors ? Vous ne pouvez pas rester à cheval sur la barrière, on finit toujours par tomber dans un des deux blocs ", conclut Newell en tentant de ne pas le froisser
- " Quand on cède à la peur, probablement. Votre président en est un bon exemple. Je saisis que la discussion avec les russes a été repoussée du temps de Palmer. Ses problèmes avec la Géorgie et les pays satellites puis cette histoire qui a conduit à sa démission, il avait d'autres priorités que soulever de vieux non-dits. Mais ce Logan, je ne saisis pas. Peut-être craint-il trop une nouvelle guerre pour avancer le moindre dialogue "
- " Est-ce une manière de nous dire que les russes sont bien responsables du coup d'Etat en Biélorussie il y a 5 ans ? "
- " Vous savez, si je rejette vos valeurs, ce n'est pas une question de capitalisme ou de communisme. Les deux systèmes ont leurs failles et développent des idées intéressantes. Non, non c'est plutôt cette arrogance, cette hypocrisie caractéristique des occidentaux à feindre sans cesse l'ignorance là où ils fourrent leur nez "
- " De quel terrier parlons-nous ? "
- " Je sais ce que la CIA a achetée au Japon, et ce qu'elle prévoit de faire ensuite. C'est ambitieux, mais j'ai dû mal à croire que cela vient du bureau du président Logan ", en baissant la tête pour éviter d'être aveuglé
- " Vous devez donc savoir que la CIA est énervée. Elle vous propose un marché à l'amiable, et vous la trahissez "
- " Mes informations resteront secrètes, exhumer la vérité a toujours fait trop de morts. Je préfère m'en tenir au marché, et rentrer au pays quand tout sera fini "
- " Je le préfère aussi ", admit le directeur avec monotonie " Juste une dernière question avant de vous laisser à la CIA "
- " Tant que nous évitons la rhétorique ", avec un accent de l'est encore plus marqué que d'ordinaire
- " Connaissez-vous Goran Jovanovic ? "
- " Un militant albanais qui a œuvré pour l'indépendance de son peuple, les expatriés, contre les nettoyages ethniques... "
- " Personnellement ?", précisa t-il
- " Non. Je devrais ? "
- " L'avenir nous le dira ", comme d'un moralisme de vieux briscard

Drakov ne put s'empêcher de laisser échapper un léger rire faussement retenu.

- " Spectateur de notre avenir... Comme si la possibilité de construire le futur vous échappait, comme si vous ne pouviez vous échapper des griffes du temps. Je vais vous dire une chose: ce sont...je crois...des conneries. J'ai passé des années de ma vie enfermé au Goulag à donner des centaines de coups de pioches par jour sous -10°. Et en me courbant jour après jour, comme Sisyphe, j'ai saisi l'absurdité de ma tâche. J'aurais pu crever là bas si je m'étais fié à ces histoires de destiné. Mais l'histoire est à faire plus qu'elle ne nous fait "

Amère et trainant de l'œil, la façade peinte par Drakov ne dissimulait en rien son pessimisme à toute épreuve, et sa vision négative de la vie. En réalité, il pensait que cela permettait de faire l'impasse sur son passé, d'orchestrer une histoire qu'il n'avait pas vécu, une souffrance qu'il n'avait rien ressenti, pour mieux tromper quiconque tentait de le lire.


Le souffle passant par l'espace entre la porte de salle de réunion au dernier étage et le sol ramenait les échos de quelqu'un qui sortait de ses gonds en japonais, Yanaka à ne pas en douter. Pourtant, Radford ne gloussa pas, même lorsqu'il aperçu les bureaucrates convoqués s'échapper de la pièce avec précipitation pour réparer les insatisfactions du patron.

- " Et si ça ne s'arrange pas, vos doigts ne sortiront pas de cette salle la prochaine fois M. Shin ! ", avec un humour noir mal réglé

D'un signe de la tête en biais, il fit signe à Radford d'entrer, puis avec sa main droite grande ouverte, montra à Matters qu'il devait attendre dehors. L'ancien directeur Delta avança de quelque pas, d'une droiture impeccable sans même sourciller, mais Matters n'en connu pas la suite.


Juste avant de revenir à l'hôtel où lui, Cassandra et Radford avait établis la base de leur unité freelance, Jack avait arpenté les rues de Washington de sens unique à sens inverse, afin de déterminer s'il était suivi par la CIA, qui le gardait à l'œil. Pour la onzième fois en une semaine, il eut confirmation que c'était le cas. Dans les quartiers improvisés de la chambre 3613, Cassandra se repositionnait sur les satellites du MI6 en Afghanistan et maintenait la fréquence radio sur celle du 4ème et 19ème régiment.

- " Ca a mal tourné ", dit-elle en descendant les escaliers à toute vitesse pour allumer la télé

Jack émettait encore quelques réserves sur elle, et resserrait son timbre plus strictement.

- " Danny est tombé dans leur piège... "

Le reportage montrait d'un plan d'ensemble sur Kaboul un épais nuage de fumée beige, qui témoignait de plusieurs explosions mineures mais réunies dans le centre-ville.

- " Ils ont encerclés le pensionnat ", précisa Cassandra " Quelques Marines et l'armée française ont tués un groupe armé de cinq hommes, mais quelqu'un a exigé le cessez-le-feu. On doit prévenir Matters et Radford, peut-être que Yanaka peut empêcher de... "
- " Tu sais très bien que Matters risquerait sa couverture, et ce n'est pas le moment "
- " Je ne laisserais pas un de nos membres mourrir comme à Minsk ! "
- " Yanaka ne doit pas savoir que Danny et James se connaissent. Il sait que Danny a mené une enquête sur les sous-marins après Eclipse "
- " Enquête qui n'a mené qu'à Karamazov ", souligna-t-elle
- " C'est déjà trop. Danny avait trouvé une liste de potentiels fournisseurs de sous-marins. En entendant parler de Karamazov et de sa détention par la CIA, ça tombait sous le sens: Karamazov avait probablement conclu le marché entre Yanaka et Bergman, c'est pour ça que la CIA le gardait secrètement "
- " Et que Drakov et Radford ont réussis à trouver un terrain d'entente pour l'attraper, je sais. Mais je n'en suis pas convaincue, ca ferait trop de bruit avec l'affaire des prisons secrètes ", récusa-t-elle en buvant d'un trait un grand verre d'eau sur le comptoir de la cuisine
- " La CIA a affectée deux agents en plus pour m'espionner depuis que j'ai vu Karamazov. Ils veulent tenir ça secret, la plupart de l'Intelligence Community ignorent son existence "
- " Alors organise un rendez-vous avec Richard Braxton. Et fais en sorte de préserver la couverture de Matters "
- " Braxton n'est pas stupide. Quand l'hélicoptère chargé de l'exfiltration s'est crashé à Minsk, Matters s'est refugié à l'ambassade, qui a contacté le département américain pour envoyer les troupes de l'OTAN et libérer la ville. Le gouvernement exigeait un retour au pays immédiat pour un briefing. Matters a accepté, à condition de sauver le reste de l'équipe. Comme il ignorait l'intention de Radford pour capturer Drakov, mais que c'est pourtant lui qui a organisé notre extraction de la prison, la CIA a sûrement comprise que Radford avait proposé l'intervention à James. Braxton sait que nous sommes connectés et que nous préparons quelque chose"
- " Pourquoi la CIA ne nous a jamais interrogé à ce sujet alors ? "
- " Ordre de Bergman ", Jack marqua une pause " Je pense qu'il voulait éliminer notre équipe, mais me garder au moins moi en vie "
- " Pourquoi il ferait ça ? "
- " Mettre en faute l'organisation Delta. Lee était un témoin embarrassant comme il travaillait pour la Corée. Quant à nous, nous avons une valeur dans la procédure engagée contre l'organisation "
- " Tu ne penses tout de même pas que...Radford aurait ordonné d'éliminer l'équipe avec Bergman ? "
- " Ce n'est pas impossible, beaucoup de choses concordent. L'opération Crépuscule, Gabriel m'a aidé à éviter le procès pour éviter tout soupçon contre lui, pour se blanchir de toute accusation, et comme s'il s'avait qu'il restait encore une étape "
- " Eclipse..."
- " Aujourd'hui, il recherche activement Bergman et la Coalition en apportant des éléments de contre-preuve "
- " Radford voudrait faire croire qu'il est en froid avec Bergman... ", réalisa-t-elle
- " Exactement, alors qu'en réalité il traite toujours avec Yanaka "
- " Même si cette coopération lui a coutée de fuir, il savait qu'il bénéficiait du soutien des yakuza, et il aurait donc orchestré leur intervention il y a une heure "
- " J'ai uniquement accepté cette nouvelle mission car Radford peut nous mener à l'échelon suivant "
- " Qu'est-ce que tu proposes ? "
- " De le rendre à la CIA... "

Jack regardait le ciel se ternir, faisant dos à Cassandra, qui tentait de retrouver une lueur d'optimisme dans son regard sans cesse noirçi depuis Eclipse. La danse qu'ils menaient sur cette confiance analogue s'effritait autant qu'elle se consolidait. A force de chercher sur quel pied danser avec les autres joueurs, Jack n'accordait pas plus de crédit à sa relation avec elle. La trahison l'effrayait sans doute plus que la liberté. Pourtant, se décidant à échanger un regard en se détachant du reflet de la vitre, il remarqua une lueur d'espoir dans ses yeux, et d'attente, comme si au fond, elle continuait de souffrir de cette solitude de la guerre. Son retour sur le terrain après les bureaux paisibles de Washington lui laissait entrevoir cet horizon infini: qu'un homme devait à tout jamais payer le lourd tribut de la guerre. Et l'idée que Cassandra pouvait le trahir l'enfonçait encore plus dans son for intérieur, ce qui finalement, le poussait sans le vouloir à un jeu de séduction où lui même devenait traitre et trompeur.
Son portable sonna soudainement, provoquant un très léger sursaut de frayer qui l'expulsa de ses pensées:

- " Bauer "
- " Ici Carrell. Je vous attends aux bureaux, dans 15mn "
- " J'allais justement venir... ", en raccrochant aussitôt


Epuisé par la chaleur lourde et écrasante de la côte Est en été, Matters enfila une chemise d'un noir très foncé qu'il rentra dans son jean bien taillé, puis se posa sur le canapé pour lires la première page du Washington Post, qui évoquait la mort de sept américains au Darfour, lieu où les Deltas, juste avant qu'il ne raccroche, lui avaient demandé d'opérer. Profitant de ce bref moment de repos où il n'avait pas Yanaka ou ses hommes sur le dos, Matters en profita pour se laisser aller à ses idées noires. Depuis la mort d'Ellen Riss et le divorce avec Rachel, sa femme lors de l'opération Crépuscule, il ne cessait de se raccrocher aux maigres branches d'arbres qui se présentaient à lui, sentant qu'il avait quelque chose à accomplir avec Jack en raison de leurs échecs communs. S'il ne semblait pas au premier abord en quête d'une identité, l'ex-Delta cherchait plus à occuper une valeur aux yeux des autres, une utilité qu'il cherchait sans cesse à acquérir. Au moment où lui vint cette pensée, on l'agrippa par le col de derrière puis on le traina derrière le canapé. Le visage renversé d'Amaya et de ses hommes le dominait.

- " Là on a un problème ", en le frappant au ventre

On l'asséna d'un nouveau coup.

- " James, pourquoi tu n'es pas allé au rendez-vous avec Cho, pour retrouver Radford ensuite ? "
- " J'étais à la bourre, un poulet sur le feu "
- " Tiens donc ", jouant sur le même terrain de l'ironie " J'ai justement cru apercevoir des fédéraux sur le chemin. De la cellule anti-terroriste d'après mes renseignements. Pourquoi crois-tu qu'ils étaient là ? "
- " Pour attraper une bande de connards bridés ? "

Dans la foulée, trois nouveaux coups de pieds.

- " A moins qu'ils voulaient un autre poulet blanc... "
- " Qu'est-ce que ça veut dire ? Tu crois que je suis de la maison ? Que je travaille pour le gouvernement ? "
- " Si ce n'est pas le cas, pourquoi ne pas endormir Radford avec le tranquillisant ? "
- " Peut-être parce que Radford travaille avec ton patron crétin ! "

Matters effectua un balayage du pied droit et fit tomber Amaya après avoir livré une droite à un autre homme. Il attrapa alors le second de Yanaka et recula pour éviter d'autres coups:

- " Si j'étais avec eux, j'aurais demandé à ce qu'ils attrapent Radford, quitte à ce que ça grille ma couverture, plutôt qu'aller chercher le chef de la mafia japonaise sans mandat "

Il relâcha alors son rival comme du bétail, et parla avec sincérité:

- " Le gouvernement tient plus que tout à Radford. D'une manière ou d'une autre, ils l'auraient eu, et si je vous l'avais laissé devant les fédéraux, votre organisation aurait eu d'autres problèmes que moi, croyez-le "


[14:45:48]


Jack empruntait la Corvette de Cassandra pour se rendre à la bordure du centre-ville.
Caïn s'était arrêté au 2ème étage du hall pour observer le positionnement des talibans.
Les enfants, par centaine, tous regroupés autour des hommes armés tentaient de contenir leur peur.
Matters s'éloignait des yakuza qui le regardaient avec ressentiment, en leur faisant croire qu'il se pliait à leur volonté.
Brainer et plusieurs chefs d'Etat Major s'étaient regroupés en vitesse dans une salle de crise à la Maison Blanche.



[14:49:55]


Dans une petite pièce grise où quelques sièges étaient réunis en cercle autour d'une table basse improvisée, tous les membres du Cabinet avaient répondu présents hormis le Secrétaire à l'énergie et le Secrétaire à l'agriculture en déplacement dans le Wisconsin pour une congrégation paysanne. Sorensen avait été convié étant donné ses contacts rapprochés avec une grande partie des membres du gouvernement, à côté de l'Attorney Général à sa droite. Rosenberg se tenait assis au premier rang face à Brainer, les jambes croisées et le coude de sa main droite soutenu par le creux de l'autre main, caressant avec fierté la douceur de sa peau rasée malgré les rides trainantes.

- " Je suis d'accord sur le fond Kurt, mais laissez-moi vous dire que l'intention de départ n'était pas de nous donner une crédibilité permanente sur nos troupes en Afghanistan pour combattre l'opposition. Le point de mire était simplement de laisser nos unités se déplacer vers le centre pour encercler les talibans qui voudraient prendre le contrôle de la capitale, et éviter toute perte des nos hommes positionnés à la lisière de Kaboul "
- " M. le Secrétaire d'Etat, permettez-moi d'ajouter que les hostilités ont clairement été déclarées ", fit remarquer le nouveau conseiller du chef du Cabinet, assoiffé d'initiatives " Il ne s'agit plus de voir cette guerre comme un argument au pétrole, comme le souhaite le président Logan. Libérer la ville, ces mots ont un poids qui commence à peine à résonner "
- " A qui veut l'entendre surtout. Et puis l'Afghanistan est une découverte trop récente pour justifier l'envoi d'effectifs supplémentaires aux dépends du Moyen-Orient qui est plus en crise que jamais. Nous ne pouvons pas simplement puiser dans les réserves afghanes et sourire aux Emirats arabes qui vivent de plus en plus mal le pic pétrolier. Si nous ne sommes pas présents sur ce front aujourd'hui, cela nous retombera dessus demain "
- " Le but de cette réunion n'est pas d'envisager nos lendemains, l'aube d'une nouvelle guerre nucléaire nous maintient de toute façon en éveil ", ajouta Brainer " Dans les minutes à venir, les hommes du lieutenant-colonel Danny Caïn seront capturés par les talibans. Ils chercheront à négocier quelque chose en contrepartie. La visée est désormais d'organiser une intervention dans les plus brefs délais, ou de jouer leur jeu pour remplir Kaboul de nos armées. Demander l'aide des troupes sur place serait un suicide. Les rebelles ont des explosifs sur eux, ce sera un carnage d'intervenir, même avec nos snipers à tous les angles de rues "
- " Je proposerais déjà, dans un premier temps... ", annonça Rosenberg en se grattant les sourcils " De calmer le jeu et de suivre les talibans au pas par nos troupes au sud et à l'ouest. Cela leur fera croire à une soumission de notre part, ils penseront que nous serons prêts à tout pour négocier la libération de nos hommes "
- " Et c'est le cas ! ", s'offusqua Brainer
- " Mais en leur faisait croire cela, ils penseront à une ruse de notre part pour éviter tout soupçon d'intervention. Ils se diront qu'ils n'ont aucune valeur et ne les épargnerons pas tout de suite, persuadé qu'ils feraient mieux d'attendre le moment idéal pour nous proposer un marché plus avantageux pour eux, et qui pourrait fonctionner. Ce qui nous laisserait d'une part, le temps de nous recentrer dans le pays et d'envoyer des effectifs supplémentaires, et d'autre part, de finaliser l'opération en remontant le réseau "
- " Pour retrouver directement Bergman ! ", saisit le vice-président, jusque là à court d'argument " C'est bien trouvé George, mais qui nous dit qu'il n'en profitera pas pour s'échapper entre-temps ? "
- " Bergman n'est pas un nomade. Il est là bas pour une raison, qui porte peut-être bien le nom de Russie "
- " Un transfuge ? Ce n'est pas le moment idéal pour cela... ", admit le Secrétaire à la Défense
- " L'Afghanistan est une plate-forme primordiale pour notre désinformation. Les russes mènent le même jeu et comptent sur les reflets des miroirs "
- " La discussion va virer à vos théories complexes que je répugne tant ", admit le vice-président sachant que Rosenberg ne le prendrait pas mal
- " C'est pourtant tout l'enjeu à saisir. Nous nous servons du Moyen-Orient pour piéger les russes, mais eux se servent des mêmes acteurs, dont la famille Ben Laden. Nous sommes trompés par nos propres pièges. C'est pour cela qu'il faut attraper Bergman au plus vite. Si les russes sont impliqués de quelque façon que ce soit dans ces prochains attentats, ou même ceux de Minsk, il faut cesser cette tempête de reflets "
- " Ca ne se fera pas du jour au lendemain, vous le savez ", intervint Sorensen, étrangement silencieux jusque là
- " Je le sais, c'est pour ça qu'il faut temporiser et installer cette guerre. Le temps peut devenir notre allié ", certifia Rosenberg " En ancrant nos troupes dans le pays, non seulement nous tenons de bonnes affaires sur le pétrole, mais en plus, nous avons l'occasion de devancer les russes, et Dieu sait à quel point il est crucial de le faire maintenant. Je vous le jure Kurt, ce Caïn est un crédit plus que favorable à la nouvelle politique de Logan, et une occasion en or pour cesser l'embrasement du Moyen-Orient, je dirais même l'écartèlement opéré par les russes "

Brainer convint vite que l'opération qu'il avait lancé prenait bien plus d'ampleur qu'il ne l'avait imaginé en cherchant à traquer la Coalition, et pour se donner une bonne image auprès du président Logan. Il en était même venu à la conclusion que Rosenberg, de son esprit inintelligible et névrosé pouvait avoir fomenté ce coup. Car s'il y avait quelqu'un qui tenait les rennes plus que le président dans ce gouvernement, c'était bien lui.


Le soldat Porter contemplait dédaigneusement les talibans en plongée écrasante, saupoudré de ce mépris à l'idée qu'il avait les cartes en main du sort des enfants, regroupés en un tas informe qui se manifestait par quelques gémissements de peur étouffés.

- " Le Major Cranks est arrivé au même constat ", expliqua Caïn qui revenait d'une émission par radio " On ne peut plus gagner du temps pour sauver les otages, on doit se livrer aux talibans et les B-2 se chargeront du reste "
- " On fait intervenir l'aviation maintenant ? "
- " C'était le dernier recours en cas d'invasion, et c'est ce qui arrive. La crise sera bientôt déclarée. Si les talibans nous attaquent, notre gouvernement pourra intervenir ce qui justifiera d'avantage la multiplication des troupes "
- " On se concentre toujours plus sur ce p... ", en baissant le ton à cause de la fillette qui comprenait sa vulgarité " ...utain de pétrole... mais qu'est-ce qu'on fait des prisonniers ? Ces gens sont prisonniers des talibans merde ! Si la guerre éclate d'avantage, les Etats-Unis ne vont pas y aller de main morte, tout se joue maintenant "
- " Je sais. Les talibans ont donnés le premier coup et ça risque de couter cher au monde entier, c'est pour ça qu'on doit calmer les choses et qu'en surface, le gouvernement tient à ce qu'on se démerde tout seul, c'est bien compris ?

Porter et Mike acquiescèrent derrière le rideau bordeaux dressé le long de la balustrade en pierre du second étage.

- " Quand les gosses seront en sécurité et qu'on saura ce que les talibans veulent négocier, on s'échappera ", assura Caïn

Les soldats n'avaient pas besoin d'en rajouter d'avantage, ils avaient saisi les objectifs et étaient formés à ne pas les discuter, d'autant plus qu'ils savaient que l'administration américaine marchait sur des œufs depuis l'accrue des conflits avec les russes.

- " Ils sont plus intelligents que je ne le pensais. Les talibans ont laissés leurs hommes aux sorties du bâtiment plus ceux là bas ", en désignant le hall principal " Ils voulaient nous donner l'illusion que nous pouvions gagner du temps. En réalité, c'est l'inverse. On ne peut pas se barricader des jours ici, et l'armée afghane n'allait pas se mêler à un conflit de ce genre

Après quelques sirènes de police, la gamine avait comprise que les forces de l'ordre tournaient en rond dehors. Ils avaient bien reçu l'ordre de laisser faire les choses sans intervenir avant l'aval de l'ambassade américaine.

- " Et pourquoi pas ? Parce qu'ils tueraient les enfants ? "
- " Non, parce qu'ils savent qu'on a une mission. Retrouver Bergman, qui est leur patron. Ils savent que nous brûlons d'impatience. C'est pour ça qu'avec une pareille occasion, je ne peux que me jeter dans la gueule du loup "

Caïn s'avança jusqu'aux larges marches menant au premier étage, en souriant à la petite fille qui osait à peine poser le pied sur le long tapis rouge. Mike saisit chaleureusement sa main et lui murmura qu'elle ne risquait rien, que tout sera fini, persuadé qu'au fond d'elle, elle comprendrait. Rapidement, un des talibans aperçu les soldats de l'US Army et alerta tout le monde. Les enfants levèrent la tête en séchant leurs larmes, comme s'ils voyaient apparaitre une lueur d'espoir, vite éventée par trois soldats saisissant durement le bras de ceux qui se rendaient. Les religieuses conjuraient la libération des enfants, se retenant à hurler leur désespoir sous les armes des rebelles.
Le chef des talibans fut marqué par un soupçon de fierté et d'accomplissement. Caïn déposa les armes en premier, forcé à s'agenouiller bas par le plus hirsute des trois, puis la face contemplant le sol à quelques centimètres, il remarqua ces motifs de spirale qu'il avait déjà repérée à l'extérieur. La reddition n'était pour lui qu'une esquive de plus qui le poussait à la dérive, persuadé qu'au bout des écumes, il parviendrait à atteindre la destination qu'il convoitait depuis son glissement dans le tourbillon.


- " Cet entretient fut plus riche en surprises que je ne l'espérais ", déclara Yanaka en sortant de son bureau du dernier étage, aux côtés de Radford
- " Mes sources sont à prendre à la légère, depuis que mes contacts avec la Coalition ont été coupés. Néanmoins, je compte sur vous pour maintenir cette animosité vindicative qui règne entre nous, question de médiatisation. La presse ne doit rien savoir sur nous ", soutenait le recherché publique
- " Notre passé est trouble comme mon projet commun avec Bergman. J'apprécie votre sincérité. Pour tout vous dire, j'ai fais le tour de la question, et la Coalition ne pouvait que me chercher pour cette raison "
- " Fournir du matériel aux russes pour poursuivre la construction de leur modèle de Pluie Noire - qu'ils ont achevés je suppose - est aussi inconsidéré que de sortir dans les rues avec 2kg de coke. Si les russes savent que la Coalition vous surveille et peut-être indirectement, vous a employé, ils pourraient mettre un terme à leur alliance commune "
- " J'ai de quoi couvrir mes arrières. Mais est-ce que le cas pour vous M. Radford ? "
- " J'ai toujours un plan ", arrivant devant l'ascenseur
- " Mes hommes ont arrangés votre échappée. Ils vous emmèneront là où vous le souhaiterez "
- " Comment procède-t-on ? "
- " Ils vous l'expliqueront mieux que moi ", révélant la noirceur de ses dents par son sourire

Radford fut surpris de voir que deux japonais l'attendaient à l'intérieur de la cage, se laissant guider jusqu'au premier sous-sol. Une fois que les portes s'étaient refermées, Yanaka retourna dans la pièce et entra un appel abrégé sur le téléphone en bout de table.

- " Je crois que Radford est toujours avec la Coalition. Ca veut dire que de toute façon, ils savent où je suis "
- " Rien n'est certain. On devrait le cuisiner ", assura platement un homme à l'accent américain
- " On s'occupera de Matters avant. N'oubliez pas que je l'ai engagé pour rester en contact avec Radford et découvrir les intentions de cette Coalition
- " Un test ", completa l'interlocuteur
. " S'il a infiltré son poulain parmi nous, c'est pour une raison que j'ignore encore "
- " Peut-être à propos de votre marché avec les russes ? Il voudrait des informations sur Pluie Noire... "
- " Je n'ai quasiment rien dit. Mais il doit savoir que j'en sais plus maintenant "
- " Après tout, il dit peut-être la vérité. Peut-être veut-il simplement retrouver la Coalition et l'empêcher de vous avoir. Continuez de le surveiller Zan, si vous permettez "
- " La Coalition peut me retrouver comme elle veut, vous êtes bien placé pour le savoir M. Bergman, puisque vous agissez à leur compte. Je sais qu'ils attendent le bon moment "
- " La conclusion n'est pas ardue. Les membres de la Coalition veulent détruire ce pays d'une manière ou d'une autre. Ce qu'ils s'efforcent de faire depuis des années. Je ne sais pas pourquoi, ni comment. Mais si j'ai ne serait-ce qu'une infime utilité en ce bas monde, à avoir infiltré toutes ces taupes, à avoir secoué la CIA, c'est bien le signe que leurs intérêts sont respectés "

Dans un temple abandonné isolé du reste de la ville, Bergman profita de la lumière d'un feu attisé par des rebelles qui ne comprenaient pas un mot de ce qu'il disait et reprit une tasse de thé au jasmin. Grace à une batterie que le reliait directement à l'autre continent sans que la communication soit intercepté, il contacta cet ami de longue date qui l'avait soutenu sur des opérations telles que la Baie des Cochons ou Cuba.

- " Un instant, je suis en réunion. Excusez-moi, " dit-il doucement aux autres membres réunis

Bergman patienta, tandis que George Rosenberg installa une batterie du même type sur son téléphone, sortie de sa poche intérieure, en tournant le dos aux caméras. Il parcouru un couloir désert et pénétra dans une pièce des logements privés du président Logan, autorisé par le garde du corps qui savait que le Secrétaire était un habitué et que Logan lui aurait tout accordé.

- " C'est bon, je suis à toi Frank "
- " Radford est arrivé à notre impasse. Il a compris que Yanaka ne crachera pas le morceau "
- " Ca signifie qu'il va se tourner vers Karamazov...Il va probablement négocier une grâce et une protection rapprochée auprès de Logan en échange de son silence "
- " Si Karamazov parle, en effet, Radford aura de quoi négocier une grâce...Mais il n'entrera pas si facilement dans une prison de la CIA "
- " Peut-être, mais il pourrait découvrir qui est Karamazov. Logan était proche de Lane avant sa démission. Il ne tient pas à ce que tout le monde sache que Karamazov n'est autre Niouksan Masri, le plus grand vendeur d'armes nucléaires d'Europe. Radford pourrait apprendre que Masri a été enfermé à Guantanamo pour faire croire à sa mort, qu'il a été relâché en secret par Lane, et pour quelles raisons il a fait ça "
- " A force de trop inventer tous ces secrets, notre crainte ne fait que s'accroitre... "
- " Ca indique bien une chose ", souligna Rosenberg " Tu te fais prendre aux pièges de la Coalition "


Les tireurs d'élites américains attendait la sortie de Caïn et des taliban
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Mr. Jack
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 Message Posté le: Lun 25 Aoû 2008 - 18:58    Sujet du message:
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(fin de l'épisode)


Deux enfants afghans s'échappaient rejoindre les autorités en place.
Jack foula la porte d'un grand bâtiment fédéral marqué par une forte surveillance.
Depuis les écrans de contrôle, Yanaka observait Radford fumer une cigarette dans le patio près du balcon.
Rosenberg retournait sur son siège, et glissa un regard bienveillant à Sorensen, intercepté par Brainer.
Drakov était enchainé à l'arrière du fourgon qui le conduisait au département de la CIA à Washington.



[14:58:34]


D'un pas accéléré, Jack posa son empreinte sur le fameux sigle aiglé de la CIA dans son tracé qui le menait jusqu'à l'agent chargé de sa protection, et également son supérieur direct. Plus âgé de cinq ans tout au plus, costume beige sur chemise blanche, une épaisse crinière brune luisante rabattue sur le côté et des yeux globuleux, l'agent Carrell s'adressa sans délai à Bauer:

- " Rassurez-moi, vous tenez bien à ce que les images satellites de votre escapade en voiture avec Radford ne soient pas révélées aux chinois ? "
- " J'allais vous en faire part ", répondit agressivement Jack " Je travaille avec Radford depuis le début "
- " Vous jouez franco Jack ! Ca me plait ! D'un côté vous n'avez pas le choix, vous êtes face au fait accompli. J'en profite pour vous demander les raisons de, comment puis-je appeler cela...une trahison passible de la peine à perpétuité ? "
- " Ce n'est pas de la trahison... ", attesta l'ancien Delta sans avoir besoin d'en dire plus

A quelques pas, derrière une cage de miroirs abondants, dont les reflets semblaient révéler le visage expressif de Jack Bauer sur des écrans de surveillance, trois hauts gradés s'entretenaient à voix basse, fixant le profil de leur nouvel employé.

- " C'est le moment vous ne pensez pas ? "
- " Ce sera difficile de faire passer la pilule à Braxton ", répondit un homme aux cheveux raides et grisonnants
- " Braxton a assisté au premier procès après l'opération Crépuscule. Il acceptera aisément une comparution immédiate de Bauer devant le tribunal aux sujets des décombres et déboires de l'opération Eclipse "
- " Je suis du même avis ", soutint l'autre " Jack Bauer est la pierre angulaire de ce vaste projet. Il faut poursuivre le procès à l'encontre des Delta Force. Et puis la question ne se pose pas, nous n'avons pas le choix, le mécanisme est déjà en marche "


Les charges administratives allaient bientôt écraser Jack sous une masse qu'il ne pourrait d'avantage supporter. Sa vie était déjà un vaste procès derrière le vaste projet qui l'avait jeté au centre de l'équation. On ne cessait de l'agiter aux tréfonds du monde pour lui proposer diverses d'opérations qui n'étaient patriotiques qu'en surface. Mais il n'aurait jamais pu prédire que sa carrière ne serait qu'une dérive interminable entraînant morts, tortures et trahisons. Encore moins prédire le fait que survivre à tout ce qu'on lui avait infligé ne faisait qu'offrir des arguments de plus pour ce procès.

Au fond, il ne faisait qu'alimenter cet ennemi tentaculaire qu'il s'était juré de combattre, et jusqu'à présent, toute tentative de survie n'était qu'un pas de plus vers l'entreprise de la manipulation.




[14:59:57]
[14:59:58]
[14:59:59]
[15:00]

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 Message Posté le: Mar 09 Sep 2008 - 1:24    Sujet du message:
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J'espère plus de lecteurs à la rentrée car c'est un peu déserique par ici Sad

L'épisode 4 est bientôt achevé, et je vais tenter par la suite de faire quelques corrections pour les épisodes à venir, dans la mesure où je suis pas parfaitement satisfait de la situation en Afghanistan. Enfin ça manque d'immersion (autant militaires que culturelles), de réferences réelles, mais pour cela, il faudrait consacre des épisodes entiers uniquement pour la situation là bas, ce qui n'est pas envisageable...

D'un autre côté, j'ai volontairement pensé à mettre un peu de côté le descriptif de l'horreur à Kaboul pendant les trois premiers épisodes, et ne le mettre en évidence qu'ensuite, ce qui correspond à mon message d'une guerre qu'on a parfois tendance à arranger, couverte d'un voile, presque rendue invisible alors qu'elle n'a jamais cessée d'être présente, ce qui devient flagrant au cours de l'épisode 4, et la suite, marquée par la reprise des combats.

De plus, je pense à nouveau remettre quelques musiques, puisqu'après tout, la fan-fic reste un concept qui se différencie du livre.
J'aimerais d'avantage accentuer la touche dramatque par les relations entre persos, tout en faisant évoluer l'histoire, et une petite mise en scène instrumentalisée ne serait pas de trop.

En prévison: How to Disappear Complety, de Radiohead Smile

Et petite info: c'est au cours des épisodes 4 et 5 qu'on va vraiment en savoir d'avantage sur la Coalition Wink
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 Message Posté le: Mer 17 Sep 2008 - 2:05    Sujet du message:
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L'épisode 4 devrait être terminé d'ici demain voir après demain, puisqu'il me reste une scène à réecrire et établir la correction.

Au menu: éclaircissement des relations/tensions entre les USA et la Russie, puisque je pense qu'il est enfin temps de faire avancer le pays au premier plan, ce qui était prévu depuis un bon moment.
Bien entendu, tout cela est connecté à Eclipse, et à la majoité des problèmes traités dans la saison 3 et ce début de saison, y compris l'Afghanistan.

L'épisode sera aussi porté sur la torture (mais je vous rassure, peu de scènes de tortures à la 24), et le rôle que jouent vraiment Drakov et Karamazov, et pour qui.

Je pense que cette grande entreprise de désinformation, et à plus long terme, cette grande partie d'échec devient un peu plus clair dans l'épisode, en partie parce que je précise la vision théorique, du fond (plus que du pratique et de la forme pour l'instant).

Quelques rebondissements néanmoins, mais j'ai voulu d'avantage poser l'atmosphère et éclaircir les interrelations.

L'épisode suivant sera plus centré sur la Coalition, en définissant ce qu'elle est vraiment.

Je dois en tout cas avouer que j'appréhende un peu la suite des opérations...quand je consulte mes brouillons et que je vois tous les rebondissements et explications qu'il me reste à faire, ça me fait un peu peur, et je redoute d'oublier ou de mal insérer certains points, même s'il me reste 20 épisodes.

J'aimerais vraiment tout expliquer, car tout a une explication et une cause, et donc je m'efforce de faire le tri et de mettre de l'ordre dans tous les évenements qui se sont déroulés essentiellement depuis Eclipse (ce qui précède est facilement résumable à vrai dire).

J'espère donc ne pas déçevoir, j'attends quand même des retours de votre part pour savoir comment je dois me situer, si ça vous plait ou pas, car je rôde un peu autour de cette nuance de l'illusion comme je l'évoque dans l'épisode, et si personnellement, j'arrive à être convaincu de ce que je fais en ce moment, ce n'est peut-être pas le cas pour vous, c'est pour ça que vos réactions comptent beaucoup pour moi Wink
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 Message Posté le: Sam 20 Sep 2008 - 16:41    Sujet du message:
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Je pense avoir dit l'essentiel précédemment, donc je poste sans plus tarder le quatrième épisode de Sombres Soleils, en vous souhaitant bonne lecture Smile

Je publie d'abord l'épisode et j'ajouterais ensuite les musiques en éditant dans quelques minutes Wink



Précédemment dans la fan-fiction de Mr. Jack :

La traque de Radford menée par les yakuza n'était qu'un moyen d'organiser une rencontre avec Yanaka sans éveiller les suspicions des autorités. Radford, qui avait rompu les contacts avec la Coalition et qui cherchait maintenant à retrouver ses membres à l'aide de Jack, avoua que Yanaka était surveillé par l'organisation en raison d'une vente de matériel aux russes concernant la construction de Pluie Noire.
Yanaka, qui gardait contact avec Bergman estimait que Radford ne cherchait qu'à le faire parler pour découvrir les buts de la Coalition, et qu'il pourrait flairer du côté de Karamazov, alias Niouksan Masri, important vendeur et entremetteur du marché noir.

Jack émettait des réserves quant à son rôle dans le groupe freelance, pensant qu'il était manipulé par Cassandra, puis également par Radford, qui avait ordonné l'élimination des équipes Delta que Bauer dirigeait. Cela lui conférait un rôle capital dans le procès entamé contre les Delta Force. Il décida donc de se rendre à la CIA en avouant sa collaboration avec son ancien directeur des opérations.

Les talibans ont pénétré à l'intérieur de Kaboul, prenant en otages les enfants de l'école de Charfi, forçant ainsi l'équipe de Caïn à capituler. Si les batailles faisaient rage à l'extérieur, l'armée ne cherchait pourtant pas à repousser les talibans: Rosenberg savait que cela minimiserait les pertes et permettrait de suivre les rebelles jusqu'à leur planque pour ainsi les surveiller, et attendre qu'ils mènent à Bergman, même si le Secrétaire d'Etat, au compte de la Coalition lui aussi, lui laisserait l'occasion de fuir et d'attendre l'attaque qui se préparait, reliée de près ou de loin à des sous-marins vendus par Yanaka.

Les manifestations s'amplifiaient à Washington. Brainer mettait un point d'honneur à détruire le consortium Idéon et à rétablir un bon marché économique avec le Moyen-Orient en crise, afin de poursuivre en même temps ce marché de la désinformation, et tromper les russes qui se servait des pays arabes pour les mêmes raisons.



Episode 4 : ( 15h00 - 16h00 )

Ces événements se déroulent le jour de l'opération Sombres Soleils, entre 15h et 16h, heure de Washington DC.



L'obscurité régnait sans honte, comme une salissure qui s'étendait sur les trois murs étriqués dont deux se rabattaient sur les barreaux qui ne laissaient filtrer aucune lumière.
A peine le mécanisme fut-il abaissé que le rai de lumière provenant d'un spot au plafond pierreux aveugla quiconque demeurait dans la cellule. L'éblouissement était d'une telle intensité que l'homme qui se présenta dans la pièce délabrée fit dos au faisceau et ne laissa apparaitre qu'une silhouette d'un noir crayonné qui coupait la trajectoire du rayon. Il attrapa une chaise métallique, alluma une cigarette, et se posa devant le détenu assis contre le mur:

- " 1997, chargé de la transaction entre Lu Pen Yang et Liam McDouglas au sujet de trois têtes nucléaires de production américaine ", en libérant un brouillard de fumée " En 1998, alors que le Sénat met discrètement au point l'opération Crépuscule, le gouvernement américain vous vend à bas prix une dizaine de têtes nucléaires défaillantes au criminel de guerre Viktor Drazen. Par je ne sais quelle raison, Drazen s'est aperçu de la supercherie, et a acquis au prix fort le même nombre de missiles. Nous n'y avions vu que du feu, mais votre capture a été le premier gros poisson de Lane. Le premier gros poison aussi ", lâchant un nouveau jet " Après quelques mois de séjour à Guantanamo, Lane s'arrange pour vous faire libérer et vous replacer sur le marché, avec un nouveau nom comme vous l'aviez exigé, en échange d'infiltrer le marché noir et d'attraper quelques terroristes, d'envergures comme on l'avait exigé, mais qui n'étaient que des écoliers au fond. C'est là que le bât blesse. De votre propre chef, en...2006 ", après avoir consulté ses notes "Vous faites cavalier seul. Vous traitez avec Zan Yanaka, chef de la mafia japonaise, selon notre demande, mais qui vous place en relation, six mois plus tard avec les russes, un marché à la clé, sans l'autorisation de la CIA, qui, officiellement ignorait que Karamazov n'était qu'une couverture, et que quelqu'un d'autre vous avait engagé. La CIA, pour vous faire pardonner, ne demandait qu'une chose: vous laisser traiter avec les russes, et livrer la moindre information au gouvernement américain. Un agent double bien rôdé. Sauf que c'est un silence de mort, qui ne s'est toujours pas réveillé. L'agent ne tient pas à être réactivé. Je vais, pour le moment, faire l'impasse sur ces ignorants de la CIA, et oublier pour qui vous travaillez. L'agent sera réactivé, croyez-le...ou non. Donc dites-moi une chose, et une chose seulement pour l'instant. Que...cherchent...les russes ? ", de sa voix grave et posée de fumeur invétéré

Masri resta muet. Il pensait, à ce moment, qu'il ne gagnerait pas grand intérêt à répondre à un "petit" de la Maison qu'il ne connaissait même pas.

- " A Langley, quand j'y passe ", poursuivit-il les yeux semi-ouverts " On me surnomme le Successeur. Savez-vous à qui je succède ? A la Mère de la patience. Donc laissez-moi vous poser une question M. Masri, qui aura un jour ou l'autre sa réponse: souhaitez-vous croupir à Guantanamo durant les... 30 années - qui se réduiront vite à quelques semaines - qu'il vous reste ? Souhaitez-vous mettre un terme à la pension versée à votre femme, et placer votre enfant dans un foyer défavorisé ? "
- " Ne les touchez pas ! ", en se redressant, appuyé sur sa main droite
- " Alors dites-moi une chose: que...cherchent...les russes ? "

Du temps où Radford était encore aux services de la Coalition, les ordres était clairs, d'autant qu'ils devaient parvenir jusqu'aux oreilles du président: infiltrer le marché noir, et entrer en contact avec Karamazov, autrement dit Masri, qui avait visiblement filé entre les mains de ses employeurs, la CIA, voir plus. L'intérêt était d'une part d'arrêter de petits terroristes, grâce à Drakov notamment, lorsque la CIA lui avait demandé de conclure de fausses transactions. Mais le principal objectif était avant tout d'établir un contact avec Yanaka, que Karamazov connaissait bien comme il avait été l'entremetteur de plusieurs marchés d'armes. Il fut donc conduit jusqu'à Washington dans cette prison fédérale, pour l'empêcher de dévoiler toute information concernant son accord avec la CIA. Ce que la Central Intelligence Agency ne parvenait à digérer, c'est que Karamazov restait silencieux comme une tombe: sa collaboration et celle de Yanaka avec les russes étaient encore trop obscures, et il n'était pas à négliger qu'il pouvait avoir changé de camp entre temps.


[15:06:11]


Carrell, l'agent supérieur de Jack à la CIA avait amené son nouveau mouton - comme il continuait de le croire - dans un des bureaux à la table ovale de l'Agence, avec quelques documents estampillés Top Secret éparpillés devant eux. Bauer regarda par dessus son épaule et remarqua la caméra au dessus du drapeau américain qui pendait, tout en écoutant les explications de Carrell sur le protocole permettant de suivre les satellites chinois pour conserver la couverture du fugitif.

- " Et donc notre agent infiltré redirige toutes les 24h les satellites C-1 et C-2 concentrés sur les deux côtes américaines ", en vérifiant si Jack suivait " Cela permet d'éviter les zones où vous vous déplacez quotidiennement ainsi que d'anticiper les fuites, puisque nous avons un délai d'intervention d'environ 2h "
- " Comment avez-vous placé cette taupe ? "
- " Jack, voyons...vous savez ce que c'est de travailler pour le gouvernement ? Même si vous n'êtes pas habitué des bureaux... "
- " Qui dit que votre homme n'est pas au compte des russes ? Eux aussi, depuis Minsk tiennent à m'attraper "
- " Correction, ils tiennent à vos garder en laisse. Mais ils ne vous arracheront pas un cheveu. Par pour l'instant du moins, tant que vous ne les provoquez pas "
- " Si je vous ai menti, ça n'avait rien à voir avec les russes. Je suivais Radford depuis longtemps. Il ne craignait pas vos satellites, persuadé que quelqu'un du nom de Bergman allait effacer les clichés à distance "
- " Ce qui expliquerait qu'on a rien vu jusqu'ici...", ne le croyant qu'à moitié
- " J'ai intégré une équipe qui agissait en freelance pour le suivre à la trace et découvrir ses intérêts "
- " Qui d'autre en fait partie ? "
- " Cassandra Evans, ancienne du MI-6 et Delta Force, et James Matters, bras droit de Yanaka ", sans révéler la présence de Danny Caïn
- " Yanaka, voyez ça...je pense surtout que vous cherchez à nous donner un gros bonnet, un os à ronger en trouvant une porte de sortie "
- " Chambre 3613, là où je suis allé il y a une heure. Nous avons notre repère là bas. Montez une opération s'il le faut. Cassandra devrait y être. Vous trouverez les renseignements que j'ai collecté sur Radford jusqu'ici "
- " Il ne vérifie rien ? "
- " Son rôle se restreint à un briefing chaque mois. Il cherche désespérément des renseignements sur une organisation nommée la Coalition "
- " Et qu'a t-il trouvé ? "
- " Rien de concret je pense, si cette organisation existe, elle est aussi perceptible qu'un fantôme "
- " Tant mieux, ça nous évitera de rechercher de faux suspects... ", dit-il en se tournant vers Jack


Relevant le tracé presque supersonique dessiné par Air Force One à cause de quelques légères secousses, le président en lice Charles Logan, qui tenait un verre de whisky qu'il peinait à boire, cherchait refuge auprès de deux conseillers de guerre spécialisés dans l'Afghanistan, tous deux en costume de service vert serré dont les médailles remplissaient prestigieusement la surface de leur torse.

- " Et les Marines alors ? Ils ne vont pas rester les bras croisés devant cette école ! Si jamais il arrive quelque chose à un seul de ces enfants, on me tiendrait pour fautif ! "
- " Sauf votre respect Monsieur, le Secrétaire d'Etat Rosenberg a pris la bonne décision pour le moment: les talibans ont des explosifs autour de la taille. Tenter la moindre intervention nous couterait plus de morts qu'en patientant "
- " Patienter, patienter, c'est bien beau, mais il ne faut pas laisser les talibans envahir la ville. Et puis déjà, comment sont-ils entrés ? Je croyais que nous gardions la moindre porte ? "
- " Nous pensons à une diversion, ils ont envoyés ce camion de réfugiés traverser le secteur nord pour attirer les américains. D'autres étaient peut-être déjà sur place "
- " Si je comprends bien, ils pourraient être encore beaucoup plus nombreux ?
- " Nous pourrions riposter par des attaques préventives, même si le gouvernement n'apprécierait pas ", ajouta l'autre " Dans l'immédiat, nous avons deux options: soit nous les laissons partir avec nos hommes, et ils ne seraient pas assez suicidaires pour nous conduire à leur chef, soit nous les arrêtons dès qu'ils empruntent une zone déserte, mais nous n'obtiendrons probablement rien "
- " Il faudrait donc se baser sur l'hypothèse que leur planque nous mènera à quelque chose ? "
- " A quelqu'un Monsieur. Si nous arrêtons Frank Bergman, l'Afghanistan relâcherait sa garde concernant le pétrole, et cela serait un bon argument pour mieux nous installer dans le pays et nous étendre aux alentours "
- " Vous voulez dire que si nous stoppons les talibans, il faudrait raconter au gouvernement afghan que les talibans sont toujours en place afin d'envoyer de nouveaux effectifs ? "
- " C'est juste Monsieur, ce qui nous permettrait de puiser dans les réserves pour un moment"

Logan termina son verre à contrecœur, pour se rendre plus viril qu'il ne l'était. Les deux conseillers perçevaient avec incompréhension le dégout que Logan cachait après avoir mal avalé sa dose.

- " Je préconise d'isoler la zone, puis d'éliminer immédiatement les talibans à Kaboul, et ensuite, organiser un traquenard à ceux qui retournent à leur refuge ", émit Logan
- " Ils seront sans aucun doute armé, et du gros calibre. S'ils verront quelqu'un dans les parages... "
- " Non, il ne faudrait que tuer une partie de ceux de l'escorte, histoire d'attiser la rage du mollah. De toute façon les hostilités sont déjà déclarées. Quelques morts de plus à déplorer dans leur camp rétablira l'égalité. Il sortira peut-être de son terrier "
- " Et...que fait-on de nos hommes ? "
- " On les sauve une fois à la planque. C'est faisable, oui ou non ? ", s'assura le président
- " Ou...oui ", sans oser le contredire tout de suite
- " Parfait. Si jamais ils s'en sortent, tant mieux, sinon, je compterais des funérailles publiques de plus à mon palmarès. C'est toujours bon pour prendre la côte et se donner un air sensible n'est-ce pas ? "


L'espace était envahi par le temps, le parvis de l'école de Charfi s'animait sous les pulsions des sirènes et des phares aveuglants des hélicoptères envoyés par les Marines. La milice s'apitoyait de ne pas avoir eu une nuit tranquille de plus, et reposait intégralement sur les directives des commandos de l'US Army, étant donné que le gouvernement américain pourrait mieux assumer une réplique en cas d'affronts avec les talibans.
Pas moins de sept tireurs d'élite étaient postés sur un angle de 180° face au bâtiment principal de l'école, appuyés par le parallèle des véhicules de la police afghane, ainsi qu'un char qui avait traversé la large rue marchande.
Chacun prenait sa respiration, à l'affût du moindre signal, le doigt stabilisé par une dose de diazépam, lorsque les tireurs aperçurent dans leur visée haute précision la courbe blanche de quatre rebelles, qui savaient que le reste des troupes avait péri à l'arrivée des renforts américains. Le calme qui régnait aurait pu faire penser à un état de trêve. Seulement, l'un des talibans poussa Caïn en avant en collant son arme automatique sur l'arrière du crane de l'officier.

- " Vous pensez qu'ils peuvent l'exécuter ici ? ", demanda une journaliste près d'un jeune promu de l'US Army, au second plan sur la place
- " Ils veulent qu'on fasse le premier pas en montrant notre inoffensivité. Avec du culot, le reste des rebelles serait venu ici pour poursuivre les combats, mais les talibans ne pouvait pas risquer de subir notre opération de sauvetage à l'intérieur de l'école "
- " Ils sont donc en infériorité numérique ? ", faisant un signe discret du doigt à son caméraman pour qu'il tourne
- " Ou ils veulent nous le faire croire. Ils sont conscients que l'administration américaine est confrontée à un dilemme. Ils veulent nous forcer à prendre la décision qu'ils souhaitent "
- " C'est-à-dire libérer les enfants mais emmener ces soldats ? "

Le soldat s'aperçu que la caméra tournait sans autorisation officielle.

- " Ecoutez, vous voulez de l'audimat, alors allez filmer la fosse à cadavres vingt mètres plus loin "

Au devant de la scène publique, Caïn n'hésita pas à glisser quelques mots à Porter, sachant qu'on ne pouvait risquer de le blesser maintenant.

- " Ils vont attendre qu'on se retire et qu'on laisse une escorte les guider jusqu'à leur repère"
- " Comment ? Ils savent qu'on va les suivre pourtant "
- " La crainte... "


[15:15:38]


L'interrogatoire de Karamazov se poursuivait en toute impunité. La cellule empestait le tabac.
L'idée d'une taupe dans les rangs chinois semblait préoccuper Jack.
Le Major Cranks se tenait à côté du char, la radio presque collée à la bouche, l'œil cernant les talibans et Caïn.
Trois yakuza faisaient preuve d'une posture irréprochable devant l'ascenseur n°2 du building de Yanaka.
Cassandra observait les guetteurs de la CIA sur le trottoir d'en face, à travers les stores abaissés de son appartement.



[15:20:04]


Alors que Brainer avait laissé disserter les chefs d'Etat Major pour saisir un fax qu'on lui avait envoyé, il retourna à la réunion en faisant un signe de l'index à Rosenberg pour lui demander de le rejoindre. Ils disparurent plus loin dans le couloir, en tenant suffisamment d'écart avec le garde qui tenait l'entrée de la pièce pour ne pas être entendu.

- " On vient de recevoir un colis, probablement la vidéo de la confession des talibans... "
- " Ils allaient forcément jouer cartes sur table. Que disent-ils ? ", demanda Rosenberg
- " Les analystes passent le colis au peigne-fin. J'ai été prévenu par un fax qui met au clair la situation à Kaboul "
- " Du nouveau ? "

Le président de la Chambre ne répondit pas à la question, et examina les yeux du secrétaire d'Etat pour distinguer la part de mensonge dans le rôle qu'il jouait.

- " Moi aussi je vais jouer cartes sur table. Je vous soupçonne d'avoir calculé l'embuscade des talibans à Charfi, puisque le gouvernement américain, qui se résume à vous visiblement, a donné l'ordre à tout soldat étranger, français, OTAN...de ne pas intervenir. La police afghane n'allait pas intervenir non plus, pour ne pas se sentir isolée. Vous voulez faciliter l'échappé des rebelles qui tiennent nos hommes et tous ces enfants"
- " C'est juste ", alors que Brainer fut surpris de sa franchise " Les talibans doivent croire qu'ils nous dominent. Je veux retrouver Bergman coûte que coûte, et le seul moyen est d'arranger leur fuite "
- " Sans nous consulter au préalable... "
- " Vous connaissez la stratégie. Vous avez annoncé un recentrement des troupes alors que beaucoup doivent rester à l'Est pour calmer les tensions à Djalalabad. Les talibans pensent donc que notre message est de la désinformation, et seront persuadés d'arriver plus nombreux à la capitale. Seulement ils ignorent le soutien tactique de l'OTAN, qui compte une centaine de blindés à la périphérie. Les talibans se rassembleront dans un filet de pêche "
- " Pourquoi ne pas l'avoir dit plus tôt ? "
- " Pour ne pas laisser filer l'information. Si la CIA le sait, Bergman le sait, et donc les talibans. Que vous le voulez ou non, la désinformation fonctionne mieux ainsi. Si vous prenez votre rôle à cœur, les talibans seront plus convaincus de ce que nous voulons leur faire croire. Pour ce qui est de la vidéo, il faut la diffuser au plus vite, pour qu'ils croient qu'on les écoute à la lettre "
- " Sauf qu'elle risque de susciter un mouvement de panique. Les talibans vont probablement se vanter d'avoir d'autres missiles "
- " C'est pourquoi s'ils voient que nous prenons le risque de diffuser la vidéo malgré la peur qu'elle peut engendrer, ils vont penser que nous prenons au sérieux leur menace, et donc que nous allons retirer nos troupes à l'école sans délai. Et là, en croyant avoir la balle dans leur camp, ils nous conduiront à Bergman "


Les agents du Secret Service, pourtant laissés de repos à la Maison Blanche commençaient à être débordés par cet entame de soulèvement qui n'arrêtait de croitre depuis plusieurs semaines. Les débuts de Charles Logan à la présidence ne s'étaient pas fait sous les meilleurs hospices. Il ne cessait d'étaler sa timidité fulgurante sur le conflit l'opposant aux russes. Une politique d'endiguement, qui se détériorait aussi par son inactivité à propos de la hausse du baril, avec la rareté grandissante du pétrole, bien que sous le tapis d'arcanes qui divisait le pays, il s'efforçait de maintenir de bonnes relations avec le Moyen-Orient, grâce au soutien avisé de Sorensen, bienheureux dans les paradis fiscaux de Dubaï, qui gérait ces échanges avec excellence.

- " Mesdames, Messieurs, gardez votre calme je vous prie "
- " Qui c'est ? ", demanda doucement un gros bras avec un bouc
- " Nate Sorensen, un investisseur du parti ", répondit une voix dans le fond

A la grille d'entrée, il avait repoussé la foule sans dire un mot, protégé par un cercle d'hommes en oreillettes.

- " Où est le président ? "
- " Il est en voyage d'affaire pour résoudre certaines questions sur le nucléaire et la hausse des prix avec le ministre irakien ", précisa Sorensen
- " Cette guerre en Afghanistan est un tissu de mensonges, les gens ne sont pas dupes ! ", objecta une quarantenaire aux cheveux courts
- " Vous préférez savoir toute la vérité plutôt que de s'assurer de vos intérêts pour la décennie à venir ? ", balança Sorensen " Personne ici ne peut se résoudre à tout vous dire. Ce n'est pas leur rôle. Leur rôle est de conforter la position de notre pays et de veiller à la pérennité et la sécurité de son peuple "
- " Foutaises, les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres ! ... ", rétorqua un autre " Et vous en êtes la preuve vivante ! "
- " Je suis la preuve vivante que des gens croient encore en cette guerre pour freiner le terrorisme et élaguer le fanatisme religieux ! Ne croyez-vous plus à la guerre globale ? Nous la menons pour la liberté du capitalisme ! Pour la sauvegarde de nos valeurs ! Et pour l'image de notre patrie ! ", fermement " Vous voulez des vérités ? Les estimations des fluctuations à venir pourraient baisser de 20% le prix du pétrole d'ici trois ans si notre marché avec l'Irak est conclu ", avoua le financeur en refermant les boutons de son costume
- " D'après le livre de Walter Friedman, en 1990, IXS Change, un cabinet de communication reçevait chaque mois un chèque à cinq zéros provenant de l'OIS, dans la préparation de la guerre du Golfe, qui avait en réalité mis au point la fausse déclaration de l'infirmière koweitienne. Ce témoignage fut décisif pour Lane, qui a réussi à convaincre le Congrès de voter en faveur de la guerre. L'histoire se répète avec l'Afghanistan et cette femme qui a survécue à une embuscade ! "
- " Nous en avons marre de toutes ces manipulations ! "
- " Kurt Brainer n'est pas Anthony Lane. Et avec tout le respect que je dois à notre ancien président, Charles Logan n'est pas M. Palmer. Nous n'allons pas nous enliser dans un bourbier identique au Vietnâm. Les résultats seront visibles dans moins de six mois, et coûte que coûte, nous continuerons à exercer des représailles suite au 11/9 tant que Ben Laden n'aura pas été arrêté, et tant que le fanatisme n'aura pas été éventré ! ", lança le brillant homme d'affaire avec conviction

Le mot représailles avait éclaté aux oreilles des manifestants, qui n'étaient qu'à moitié convaincu du discours de Sorensen. Il avait entièrement raison dans le fond, pensaient la plupart, mais combien de nouvelles recrues allaient être envoyés au front et périr dans les croisades contre les talibans ? D'une manière ou d'une autre, le conflit ne pouvait que s'enliser et enfoncer Logan dans une indécision apparente.


Newell avait cédé Mikhael Drakov aux "nazis fédéraux" de la CIA, comme il se tentait à le croire avec Caïn. Depuis les années qu'il tenait le gouvernail de la cellule, la Compagnie lui en avait fait voir de toutes les couleurs, et l'accrochait de frustrations en frustrations. Pourtant, Brainer l'avait placé aux premières loges dès que Caïn était envoyé sur l'autre continent, et que lui-même devait s'occuper du Congrès. Si bien que Douglas Mike Newell - il préférait désormais se faire appeler par son second prénom en honneur à son père, décédé il y a peu à l'âge de 96 ans - était un atout de choix dans leur enquête sur l'OIS: Newell était chargé de dévoiler de grosses informations sur la guerre, mais pas trop compromettantes, afin de voir comment l'OIS allait riposter, et où il y avait désinformation, puis ainsi, pourquoi. Si la CIA lui avait arraché Drakov d'un coup de griffe, c'est parce que le briefing de la CAT devait donner l'impression qu'il en savait moins que ce qu'il savait réellement.

D'un coup de griffe, l'interrogateur poids lourd, baptisé " le bulldozer " décrocha une droite qui fit presque basculer Drakov en arrière, les mains ligotées derrière la chaise.

- " Le vieux est résistant ", admit-il
- " Pas assez pour ne pas m'avouer qu'il travaille pour quelqu'un d'autre que la Coalition ", garantit l'examinateur qui faisait les cents pas derrière " Bien que nous devons avoir le même âge, je n'aurais pas supporté tous ces coups... "
- " Je vais prendre goût aux valeurs capitalistes ", ironisa Drakov, la bouche en sang, les cheveux en bataille
- " Votre employeur pourrait être la taupe travaillant à la Coalition. Il y a environ 6 ans, elle est entrée en contact avec vous par l'intermédiaire de Gabriel Radford. Sauf qu'il ne tient plus dans leur estime et qu'il ne pourrait donc pas être cette taupe "
- " Si vous m'avez fait venir ici, ce n'est pas pour savoir qui est mon employeur. C'est pour me forcer à vous dire qu'une nouvelle génération de sous-marins a été construite par le Japon, que la CIA est impliquée là dedans et qu'elle feint l'ignorance. J'en déduirais que si Bergman est toujours à la tête de la CIA, la Coalition est à l'origine de cette demande "
- " D'après mes informations, M. Clarence, qui gère une grande part du marché biotechnologique et nanotechnologique mondial, a pu s'attirer votre sympathie après le marché des nanotechnologies à Minsk. Vous a-t-il retourné contre la Coalition ? A moins que Radford a pris la fuite car il a été débusqué, mais si c'était le cas, je le saurais... "
- " Vous savez aussi que Zan Yanaka a vendu, grâce à Karamazov, ces sous-marins au grand chef, Frank Bergman. Ce que vous ignorez peut-être réellement - probablement parce que lui et Radford ne se parlent plus - c'est que Radford est encore en contact avec le yakuza. Ce qui constituerait une réponse à votre question, et me permettrait de vaquer à mes occupations de traître pour votre gouvernement "

Sans que Drakov ne puisse l'apercevoir, l'interrogateur glissa un sourire, suivit par le tortionnaire. Il décida de le laisser reprendre son souffle et ses esprits afin de lui demander ensuite, avec moins de tolérance, ce qu'il savait sur Gabriel Radford, la Coalition, et leurs objectifs.


Un fin morceau de tissu blanc qui faisait office de drapeau de paix flottait dans les airs, enroulé autour d'un bâton que tenait un taliban tout en haut des escaliers de l'école de Charfi. Ils n'étaient pas habitués aux confrontations directes sans hostilités, mais comme la balle était dans leur camp et que l'armée américaine avait déployé une grosse partie de l'effectif en désertant ainsi les autres secteurs, le dialogue était la meilleure issue qui s'offrait à eux.

- " Je croyais que les talibans allaient venir en surnombre, comme nos troupes sont essentiellement à l'est ", s'interrogea Porter, le dos courbé
- " Ils sont dans la ville, Cranks a déjà envoyé des équipes de reconnaissance. On peut les maîtriser les jours à venir, sauf que les talibans contrôleront ensuite les portes de la ville et empêcheront nos alliés de venir nous soutenir à Kaboul "
- " Ils veulent sécuriser la capitale...ce qui signifie que le conflit va durer "

Un taliban hirsute d'environ trente ans, les yeux cernés et le regard mauvais lança quelques mots à l'intention de Caïn, lui demandant probablement de se taire. Il redirigea son regard vers le chef rebelle, qui entamait son entretien avec le Major de l'US Army. Ils convenaient que la libération des enfants était un bon début, révélant l'honnêteté des rebelles si les américains traitaient dans leur sens. Les kamikazes et la vidéo de revendication reçue à la Maison Blanche devaient alors les pousser à se retirer et à quitter la ville. Cranks, du haut de son mètre quatre-vingt dix, avec sa voix étouffée, acquiesça, néanmoins perturbé par la facilité de cet accord: les talibans ne croiraient pas un instant que les américains allaient se retirer, ce qui signifiait qu'un grand nombre de rebelles était déjà dans la capitale. De plus, ils avaient convenu de laisser deux camions à leur disposition pour partir avec les trois otages américains, en laissant les enfants libres. Mais encore une fois, les talibans savaient qu'ils seraient suivis ; le piège dans lequel ils se laissaient tomber était bien trop énorme pour un franc succès. Avec du recul, Cranks pensait bien que c'était sa patrie qui allait sauter pieds joints dans le traquenard.

Pourtant, il avait aussitôt exigé que les chars se retirent de la place, laissant le champ libre aux deux camions talibans auparavant garés dans une allée parallèle au pensionnat. Les Marines n'appréciaient guère. Caïn, monta à bord, avec ses deux hommes, et trois rebelles cerclés de ceintures explosives, poussant son scepticisme au fond du camion vétuste.


[15:30:56]


En appuyant sur l'interphone de son bureau, Yanaka demanda à voir Matters en haut du gratte-ciel.
Carrell revenait des bureaux du directeur opérationnel de Washington.
Les deux camions des talibans suivaient les remparts ouest de Kaboul.
Les Marines se déployaient dans toute la ville selon les nouvelles directives pour repousser les talibans.



[15:35:00]


L'index et le majeur grattant le front, Carrell se dirigeait vers Jack, resté dans la salle de réunion pour lui annoncer la couleur: son supérieur, Ned Martins, qui recevait directement ses ordres de Braxton, le DD-O, Deputy Director for Operations de la CIA autrement dit, avait autorisé une intervention dans la chambre où l'équipe freelance était établie, et Bauer devait formellement donner tous les détails qui pouvaient faciliter l'opération.

- " Le gérant de l'hôtel nous a fourni un descriptif élaboré de vos appartements. Il semblerait que quelqu'un lui verse des pots-de-vin... "
- " Radford a amplement les fonds nécessaires pour financer cette opération ", assura Bauer d'un mouvement de tête
- " Je n'en suis pas si sûr que ça, ses comptes sont gelés depuis plusieurs mois. Quoiqu'il en soit, la ligne téléphonique est placée sur écoute "
- " Elle pourra détecter l'origine du traçage "
- " On l'anticiperait. Mes hommes sont en bas pour la recueillir si elle prenait la fuite. L'intervention est prévue dans l'heure qui arrive "
- " Pourquoi si tardivement ? "

La question était rhétorique. Jack savait que Carrell et ses supérieurs étaient informés du fait que Radford avait eu quartier libre et qu'ils se penchaient dessus pour pouvoir le localiser lui aussi, si ce n'était pas déjà fait. La priorité était donc le cerveau de l'opération plus que ses enjeux, ce qui signifiait que Jack en ignorait une partie non négligeable.

- " Le temps de tout bien mettre en place et bloquer toute les issues. Vous avez la passion du jeu Jack, nous le savons. Même si vous êtes toujours de son côté, elle ne pourra pas nous échapper "
- " Si vous avez des doutes, pourquoi me l'avouer ? La balle ne serait plus dans votre camp "
- " Si jamais vous cherchez à nous berner... ", un sourcil de travers
- " Je veux juste une contrepartie ", en fixant ses yeux globuleux " Annulez tous les chefs d'accusations à son encontre, laissez-là sous surveillance, mais libre "
- " C'est une blague ? Il me faudrait un poids mort pour rééquilibrer la balance... "

Il comprit que Carrell avait une idée qui lui rôdait dans la tête depuis un moment, et qu'il allait saisir l'opportunité pour lui en parler puisque l'objectif n'était pas Cassandra mais les informations contenues dans l'ordinateur et tout ce qui évoquait de près ou de loin les objectifs de Radford.

- " Allez-y "
- " Nous voulons votre témoignage dans l'affaire contre l'organisation Delta Force. Le procureur serait prêt à relancer la partie "
- " Nous ? Et pourquoi évincer une organisation militaire qui vous facilite la tâche ? "
- " Oui, vous l'illustrez à merveille à travers vos opérations avortées. La CIA n'a pas besoin d'un complément "
- " Que voulez-vous dire ? "
- " Cette organisation est corrompue jusqu'à la moelle des os. Regardez Crépuscule, quelqu'un avait versé une coquette somme au Major General Jones pour vous couper les vivres. Nous ne sommes jamais remonté à la source, et nous ne voulons pas que la taupe se propage "
- " Je ne vois pas ce que mon témoignage pourrait changer. Les officiers seront mutés ailleurs "
- " Vous avez les termes de notre négociation. Sinon le verdict sera sans appel. La prison fédérale pour Evans, et un cachot en Chine pour vous "

L'ancien Delta se caressa le lobule de l'oreille gauche. Il savait désormais que Carrell et quelques patrons de la CIA - des exceptions étaient envisageables - n'agissaient pas avec Bergman et ignoraient ses intérêts.
Cela le perturba aussitôt: et si la Coalition se servait de Bergman et de son influence sur la CIA pour agencer le procès, détruire le Delta Force et rejeter les responsabilités sur la CIA même ?

- " Vous pensez à Radford pour la taupe ? C'est pour ça que vous me voulez à la barre ", répondit franchement Bauer
- " Je sais que vous ne cherchez pas la vengeance, sinon, vous n'auriez pas épargné Drakov avec ce qu'il a fait à vos hommes. Mais son prix est inestimable pour le DD-O. Nous voulons savoir avec qui il traite en ce moment, et ce qu'il sait "

Jack fut étonné de sa franchise, mais aussi surpris de voir à quel point Radford intriguait la CIA, ou plutôt Bergman depuis qu'il s'était évaporé dans la nature. D'un autre côté, leur balancer l'ancien directeur des opérations étrangères était l'occasion rêvée pour traiter avec lui selon ses propres moyens de pression.


En listant la chronologie des faits depuis que Karamazov travaillait pour le gouvernement américain, depuis que Lane l'avait forcé à attirer une nouvelle clientèle, régie en grande partie par Bergman, celui qui s'était présenté comme le Successeur espérait provoquer la confusion et brouiller toute cohérence dans les propos de justification du prisonnier. Cela pouvait d'avantage l'amener vers la piste que Karamazov n'était pas qu'un agent double.

- " Donc... vous pensez que les russes vous élimineront si vous parlez ? Beaucoup de paranoïa pour peu de raisons. Vous n'êtes pas prêt de sortir d'ici, à moins d'une pleine coopération, dans quel cas, je m'arrangerais pour vous extraire d'ici "
- " Vous dites travailler pour la CIA, mais pourquoi dites-vous qu'ils sont ignorants ? Peut-être que vous aussi, vous êtes un agent double "

L'homme fut pris d'un fou rire intérieur qui laissa échapper une ride de sourire jusque là recouverte par son austérité imperturbable.

- " Je suis sans doute trop monolithique pour cela, mais vous désorientez ma question. Bergman et quelques hommes à l'oreille large vous ont engagé pour infiltrer le marché noir, afin de nous mener jusqu'à Yanaka, et tenir cet accord. Avant de vendre des missiles balistiques à Frank Bergman, notre ami japonais a d'abord conclu une grosse affaire avec les russes. Du matériel militaire dernier cri, que nos experts ont trafiqué. Si vous êtes un agent triple M. Masri, et si votre fraternité avec les ruskovs est bien réelle, cela signifie que vous ferez tout pour négocier selon mes termes, pour ensuite leur dire ce que je viens de vous avouer. Pour répliquer, les russes vérifieraient ledit matériel, et après constat, nous enverraient quelques défections pour masquer le futur meurtre de Yanaka "
- " Yanaka bénéficie toujours du soutien des russes, ce qui indique bien une chose: ils ne savent pas que le gouvernement américain a fourni à Yanaka du faux matériel. Ce qui mettrait fin à l'alliance entre les deux pays. Et puis les russes me craignent maintenant, je peux en dire beaucoup trop sur eux "
- " J'ai bien dit masquer le meurtre. Ils feront passer cela pour un accident. Et vous négligez que si les russes suppriment Yanaka, vous ne sortirez pas pour autant de votre trou. La CIA tient trop à ses secrets d'Etat. Ce qui vous donne, dans un cas ou dans l'autre, l'obligation de coopérer "
- " Et avouer que je suis un agent triple alors que c'est faux ? "
- " Dans ce cas, pourquoi ce long silence ? ", levant ses yeux sur Karamazov

Ce dernier se releva à l'aide du mur décrépi, les jambes à moitié pliées, appuyé par les mains qui soulevaient son échine.

- " Quelle tâche ardue que d'agir dans une sphère dont les contours doivent éviter le silence et en même temps la fiction. Croyez-vous que le silence est destructeur car il empêche l'acte de création ? Votre acte de création serait tout simplement la désinformation, de nouveaux miroirs réfléchissants "
- " Ce n'est pas moi la taupe infiltrée chez les russes. Je ne sais pas ce que vaut ce silence si pesant. Le mensonge que vous évoquez est autant un acte de création qu'un acte silencieux. A quel point pèse-t-il chez vous ? "

Le captif se découragea et reprit sa position initiale.

- " Je ne suis pas un agent triple ", les cernes au plus bas

Le Successeur se leva et s'approcha du détenu par de lents pas. Il tira un dernier coup sur sa cigarette, et la décolla de sa bouche, jouant avec l'anxiété de Karamazov pour l'effrayer, puis finalement, laissa tomber le mégot pour l'écraser. Il expulsa un ultime jet de fumée sur l'espace entre leur deux visages, puis s'échappa vers la sortie:

- " Ils n'y voient que de la fumée, mais croyez-le ou non...l'agent infiltré est actif "


Fuligineux et menaçant, le ciel affiché au dessus de Washington paraissait accabler Zan Yanaka, qui attendait la venue de son bras droit du haut de l'immeuble que son père avait acheté. Les mains jointes derrière le dos, au bas de son costume noir sans pli, il scrutait l'horizon oppressant, réfléchissant sur le sort qu'il allait donner à Radford. Sachant qu'il gardait de bons contacts avec Matters, le mafieux cherchait à éviter un retour de flamme désagréable, d'autant qu'il pouvait regretter leur collaboration si jamais quelqu'un prouvait devant le tribunal qu'ils étaient toujours en contact.

- " Monsieur, vous m'avez demandé ? ", la voix un peu étouffée par le vent
- " J'ai une nouvelle mission. Un contrat en fait "
- " Jusque là... "
- " Jusque là je te testais. Tu n'es pas plus mauvais tireur que mes hommes. Trois fois champion de tir du District, les honneurs du président Hugues... "
- " A bout portant ? ", pressé de connaitre les conditions du contrat
- " Longue distance. Barret M82 avec calibre rétréci et canon plus silencieux "
- " De quelle position ? "
- " Ici-même "
- " Ici ? Mais... "
- " Venons-en à la cible. Le sujet du coup monté opéré à midi aujourd'hui "

Yanaka se pencha vers la balustrade en métal qui accentuait sa vue plongeante, puis concentra son regard sur la limousine noire à vitres teintées, de l'autre côté de la large route traversée par des dizaines de taxis.

- " Votre chauffeur ? Mais je croyais qu'il fournissait des informations aux russes ? ", s'inquiéta Matters
- " Un de leur informateur, pour voir si je suis fiable et que je ne roule pas pour les américains. Censé délivrer le message que Karamazov pouvait parler si jamais il m'arrivait quelque chose "
- " Si le chauffeur est supprimé, je risquerais gros... "
- " Tu l'élimineras pendant qu'il est encore garé au pied du bâtiment en face. Mes hommes provoqueront un accident de taxi à quelques mètres. Aussitôt après, un autre chauffeur prendra le relais, et amènera le cadavre dans une décharge à la sortie de la 14ème. Il faut faire vite "
- " Il suffit d'un témoin...et puis la police fera vite le lien "
- " J'ai dis à notre homme d'attendre un client de l'immeuble d'en face. Il ne se gare jamais là bas habituellement. La police pensera à un règlement de compte avec le clan Maki "
- " Ca risque de chauffer entre ce clan et Tatsuki... "
- " Je me suis arrangé pour que les deux clans fusionnent si la police venait à appréhender quelqu'un du clan Maki. Il faut bien un bouc émissaire "
- " Les russes cracheront leur gorgée de vodka... Puis-je quand même vous demander pourquoi lui ? "
- " L'honneur. C'est un motif suffisant. Même si nous n'aurons plus d'agent de désinformation"

L'ancien agent de terrain n'était pas rassuré par la requête. Peut-être s'agissait-il encore d'un test, pour vérifier une ultime fois sa fiabilité après la rencontre entre les deux hommes qui se servaient de lui. Mais jusqu'à présent, Yanaka ne l'avait jamais exposé de la sorte, et si le contrat n'était pas comblé dans chaque espace de l'organisation, d'ordinaire plus minutieuse chez le yakuza, James Matters en ferait les frais.


[15:46:22]


Ventre à terre, Matters attendait le signal pour abattre le chauffeur de la limousine.
Jack posa sa veste noire sur le fauteuil le plus proche. La chaleur de la pièce devenait insoutenable.
Les hommes de Yanaka faisaient patienter Radford dans l'antichambre des bureaux du 1er étage.
Les vibrations provoquées par les gravillons ballottaient Caïn et les autres passagers du convoi.


[15:49:51]


Las d'attendre sur ce banc flambant neuf de la nouvelle banque rachetée par le seigneur yakuza - qui servait en réalité d'entreprise de blanchiment - sans raison apparente, Gabriel Radford se leva et s'empressa de quitter la pièce désertique en lançant l'appel pour l'ascenseur. Comme un magicien qui venait de réussir son tour avec brio, trois yakuza se disposaient justement à en sortir, telle Cerbère qui gardait l'entrée des enfers.

- " Je ne sais pas ce que votre patron cherche, mais j'ai foutrement autre chose à faire que contribuer au blanchiment d'argent pour les japs, sans vous offenser "
- " Comment M. Radford ? ", demanda celui du milieu avec un fort accent " Vos anciens employeurs ont bloqués comptes. Il ne reste plus grand chose de ce que vous avez pris avant partir. Et pour finir, couverture ne tiendra plus longtemps "
- " Vous vous faites du sang d'encre, c'est gentil, maintenant retournez jouer à Mario ", en forçant le passage
- " Vous rester ici. Nous ferons sortir au bon moment. Si vous voulez encore fuir... "
- " Ou quoi ? "

Radford regarda tour à tour les trois hommes dans les yeux, puis se précipita à l'intérieur de la cage comme un ours qui se préparait à gagner son repas. Dans la mêlée, il déroba une arme qu'un japonais conservait sous sa lanière, mise en évidence lorsqu'il virevolta. Malgré sa ténacité, il n'était pas un de ces farouches tireurs qui aimait jouer les Lucky Luke, mais cependant, une fois immobilisé et calmé, avec l'effet de surprise, il parvint à éliminer ses adversaires avant qu'ils ne se rendent compte de la disparition de l'arme. Tous tombaient comme des mouches, tués d'une balle chacun.

- " Moins une... "

Lorsque l'ascenseur arriva au 8ème étage, deux autres résidents nippons constatèrent les corps inertes et maculés de sang de leurs frères d'armes.


Le plan marchait comme sur des roulettes. La CIA ne se doutait pas un instant que Bauer se servait d'eux pour s'assurer que Radford allait basculer de son côté et se décide à lui livrer ses précieux renseignements, par crainte que Jack n'en dise trop à la CIA. Et même dans l'hypothèse d'un échange d'infos, la Compagnie ne pouvait pas s'assurer de la véracité de propos de Radford, ce qui donnait l'avantage de la situation à l'agent de terrain.

- " Bientôt minuit dans le jardin du bien et du mal Jack ", signala Carrell en désignant sa montre
- " Laissez-moi devinez. Vous abandonnez les charges contre le gérant pour qu'il vous laisse effectuer l'intervention en toute discrétion. Par la voie des airs donc... ", en se parlant presque à lui-même

La porte trembla par trois petites secousses, lorsque le bulldozer, remis de l'interrogatoire de Drakov frappa le bois avant d'entrer rejoindre Carrell, qui avait acquiescé son entrée d'un basculement de la tête. Tentant de cacher son hésitation, il s'approcha d'abord de Jack. Au moment où ce dernier offrit sa poignée face au colosse plus grand de vingt bons centimètres, il releva la seringue tenue dans la main gauche. Avant de sentir l'aiguille pénétrer sa peau, il exhuma son autre main pour stopper le mouvement offensif, alors que Carrell chercha à l'immobiliser en le forçant à poser son dos sur la table. Presque entièrement à l'horizontal, Jack livra un coup de pied aux côtes du bulldozer, qui n'eu presque aucun effet, puis retenta sa chance en saisissant le stylo sur la table pour répliquer l'action originelle. La pointe s'enfonça à peine dans le bras du géant, qui relâcha la seringue, finallement récupérée par l'agent de liaison. Une droite au moins aussi forte que celle que Drakov avait reçue percuta Jack, cloué une bonne fois pour toutes, les bras en croix, étendues sur le bureau ovale.

- " Je suis désolé Jack. Comme je l'ai dit, vous avez la passion du jeu, et elle ne cesse de s'aiguiser depuis que nous vous surveillons "
- " Depuis quand me surveillez-vous ? ", faiblement
- " Assez longtemps pour savoir que vous avez vos propres secrets. Quoi de plus complexe qu'un secret dans un secret n'est-ce pas ? "

Dès cet instant, il commença à regretter de s'être engagé avec la Compagnie, s'avouant que les doubles identités ne lui allait pas. Mais que voulait dire Carrell par ce secret dans un secret ? Etait-ce censé l'intriguer d'avantage pour le pousser à accepter le procès, ou plutôt était-ce pour le pousser à se découvrir plutôt que de dénoncer et d'espionner les seuls proches qu'il lui restait ? Avant même de pouvoir établir le soupçon d'une réflexion, il sentit la seringue se planter au milieu de son avant-bras droit, maintenu par le bulldozer, et de plus en plus embrouillé, chercha à disperser la brume sous ses yeux.
La scène était si vaporeuse et confuse qu'il ne trouva pas le courage de lutter, surtout lorsqu'il trouva un résidu de raison lui laissant établir le lien qu'il finirait probablement sur une autre table à son réveil. L'injection avait fait son effet, et le corps détendu de Bauer fut trainé jusqu'à la nouvelle salle d'interrogatoire, installée spécialement pour "amener les heures de vérités ", avait formulé Braxton la vieille de son inauguration.


A Kaboul, les nuits oscillaient dans le repos de l'entre-deux combats et les bombardements à répétitions contre les rebelles, qui s'étaient multipliés depuis le début d'année, même si les talibans s'étaient faits circonspects. Ce soir là, les deux camps opposés ne cessaient d'attiser le feu, et les premiers symptômes de conflits plus violents encore se faisaient sentir. Bien que désormais, les gouvernements américains, canadiens, italiens ou encore français pouvaient justifier la reprise des combats, les morts se comptaient chaque jour par dizaines à cause d'émeutes ou d'histoires toutes plus tragiques et insensées les unes que les autres, à l'image de ce char américain qui avait dévalé une colline au nord de la ville en écrasant voitures et civils afghans, puis se justifiant par une panne matérielle.

Etant donné que la bâche qui servait à couvrir l'arrière du camion était relevée pour qu'un des talibans puisse tirer en cas d'attaque ennemie, Caïn pouvait voir défiler les cicatrices du paysage comme si symboliquement, les talibans, dans le mouvement du véhicule qui circulait dans une des artères de la ville la saignait à vif. Dormant sous la voute étoilée, des hommes, parfois des vieillards, amputés, le torse découvert et marqué de plaies, entre deux commerces au noir dont l'un proposait des armes iraniennes avant de fermer la boutique. Un jeune adulte hirsute et maigre criait famine, les bras levés vers le ciel, à côté d'un enfant de huit ans tout au plus qui dormait, la tête posé sur un caillou instable. Sur le toit d'une maison, une femme en sang courait à l'aide de son mari, allongé sur un rebord en terre, livrant son dernier souffle. La police, fermant les yeux sur la vente de drogue au pied de la maison portait secours au couple. Lorsqu'un mendiant dont il manquait un pied s'immobilisa face à la lumière des phares, le conducteur du camion accéléra sans hésiter, puis écrasa le vagabond, saccadant ainsi le véhicule rouillé qui roulait sur le corps.

Le regard de Caïn se transforma en un amas de ressentiments allant de la haine jusqu'à la compassion. Il avait trop souvent tendance à l'oublier malgré les mois passés à Kaboul. Parfois, la guerre donnait bien ce sentiment d'invisibilité, comme si elle rôdait dans les parages, dans la pénombre d'une nuit douce. Sans doute était-ce l'optique qui n'était pas la bonne, et qu'on contemplait les yeux fermés. Porter, qui venait à peine de finir ses classes cherchait à refouler le désarroi en une pulsion destructrice à chaque fois qu'il saisissait à quel point on dissimulait ces atrocités. Lui aussi pensait oublier. Peut-être parce que l'empathie n'était pas son devoir disait-il, et que le formatage de l'armée voulait qu'on en fasse abstraction.

- " Ces enculés vont morfler pour ce qu'ils ont faits à Connor, Malek, Darren et les autres... "
- " Je ne vivais que d'aversion aussi ", évoque Caïn " Puis j'ai tout fait pour supprimer l'origine de cette répulsion... J'étais engagé dans la spirale "
- " Le feu engendre le feu c'est ça ? "
- " Le grand commandement, on doit repousser les talibans, anéantir le fanatisme religieux. Mais les représailles s'enchaineront mutuellement et nous n'aurons rien gagné "
- " Lieutenant-Colonel, que suggérez-vous ? Couper l'arbre à sa racine ? Sauf votre respect, il n'est pas bon d'avoir trop d'idéaux... "
- " On ne sait jamais vraiment si la racine est coupée...je sais de quoi je parle "
- " Et de quoi parlez-vous "

Caïn soupirait d'avoir à remettre le sujet sur le tapis, mais il sentait une envie débordante d'en parler depuis qu'il était à Kaboul et que certaines choses refaisaient surface. Il profita de la préoccupation des talibans au sujet de l'hélicoptère qui survolait la zone un kilomètre plus loin pour discuter à voix basse:

- " Bien avant d'être à l'armée, j'étais agent en formation au FBI. On m'avait demandé de constituer un dossier de surveillance sur un agent du gouvernement. Je devais faire mes rapports directement au président, j'étais le seul agent qualifié sur l'affaire, et même mon mentor, qui m'a tout enseigné n'y avait pas accès. Puis j'ai découvert qu'il se servait de ces documents à son propre compte, et qu'il se servait de moi pour couvrir ses activités. Ca a tourné au vinaigre...Au dernier étage du Hoover Building, alors qu'il venait me voir pour me dire que je risquais de graves sanctions juridiques, j'ai pris le taureau par les cornes, et je l'ai fait chuter dans son arène... "
- " Où est-il question d'aversion là dedans ? "
- " Tu ne comprends pas ? Depuis le début j'ai été aiguillé au FBI pour lui fournir ces infos. Un vulgaire pantin. J'ai commencé moi-même à jouer son propre jeu quand j'ai fait croire à un suicide de sa part. C'est pour moi-même que j'éprouvais de l'animosité, mais plus je tentais de l'évincer, et plus je m'enfonçais "
- " Manipuler ou être manipulé. C'est là que vous cherchez une échappatoire ? Et vous pensez trouver la réponse à Kaboul ? "
- " En étant au coeur de la guerre, il est plus facile de trouver puis de détruire les miroirs du mensonge "

Une lignée de militaires barricadait la sortie sud ouest de Kaboul lorsque le camion chargé des trois otages se présentait à la barrière. Le conducteur dévoila l'attirail chargé sous sa veste et après quelques phrases écorchées, fut autorisé à franchir la porte de sortie. Caïn vit s'éloigner la rangée de Marines au repos, ce qui conforta son idée qu'ils feignaient de ne pas être en alerte, ce qui ne pouvait pas être le cas. On préparait une intervention à double tranchant, si ce n'était que par pure enivrance au parfum de vengeance plus que dans l'acte de délivrance.


Les portes coulissantes à double vitrage s'échappaient sur le côté lorsque Gabriel Radford franchit la sortie du bâtiment en profitant du petit mouvement de panique qu'il avait causé quand les gardes s'étaient activement mis à sa recherche, armes en main. Il se dégagea de la foule silencieuse - beaucoup étaient habitués aux sauts d'humeur du millionnaire japonais - et leva la main en direction du policier qui portait secours à un chauffeur de taxi, blessé suite à un accident.

- " Vous êtes... ", entama le policier en posant sa main sur l'étui de son arme
- " Gabriel Radford oui, j'ai des aveux à faire, alors ne jouez pas au bleu incompétent et alertez votre supérieur !
- " Vos mains derrière la tête, mettez-vous ventre à terre ? ", en saisissant ses menottes
- " Je n'ai pas le temps pour... "
- " Faites ce que je vous dis ! ", en le poussant à plat ventre sur le trottoir, " Central, ici Becks, matricule 6-8, je viens d'arrêter le fugitif que nous recherchions, Gabriel Radford ! "

Soudain, une détonation s'empara de l'air flottant du quartier. La foule se déporta vers les abris tout autour, sans pouvoir identifier la cible du tir. Radford s'aida des mains pour se relever, et observa les toits d'immeubles, en espérant qu'il n'était pas le contrat à quelques dizaines de plaques. Il entra ensuite à l'intérieur du véhicule de police quelques mètres plus loin, pour éviter d'être retrouvé par les hommes de Yanaka, lorsque le policier s'efforça de trouver la victime, ensuite voilé par la limousine noire qui passait devant lui.


Les deux camions talibans traversaient le désert sous la brise nuptiale qui recouvrait le calme à mesure qu'ils s'éloignaient de la ville. Pas un chat dans les environs, pas même un hélicoptère ; les phares n'éclairaient que la broussaille végétative. Un rebelle se servait de lunettes nocturnes pour tenter de détecter une éventuelle présence à dans un champ de vision restreint, mais n'y trouva qu'un animal s'échappant à cause des grognements de moteurs.

- " Pourquoi avoir abandonné la piste alors ? ", interrogea Porter
- " Rien n'indiquait que les sous-marins étaient américains. Si l'hypothèse est exacte, Bergman s'est fait fournir par un pays étranger, et je pronostiquerais bien le Japon... ", avoua le Lieutenant-Colonel

Peint de sueur, le conducteur du véhicule de reconnaissance paniquait à l'idée que les américains avaient pu placer des mines sur la route. L'instant suivant illumina le décor, et fit voler en éclat le quatre roues, projetant l'autre camion quelques mètres plus loin à cause du souffle. La première conclusion était qu'un missile Stinger l'avait percuté. L'arcade saignante, le passager, à la renverse sur le conducteur inconscient se détacha, puis en marchant sur le frein à main, entreprit de sortir par la fenêtre côté passager, avant qu'une balle de gros calibre fût logée dans sa tête dès son apparition. Caïn, légèrement blessé sur la joue et à l'œil droit négligea la douleur au dos née lors du choc, puis sauta sur le taliban face à lui en lui arrachant la commande activant la ceinture, puis chercha à lui subtiliser son poignard, tandis que les deux autres étaient distraits à ouvrir le feu avec les lance-roquettes. Remarquant que son supérieur avait luxé l'épaule de l'insurgé, qui avait ainsi lâché son AK-47, Porter saisit l'arme et tira sur les deux ennemis, achevés par les balles des soldats américains camouflés dans le peu d'herbes hautes qui résidaient autour. Le Lieutenant-Colonel n'eut aucun mal à terminer le travail d'un coup de coude bien placé, enchaînant avec un balayage qui fit chuter le jeune taliban à la moustache, puis le poignarda à l'épaule pour l'empêcher de toucher à sa ceinture d'explosifs.

Les américains avaient finallement tenu une embuscade des plus prévisibles, ce qui n'apprivoisait pas les soupçons de Caïn, persuadé que les talibans s'y attendaient, ou qu'ils avaient été envoyés au casse-pipe. Qui des américains ou des talibans était vraiment manipulé, et dans quel camp se situait vraiment Bergman ? Au fur et à mesure que Caïn progressait dans son voyage, les explications s'entâchaient d'informations contradictoires en embrumant le soldat pour une raison qu'il ne maitrîsait pas, mais qui confirmaient qu'elles le concernait plus qu'un autre.


Kurt Brainer guettait les manifestants conspuer depuis le carreau inférieur à peine encrassé d'un couloir déserté de la Maison Blanche, la chemise mouillée de transpiration à l'angle de l'avant-bras à cause du portable qu'il tenait depuis un bon quart d'heure. Après la réunion improvisée, chacun vaquait à nouveau à ses occupations pour gérer le niveau d'alerte orange, alors que le président du Sénat s'apprêtait à rejoindre le Capitole pour une session invoquée d'urgence.

- " Je devine que le Congrès a déjà signé ses vœux, les membres diffuseront la vidéo dans l'heure ", expliqua Brainer au téléphone dans un couloir de la Maison Blanche
- " Tu te retrouveras dos au mur si tu ne t'ajustes pas à la campagne de terreur. Et au moins, l'OIS ne s'y opposera pas "
- " Ecoute Mike, j'apprécierais vraiment que tu représentes la branche de la CAT au National Intelligence Council. Quand l'OIS cherchera à contre-attaquer après le conseil, vois ce qu'ils cherchent. Je suis sur ce dossier qui concernait Nazr, des contrats pétroliers officieux. Quand l'OIS va voir que j'ai mis la main là dessus, ils penseront qu'on fait diversion avec la vidéo des talibans, et ils vont donc se pencher sur mes dossiers. Tout ce qu'il te restera à faire, c'est découvrir comment l'OIS mène sa désinformation dans le Grand Moyen Orient. Un pacte avec les talibans peut-être, ça expliquerait beaucoup de choses... "
- " La CIA, la NSA, la DIA...ils ne vont pas me prendre au sérieux. Lâche le morceau Kurt, ta petite réunion au Sénat touche un sujet plus sensible que la vidéo envoyé par les rebelles... ", lança Mike Newell
- " Je serais aussi silencieux que ce séquestré que la CIA aimerait passer au détecteur... ", en remarquant la présence d'un garde du corps qui s'approchait
- " Je dois gérer une arrestation, le bras droit de Yanaka, puis je m'occuperais de ton petit aparté, à condition de ne pas sortir le détecteur poussiéreux concernant ta session "
- " Kaboul, le Sénat pense à des bombardements imminents, ils veulent me consulter pour le budget. Je t'en dirais plus, je dois te laisser "

Le président de la Chambre des représentants ferma le clapet d'un coup sec et fit signe au garde pour lui signaler qu'il était prêt à se rendre dans sa nouvelle cour d'école.

- " On va devoir prendre la limousine Monsieur "
- " Quatre mille policiers dans un périmètre de cinq kilomètres et les manifestations continuent de se tisonner... ", d'une voix monotone et déséspérée
- " Ca devient violent au centre-ville. Les fumigènes sont déployés "
- " Bon sang...et vous croyez toujours que je suis la cible là dedans ? Les seules menaces qui planent ici, ce sont les contrevérités ", murmura t-il " Et mon rôle est de découvrir lesquelles..."


Le fusil à lunette replié, Matters s'échappa du toit en réfléchissant à la meilleure issue, persuadé que Yanaka l'avait piégé.
Les Marines inspectaient les corps des talibans tués.
Caïn s'efforçait de ne rien dire en voyant qu'on malmenait celui qui avait été fait prisonnier.
Les poignets de Jack furent solidement attachés sur la table métallique verticale de la salle d'interrogatoire.
Sorensen rejoignait George Rosenberg dans les quartiers Nord de la Maison Blanche.



[15:58:09]


Dans une des allées gravillonnées qui faisait office de parking pour une demi-douzaine de limousines, juste devant le florilège de haies taillées à la perfection, Nate Sorensen se dirigeait d'un pas accéléré vers le Secrétaire d'Etat, qui s'apprêtait à quitter la résidence pour rejoindre lui aussi ses confrères au Capitole.

- " Les choses se compliquent ", annonça t-il " Yanaka a perdu Radford "
- " S'il s'est échappé, il sait qu'on va établir un périmètre de recherche et que la Coalition pourra donc retrouver sa trace ", en ne rentrant qu'un pied dans la voiture
- " Soit il reste planqué au même endroit pendant des semaines, soit... "
- " Il va demander une grâce en échange de ses informations ", termina Rosenberg, impassible
- " La Coalition est au courant, ils veulent organiser une rencontre, pour planifier le sort de Radford "
- " Cela fait déjà bien longtemps qu'il n'est plus entre nos mains. Quand nous avons accepté la coopération avec les russes, en plaçant pour eux à la tête de nos administrations deux espions, les règles du jeu n'étaient plus de notre ressort, ni celui des russes d'ailleurs "
- " Sauf qu'en donnant notre accord pour que Bergman et Radford fournissent des infos aux russes, nous l'avons fait en songeant à de la désinformation, rien de plus. Au bout du compte, ils ont toujours agit pour le compte de la Coalition, et non pour cette vieille Mère Patrie "
- " De la désinformation...faire entrer des taupes à la CIA pour le compte des russes, c'était peut-être de la désinformation ? Il n'y a pas que de faux espions dans nos rangs. Mais la Coalition tient à ce que nos administrations soient infectées de l'intérieur. Et ce, malgré le train que vous faites dérailler en ce moment... "

Dans son costume trois pièces noir à rayures noires à peine plus claires, les rides de George Rosenberg s'étaient d'avantage enfoncées depuis Eclipse cinq ans plus tôt. Il avait fait germer ce grain de maturité qui touchait également Drakov, dont les marques faciales désignaient en fait des marques de guerres éternelles, dont les hommes comme eux en sentaient le besoin vital.
Désormais installé dans la limousine, le Secrétaire referma l'avant-dernier bouton du bas de sa veste sans se soucier de l'intérêt que lui portait le banquier de l'Etat, comme disait la presse de Washington.

- " Un train peut en cacher un autre...Yanaka aussi a été là pour nous sauver la mise en vendant ces sous-marins à Bergman "
- " Ne croyez pas qu'au moment où les bases de renseignements seront détruites par les torpilles de ces sous-marins, tous nos secrets s'évaporeront. Il s'agit là d'une simple précaution pour éviter que les russes ne fouillent trop loin "
- " Là où je veux en venir ", poursuivit Sorensen " C'est que les russes pourraient encore plus mal réagir en apprenant que Radford est à nouveau hors de contrôle. Mais je vous l'accorde, l'excès de confiance qu'ils m'ont apporté devrait en partie régler nos soucis. Même s'ils doutent désormais de ma fiabilité "
- " Les russes doutent de notre fiabilité à tous. Pourquoi avons-nous semé le doute d'une taupe à la Coalition ? Pour que les russes se sentent trahis sous chaque angle. A notre tour, nous les infectons par la paranoïa. Et l'Afghanistan passe par là. Les russes ont beau financer le pays pour la reconstruction, Ben Laden et les afghans nous ont vendus assez d'informations pour saper leur opération Kholstomer bis. Nous avons le monopole de leurs propres projets militaires et nucléaires, et surtout de Pluie Noire, précisément en les laissant croire que la gangrène décime notre pays. A tel point qu'ils en oublient trop vite la notion de contagion... "
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Mr. Jack
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 Message Posté le: Sam 20 Sep 2008 - 16:46    Sujet du message:
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La vitre noire se hissa jusqu'à l'encadrement et effaça le visage de Rosenberg alors que Sorensen fut confronté à son reflet.

Cette torture contagieuse que la Coalition exploitait depuis tant d'années finissait enfin par être bien rodée. En mettant en place les nombreuses bacilles contaminées - Yanaka, Masri, Radford ou encore Sorensen -, elle usait de son plus prestigieux atout pour substituer les vestiges d'une guerre froide à ce qu'on qualifiait de guerre psychologique, du jeux des entremêlements et des miroirs déformants où la désinformation et les vraies informations se mélangeait dans une eau à la fois trouble et limpide.

La guerre avait changée car elle ne se revigorait plus de cette virulence entre russes et américains mais dans l'illusion de leur unité. Cette même nuance de l'illusion qui avait permis de mettre au point l'opération des nanotechnologies, puis la création de mille tanks de guerre laissant filtrer l'information qu'il s'agissait de Pluie Noire, alors que le vrai projet sommeillait toujours, prêt à sortir du terrier en s'engageant dans le pays des merveilles illusoires.

Sorensen envoya son regard au loin, là où le soleil offrait encore un reflet convenable, et laissait admirer l'éclat et la dorure de la lumière sur les plantations au milieu d'un terrain ambré.




[15:59:57]
[15:59:58]
[15:59:59]
[16:00]

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Mr. Jack
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 Message Posté le: Dim 05 Oct 2008 - 19:01    Sujet du message:
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La section est bien morte ces derniers tems...

Enfin ce n'est pas si étonnant étant donné la baisse d'intérêt des fans de 24 puis la longue période sans diffusion.

Je ne me fais pas d'illusion, je ne pense pas qu'un jour, les fan-fics seront aussi lues qu'aux débuts de la section, mais bon, comme on le répète sans cesse, un commentaire ne fais jamais de mal. Wink

Sinon, à propos de l'épisode 5, je rencontre quelques problèmes qui m'ont bien freinés dans l'écriture de l'épisode. J'ai récemment perdu un fichier de grande importance à propos du déroulement de certains évenements (pas seulement pour l'épisode mais toute la saison !), et je dois donc retravailler là dessus.

Pas de délai pour la publication, mais c'est pas forcément motivant et ca va me demander du boulot en plus pour tout remettre en ordre. Confused
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Twenty24
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 Message Posté le: Lun 06 Oct 2008 - 0:21    Sujet du message:
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Mr. Jack a écrit:
J'ai récemment perdu un fichier de grande importance


Pour info, tu peux récupéré les fichiers qui sont effacés sur ton disque dur ou une clé usb et même si celui-ci a été formaté !
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Mr. Jack
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 Message Posté le: Lun 06 Oct 2008 - 1:30    Sujet du message:
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Twenty24 a écrit:
Mr. Jack a écrit:
J'ai récemment perdu un fichier de grande importance


Pour info, tu peux récupéré les fichiers qui sont effacés sur ton disque dur ou une clé usb et même si celui-ci a été formaté !


En fait le fichier a été écrasé, je ne l'ai pas supprimé directement.

Il s'agissait d'un fichier word que j'ai remplacé par un autre du même nom(moins lourd car il contenait moins d'informations) par une erreur de manipulation, et j'ai donc tenté de retrouver le fichier écrasé par quelques logiciels du style Restoration, Drive Rescue, mais ils sont généralement destinés aux fichiers supprimés.

Surtout que ça fait une semaine que c'est arrivé (ce qui allourdit la masse de fichiers reconnus par les logiciels) et j'ai beau m'être informé, je ne vois plus comment le récuperer. Confused
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