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Fan-fiction de Mr. Jack S4: Opération Sombres Soleils
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Etes-vous satisfait de l'évolution de ma fan-fiction au fil des saisons ?
Oui (en partie parce que ca se rapproche plus d'un roman désormais)
71%
 71%  [ 5 ]
Non (en partie car ça s'éloigne de la fan-fiction et de l'univers de la série)
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A moitié, car certains points peuvent rebuter, comme la longueur des épisodes par ex.
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Peu importe, je m'y suis habitué et je n'y prête pas attention
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Total des votes : 7

Auteur Message
Mr. Jack
Disciple de Kant
Disciple de Kant


Inscrit le: 18 Avr 2004
Messages: 6594
Localisation: A l'intérieur de mon sac

 Message Posté le: Lun 27 Oct 2008 - 18:40    Sujet du message:
Répondre en citant

Publication du 5ème épisode, un mois après le 4ème. Ecriture un peu longue donc mais je pense que ça en valait la peine, et qu'au niveau du contenu, j'en suis très satisfait.

J'aimerais beaucoup avoir des opinions sur la clarté des propos, si la plupart des intérêts et conflits sont clairs, malgré les zones d'ombres que je laisse, et si je réponds toujours aux attentes. Ca m'aiderait assez comme je vais devoir retoucher la saison lorsque je chercherais à la publier, et donc je voudrais savoir ce qui est bien et moins bien Wink

Cet épisode est d'avantage centré sur le passé, notamment sur Aurore Boréale, et on a également le droit à pas mal d'explications sur la Coalition et leurs motivations...même si il y aura encore plus de précisions dans l'épisode 6, avec un rebondissement majeur à la clé.

C'est également tourné sur le procès de Jack, sa position par rapport à Cassandra, l'attaque "terroriste" qui se prépare et qui ne va pas tarder à frapper...puis sur la guerre en Afghanistan qui doit faire face à de nouvelles mesures prises à Washington, et qui ne vas guère satisfaire Brainer et Caïn...

J'espère que vous allez apprécier Smile


Précédemment dans la fan-fiction de Mr. Jack :

La CIA avait donnée son accord pour lancer une opération dans la chambre 3613, où Jack avait installé son équipe avec Cassandra et Radford. Même si tout portait à croire qu'il était prêt à piéger ses alliés, l'ancien Delta s'assura quand même d'éviter les sanctions pour Cassandra, contre son témoignage au procès qui condamnerait l'organisation Delta Force. Toute l'administration fédérale était en réalité infectée de taupes, engagées par Bergman, qui travaillait, avec Radford pour le compte des russes, selon un accord passé avec la Coalition. Malgré ces contradictions, qui indiquaient à la fois qu'on souhaitait éventrer de l'intérieur les agences américaines tout en cherchant à les décontaminer, le procès qui impliquait Zan Yanaka avait une importance capitale que Jack ne parvenait encore à cerner. Par méfiance, la CIA décida de lui injecter un sérum de vérité pour le faire passer aux aveux. Radford évita ce recours: il décida de son plein gré de se rendre, après avoir assisté au meurtre du chauffeur du yakuza, perpétré par Matters, qui versait des informations aux russes.

Dans son ménage printanier, la CIA passait également à tabac Karamazov, qui avait été engagée pour organiser des ventes trafiquées, notamment avec Yanaka, dont le faux matériel était reversé aux russes. Un agent double qui selon eux, pouvait avoir basculé du côté russe et être triple. Drakov était également sur la liste: il n'ignorait pas que Bergman avait commandé plusieurs sous-marins au Japon et à Yanaka, ce qui impliquait donc la CIA, et qui devaient servir, selon Rosenberg, à détruire plusieurs agences de renseignements.

Un accord fut trouvé entre le gouvernement américain et les talibans suite à une vidéo qu'ils avaient envoyée, que le Sénat allait bientôt faire diffuser: les troupes de l'US Army s'éloignaient de Kaboul, et les rebelles quittaient la ville avec Caïn et deux autres otages. Mais dès la sortie de la capitale, une embuscade accueillait les insurgés, comme s'ils savaient qu'on les attendaient. Caïn veilla à la capture de l'un d'eux afin de le faire parler. Rosenberg envoyait ainsi de la désinformation pour persuader les talibans de leur avantage numérique, et se prépara à un conflit imminent. Si vic pacem, parabellum, si tu veux la paix, prépare toi à la guerre.



Episode 5 : ( 16h00 - 17h00 )

Ces événements se déroulent le jour de l'opération Sombres Soleils, entre 16h et 17h, heure de Washington DC.



L'accoutumance aux plans épars entreposés dans l'une des pièces confinées du Capitole ne semblait pas fonctionner chez Kurt Brainer, qui ne parlait que peu des stratégies militaires en vogue pour l'Afghanistan. Ces échanges de bons procédés entre le Sénat et l'Etat Major l'investissaient plus qu'il ne l'aurait prédit, et à chaque fois qu'on lui parlait de cibles et de frappes chirurgicales, il avait cette paranoïa de penser que ses propres confrères s'attachaient à détruire les preuves d'une collaboration avec les afghans dans le cadre de la campagne de désinformation.

- " Les attaques se concentreront sur les trois zones encadrées, ici, là, puis là, couvrant un rayon de 18km précisément "

A la descente de ses larges épaules, le Colonel Fuller désignait les trois villages cerclés de feutre rouge d'après les dernières prises satellites.
L'escorte républicaine avait permis à Brainer de traverser Pennsylvania Avenue en un rien de temps pour arriver à temps à la réunion, et avant que le Sénat, avec l'aval des représentants ne décide de la prise de position à Kaboul, il tenait à être débriefé sur les dernières offensives contre les talibans.

- " Je croyais qu'on se focaliserait uniquement sur Kaboul ? ", intervint-il
- " Les secteurs d'action s'étendent jusqu'à la périphérie et les villages aux alentours. Des frappes immédiates déstabiliseraient les habitants locaux et forceraient les rebelles à sortir "

Le sénateur de l'Illinois, C.J. Carter, un homme au teint basané qui soutenait le président de la Chambre depuis le début s'enfonçait un peu plus dans le fauteuil en cuir bordeaux avant de lui préciser les orientations qu'allait prendre le Sénat.

- " En plus de les déterrer, à long terme, ça allongera les contrats de la Défense. Et vous savez ce que cela signifie pour nous. Si d'avantage de fonds sont alloués à la guerre..."
- " Cela confirmera une chose dans ce mauvais reportage que j'ai vu hier : il était dit en somme que le but n'est pas de gagner la guerre, mais de la prolonger, l'élite gagne à maintenir la pauvreté et l'ignorance. Et que " la guerre est bonne pour les compagnies et les affaires "
- " Alors quelle est votre intention avec ce budget ? Dépenser dans la reconstruction pour un soutien de la population locale ? Désolé, les russes ont pris les devants "
- " Les bombardements imminents auront bien lieu. Si nous éliminons la menace dans les jours à venir, le budget sera à peine augmenté par précaution, pour bien finir le travail. Et plutôt que d'installer de nouvelles plateformes, nous devons relancer la croissance économique avec le Moyen-Orient "
- " Le Congrès ne soutiendra jamais cette cause...", répondit catégoriquement le sénateur " Sur la forme, médiatiquement, pour quel motif devrions-nous nous tourner vers eux plus que l'Europe qui est aussi dans le besoin après la crise de Minsk et les flottements du marché énergétique russe ? "
- " Parce que le Moyen-Orient est sous pression et qu'ils peuvent nous céder... "
- " Nous céder quoi ? Les projets communistes en préparation ? Tout le monde brouille les pistes, ce serait un tourbillon interminable de venir en aide aux pays arabes, ils profiteraient de la situation "
- " Remettre en place l'ancien marché d'importation en pétrole, ce qui apaiserait les tensions ici et en Europe. On doit continuer de les soutenir ", suggéra Brainer avec conviction
- " Je sais que vous voulez bien faire, mais le couteau est trop aiguisé depuis la mort de Nazr pour jouer avec "
- " Les Emirats sont indécis et ne savent pas si nous jouons franc jeu. Il nous faut un contrepoids pour leur montrer que c'est le cas "
- " Comment faire pencher la balance ? "
- " Victor Guers, aux Relations Internationales. Il va s'occuper de nous déterrer autre cadavre..."

C.J. Carter rassembla ses forces pour se lever et d'un regard vague, et mima un geste devant Brainer et les décorés.

- " A vous l'honneur pour le premier coup de pelle. Le Congrès vous a suivi jusque là, mais certaines personnes pourraient offrir des propositions plus ambitieuses. Et quelque chose me dit que si l'inflation s'accentue et que la guerre enfonce son piquet, les impatients savoureront les profits pour y apercevoir la fin de leurs desseins "

Les échos se poursuivaient dans la tête de Brainer, conforté dans l'isolement progressif de sa politique. Depuis le départ, ses objectifs étaient inchangés, et pourtant, il nageait bientôt à contre-courant. Ses maigres suppositions lui laissaient penser qu'il était soit une erreur de calcul, soit qu'il avait joué son rôle de remplaçant d'Anthony Lane. Dans les deux cas, l'aiguillage politique transformait ses projets en utopies et sans pouvoir dire qui, ni comment, quelqu'un influençait avec hypnose les décisions du Sénat pour relancer la guerre et reprendre les bombardements.


[16:04:58]


Près de Kaboul, 00h35 heure locale.

A bord d'une Jeep kaki qui ramenait les soldats à la base militaire située dans la province de Vardak, à 2km à l'ouest de l'itinéraire menant à sa capitale Maydan Shahr, Caïn fixait le jeune taliban recroquevillé entre les deux sergents de l'unité, la tête effleurant la carcasse de métal d'un côté, et les chaussures couvertes de terre de l'autre. Depuis le siège passager, il se tourna vers l'homme de gauche, cinquantenaire désabusé qui venait de s'offrir une cigarette pour se féliciter de la prise:

- " Quelque chose nous indique la direction qu'ils suivaient ? "
- " Zorro nous le dira ", en méprisant de haut l'insurgé moustachu
- " Et s'il ne parle pas ? "
- " En bon fanatique, il le fera Lieutenant-Colonel. Vous pensez comme moi, non ? Les talibans voulaient qu'on les suive pour nous pousser dans leur piège "

Caïn n'appréciait guère de constater que la stratégie fut révélée aux oreilles du taliban, qui pouvait alors adopter une autre attitude si on venait à l'interroger.

- " Il me faut trois hélicoptères parés pour une descente de reconnaissance en largage opérationnel C. Ils voulaient peut-être organiser une rencontre en petit comité ", ordonna-t-il
- " Vous voulez rencontrer les talibans sans prévenir Washington ? "
- " Voyez le schéma ainsi: les talibans ont attirés nos troupes à l'école de Charfi après notre patrouille, bloquant la circulation dans les rues de Kaboul. Ils nous prennent en otage, sachant que d'après leur arrangement, l'armée américaine n'allait pas les suivre, à part un petit nombre de soldats dissimulés comme vous dans les herbes mortes du déserts. Notre réaction était trop logique. Celle de Washington plutôt...ils ont contactés les talibans, et n'appuieront jamais mon idée "
- " Je ne vous suis pas, pourquoi les talibans n'ont pas lâchés le filet dans le désert ? "
- " A mon avis, ils ne se doutaient pas d'une embuscade si tôt. Leur objectif était de nous amener jusqu'à leur planque, puis de profiter de leurs armes lourdes "

Le véhicule s'arrêta devant le grillage qui s'élevait sur cinq mètres, et après autorisation, pénétra dans l'enceinte fortifiée. D'après ses premières observations, Caïn remarqua qu'une bonne dizaine de gardes surveillaient la zone aux jumelles nocturnes, tandis les autres soldats étaient sautés du lit pour se rassembler autour de leur chef, sous une tente couverte d'un voile de feuillage pour couvrir le vent fort nuptial.
Avant que le Lieutenant-colonel ne pu demander ce qu'il se passait, l'agent de communication au sol lui apporta un téléphone, précisant qu'on voulait le joindre dès qu'il avait posé les pieds sur la poussière.

- " Dick Hunter pour vous, il dit que c'est urgent "

Caïn attrapa le combiné vert de la vieille époque et répondit à son interlocuteur.

- " Quelles sont les nouvelles du front Dick ? ", dit-il paradoxalement

Dans son costume gris qui laissait dépasser un ventre bedonnant, Hunter était bien connu des troupes en Afghanistan pour clarifier les ordres que le Sénat et le président lui avaient soufflé à l'oreille.

- " Le front a décidé de monter le calibre d'un cran. Washington s'est mis d'accord pour plusieurs cibles, les attaques vont commencer dans l'heure "
- " On a confirmation qu'il s'agit de talibans ? "
- " Le bureau du président ne veut rien savoir. Le Sénat va préciser la direction de l'offensive, même ils apparaissent déjà tous unanimes. Vous avez claqué du doigt pour endommager les institutions des talibans et faire venir le mollah, on peut s'estimer heureux d'une réponse aussi immédiate "
- " Brainer avait préparé le terrain. Ce qui m'inquiète, ce sont les représailles si tout cela dure. Tout le monde semble trop pressé du jour au lendemain, et si on fait ça trop spontanément, il y aura beaucoup de dommages collatéraux "
- " Danny, le rôle de bon samaritain ne vous va pas. Djalalabad n'était qu'une attaque préventive "
- " Justement, les talibans pourraient avoir plus. Il faudrait leur couper la respiration avant d'engager une attaque. Et ça ne se fera pas en un jour "
- " En toute franchise, si Bergman est vraiment avec eux, il est déjà trop tard, il a anticipé notre réaction. Vous parliez de sous-marins, et quelques autres transactions. Toute cette opération était de la provocation de sa part. La CIA sait par coeur que le Congrès délibère hâtivement, et que ça ne vous laisse pas le temps de démanteler le marché terroriste local "
- " En gros, les bombardements nous ont été imposés... "
- " Comme je vous l'ai dis, la somme de votre chèque sera celle qui a été convenue. Les talibans s'offriront à nous comme sur un plateau de caviar. Profitez de votre champ d'action pour attraper Bergman, car il n'y aura pas de seconde chance après ces attaques... "

Après avoir rendu l'appareil à l'officier blond qui patientait, Caïn s'efforçait de trouver un lien entre les attaques stratégiques et le piège tendu par les talibans qui consistait, dans un premier temps à se faire piéger volontairement. Il saisit tout de suite que la situation devenait incontrôlable sur l'autre continent, et que les répercussions se feraient bientôt sentir à Kaboul.


Les paupières de Jack paraissaient si lourdes que Carrell s'amusait à le dévisager avant de passer aux choses sérieuses. Les bras croisés, se complaisant dans sa supériorité en voyant l'agent fédéral assommé par le sérum administré qui commençait à faire son effet, il avança de deux pas pour chercher le regard de Bauer dans le creux de ses yeux endormis:

- " Désolé pour le confort, simple précaution étant donné vos exploits avec le programme de survie et l'indiscipline dont vous avez fait preuve. Je ne veux pas vous rappeler de mauvais souvenirs, mais à ce stade de la compétition, il nous faut vos aveux signés ", se grattant le cou presque par gêne " Et j'ai appris que le polygraphe n'était plus un secret depuis le Kosovo, donc on a opté pour la bonne vieille piqûre "
- " Parlez ", d'une voix somnolente
- " Les effets s'estompent après une heure. C'est plus qu'il m'en faut pour connaitre votre camp. La CIA, Radford, ou ce No Man's Land qui vous satisfait tant "
- " Tout est...dans les ordinateurs "
- " Oh, l'intervention est toujours d'actualité justement. Vous devez être frais lors du recueil d'infos. Cassandra Evans passera aussi une heure de détente avec moi. J'étais encore à Langley lors de vos extras à la CIA à la fin des années 1990, j'aurais bien aimé vous connaitre à cette époque...A ce propos, quel est l'état de vos relations aujourd'hui ? ", remarquant qu'il divaguait
- " Je n'ai pas confiance en elle. Mais elle a les compétences... "
- " Les femmes...la déception pointe toujours le bout de son nez hein. Qu'est-ce qui vous a déçu ? "
- " Elle était agent de désinformation en Irak et en Afghanistan pour le compte de Frank Bergman. Elle n'est plus à sa solde, je crois. "
- " Qu'est-ce qui vous fait dire ça ? "
- " Bergman voulait qu'elle noue des liens avec Drakov à Minsk, parce qu'il soupçonnait le biélorusse de ne plus agir pour le compte de cette organisation, la Coalition. Drakov nous a permis d'infiltrer le marché noir, et d'avoir accès à certains contacts de Bergman, comme Zan Yanaka "
- " Drakov est un chien fou, Bergman n'a pas pu le tenir en laisse, voila tout "
- " Pourquoi Bergman chercherait à faire infiltrer le marché noir qu'il contrôle ? Ca n'a aucun sens...et Cassandra y est peut-être pour quelque chose "
- " Il ne le contrôle pas, c'est pourquoi il a profité de Drakov pour le mener indirectement à Zan Yanaka "

Carrell savait que Jack conservait une lueur de lucidité et que pour ne pas prendre de risque, il devait lui donner l'impression de fournir de bonnes informations en contrepartie. D'après ses conclusions, Radford, qui songeait déjà à quitter la Coalition à l'époque, s'était rapproché de Yanaka pour conserver un moyen de pression puisqu'il connaissait son rôle, à savoir mettre au point des transactions de matériel défectueux avec les russes. Une autre déduction frappa Jack : il était probable que quelqu'un à la Coalition avait une forte influence sur la CIA en demandant d'employer Yanaka pour ces marchés. De la sorte, les russes restaient persuadés qu'il oeuvrait pour l'agence fédérale, alors que Yanaka lui-même ne savait quasiment rien sur la Coalition, ni qu'il agissait pour eux. Le lien était logique, et peu discutable: ça ne pouvait être que Bergman. Ce ne fut que la confirmation de ce qu'il savait déjà, mais désormais, il demeurait certain que Carrell lui posait des questions dont il connaissait la réponse.

- " Il y a autre chose derrière... ", libéra Jack, plus loquace
- " De l'autre côté du miroir se trouvait Yanaka. C'est pourquoi James Matters a infiltré son réseau. Parlez-moi un peu de lui "
- " Né en 1965 à Providence. A la sortie de l'université, il traînait dans un gang de New York pour se faire de l'argent. La police l'a alors recruté pour envoyer ses dealers en prison. L'année suivante, il est entré à la NYPD et continuait de se faufiler dans plusieurs organisations de la côte Est "
- " Aujourd'hui il est comme un poisson dans l'eau donc...né pour l'infiltration "
- " Vers 1995, il a accepté un poste dans une unité d'intervention, ce qui l'a amené à protéger plusieurs personnalités politiques de la ville. Le gouverneur de l'époque avait un sommet sur le nucléaire. Visé par un groupe de militant armé, James l'a sauvé de justesse..."
- " D'un assassinat par balle, c'était à l'hôtel Sheraton, je me souviens. Se hisser jusqu'à la CAT de Washington n'était plus difficile. Et votre rencontre ? "
- " Lors d'une opération en France il y a cinq ans, vous connaissez les détails "
- " Quand exactement ? "

Le souvenir écorcha subitement Jack de l'intérieur, qui se remémora les conditions presque similaires à cette salle d'interrogatoire où il était enchaîné dans un laboratoire français afin de subir des tests.

- " Pourquoi ces questions sur lui ? ", en maintenant la tête haute, méprisant Carrell
- " La CAT le surveille aujourd'hui. Et nous voulons nous assurer que Yanaka ne le soupçonne pas, pour lui préparer une issue de secours "
- " Celle de Yanaka ? ", en ayant compris que le sujet était Matters
- " Qu'est-ce qui vous fait croire que nous sommes en contact avec lui ? "

Jack hésita avant de répondre, détournant du regard pour chercher à contrôler le sérum.

- " Deux fois la dose conseillée Jack ", poursuivit Carrell " Même avec de l'entraînement... "
- " Parce que vous tenez vos ordres de Bergman. Et que vous savez qu'une attaque terroriste se prépare aujourd'hui "
- " Drakov a dit la même chose il y a une heure. L'histoire se répète n'est-ce pas ? "
- " J'ai accepté uniquement votre offre pour relier la CIA à Bergman, et une fois que je serais dehors, je ferais de vous une affaire personnelle ! "

Les effets s'estompaient peut-être dans une heure, mais les liens qui fixaient Jack à la table d'opération verticale n'allaient pas se rompre en si peu de temps. Cette idée à la tête, Carrell quitta la pièce pour être là lors du lancement de l'intervention, et nota qu'au fond, Bauer était lui aussi comme un poisson dans l'eau, heureux dans son isolement, seule terre où il ne souffrait d'aucune dépendance.


La longue perspective architecturale recevait de minces traits de lumière à la réapparition du soleil, s'immisçant entre les murs gris et bleu marin de la salle de réunion. Zan Yanaka, au fond de l'étendue face au mur de vitres s'évertuait à réprimander un de ses subalternes, Kagamiko, qui avait compliqué une affaire avec un policier corrompu, tout en scrutant le bouclage de l'avenue au pied du bâtiment.
La limousine avait été déplacée, le cadavre avec, et les forces de l'ordre s'attelaient à interroger les témoins.

- " Nie en bloc, et si on t'a vu avec Seong, fais disparaître les preuves ! "

Brutalement, après un grincement aigu de porte, Matters débarqua, muni d'un silencieux que la sécurité semblait avoir négligée lorsqu'elle l'avait fait patienter. Le mafieux mit fin à la conversation, et ignora l'interruption pendant quelques secondes.

- " Je t'en prie entre "

L'histoire se répétait, il pointa l'arme sur le japonais qui lui tournait le dos, et chercha un bon compromis entre l'honneur de ses idées et le déshonneur de la trahison que Yanaka évoquait si souvent.

- " Pourquoi me piéger ? ", les plis serrés entre ses sourcils " Difficile d'attirer plus l'attention que ça ! "
- " Tu crois que je t'aurais laissé venir ici, armé, sachant ce que tu allais faire si je voulais te piéger ? "
- " La première chose que la police fera... "
- " Il suffit d'un coup de fil pour leur dire que tu étais le tireur..."
- " Avec l'épée de Damoclès au dessus de votre tête, ce serait tenter le diable, vous risquez plus gros que moi ", se vanta Matters
- " La CAT te surveille James. Leur donner un motif d'inculpation est une occasion en or pour t'extraire à leurs yeux "
- " Pourquoi faire ça ? "
- " C'est ce que tu veux non ? Radford a rempli son rôle, il ne m'est plus d'aucun intérêt, et donc moi non plus. Par conséquent, ta couverture est passé au grill...", souriant de son jeu de mot
- " Pourquoi me donner la chance de partir ? J'ai compris...", relâchant à peine son P9 " Vous voulez une contrepartie "
- " C'est l'occasion d'abattre notre dernière carte à tous les deux "


[16:17:11]


Danny Caïn menait un discours devant une trentaine d'hommes du régiment.
La garde rapprochée de Brainer inspectait les entrées du Capitole.
Le jeune taliban était emmené à l'intérieur d'une tente du camp, puis attaché par une épaisse corde afghane.
Posé sur un fauteuil en bout de table, le silencieux posé à côté de la main, Matters écoutait l'offre de Yanaka.
Nate Sorensen entrait dans les loges privées du Capitole ordinairement destiné aux membres du Cabinet.
Un agent de la CIA venait escorter Radford jusqu'aux bureaux de la Compagnie.



[16:21:47]


A peine assis sur le canapé aux impressions de Renaissance, Nate Sorensen se releva pour saluer l'homme qui accompagnait George Rosenberg et ferma les deux boutons de sa veste de costume rayée, un sourire esquissé lorsqu'il remarqua que l'homme en face était le portrait identique de cet acteur qui interprétait le chancelier Palpatine dans Star Wars, mais avec les cheveux plus rares. L'ambiance très chaleureuse de la pièce, d'un brun feutrée qui témoignait du luxe présidentiel pouvait bien contribuer à relancer d'un bon pied la relation entre les deux nations, s'était targué le secrétaire d'Etat.

- " J'ai entendu que assemblée s'organise là en ce moment même ", exprima avec peine le sosie, d'un accent russe
- " Oui, une résolution sur la crise actuelle ", précisa vaguement Rosenberg
- " De l'Afghanistan est-il question ? Je ne serais pas surpris que relancer attaques est meilleure option "
- " Même si les talibans cherchent à nous mettre dos au mur, nous ne manquons pas d'effectif pour repousser tous les rebelles en moins d'un mois. Ici, personne ne s'en effraie, croyez-moi "

Sorensen versa volontairement quelques informations pour satisfaire le russe et se placer sur la même longueur d'onde, même s'il ne voulait pas parler du climat de tergiversations dans le pays.

- " Alors dites-moi, que souhaite le FSB pour envoyer un émissaire comme vous à Washington, aujourd'hui ? ", demanda le secrétaire pour ne pas s'éterniser sur autre chose
- " Laissez-moi vous dire que colonel Galytchev apprécie le Capitole comme point de rencontre, cela laisse croire gage de confiance "
- " Il me parlait avant d'intégrité. La nuance de ce mot creuse parfois le fossé entre nous, et je veux simplement éviter toute déception. Gardez une belle image de cette ville. Elle symbolise beaucoup pour nous "
- " L'Histoire pousse nous à douter perpétuellement, et je suis venu ici pour explication de nos accusations "
- " M. Valajdopov, jusqu'à preuve du contraire, les informations sur vos forages pétroliers n'ont causées aucun mort. Les termes de notre contrat ont été clairement établis. Je ne vois pas pourquoi les membres de la Coalition auraient besoin de vous faire du chantage en dévoilant ces infos "
- " Source sûre désigne vous, M. Sorensen. FSB a placée grande confiance en vous, élevé aux plus hautes échelles...échelons ", en se corrigeant
- " Et cette source désigne un intérêt valable ? Ecoutez, voila ce qu'on peut faire : je m'occupe des médias en leur donnant de mauvaises informations sur vos forages. Je rassure les européens en leur prouvant que l'argent de la rente est investi dans de nouvelles infrastructures non localisables, tout en faisant croire que l'investissement dans de nouvelles réserves est difficile "
- " Europe et Moyen-Orient ne doivent pas connaître seuil de productivité, ni que nous avons technologie pour gisements offshores. Je suppose que en retour, vous voulez nom de l'informateur ? "
- " Pour nos deux intérêts, on doit savoir qui veut élargir ce fossé ", ajouta le vétéran de la Maison Blanche " La presse pensera tout de suite à de la contre information si vous donnez d'autres chiffres sur vos réserves. Nous sommes les seuls à pouvoir le faire en toute crédibilité. Cela justifie assez nos intentions vous ne trouvez pas ? Mon gouvernement n'a rien à gagner en volant ces informations, et étaler ces chiffres de la sorte est trop grossier pour que ce soit fait contre vous. Quelqu'un pointe le doigt sur nous pour semer la discorde "
- " Enfant, j'étais effrayé quand on me parlait du KGB et de leurs méthodes de tortures ", continua Sorensen " La Mafia aussi. On parlait de doigts coupés quand quelqu'un avait des dettes en retard. Comprenez M. Valajdopov que nous sommes prêts à jouer sur votre terrain de jeu en cherchant cet ennemi commun, et lorsqu'il sera à notre portée, soyez sûr qu'il ne pourra plus pointer personne "

Le russe saisit le sérieux de Sorensen, dont il appréciait cette détermination froide, d'ordinaire marquée dans l'héritage physique des hommes de l'Est. Il prit cela comme une marque de compassion et d'investissement qui mettait au clair leurs intérêts communs. Rosenberg ne le quitta pas des yeux, pourtant rassuré à l'idée que le multimillionnaire retombait agilement dans l'estime de Mère Russie, puis proposa d'offrir une goutte de vodka que Valajdopov bu d'une traite comme une professionnel bien entraîné.


- " Le caporal Bowin s'occupera de l'escouade qui doit partir pour Kaboul, il divisera les groupes assignés à chaque village à proximité. La seconde unité, tenez-vous prêts pour une mission de reconnaissance dans l'heure. Il faut s'attendre à rencontrer des ennemis sur place, les renforts doivent rester en attente sur la seconde ligne "

Caïn laissa la parole au caporal pour clarifier le positionnement des troupes à l'aube des bombardements. Il marcha jusqu'à l'autre bout du campement, suivant la direction d'un cri de douleur et entra dans une petite tente éclairée à la lampe à huile. Le taliban à peine à l'âge de la majorité était déjà salement amoché par les trois militaires qui l'encerclaient.

- " Il a parlé ? "
- " C'est vous et personne d'autre Lieutenant-Colonel ", répondit le sergent
- " Je sais que tu me comprends. Voila le tableau : Bergman supposait qu'au moins l'un de vous allait survivre à notre embuscade, c'était dans notre intérêt. Vous êtes conditionné à la torture pour ne rien dire, mais ton âge facilitera la cohérence, et après quelques hurlements, tu es censé nous parler du point de rencontre pour que j'envoie mes hommes là bas, en étant persuadé que ce n'est pas un piège.
- " Piège ou pas, votre curiosité et votre impérialisme vous pousse à y aller "
- " C'est tout sauf par impérialisme que je le fais. Il me pousserait à risquer la vie de dix de mes hommes qui n'ont aucune valeur pour vous, même morts. Ce n'est pas par narcissisme que j'en suis venu à cette conclusion, mais vous attendez quelque chose de moi. Que mon pays ne peut apporter "

Le taliban émit un rire artificiel.

- " Vous n'avez jamais rien apporté. L'envahisseur se pose en sauveur de l'idéal démocratique, que personne n'a jamais demandé. Le vice des mains sales dans la domination. Envoyer ceux comme moi en prison trente ans ne changera rien. Je recommencerais jusqu'à la mort. Et si demain, on me demande de me faire sauter pour tuer trois américains, j'obéirais. Alors nous sommes prêts à payer n'importe quel prix même pour dix américains "

Caïn se demandait si on lui avait donné l'objectif de l'embrouiller d'avantage, car si c'était le cas, ça commençait à marcher. Il n'avait aucune garantie que quelque chose l'attendait là bas, mais sa curiosité ne cessait de s'attiser à mesure qu'il essayait d'anticiper l'insurgé.

- " Et si j'y vais seul, tu vas toujours me donner votre planque ? "
- " A la passe d'Unaï, l'ancien débouché sud qui a été fermé après sa construction, il faut prendre 800km vers le sud-ouest, jusqu'aux ruines de Galea. C'est le lieu de rencontre "
- " A ciel découvert ? "
- " Ce n'est que le premier point de rencontre. C'est tout ce que je suis censé vous dire "

Caïn emmena les trois hommes à l'extérieur, fermant la toile d'entrée de la tente, ce qui effaçait peu à peu la lumière de la lampe.

- " J'enverrais une première unité dans l'heure inspecter les crevasses pour voir s'il y a des mines ", confirma Caïn
- " Il faudra placer des tireurs isolés au lieu de rendez-vous "
- " Je persiste à croire qu'il s'agit d'un traquenard. Les talibans étaient bien renseignés à Kaboul, ils savaient où je me déplaçais "

Personne n'osait avouer que leur Lieutenant-colonel partait peut-être dans des délires égocentriques qui n'étaient justifiés par aucun fait pour le moment.

- " Si c'était vous qu'ils voulaient, ils ne se montreront pas sachant qu'on est armés et organisés "
- " C'est le but de la reconnaissance. Ensuite, j'irais seul, pendant que le reste de l'équipe se pose au nord avec les jumelles "
- " C'est du suicide, la réaction sera impossible, ils connaissent les montagnes et pourront se cacher ! "
- " J'en endosse la responsabilité. Ce sont leurs conditions. Peu importe l'avis de Godfather, je suis prêt à passer en Cour s'il le faut, mais là bas, il s'agit du point de convergence, et tout ce que j'ai réalisé m'a mené vers cette direction "
- " Sauf votre respect, il n'y a peut-être rien à la clé...Vous tombez parfaitement dans leur jeu"
- " On ne retrouvera pas Bergman comme on a retrouvé Saddam. Je dois partir à sa rencontre. Que l'équipe se ressemble, on part dans cinq minutes "

Loin de ses rêves, Caïn se raccrochait à l'unique projet de pouvoir traquer quelqu'un, quelque part, peu importe s'il s'agissait d'un fantôme ou d'une organisation crépusculaire dont personne ne se préoccupait réellement. Cette mécanique lui inspirait l'idée d'une introspection dans cette quête du sens, où la poursuite succédait à la fuite. Loin de ses désillusions, ses démons enfouis étaient mieux ainsi se disait-il en retournant consulter les plans du débouché sud de la passe d'Unaï.


A la Chambre basse du Congrès, les membres du Parlement bicaméral se mettaient progressivement en place pour établir le destin de la démocratie. Brainer, censé présider l'assemblée ne manquait pas de se faire attendre, pendant qu'il vagabondait, portable à la main dans l'antichambre vide de son bureau, où plusieurs tableaux de politiciens comme Lincoln étaient accrochés au dessus de bancs ornés d'anges.

- " J'ai une dette envers vous Victor. Sachez qu'à tout moment... "
- " Vous avez soutenu nos troupes en Afghanistan quand nous étions dans le besoin, c'est normal ", admit l'homme à l'autre bout du fil " Son emploi du temps n'est pas aussi chargé qu'il ne le fait croire, mais ne lui faites pas perdre son temps. Et s'il sent une pincée de mauvaises intentions... "
- " Je comprends. Je le caresserais dans le sens du poil ", affirma le président de la Chambre des représentants
- " Ma secrétaire va vous mettre en relation "
- " Merci beaucoup "

Les manches de sa chemise blanche retroussée, l'homme regarda déambuler la femme noire de peau le long du couloir de la résidence bourgeoise jusqu'à la pièce meublé d'un magnifique piano d'époque. Elle lui transmit le combiné, feignant d'ignorer son air faussement diverti par le Concerto de Bach en fond sonore.

- " Il y a bien longtemps que je n'ai pas révisé mes cours de langue étrangère...", annonça ce dernier
- " M. Nivers, merci de répondre à mon appel, je serais bref "

La voix pleine d'ambition de Brainer éveillait d'avantage l'ancien premier ministre français, qui commençait à être aveuglé par un des derniers traits de lumière à l'horizon.

- " Après tout, on dit que vous avez arrangé une partie de la crise à Minsk, et la France vous en est reconnaissante "
- " Parlez-vous vraiment au nom de votre pays ? ", questionna Brainer d'un ton corrosif
- " Je vous demande pardon ? "
- " Par manque de temps, je vais entrer dans le vif du sujet. C'est à propos de nos relations avec le Moyen-Orient depuis la mort du prince Nazr. Je sais que vous avez stoppé tout contact après la fin de votre mandat mais certaines pistes que vous possédez me seraient du plus grand recours pour mettre fin à cette ère du doute "
- " Je ne vois pas ce qui vous laisse penser que je sais des choses là dessus. Et je n'aime pas le tournant de cette conversation... "
- " Ce n'est pas une menace, mais je sais qu'Idéon a acheté votre silence. Vos scandales n'ont été que murmurés, et je ne tiens pas en dire d'avantage. Avant sa mort, le prince m'a fait part d'informations sur vous, Idéon, et un regroupement sous le nom de Coalition "
- " Que cherchez-vous vraiment ? "
- " Il ne me manque que l'atout pour faire éclater les affaires d'Idéon dans les arcanes politiques. Vous resterez en dehors de tout ça. Il ne s'agit que d'un inventaire de noms, et si vous me confirmez les propos de Nazr, nous pourrions à nouveau entretenir une relation de confiance avec les pays arabes "
- " Votre politique est relativement translucide, et de bonne foi, je le pense. Mais j'aimerais être éclairé sur vos ambitions à propos de la guerre "
- " Elles vont de pair avec les questions que je vous pose. Si nous commencions par l'explosion du cargo à Monaco, il y a cinq ans de cela ? "

Jean-Pierre Nivers mina un bref soupir pour cacher son excitation à l'idée qu'il pouvait à nouveau parler complots et affaires secrètes. Cette vie là lui manquait tant depuis qu'il était parti du gouvernement sans se retourner, pour éviter qu'on ne creuse plus loin dans ses partenariats avec les Emirats, qui consistaient notamment à financer des centrales de déssalement d'eau au Moyen-Orient en échange de biens pétroliers.

- " En faisant couler le cargo pétrolier grâce à ce militant albanais, c'était une occasion d'effrayer le Moyen-Orient en leur faisant croire que j'étais avec Idéon, pour qu'ils relancent nos marchés. C'était la dernière solution pour rattraper les erreurs du président Fortier "
- " Mais vous étiez réellement avec le consortium ? "
- " Pas vraiment. Nous étions à peine en contact. Tout ce que je sais, c'est qu'ils sont financés par la Défense américaine "

Brainer ne manqua pas de faire le lien avec ce qu'il savait de la Coalition d'après le disque enregistré par Nazr. A l'époque, après un bref coup de fil aux services secrets locaux -que Newell connaissait bien-, un agent affecté sur place à Riyad avait pu récupérer le disque dans un coffre-fort et ainsi devancer la CIA, pensant que l'ordre venait de l'agence fédérale.

- " Lorsque j'ai commencé à collaborer avec le Sénat, je désirais, en gérant les finances de guerre, attirer les gros contracteurs de la Défense, pour les relier à Idéon bien sûr. Vos propos confirment bien ce lien, mais ne m'indiquent pas comment le Congrès se sert d'Idéon pour mener leur politique étrangère, j'entends par là les nettoyages ethniques... "
- " Qu'avez-vous de Nazr ? "
- " Plusieurs documents témoignant de la politique de domination d'Idéon. Mais pas de noms. Le plus intéressant aborde cette Coalition ", en laissant flotter un silence " Je connais l'identité de plusieurs de ses membres, dont notre Secrétaire d'Etat, George Rosenberg. Je travaille sur l'identification des autres actionnaires "
- " Je m'avance peut-être trop, mais un seul motif justifierait que Nazr possédait de telles informations : un autre pays comme la Russie, par précaution, a pu livrer ces noms à Nazr pour que ce dernier traite avec ces gens, dont Rosenberg, et découvre leurs intentions. Mais je ne tiens ça que d'esquisses de conversations avec l'ancien prince. Le problème se situe dans l'échec de votre projet visant à désagréger Idéon. Voyez d'où vient la fuite "
- " La fuite ? "
- " Comment le Congrès finance Idéon. Il y a bien des traces de transferts monétaires, des comptes offshores. Je ne vous dis rien de nouveau, mais est-ce peut-être suffisant pour vous éviter de balancer mes révélations aux émirs ? "
- " Je ne comptais pas..."
- " Je vois clair dans votre jeu. Quoi de mieux qu'un ennemi commun pour vous rassembler ? Mais ce n'est rien. Ces informations sont le dernier atout qu'il me reste pour cesser l'emprise d'Idéon. Je préfère une vie moins confortable mais être plus apaisé lorsque je pose la tête sur mon oreiller. Faites juste en sorte que ça ne fasse aucun bruit "
- " Arrêter la tempête née dans les zones tampons qu'Idéon contrôle...j'essaierais. Et je n'oublierais pas ce que vous avez fait. L'Europe sera la première heureuse de constater que le Moyen-Orient relance ses accords de confiance "
- " Et je serais le premier des heureux aussi..."

Le président de la Chambre basse était conscient que Nivers risquait gros, mais il était prêt en assumer les responsabilités: parler de Nivers au Moyen-Orient pouvait accroître son crédit, mais menacer les pays arabes de ne rien révéler à la presse à son sujet pouvait le décroître. Il devait donc trouver suffisamment d'informations sur les financements douteux du Congrès, sans que cela ne lui retombe dessus, afin que les Emirats fassent l'impasse sur le cas Nivers, et acceptent de se tourner vers l'occident plus que vers les russes.
Pour cela, le détour n'était pas envisageable, et Brainer devait puiser dans les entrailles du gouvernement en comprenant les contrats de la Défense, ce qui risquait d'enrayer l'engrenage américain pour ensuite enrayer celui de l'ennemi. En d'autres termes, la voie ouverte au sacrifice.


[16:30:50]



L'équipe de reconnaissance était montée à bord d'un hélicoptère de l'armée qui prenait son envol.
Plusieurs agents de la CIA faisait barrage dans l'entrée de l'hôtel pour contrôler les entrées et sorties.
Brainer avait commencé à présider l'assemblée.
Un garde surveillait Jack devant la porte, dans la pénombre de la salle d'interrogatoire.



[16:33:29]


La brigade de la CIA se déployait dans les escaliers de l'hôtel, portée par une première couche d'hommes casqués portant la grosse artillerie, puis par une seconde couche d'ex-bureaucrates qui voulaient sentir le goût du terrain, le gilet par dessus leurs chemises. Le leader de la seconde unité désigna la direction à suivre pour ses hommes par un langage de la main, et serra les poings pour placer l'équipe en attente à quelques pas de la chambre 3613.

L'antenne de la Compagnie n'étant qu'à quelques kilomètres du repaire, la réception audio/vidéo était parfaite pour Carrell, qui assistait à la scène depuis la télé aménagée dans la pièce bordant la salle d'interrogatoire.

Par le biais de Bergman et de ses anciens contacts au MI-6, Cassandra, qui était chargée de liaison entre l'agence britannique et la CIA il y a dix ans avait conservée les techniques de repositionnement satellite qu'elle faisait dans le cadre d'une coopérative pour restreindre le budget des deux pays, puis s'était infiltrée dans leur réseau.
Les stores baissés, sentant qu'elle était surveillée, elle coupa le terminal de contrôle de l'écran qui donnait des informations sur Drakov évoquant l'origine de ses liens avec Khrouchtchev en 1960.

- " Je ne veux aucun dommage ! ", ordonna Carrell " Les ordinateurs doivent être fonctionnels "
- " Si elle sait qu'on est là, elle a peut-être tout effacé ", suggéra un nouveau promu sur le terrain
- " C'est leur seule planque, tout doit y être ! Toutes les unités sont prêtes à l'intervention ?"
- " Unité Alpha B prête "
- " Unité Beta C prête "
- " Unité Delta E prête ! "

Cassandra remarquait qu'à l'extérieur, trois agents en civil avaient disparu, et que seule une personne avait retrouvée ses appartements dans l'heure, ce qui laissait présager qu'on bloquait les sorties pour éviter toute fuite ou assistance. Elle saisit la paire de jumelles à côté du dernier terminal en route au rez-de-chaussée, et chercha à identifier des gens dans le bâtiment d'en face qui confirmerait la présence d'agents aux étages supérieurs.
Carrell s'apprêtait à lancer l'ordre maintenant que Radford était à portée de main. Il replaça le micro devant sa bouche, et au signal du directeur opérationnel à ses côtés, ordonna le départ:

- " Martin, lancez l'assaut dans 5...4...3...2...1... "

- " Go go go !!! "
- " On y va les gars ! "

A la fin du décompte, la première unité défonça la porte à entrée magnétique, assistée par la seconde qui restait en retrait dans le couloir, tandis que la dernière unité provenant de l'étage au dessus, longeait la façade vitrée de l'immeuble par des grappins, puis pénétra dedans grâce à un lance projectile qui brisa la fenêtre en libérant ensuite une légère brume de gaz.

Cassandra s'arrêta net au milieu de la pièce, mettant immédiatement ses mains en évidence. Deux agents s'occupèrent de son immobilisation en lui plaçant les menottes aussitôt.

- " Je raffole des grosses productions...", d'un sourire ébauché à cause de la prévisibilité de l'opération

Sa collaboration facilita les choses, et Carrell eu confirmation que les informations collectées étaient encore enregistrées dans les disques durs.

- " Vous pensez réellement que Jack est prêt à m'échanger en échange de ce qu'il sait ? ", sollicitant un agent en pull gris
- " Bauer ? Sans vouloir appuyer la déception, nous le tenons déjà ", s'exalta le fédéral


Même si en temps normal, l'affaire aurait été confiée au FBI, Yanaka tenait à ce que son bras droit en fin de contrat dépose ses aveux aux bureaux de coordination de la CIA pour rejoindre la réunion de famille, dont Drakov, Karamazov, et Jack avaient répondu présents, sans parler des moins ponctuels qu'étaient Cassandra et Radford. Un rassemblement réglé comme une horloge, cela ne pouvait pas être une coïncidence signala Ned Martins, directeur de la branche de Washington, qui s'empressait de retrouver l'agent qui validait la déposition de James Matters près d'une remise où l'éclairage était faible.
Avec sa balafre au visage, maigre comme une allumette, Martins préféra entreprendre une discussion amicale plutôt que jouer la carte de l'intimidation. La scène de l'assassinat depuis le toit de l'immeuble fut racontée dans ses moindres détails, sans la bruine de mensonges dont Matters s'était habitué depuis qu'il était infiltré.

- " Vous savez ce que je pense ", souleva Martins, avec une façon de parler très aristocrate " Yanaka a profité de l'arrestation d'un de ses petits dealers pour vous sacrifier"
- " Me sacrifier ? ", un sourcil en amplitude
- " Ou peut-être voulait-il porter un coup fatal à Radford en apprenant ses intentions. Qui sait, la déception change les hommes "

Ce que le directeur ignorait, c'est que la culpabilité de Matters évitait surtout à Yanaka de se mettre les russes à dos en tuant un de leurs informateurs puisqu'il pouvait toujours nier toute implication.

- " C'était la mort ou la taule. Pour être franc, je ne raffole pas de vos rats "
- " La fuite était aussi une option "
- " Yanaka a disposé ses pions partout dans le pays. Vous préférez sectionner les tentacules une par une ou bien le monstre ? "
- " Même en nous livrant Yanaka sur un plateau d'argent, il sera difficile de vous éviter la prison.
- " Ce n'est pas la question. J'ai le piège à rat sur moi. Il me manque l'appât, et c'est là que vous intervenez: Yanaka est intéressé par Jack Bauer par ses liens avec Radford. Il n'a aucune confiance en Radford, et cherche à s'agripper à la moindre information pour le faire tomber. Une tête à couper pour le procès en résumé "
- " Yanaka n'aurait pas pour autant la peau sauve. Avec votre témoignage, il va aussi plonger "
- " Il emporterait Radford dans sa chute. Ce que je vous propose, c'est un échange, Bauer contre Yanaka, en terrain neutre dans une heure. La date expire juste après "

Martins prit la demande au sérieux, mais réfuta toute de suite la proposition, qui ne tenait pas debout.

- " Vous n'êtes plus dans ses petits papiers. Il ne croira jamais à votre sincérité "
- " C'est lui même qui m'a proposé cet échange. Il se rend, en échange de Bauer "
- " Mais, c'est absurde, Bauer ne lui servira à rien dans ce cas ! Yanaka n'aura pas l'ombre d'une chance avec le procès qui pend au dessus de sa tête ! "
- " Et si c'était le but ? Qui vous dit qu'il ne cherche pas à se mettre à l'abri d'une menace ? "

Malgré son expérience dans le contre-espionnage, Martins peinait à déterminer si Matters jouait cavalier seul ou s'il opérait toujours pour Yanaka. Dans le premier cas, Yanaka avait vraiment parlé de l'échange et Matters comptait le doubler en le laissant aux fédéraux. Dans le deuxième cas, le yakuza avait bâti son plan avec plusieurs coups d'avance, et savait comment tirer profit de la CIA en se rendant. Il se servait ainsi de son bras droit pour entretenir la confusion. Le Successeur appréciait fortement ces conflits d'identités qu'il chassait dans ses filets. Mais là, Martins sentit un poids s'écrouler sur la Compagnie avec Matters qui faisait pression pour que l'organisation de l'échange soit bâclée, et se devait de rapporter la demande aux plus hautes instances.


Revenu à la charge, l'agent Carrell consultait quelques pages à l'intérieur d'un trieur à propos d'un dossier confidentiel qui évoquait le passé de Jack en long et en large. Ses débuts en tant qu'agent fédéral, ses opérations avortées, la mort de Teri, et l'enquête menée par Danny Caïn au moment de Crépuscule en 1999. L'air supérieur s'était figé sur le visage de l'inquisiteur, et un pli investi le gagnait.

- " Vous ne niez donc pas que votre hum..."investigation" a commencée vers 2001, en comprenant que Drazen était encore en vie "
- " C'est juste...", la tête baissée
- " Un sentiment de trahison, d'autant plus intensifié par le décès de votre femme. Le gouvernement américain est-il coupable Jack ? "
- " Oui ", relevant son regard sous ses arcades sourcilières
- " La CAT, les Delta Force, puis la CIA, tout était calculé pour vous rapprocher de ces dossiers que je tiens ? "
- " Il n'y a pas que ça. Le terrain m'a permis de m'échapper..."
- " Que cherchiez-vous à fuir ? Etait-ce la vérité qui vous effrayait, sur Teri notamment ? Laissez-moi vous demander une chose Jack: aujourd'hui, pourquoi pensez-vous qu'elle est morte ? "
- " Nina Myers, qu'elle aille se faire foutre... "
- " Pourquoi alors ? "
- " Patrick DeMasi, condamné à mort quand j'étais en France. Il savait que ce n'était pas un hasard. Teri est morte pour une raison que j'ignore encore "
- " Aviez-vous songé à la probabilité que Cassandra a reçue l'ordre de vous rapprocher de vous ? Teri meurt, et vous voyez en Cassandra comme le double que votre femme n'aurait jamais pu être, ni même comprendre "
- " J'y ai songé oui. Mais si elle cherchait à me trahir pour Bergman, vous en savez plus que moi. Si je n'ai pas été assez clair, je vous le redis: je fais de tout ça une affaire personnelle. La déception m'a frappée une fois de trop, et je dois rassurer ma conscience "

L'agent recentra sa cravate et releva en même temps que Jack était de plus en plus déconcentré par ce qui l'entourait, comme s'il cherchait un moyen de s'échapper.

- " Pour fuir vers où ? ", murmurait-il inaudiblement " Au fond, vous cherchez la conviction que vous êtes toujours libre ? "
- " Voila un étrange tableau...je ne suis que dans l'obscurité de cette pièce "

L'ombre de Carrell projetée sur la paroi intrigua Jack, plus éveillé et curieux qu'auparavant. L'évocation de Teri souleva ces vieux souvenirs qu'il chassait depuis plus de sept ans déjà, mais qui avaient pourtant fait ce soldat qu'il était devenu. Et désormais, il ne voulait plus d'avantage chasser ces ombres: ce qu'il recherchait réellement, c'était la conviction qu'il n'était plus dans un monde factice, la conviction qu'il pouvait choisir son orientation avec une perspective claire.


[16:45:04]


Martins s'entretenait avec le DD-O Richard Braxton, lui-même en liaison avec l'entourage du président.
L'équipe de Caïn entamait l'expédition de reconnaissance en se dirigeant vers les crevasses désertiques au sud-ouest.
Trois avions américains avaient décollé pour survoler Kaboul avant la fin de l'heure.
Sorensen raccompagna Valajdopov jusqu'aux escaliers du Capitole, s'arrêtant dans une zone d'ombre derrière une colonne.



[16:50:19]


Aux lisières des provinces de Ghazni et Lôgar, les six soldats de Caïn s'attelaient à la tâche périlleuse de l'exploration des profondeurs d'une crevasse. En recul, le lieutenant-colonel se tenait une vingtaine de mètres de l'éclaireur, savourant la légèreté d'un M4 en main, courbé pour détecter la présence de mines plus ou moins anciennes, et comme le reste de l'équipe, muni de lunettes balistiques sous les jumelles à vision nocturne. Les derniers hommes usaient des blocs de rochers en guise d'escaliers pour s'enfoncer dans les brèches afin de se couvrir de tout tir.

- " Leader Fox, aucun dispositif à 20m, degré 180 ", saisit Caïn sur sa radio avec quelques parasites sonores

Sous leur treillis, les américains étouffaient de chaud, ce qui était d'autant plus amplifié par la crainte d'une embuscade dans cette situation idéale pour les talibans.

- " Hume, donnez l'état des lieux en hauteur "
- " Rien à signaler lieutenant-colonel ", répondit un soldat de l'autre équipe sur la plaine, en faisant le tour du périmètre avec ses jumelles " Bon sang, les tireurs isolés connaissent cet endroit comme leur poche..."
- " Ils savent que nous sommes là... ", observant tout autour de lui


Alors que la majorité des représentants fixaient le bleu nuit du parquet de la Chambre basse, Kurt Brainer, au sommet des trois rangées de bois en demi-hexagone présidait la session en maintenant l'auditoire en éveil. Appuyant les mains sur son bureau devant le drapeau américain, il fut heureux de constater que le monologue prit fin lorsqu'un citoyen frôlant la quarantaine, la coupe au bol, décida de prendre la parole.

- " La majorité semble de votre avis M. le président. Le peuple a le droit de savoir la vérité sur cette vidéo, et de savoir que son gouvernement le protégera des menaces des talibans. Nous prenons cela très au sérieux. Seulement nos troupes se sont déjà retirées de l'école de Kaboul, et l'effet exigé ne sera plus le même..."
- " Nous n'avions pas le choix, des enfants étaient en danger. Et les chaînes d'information nationales avaient, à ce moment là, déjà annoncé la diffusion de la vidéo. Sans notre aval, la décision était déjà prise "
- " Diffuser cette vidéo stabilisera le seuil de terreur, c'est ce que veut le gouvernement après tout. Quoi de plus bénéfique que de relancer l'intérêt des croisades. En ce moment même, la présidence du Sénat peaufine les conditions des bombardements. La vidéo servira de justificatif à ces attaques n'est-ce pas ? "
- " Comme je l'ai dis, la décision est pliée. La campagne de terreur est en marche, et nous ne pouvons pas blâmer le Sénat pour cela. Je pense qu'il faut suivre la mouvance et médiatiser les nouveaux événements "

Même s'il n'approuvait pas la campagne, le revers de cette opération médiatique avait un intérêt certain pour le président de la Chambre: plus la vidéo allait faire de bruit, et plus l'Office de l'Influence Stratégique comprenait que Brainer usait de son influence pour faire diversion avec cela, ce qui signifiait qu'il gardait d'autres motivations en réserve, précisément celles qui l'ont poussé à appeler l'ancien ministre français.
Il pouvait ainsi saisir quel était le plan de désinformation de l'OIS qui chercherait à contrer ses motivations, ce qui paraissait marcher étant donné les dernières conclusions qu'il avait tiré au sujet de la liste des membres de la Coalition obtenue de Nazr. L'un d'eux l'intriguait tout particulièrement, mais plus il tentait de s'en approcher, et plus son identité devenait confuse, ce qui annonçait une chose: l'OIS agissait dans l'intérêt de la Coalition, et il n'était pas impossible qu'un de ses affiliés en tirait les ficelles.


La traînée des chasseurs AH-64 Apache embarquait les lueurs d'étoiles comme un long filament se déposant aux portes de Kaboul. Dans une synchronisation parfaite, les deux pilotes confirmaient le verrouillage des cibles, dégageant les deux missiles AGM-114 Hellfire de leurs soutes latérales. Le soutien aérien n'avait plus qu'à formuler l'approbation de la Maison Blanche et l'inauguration des premiers bombardements pouvait débuter.


Dès les premiers sons de sa voix, Martins sentait la fermeté chez Braxton qui indiquait qu'il refuserait catégoriquement l'échange Yanaka contre Bauer, puisqu'une telle idée ne laissait présager qu'un immense piège ouvert. A moins que quelqu'un d'en haut allait faire pression, ce qui était devenu tellement courant que le DD-O s'attendait à ce que sa décision soit refoulée.

- " Attends un instant Richard "

Une des dernières recrues tout droit pêchée à Yale faisant son entrée dans le petit bureau à la tapisserie en lambeau.

- " Ils sont arrivés Monsieur "
- " Je te rappelle ", avant de reposer le combiné " Ils peuvent entrer. Attendez Lucy, où en est l'analyse des disques durs ? "
- " L'essentiel a été extrait. Nous passons chaque dossier au peigne fin, mais d'après ce qui était affiché lors de l'intervention, il n'y avait rien de suspect. Radford a peut-être envoyé tout le monde sur des fausses pistes, ou peut-être qu'il ne savait rien...", suggéra-t-elle en quittant la pièce après avoir eu la permission de disposer

Martins tira la naissance du col de sa veste pour paraître irréprochable et s'approcha de la porte pour recevoir les deux invités d'honneur: Cassandra Evans et Gabriel Radford, comme deux élèves qui appréhendaient les remontrances du professeur.

- " C'est presque une joie de vous rencontrer enfin. Surtout vous M. Radford "
- " Passez mes états de service, j'ai certainement livré plus de batailles que vous n'en ferez jamais. Je ne coopérerais pas avant d'avoir eu une réponse à ma demande "
- " Quelle demande ? "

Radford fut aussi intrigué que le directeur de l'antenne quand il remarqua que l'information n'avait pas été suivie.

- " Contactez le président immédiatement. Si vous voulez remplir votre filet d'informations, on va devoir négocier les termes de ma grâce "
- " En dépit de votre talent, je me retiens de ne pas rire...c'est une demande que nous ne pouvons cons..."
- " Vous faites bien, car Logan n'apprécierait guère votre air moqueur ", d'un grand sérieux " Maintenant appelez-le, ma demande n'est plus valide dans trente minutes. Vous savez comme moi que je risque de m'engluer dans un procès de plusieurs mois et que je n'irais pas en prison si facilement. Ce n'est pas ce que vous voulez de moi, tout le monde s'accorde à le dire dans les hautes sphères "

Dépassé par la contrainte de l'échange dont la demande expirait bientôt, Martins considérait qu'appeler Logan pouvait être un gain de temps puisque de toute façon, qui était mieux placé que lui pour choisir si Yanaka justifiait de rendre Bauer ? Et comme Radford le sous-entendait, il n'y avait pas mille façons de tirer parti de son abdication. Ce qui froissait le directeur, c'était qu'il ignorait pourquoi Logan exécuterait la requête de Radford. L'ancien directeur des opérations Delta avait les moyens pour faire chanter le président en raison de ce qu'il savait sur les affaires passées entre Lane et Karamazov, et la grâce valait son pesant de silence.
Aux yeux de la CIA, elle valait son pesant de renseignements, mais bien sûr, si le président américain se décidait à accorder la revendication, l'affaire sera vite étouffée et la Compagnie n'aura rien obtenue, constatant avec amertume que Radford avait tout à gagner en se rendant.


Des lumières obscures plafonnaient la voûte céleste qui trônait au dessus de Kaboul, assénée par des éclairs foudroyants attirant les regards des sept hommes qui redressèrent leur tête vers les cieux.
Les premiers éclats au sol impactaient la capitale sans qu'on puisse apercevoir les cibles visées. Le souffle de rage apparaissait comme une bénédiction qui sacrait la justice pour la plupart des soldats présents, qui respirait l'honneur et la fierté, l'accomplissement par la vengeance et la signature du sang. Assiégée par la fureur de la démocratie, l'Afghanistan subissait à nouveau les marques de la tourmente sans même pouvoir émettre un battement de cils.


Quelqu'un était entré dans la cellule bétonnée pour glisser quelques mots à Carrell, en train de sélectionner les dernières questions qu'il pouvait poser à Jack, même si tout lui apparaissait déjà clairement. Puis contre toute attente, sans se faire prier, il commença à détacher Jack en tapant quatre chiffres sur le boîtier au dos de la table verticale qui désunirent les liens au niveau des poignets et des chevilles.

- " Vous voila enfin libre comme l'air Jack "
- " Mordre la poussière d'une décharge, je n'appelle pas ça être libre "

La plainte sembla inspirer une idée à Carrell, qui nota d'en faire mention à Martins.

- " Nous avons attrapé Radford. Sans votre aide ni celle de Karamazov. On vous épargne la poussière pour cette fois, mais pas le macadam des rues sales "
- " Quoi ? "
- " Une nouvelle pièce est entrée en jeu, votre ami James Matters, et il peut nous donner l'Oyabun, autrement dit Yanaka. Mais on doit vous livrer aux yakuza "
- " Comme la couverture de Matters est grillée, vous espérez m'envoyer au front ? "
- " Ne jubilez pas, le procès est maintenu, le juge suprême se prononcera bientôt ", en penchant la tête sur sa montre " Vous n'avez pas le choix, vous le savez. Je sais ce que vous attendez de moi. Pour faire chanter la CIA, il vous faut le nom de notre taupe chez les chinois, afin de leur révéler par un tuyau anonyme. Même en prenant le risque d'être découvert, vous pensez que l'espion a une valeur suffisamment grande pour qu'on se plie à votre volonté. Ca ne se finira pas ainsi. Croyez-moi, des gens mieux placés que moi savent quoi faire de vous "

Avec cette information, si elle était exacte, Jack pouvait obtenir beaucoup sur les opérations en cours de la CIA, même confronté à leur désinformation, puisqu'il ne leur était plus d'une grande utilité. Surtout si les chinois savaient qu'il était encore en vie, ce qui aurait mis la CIA dans une position incomfortable en raison des informations que Jack pourrait délivrer à la Chine. Pour répliquer, la CIA allait répondre à Bauer qu'elle ne comptait pas tant que ça à l'espion, et que d'autres étaient déjà en place là bas, pour faire douter Jack de la valeur de sa marchandise. La véracité de leurs propos n'importait que peu, et les contrepoids de fausses informations que Jack pouvait donner au sujet de Radford et de la Coalition d'un côté, puis la CIA sur la taupe chinoise et les plans de Bergman de l'autre plaçaient les joueurs dans une immense pièce de miroirs réfléchissants dont on pouvait difficilement s'échapper. Jack se rendait lui-même piège de sa propre volonté de liberté.


L'expédition de reconnaissance n'indiquait aucune présence rebelle dans la zone.
Les frappes aériennes au dessus de Kaboul libéraient une épaisse couche bleue étincelant au rythme des éclairs.
Cassandra et Radford étaient chargés d'expliquer les informations enregistrées dans les ordinateurs.
Jack retrouva Matters dans le bureau de planification des opérations, alors que Martins venait juste d'appeler le président.
Sorensen assistait à la résolution des représentants, dans l'ombre des caméras qui filmaient la séance.
Dans son restaurant japonais du 3ème étage, Yanaka buvait son thé sencha en compagnie d'un homme en costume.


(scène finale dans le post suivant)
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 Message Posté le: Lun 27 Oct 2008 - 18:45    Sujet du message:
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[16:57:55]


Assis à une table sous une voûte rouge de gravures ancestrales, Zan Yanaka était presque apaisé par la gorgée de thé qu'il prenait, tout en écoutant l'invité qui siégeait face à lui.

- " Cela fait bien longtemps que nous collaborons avec hommes qui dirigent ce pays, et je peux affirmer avec certitude M. Yanaka que vous travaillez pas directement pour CIA mais bien pour Coalition "
- " Je le soupçonnais depuis que je traitais avec Bergman. Mais j'avais beaucoup à gagner en parlant affaires avec la CIA au départ. C'est comme ça que j'ai pu imposer mon marché sur toute la côte est et m'assurer que les fédéraux ferment les yeux sur tout. J'ignorais qu'elle était pourtant aux services de la Coalition "
- " Je ne vous fait pas morale, vous ne saviez pas que la CIA fournissait à Karamazov pièces ensuite trafiquées par Coalition, puis revendues aux russes pour projet. La Coalition s'est servie de vous par biais de la CIA afin de fournir russes et mettre à l'eau plan. Tout ce que je veux savoir, c'est ce qu'on attendait de vous "
- " La CIA m'a exposée au danger lorsque j'ai trompé les russes sans le vouloir. Leur trahison me pousse à être juste. Les américains voulaient que j'assure la production puis la vente de sous-marins nucléaires à Frank Bergman. Ils projettent de détruire certaines bases de renseignements situées sur la côte sous le niveau de l'océan "
- " Par missiles donc..."
- " A 20h00 précisément. Mais vous le savez n'est-ce pas ? "
- " Nous avons oreilles larges. CIA veut détruire ces bases pour raisons que nous connaissons, à cause de nous "
- " Vous tenez à être surs que je ne suis pas du côté des américains c'est ça ? "
- " Oui, échange en dépend. Nous pensons qu'aujourd'hui est jour de trahison, Coalition change de direction "
- " Qui sont-ils ? "
- " Grande société d'investissement créée début des années 1960 par plus riches investisseurs du monde entier, connecté à divers secteurs. Construite pour contrôler médias d'abord, fuites sur missiles de Cuba et de leur projet Pluie Noire, et ensuite contrôler finances du pays pour ne pas s'enliser dans course à l'armement "
- " Quels sont ces secteurs ? "
- " Défense, télécommunication, presse, énergies, transports...investissements essentiellement situés en Amérique du Nord, Europe et Asie du Sud-Est. Cent milliards de capitaux propres pour mille investisseurs dans monde "

L'homme semblait las d'énumérer une liste à ne pas en finir et recentra la conversation sur le sujet qui l'intéressait.

- " Si bases sont détruites grâce à vous, contrat sera rempli. Je vous avoue tout car dans notre intérêt nous voulons vous "
- " Que dois-je faire alors ? "
- " Poursuivre l'échange, il faut avoir Jack Bauer. Comme vous savez, sous-marins ne sont plus très loin "
- " Alors assurez-vous d'être là avec vos hommes après. Ce sera ma couverture autant que la votre. Je vous donnerais Bauer une fois en sécurité "
- " Je l'espère. Seul agent comme lui peut infiltrer dans cette base pour nous obtenir ces renseignements avant explosion. De plus, seul agent comme lui peut porter grand coup au procès contre organisations américaine. Il est...comment...pierre angulaire, de ce vaste projet "

Le russophone n'érigeait plus de doute sur son identité: il s'agissait bien de Valajdopov, que le FSB avait envoyé à Washington pour s'assurer des desseins de la Coalition. Yanaka ignorait jusque là que les pièces qu'il vendait aux russes étaient défectueuses, ce qui les poussait à s'interroger sur sa fiabilité, comme si on voulait les pousser dans la psychose. En même temps, le yakuza avait produit les sous-marins destinés à détruire ces bases du gouvernement, d'un accord commun entre la Coalition et les diplomates russes qui visait, au moins depuis Crépuscule, à désorganiser les agences de renseignements du pays.

La familiarité à ces opérations inquiétait encore Yanaka, qui comprenait alors que tous les autres acteurs étaient autant embourbés que lui dans ces mouvements virevoltants de mensonges et de dissensions. Il songeait à admettre qu'au fond, lutter pour se dégager de ces sables mouvants revenait à s'y enfoncer d'avantage, et qu'à mesure de chercher à poser des noms sur une admnistration surréaliste, ils disparaissaient aussi bien que dans ce livre qu'il avait lu en arrivant aux Etas-Unis, portant assez justement le titre Le Procès.




[16:59:57]
[16:59:58]
[16:59:59]
[17:00]

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Mr. Jack
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 Message Posté le: Mer 19 Nov 2008 - 2:51    Sujet du message:
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Je continue mes publications dans l'indifférence générale (à croire que la mode des fan-fics est entièrement estompée), juste pour vous dire que l'épisode 6 est bientôt bouclé, quelques scènes de fin à écrire, relecture et correction.

Bon, même si je tarde plus que prévu à dévoiler ce qu'est exactement la Coalition, un élément déclencheur va me permettre d'expliquer ca plus en détail dès l'épisode 7.
De plus, l'épisode éclairçit les chose au niveau de la relation Yanaka/Karamazov et du lien qu'entretient la CIA avec la Coalition, nécessaire pour comprendre la suite des évenements, et aussi pour vous embrouiller d'avantage dans cette salle aux miroirs et aux artifices d'agents doubles et triples Twisted Evil

Sérieusement, les enjeux dans chaque camp sont bien délimitée et les choses vont commencer à devenir claires (pas trop tôt je suppose...), afin de mieux se concentrer ensuite sur la menace terroriste et le procès pour ensuite faire la transition avec la seconde partie, mais on y est pas encore...

Semaine d'examens pour moi donc je ne sais pas quand je vais achever l'épisode, mais ça ne me prendra pas plus de 2/3h, donc c'est pour très bientôt Wink
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 Message Posté le: Mer 19 Nov 2008 - 9:58    Sujet du message:
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ce doit être à cause de la crise que les fans fics ne sont plus lues....ou commentées
perso, j'ai pas trop le temps de tout lire mais je reste un fidèle du site

ps : épisode 14 de jack en france dispo d'ici à la fin de semaine
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Mr. Jack
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 Message Posté le: Jeu 27 Nov 2008 - 1:13    Sujet du message:
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Je publie l'épisode 6 mais je précise tout de suite que je n'ai pas eu le temps de tout relire.
Mais je ne pourrais pas me pencher dessus pendant quelques jours donc je préfère le mettre en ligne puis actualiser la semaine prochaine avec les quelques corrections en plus (c à d quelques phrases raccourcis ou mieux tournées pour que ce soit plus clair).

On arrive à la moitié de la première partie (Le Procès) et la tournure de la suite de la saison prendra une direction assez nouvelle...

Un peu complexe par moment (à mon sens trop, et si j'avais plus de temps, je réecrirais de manière plus claire l'arc autour de Yanaka et Karamazov), mais je vous rassure, l'épisode 7 et 8 réexpliqueront en détail chaque facade des conspirations en question et je pense qu'au fur et à mesure, tout coulera de source Smile

Mais quoiqu'il en soit, certaines scènes me plaisent assez, surtout à la fin, quelques rebondissements plutôt surprenants, de la tension qui devrait aller crescendo...j'espère avoir respecté les recettes qui vous plaisent Surprised

L'épisode fait 15 pages, on reste dans la moyenne, je vais essayer de faire un peu moins pour le suivant, mais bon toujours beaucoup à dire donc c'est pas évident...

D'autre part, j'écris désormais sur Word 2007 donc la présentation de l'épisode (à télécharger) devrait être bien plus fluide et agréable à la lecture Wink


Précédemment dans la fan-fiction de Mr. Jack :

Toutes les routes menaient à la CIA. Cassandra fut arrêtée chez elle, Radford s’était rendu de lui-même à l’antenne de Washington pour reçevoir une grâce en échange de ses aveux, et enfin Matters fit la demande que Yanaka souhaitait : lui-même était prêt à se rendre contre Bauer, en terrain neutre.
Le yakuza avoua d’ailleurs à un émissaire russes qu'une attaque était planifiée à 20h contre des bases sous-marines américaines. Jack devait ainsi être leur pion servant à pénétrer les bases avant leur destruction. Pour la CIA, il s'agissait d'un bon moyen pour infiltrer à nouveau les yakuza et tenir Yanaka en laisse puisque la couverture de Matters était grillée.

Les bombardement avaient repris à Kaboul. Pendant que le Sénat autorisait la diffusion de la vidéo de menace des talibans, Brainer contactait l'ancien premier ministre français pour relier le Congrès à Idéon, et ainsi retrouver les noms de la Coalition qui ne figuraient pas sur la liste que le prince Nazr avait fourni avant sa mort. Si ses bonnes intentions se confirmaient, le Moyen-Orient pouvait relancer les affaires et calmer la crise internationale.

Persuadé que les talibans attendaient l'embuscade américaine pour tendre un autre piège, Danny Caïn décida d'envoyer une équipe de reconnaissance là où les rebelles projetaient de l'emmener afin de partir à la rencontre de leur chef, malgré le désaccord probable de Washington.


Episode 6 : ( 17h00 - 18h00 )

Ces événements se déroulent le jour de l'opération Sombres Soleils, entre 17h et 18h, heure de Washington DC.




L’espérance n’avait aboutie qu’à de vaines désillusions pour Ned Martins, qui sentait déambuler les fantômes de la Situation Room à la Maison Blanche lorsqu'à sa grande surprise, le DD-O accorda formellement la mise en place de l'échange proposé par James Matters.

La Compagnie sombrait plus chaque jour, posée entre deux cases, contrainte de consentir à des décisions incohérentes et privée de toute parole, prise dans l’étreinte de ce déterminisme engagée par ceux qui dirigeait la Coalition.

Braxton expliqua en deux mots que le président Logan était convaincu que Matters s'était détourné du yakuza pour se replacer sous les hospices de la CIA puisqu'il s'agissait de son unique porte de sortie.
Le Conseil de Sécurité Nationale venait juste d'achever une vidéoconférence avec les troupes en Afghanistan, et Braxton, qui avait spécialement fait le voyage pour la réunion ne pouvait s'empêcher de croire que le président avait délibéré impulsivement, pris entre la résolution du Sénat et la demande de grâce de Radford.

- " On ne va pas faire un inventaire des impératifs qui soumettent Logan. Si on procéde à l'échange, c'est parce que pour lui, Yanaka a une forte valeur commerciale. Il veut renouer avec la scène asiatique, histoire d'adoucir les coréens "
- " Même si on attrape Yanaka, il ne nous dira rien au sujet des russes ou de Karamazov ", rajouta Martins
- " Tout dépend de la méthode. Le problème, ce sont les russes. L'échange se fera en terrain neutre, Carrell songeait à une décharge automobile. Ca signifie qu'on pourrait être exposés "
- " Comment les russes auraient connaissance de l'échange ? "
- " Surveillance millimétrée, plusieurs semaines que Yanaka est en contact avec le FSB. Ce qui m'inquiète, et qui me laisse penser que l'opération est mort-née, c'est que les russes savent peut-être que Yanaka a agit sans le savoir au nom de la Coalition lors de ses marchés. Et s'ils comprennent qu'on a envoyé le sushi pour les duper, ils vont lui révéler et ce sera une nouvelle défection à leur crédit. Pourtant nous devons continuer de leur faire croire que Yanaka ne bosse que pour la CIA, leur montrer qu'on ne sait pas qu'il cause avec le FSB "
- " Qu'est-ce que ca change ? Lors de l'échange, Yanaka partira avec nous comme s'il y avait un débriefing ", proposa Martins avec simplicité
- " Le problème, c'est que si on repart avec Yanaka, ils vont prendre peur, puisqu'ils ne sont pas encore persuadés qu'il est de leur côté. Ils sentiront donc de quelque chose n'est pas normal, et ils seront définitivement convaincus que la Coalition veut les doubler, ce qui est mauvais pour tout le monde..."
- " Si mauvais, vraiment ? Bergman voulait instaurer un climat de paranoïa, les russes ne sauront pas si Yanaka est vraiment de leur côté ou du nôtre "
- " Justement, il ne désapprouve pas l'échange. Et Logan suit le sens du vent "
- " Alors quoi, il faudrait laisser Yanaka en liberté ? Enfin, dans l'hypothèse que les russes seront présents, leur faire croire qu'il ne part pas avec nous ? "
- " Mort-née. On va s'enfoncer dans un guêpier international... ", soupira Braxton en caressant timidement sa moustache
- " Je charge tout mon effectif sur l'échange "
- " Toute cette histoire est une enchère, tirons-en profit. Si nous perdons Yanaka, nous gardons Bauer et donc nous gagnons Radford "
- " On se sert de Bauer pour lui tirer les vers du nez, et une fois qu'on a eu ce qu'on veut, la sentence du procès pourra tomber "

Le directeur de l'antenne de Washington fit la moitié du tour de la table ronde avant de laisser reposer son bras sur le dossier que Carrell lui avait remis.

- " Toute cette histoire est une divination oui, une prophétie obsessionnelle. Je n'aime pas l'idée de faire ressortir les fantômes du passé, il faut tirer un trait sur Crépuscule et Bauer "
- " L'interrogatoire nous a permis de commenter ces auspices: Carrell a certifié que Bauer agissait en solo et qu'il veut piéger Radford à cause de ce qu'il a fait. Nous devons passer par ce retour aux origines pour pointer les coupables. De toute façon, le monde n'a jamais fait que de déformer l'Histoire "


Rabattant un pli sur son costume, Carrell recevait confirmation d'un analyste que l'enregistrement de l'appel téléphonique entre Matters et Yanaka n'avait rien révélé de suspect durant son absence. On lui expliqua qu'un polygraphe filtrait chaque phrase pour déceler toute trace de nervosité, qu'on étudiait également chaque mot pour déterminer si des codes étaient disséminés dans la conversation, puis qu'on avait localisé le yakuza dans ses quartiers.

Dans l'antichambre du bureau du directeur, Jack, qui avait peu à peu retrouvé ses esprits supputait que l'agent de liaison avait dû partir pour tenter Matters de laisser écouler des infos confirmant ou infirmant que ses intentions étaient sincères. Cassandra ne manqua pas d'appuyer sa supposition, ajoutant que des micros étaient certainement disposés dans cette pièce même. En somme, Radford évoqua le fait que les bureaux de directeurs à la CIA étaient fouillés chaque matin, ce qui devait pousser les anciens Delta à penser qu'ils n'étaient pas sur écoute.


- " Pourquoi est-ce qu'on tient autant à faire payer les Delta ? ", s'indigna Martins " Et la CIA aussi va en payer le prix ! Cette administration va tomber en ruines à cause de ce maudit pacte avec les russes"
- " Tu deviens trop bavard. Mets tout le monde au parfum. Je veux tout le monde au point de rendez-vous dans 30mn, même Radford "
- " Et notre dernière carte ? "
- " Evitons de l'abattre pour le moment. Ca fera tomber les Delta, mais le sort sera le même pour nous "

Braxton saisit la télécommande pour interrompre la conférence et s'empara du classeur pocheté d'un ensemble de documents estampillés confidentiels. Il tourna les feuilles plastifiées comme un mauvais livre soporifique et s'arrêta sur la treizième pochette, qui s'attardait sur le profil d'un élément essentiel du procès en cours: Linda Radford, la propre fille de l'ancien directeur des opérations Delta Force.


[17:06:31]


- " Signal deux de l'avancée opératoire confirmée. Standard Delta, aucun ennemi en phase d'approche "

Sous le faisceau lumineux d'un autre avion qui s'engageait à bombarder Kaboul, Caïn voyait de plus en plus ses prévisions se réaliser. Les talibans ne se montraient pas, mais ils étaient là. Ils voulaient donc bien le lieutenant-colonel seul. Et visiblement, ce n'était ni une question de négociation, ni de vengence, car il était presque idéalement positionné pour être la cible des tireurs d'élite.

- " On finit le périmètre cent-douze et on s'arrête "
- " Monsieur, sauf votre respect dans 90% des cas les hostiles attendent... "
- " Je sais ce qu'il se passe dans 90% des cas ", fermement
- " Godfather demande heure de repli, il faudrait sécuriser plusieurs quartiers de Kaboul dans la nuit, la taupe va sortir du trou ", signala un soldat par radio
- " La zone est isolée des bombardements, donc les talibans hébergés par des paysans pourraient se reculer dans ces contrées. Passez la commande à Godfather "
- " Et s'ils refusent ? "

Caïn sentit comme un malaise, perdu dans ce gouffre instable. La pénombre dominait sur les surfaces éclairés par les torches, et le silence avait cédé à l'éclat des missiles qui s'enfonçaient dans la terre au loin.

- " Bowin peut prendre en charge les troupes pour la nuit. Nous avons répondu à la provocation des talibans, ou bien est-ce l'inverse..et les talibans seront entièrement refoulés des portes de la ville. De ce fait, le mollah va agir de l'extérieur. J'ai découvert qu'il a combattu durant l'invasion soviétique près d’ici "
- " Vous voulez rester là ? "
- " Non, on retourne à Kaboul, mais en gardant des troupes de surveillance ici. Là bas ils ont besoin de soutien pour faire tomber les insurgés dans nos filets. Et aussi aider les blessés locaux, aux portes de la rage..."


Dissimulé dans la part d'ombre qui filmait le spectacle politique des représentants, Rosenberg se fraya un chemin entre tous les câbles qui tapissaient le sol pour retrouver Sorensen, comme un piquet à côté d'une caméra mobile, les bras croisés et satisfait par la pièce qui se jouait devant ses yeux.

- " Vous aviez raison. Il est allé retrouver Yanaka ", admit le secrétaire
- " Tant mieux. Si les russes sont présents à l'échange, ca nous facilitera les choses. Et on aura notre bouc émissaire pour les sous-marins. ", chuchota Sorensen de sa voix suave
- " Encore faut-il qu'ils soient persuadés de sa trahison. Tout ça aura un prix dans le cas contraire "
- " Lequel ? C'est aujourd'hui que nous avons décidés de lancer les offensives avec les autres membres de la Coalition. Nos relations avec le Kremlin se détériorent, on ne peut plus revenir en arrière. Si les russes pensent que nous sommes sincères et que nous n'avons pas voulu les piéger, c'est un gain de temps. Dans moins de trois heures, ces bases seront entièrement détruites "
- " C'est bien le problème ! Yanaka leur a probablement parlé de l'attaque "
- " Yanaka ne remettra pas en question la cohérence de notre plan.Jusque là, un peu de distraction, il faut que je soutire le nom de cet indic' et le faire payer d'avoir révélé mon nom au sujet des données subtilisées. On doutera moins de ma crédibilité ensuite, et tout leur programme tombera à l'eau "
- " La Coalition a trop d'ambition, je crois en notre rêve, mais jamais ça ne fonctionnera. L'institution ne nous rendra jamais libre "

Les cernes profondes de Rosenberg témoignaient de son inquiétude à l'égard du projet sans limite qu'il avait entrepris avec ces hommes sans noms. A cause de son statut éminent, il redoutait de voir son nom circuler dans les rapports que l'OIS lui avait fournit, il redoutait que quelqu'un qui ne le méritait pas accède à la vérité et découvre l'œuvre dantesque de la Coalition. Car cette liberté qu'il évoquait, n'était-ce pas le privilège tant désiré de toucher la vérité suprême que Bauer et bien d'autres convoitaient depuis l'origine ?


- " Et pour ce qui est de libérer les institutions ? ", se souciait un des vétérans anxieux qui avait combattu au Golfe
- " Washington rend les choses plus difficiles ", réalisa Caïn " On va se mettre le peuple et les politiciens à dos. Mais on aura ce qu'on veut au bout du compte "
- " Monsieur, rien ne nous dit que le mollah..."
- " On plante une unité ici, il faut barrer le secteur avant q..."

Sans exception, tous levèrent la tête en relevant l'avion furtif qui faisait demi-tour et revenait vers eux.

- " Delano, aucun mouvement en vue ? ", demanda le lieutenant-colonel à la seconde équipe en hauteur
- " Rien Monsieur "
- " C'est quoi ce cirque..."

Le chasseur déploya ses deux missiles en ciblant sur la vaste étendue juste après la crevasse investie par l'escouade.

- " Contactez Silver-6 immédiatement ! Je veux le pilote du ch..."

Les deux AGM-114 Hellfire s'élancèrent vers l'horizon en couvrant les frappes sur la capitale.

- " Monsieur, une planque ennemie a été repérée à quelques mètres d'après la base ! ", éclaira l'officier de liaison
- " On repars au campement ! L'onde va rendre instable la crevasse ! "

L'équipe exécuta, et à peine les premiers soldats se précipitaient vers les Jeep que les cibles furent atteintes, causant plusieurs éboulements heurtant de peu les hommes de Caïn.

- " Merde qui a donné ce putain d'ordre ? ", en se repliant avec quelques mètres de retard

Caïn se fraya un chemin entre les trous béants inaugurés par les impacts de missiles qui ne cessaient de s'accroitre. Pourquoi est-ce qu'un chasseur bombarderait-il des soldats de son propre pays ? A moins de les avoir confondus avec des talibans ?

- " Silver-6 à la base 2, un de nos chasseurs tire vers nous ! ", lança le vétéran " Personne n'a vu de talibans ici ! "
- " Le pilote a reçu un ordre direct, nous essayons de le joindre pour annuler l'opération ! Pour l'instant, revenez à la base, les explosions doivent attirer l'attention des talibans ! "

Pour éviter de subir les dernières frappes qui se rapprochaient, Caïn resta à l'entrée du gouffre et ordonna à ses hommes de partir sur le champ malgré la confusion.

- " C'est un ordre ! Repartez au campement ! Les talibans peuvent profiter de l'intervalle pour passer par ici, les captures satellites ne remarqueraient rien ! Je me chargerais de dire à Bowin que je reste ici. Partez maintenant ! "

Les trainées des roues dessinées par les Jeep soulevaient une colonne de poussière qui semblait rassurer Caïn, une fois que les deux unités avaient évacuée. Il traversa la route escarpée tracée par les missiles puis poursuivit son chemin vers le sud jusqu'aux ruines de Galéa avant qu'une alerte ne soit lancée pour partir à sa recherche.


[17:15:13]


Carrell embarqua dans une Ford Expedition, poussant Jack à bord, qui remarquait que Cassandra glissait quelques mots à Matters.
La chaine d'information de la FOX diffusa la vidéo réalisée par les talibans.
Un représentant reprocha à Brainer de vouloir déplacer le budget consacrée à la guerre. La salle était pleine de gardes du corps.
A la CIA, la communication avec Logan fut repoussée de quelques minutes à cause d'un appel du ministre iranien.
L'arrière-plan de fumée derrière Caïn lui sembla avantageux pour éviter d'être repéré par les satellites.



[17:20:42]


La chaleur embaumée soufflait sur la vieille bâtisse d'un paysan afghan qui avait accueilli les talibans et Frank Bergman à bras ouverts. Il brusqua son jeune frère, homme inspiré qui travaillait sur un qawalli, chant traditionnel, pour chercher des couvertures, mais Bergman le pria de ne pas s'en soucier en expliquant qu'il sera parti au petit matin, voir avant.

- " Vais-je avoir la grâce de voir l'américain ? ", s'inquiéta le leader des rebelles
- " N'oubliez pas que ce sont des prévisions. Et même s'il y a de la cohérence dans le plan de mes collaborateurs, rien n'est jamais assuré "
- " Mais c'était votre part du marché, il nous faut une exécution publique pour être pris au sérieux "
- " Cessez de saliver. Le Libérateur lui parlera d'abord "
- " Reconsidérez votre situation. Vous prenez en otage un enfant de la Russie "
- " Le lieutenant-colonel Caïn a œuvré pour nos services il y a quelques années au sujet d'une opération que la Russie connait bien: Crépuscule. L'idée suggérée par mes collaborateurs était, dans un premier temps, de désarçonner les renseignements américains, ce qui portait satisfaction aux russes comme à nous. Et vous, que tentez vous de faire depuis que nous nous connaissons ? La même chose, sensiblement "

Le taliban demeura distant depuis ce moment, et chercha à devenir à quoi il faisait allusion.

- " Le Libérateur a beaucoup à lui dire ", continua Bergman " Et dans notre projet qui est, croyez-le, commun à nous tous, Caïn pourrait être un atout non négligeable. Bien plus que de poursuivre cette hostilité envers mon pays. Je ne soutiens pas votre cause, ni celle de mon président d'ailleurs. Mais je suis d'avis qu'il est nécessaire de refonder la caverne en une demeure aussi vivement éclairée que celle-ci. Mes politiciens vivent dans un monde imaginaire et ils sont persuadés que leur fiction si bien huilée, celle de la terreur et de l'impérialisme comme vous dites régule l'ordre et la liberté. Je n'en suis pas si convaincu, ils ne savent pas à quel point ils sont enchainés "
- " Si vous détruisez votre pays de l'intérieur, je ne vais pas m'en plaindre..."
- " Vous ne comprenez rien...l'édifice gouvernemental n'est qu'un subterfuge qui crée d'autres subterfuges pour rassurer la cohérence de cette illusion. Et vous mon ami, vous cédez à leur aspirations, vous les alimentez. Mais je ne vais pas m'en plaindre non plus...", se déportant près de la fenêtre pour observer les étoiles

De sa fenêtre sur le monde, Bergman pouvait apercevoir les bombardements qui reprenaient à chaque battement de cils. Ses mains anormalement frêles pour un homme de sa taille se posaient en toute discrétion sur la poche de sa veste beige qui couvrait le foie, presque comme déplorant le châtiment de la guerre que la guerre lui avait infligé.


Appuyé par ceux qui soutenaient l'échange dès le départ, Carrell n'avait eu aucun mal à mettre en place le marché dans une vieille casse automobile à deux pas de l'océan, bâtie sur le sable chaud. Yanaka s'était soumis immédiatement au lieu fixé par la CIA, proche de leurs bureaux si d'autres unités étaient amenées à agir. La Compagnie redoutait fortement la présence des russes sur place, et tenait à arriver en avance pour couvrir la zone, même si elle n'était peut-être pas la première arrivée.

- " Ca sent mauvais ", déplora l'agent en sortant de la voiture, posant ses chaussures neuves sur le sol poussiéreux

Braxton n'avait même pas eu le temps d'expliquer en quoi il était défavorable à l'opération au président, trop entêté à renouer les marchés commerciaux avec l'Asie. Cela sentait mauvais en effet, l'odeur de l'influence de Frank Bergman et ses associés. Si on voulait laisser Yanaka en liberté, il y avait une raison à tout cela. Et la seule qui venait à l'esprit du DD-O, c'était que le japonais allait devenir une cible plus alléchante pour tout le monde. Maintenant, trop nombreux étaient ceux qui souhaitaient sa mort.

- " Et si Yanaka me donne aux chinois ? ", suggéra Jack, qu'on avait laissé dans la voiture pendant qu'un agent effectuait une reconnaissance discrète
- " Ca n'arrivera pas "
- " Vous croyez au déterminisme ? "
- " Dans un tourbillon de poussière qu'élève un vent impétueux ; quel qu'il paraisse à nos yeux, dans la plus affreuse tempête excitée par des vents opposés qui soulèvent les flots, il n'y a pas une seule molécule de poussière ou d'eau qui soit placée au hasard, qui n'ait sa cause suffisante pour occuper le lieu où elle se trouve, et qui n'agisse rigoureusement de la manière dont elle doit agir ", citant le baron d'Holbach
- " Je crois qu'un infime battement de papillons peut bouleverser cet ordre si élégant et ferme "
- " Vous croyez à la théorie du chaos parce que vous cherchez, malgré le déterminisme, à être libre. Mais je vous arrête, nos amis les papillons chinois n'engendreront pas le chaos "

Carrell trouva la force de rire malgré l'anxiété qui le touchait. Il n'avait pas entendu grand chose aux derniers bruits de couloirs, mais Braxton avait récemment parlé d'état alarmant lors d'une réunion que Carrell avait interrompu, et le mot éclat, non, éclatement plutôt, avait même effleuré son oreille.


La gorge déshydratée, Brainer saisit le verre à sa portée et avala l'eau d'une traite. Depuis quelques secondes maintenant, il avait noté la présence du secrétaire d'Etat et du banquier de l'Etat. Se sentant testé, il veilla à suivre la direction qu'il s'était fixée avec Newell pour centrer l'intérêt publiquement sur les talibans.

- " Et j'ose dire tout haut ce que beaucoup disent tout bas ! Cela fait des mois que la Chambre se plaint de ces budgets fantômes, qui s'évaporent soudainement ! ", d'une voix mois modérée que d'ordinaire
- " Nous sommes presque tous du même avis ici. Mais qui vous parle de seuil de terreur ? Pourquoi d'avantage lier le budget, l'Afghanistan et les sévices de la guerre globale ici "
- " Parce que le fossé se creuse d'avantage avec le Sénat qui conserve l'emprise sur nos décisions budgétaires. Un attentat sur ce pays avant la fin de l'année pourrait changer énormément de choses "
- " Un pied de plus en Afghanistan ? C'est ce que nous prêchons tous depuis le début, mais vous, ce n'est pas par représailles. Si votre prédictions sont exactes, un attentat serait fatal au Congrès. Nous serions perçus comme responsables et inactifs "
- " Considérez alors l'Afghanistan comme des représailles de notre apparente fragilité territoriale. Kaboul est écorchée vive en ce moment, je vois mal comment d'avantage exposer notre domination, puisque c'est ce que tout le monde veut ici "

- " Cela donne un sens à sa volonté de médiatiser les talibans ", avoua Sorensen " Je serais curieux de voir sa réaction après la prochaine attaque. Les fonds augmenteront, ce qui lui permettra de suivre à la loupe la mobilité du budget "
- " Ca représente un gros risque pour vous ", concéda Rosenberg en se tournant vers lui, alors que le financeur faisait face aux sièges
- " Il est trop tard pour empêcher l'attaque. Et même si Brainer est encore une menace après ca, que peut-il faire ? "
- " Vous ne suggérez pas..."
- " Je suggère de faire ce que tout le monde veut à la Coalition. Si on ne peut pas le corrompre, il va falloir engager un islamiste pour faire le mauvais travail "
- " Il faudrait vraiment que les membres se réunissent un jour. Nos conversations interposées ne facilitent pas les choses "


Jack sentait les traits d'impatiences prendre forme sur le visage de Carrell. La CIA évitait de sortir les grands moyens pour ne pas alerter les plus voyeurs et faire croire à une simple rencontre de routine.
Sur une parcelle de terrain déserte, à quelques mètres des cinq rangés parallèles de voitures tassées, le responsable en charge Steve Ledger répéta le programme avec Carrell.

- " On récapitule: Yanaka devrait se pointer dans à peu près quatre minutes, valise en main. Une fois arrivé, on sort Bauer de la voiture, cagoule sur la tête. Il fera semblant de nous donner ses infos dans la mallette, et nous de lui livrer un des larbins qui a tenté de témoigner contre lui. Les russes ont peut-être planqués des micros, donc je prononcerais le nom de Sazuki, le témoin oculaire en question. Bauer, muni d'un émetteur monte avec le chauffeur de Yanaka, et Terry, sur la seizième s'occupera de le filer. C'est la condition pour laisser partir Yanaka sans histoires. On s'assure de ne pas être suivis, et là, on attrape le chef de clan là où personne ne nous verra "
- " L'échange serait vain si, selon vos suppositions, les russes ne mordent pas à l'hameçon ", rappela Carrell " Et s'ils sont là, vous croyez vraiment qu'ils vont lâcher Yanaka du regard ?"
- " Au moins, on aurait la preuve qu'ils sont sur le coup. Et Bauer est entraîné, il pourra s'en sortir seul non ? "
- " Tout ça n'est peut-être qu'une fiction, une opération basée sur du conditionnel ! Tout ce qui nous entoure, c'est la paranoïa, le Successeur vous influence un peu trop..."
- " C'est la stratégie la plus rapide à adapter, si ça ne vous plait pas, parlez-en à Martins "


Faussement miné par la repentance, Zan Yanaka s'enfilait son second double scotch de la journée dans sa limousine impérieuse. Son père s'était toujours obstiné à ne jamais boire une goutte, mais le dernier chef du clan y trouvait une sorte de spontanéité et d'ouverture d'âme qui l'aidait à combattre ses vieux démons, quand il s'apprêtait à les affronter.

- " Dans moins de dix minutes, mais je n'y serais pas à temps... ", finissant sa gorgée avec la main qui ne tenait pas le téléphone "... voila, le temps de laisser les spectateurs s'installer... le sort de Bauer dépend du mien, ne l'oubliez pas, et inversement...et quelles sont vos sources ? ... certes, mais même si le procès est pleinement relancé, je suis blanchi. Les russes savaient qu'on allait intenter l'organisation Delta en justice. Ils en ont profités pour me tenir coupable des nanotechnologies et m'innocenter aussitôt... oui, je pense qu'au bout du compte, ils s'attendaient au retour de Radford pour relancer des plus belles la partie... Je sais, mais je ne fais plus confiance à la CIA, pour eux, je ne suis qu'un instrument qu'on trahi à souhait. Et j'aime rendre la monnaie...oui Kagamiko, c'est pour cela qu'il y a beaucoup à gagner avec les russes, même s'il faut s'en méfier comme de la peste. Arrangez-vous pour rassembler des hommes, la CIA va payer ses dettes très bientôt, et tout le rouage s'en retrouvera réellement ébranlé "


- " Le hangar est vide ", confirma Ledger " L'ancien propriétaire a déménagé il y a quatre mois d'après nos registres "
- " Je préconise de pas faire sortir Radford, il serait la proie d'une horde de russe affamé..."
- " Je suis de cet avis. Mes deux équipes sont postés aux limites des deux secteurs qui viennent d'être bouclés, mélangées à la foule qui arpente la plage à cent mètres. Donc même si quelqu'un nous surveille, mes hommes seront invisibles. Les directives sont claires, aucun coup de feu, même si des hostiles sont repérés "
- " Radford est ici ? ", demanda Bauer
- " Il négocie une grâce avec le président en ce moment. Et si ca fonctionne, il peut nous en dire beaucoup sur le protocole actuel des russes "
- " Parce que vous pensez qu'il travaille toujours avec eux ? "
- " Pas vous ? "
- " Je... s'il obtient une grâce, qui vous dit qu'il parlera ? "
- " Rien, et ne me dites pas que vous avez une idée en échange du nom de notre taupe chez les chinois..."
- " Ca fait quoi d'être écarté des petits secrets ? "

L'agent s'éloigna de quelques mètres et fit le sourd, grimaçant de la bouche.

- " Que dites-vous de me laisser poursuivre l'opération en freelance avec Radford et le reste. En échange, je vous dis tout ce que je sais sur lui ", proposa Jack
- " La CIA ne joue pas dans la cour de récré Jack, réfléchissez deux minutes "
- " Je lui dis que la CIA se sert de moi pour obtenir des infos sur lui ! En étant honnête, il pensera que je suis de son côté, et me dira ce que je dois vous dire. Avec la désinformation, vous pourrez découvrir ce qu'il ne veut pas dire "
- " Un peu d'humour je vois, vous êtes un partisan du calme avant la tempête ", dit-il avec ironie " En opérant ainsi, rien ne vous empêche de vous tourner réellement de son côté. En supposant que l'échange se termine bien et qu'on vous récupère "
- " Qu'est-ce qu'il vous reste d'autre ? Je suis votre seul chance si Radford est gracié "
- " Ca n'annulera pas le procès ! Ni le témoignage, si vous voulez épargner Cassandra d'un sort que vous regretteriez ! Maintenant enfilez cette cagoule, il va falloir y aller "

Des liens étaient médiocrement attachés autour des poignets de Jack afin de favoriser les conditions de son échappé si jamais il pouvait en saisir l'occasion. Autrement, quelqu'un s'occuperait de les serrer d'avantage, mais d'ici là, des dizaines de scénarios étaient envisageables et la CIA n'avait pas eu le temps de le étudier assez soigneusement. Tout ce que la Compagnie percevait, c'est qu'ils auraient pu ne pas engager l'échange et ne rien risquer, mais que l'influence de Bergman était suffisante pour lancer les dés. Que cherchait-il ? Sortir les russes du terrier ? La déduction la plus logique était que Yanaka devait respirer d'avantage l'air libre. La plus audacieuse, qu'il ferait un parfait bouc émissaire en envoyant un sous-marin nucléaire japonais attaquer la côte Est américaine. Le reste, c'est-à-dire Bauer, on ne s'en souciait que peu, car comme l'avait déclaré Carrell un peu plus tôt, des gens mieux placés que moi savent quoi faire de vous. Loin était ceux qui songeait à ce renversement d'optique où l'échange n'était en réalité pas centré sur Yanaka mais sur Jack, que les russes voulaient pour infiltrer les bases qu'on allait assaillir.


[17:32:06]


Carrell tournait en rond, tourmenté par le retard de Yanaka.
Les unités mobiles parcouraient les alentours, de la plage jusqu'aux montagnes russes au bout de la grande berge.
Caïn s'arrêta au milieu des ruines désertes, se posant sur le pied d'une colonne démolie.
Avec Radford sur la banquette arrière de la Ford, Matters dévisagea l'agent qui les surveillait sur le siège passager.



[17:36:33]


Danny Caïn avait définitivement rompu le signal avec ses officiers supérieurs, certainement au courant qu'il avait spécifié de fausses cordonnées sur une cible stratégique au pilote. Il nageait désormais à contre-courant, et même Brainer ne disposait pas d'une autorité suffisante pour justifier sa décision. Même isolé de la capitale, il pouvait supposer que les premiers talibans s'étaient montrés à cause du raid, ce qui laissait à Bergman l'occasion de s'échapper un peu plus. Soudainement, il distingua des bruits de pas à environ vingt mètres, trois hommes, sans conviction, en tunique bleue et blanche et lourdement équipés, plus un quatrième en chemise beige traditionnelle, qui avait d'avantage l'air europoïde. Le lieutenant-colonel se leva avec atermoiement, et posa la paume de sa main sur son 9mm.

Avec sa barbe de trois jours et ses cheveux noirs qui commençaient à fuir, l'homme en beige alluma une lampe-torche et éclaira le soldat en pleine face.

- " Suivez-nous "
- " Qui vous envoie ? Frank Bergman ? ", le bras droit devant le visage pour ne pas être aveuglé
- " Pas tout à fait. Patientez pour les questions, nous ne sommes pas loin "
- " Le mollah ? "
- " Mieux, un homme qui a beaucoup de choses à vous dire. Le mollah est en sécurité, vous ne le verrez pas "
- " Le cerveau de toute cette opération alors ? ", figé sur place
- " Toute cette opération ? Ses rêves vont bien au-delà de ca. Et il partage un peu de son espoir avec eux ", en désignant un insurgé d'un basculement de la tête Vous avez de la chance "

Caïn consentit à les suivre, en baissant la tête jusqu'à ce l'homme coupe la torche. Il dévala la petite pente constituée des vestiges d'un temple d'escale, puis poursuivit le chemin jusqu'à une portion de route improvisée par les traces d'une mobylette passée il y a quelques heures qui avait échappée au vent.


A peine Martins avait-il refusé une retransmission générale de l'opération afin d'éviter que l'affaire ne s'ébruite qu'il venait de convier Cassandra à en avoir un aperçu dans son bureau, désappointée d'avoir été tenue à distance et ne sachant trop comment recevoir l'agrément du directeur d'antenne. Les bras croisés et le profil lumineux malgré la pénombre, reflétant la lumière intense derrière l'écran, elle se demanda si Martins, droit comme un piquet allait lui déballer les raisons de cette convocation.

- " Alors...comment s'annonce la partie ? ", dit-elle pour décoincer l'embarras réciproque
- " Nous sommes paralysés par le jeu des deux fous ", comme impatient de lui en parler
- " Yanaka et...Radford ? "
- " Je pensais à l'autre ", d'un ton plat " Karamazov. Yanaka serait le transfuge rêvé pour nous étant donné ses alliances avec les russes et les talibans. Par dessus tout, il pourrait nous dire si Karamazov est un agent triple ou pas "
- " Pour les russes ? "
- " Il est plus subversif qu'on ne le croirait. En 2006, certains membres appartenant à la Coalition ont demandés, via Bergman d'engager une affaire avec Yanaka concernant des missiles sol-air. Karamazov servait d'intermédiaire ", appuyant lentement chaque détail en voyant que Carrell ne détectait aucun signe du yakuza " La CIA venait justement de l'engager pour suivre des pistes sur le marché noir, alors qu'il était détenu dans cette prison à Minsk. Sauf qu'elle ignorait que la Coalition avait engagé Karamazov afin de tenir ce marché avec Yanaka "
- " Le but était de tisser des relations avec les talibans ? "
- " Pas du tout. Yanaka avait relancé son business avec les russes. L'objectif en plus que la Coalition avait fixée à Karamazov était de persuader Yanaka à effectuer une transaction un peu particulière. Des experts ont trafiqués sa marchandise pour faire un coup bas aux russes "
- " Et la CIA finit par s'apercevoir qu'ils traitent avec les russes, prenant ça comme une trahison, alors que la demande venait de la Coalition à l'origine. Un problème de communication visiblement...", les yeux rivés sur l'écran
- " Dans le mille. La CIA laisse Karamazov en place pour faire de lui un agent infiltré chez les russes, pendant que Yanaka était hors de notre champ de portée. En voyant qu'il ne nous renseignait plus sur leurs projets, on l'a renvoyé dans une cellule ", déplora le balafré à la joue
- " La Coalition ne voyait donc pas comment l'extraire si je comprends, puisqu'elle ne voulait pas informer la CIA de tout ça. Karamazov ne pouvait rien dire sur ses vrais employeurs, d'où le silence de mort "
- " Un des évaluateurs de la Coalition lui parle régulièrement, et Karamazov ne dit toujours rien "
- " S'il est triple, les russes savent qu'il travaille pour la CIA et la Coalition ", déduit-elle, avec une autre idée derrière la tête

Le facteur majeur que Martins ignorait, c'est que le FSB savait que Yanaka avait fait ses transactions pour la Coalition sans le savoir, après avoir été manipulé par Karamazov. Dans ce cas, il était donc fort probable que Karamazov avait pu aiguiller les russes sur une telle hypothèse, ce qui aurait fait de lui un triple, agissant bien pour Mère Russie.


- " Je le conçois M. le président, mais n'oubliez pas que Palmer a su m'accorder toute sa confiance pendant la crise de Minsk... Oui c'est ça, infiltrer le marché noir...pour M. Masri oui... Non, je ne l'ai pas revu depuis...je vous en donne ma parole, si vous honorez notre accord...oui, comme une tombe, mais considérez aussi cela comme une faveur de ma part. Très bien, merci M. le président "

Gabriel Radford hésita un instant à enlever sa veste noire lorsqu'il rangea son portable dans une poche intérieur, mais finalement se rétracta. La chaleur était presque devenue démentielle, Matters écarta le col de sa chemise ouverte sur le bas du cou et ce mal de crâne n'allait plus tarder à provoquer une pulsion qui le pousserait à sortir de cette voiture par tous les moyens.

- " Qu'est-ce qu'il a dit ? "
- " Il a voulu gagner du temps. Pas de grâce pour le moment à cause du procès, soi-disant parce qu'il ne veut pas passer au dessus des lois. Laisse-moi rire..."
- " Tout le système serait contre lui, tu le sais "
- " Il m'a accordé une sorte de grâce temporaire, je n'aurais plus la CIA sur le dos, et je vais pouvoir rendre une petite visite au procureur "

Carrell débarqua soudainement à l'arrière, appuyant ses mains sur le toit du break:

- " Peut-être bien que notre homme au sourire débridé ne viendra pas..."
- " Il est du genre à tenir ses engagements. Le polygraphe a révélé sa sincérité non ? "
- " Seuls les bons menteurs sont autorisés à jouer... ", élargissant le contour de ses gros yeux

Jack ne croyait pas du tout au discours déterministe qu'il méprisait en y pensant dès qu'il regarda son agent de liaison à quelques mètres de lui. Sa crainte n'était pas tant l'idée qu'on allait peut-être le torturer, l'enfermer ou pire, le tuer, mais plutôt l'ignorance totale de ce qui était prévu, et de ce qui allait se passer. Délaissé au milieu du sentier sablé où les tas de voitures faisaient office de mur se poursuivant jusqu'à un grand entrepôt gris, il posa son regard sur l'océan quelques secondes, qu'il pouvait apercevoir au-delà de la rangée la plus basse. Les écumes lui rappelait tant de choses.

- " Appel à la première unité, une voiture est en approche ! ", annonça un agent par radio " Une limousine noire qui demande à entrer...On me dit que Zan Yanaka est à l'intérieur, je répète, Zan Yanaka est à l'intérieur. Personne d'autre dans le véhicule, et aucun homme armé dans un cercle de cent mètres. Qu'est-ce qu'on fait monsieur ? "
- " Donnez-lui la permission ", en appréhendant avec excitation

Il n'était pas un habitué du terrain, mais Ledger lui avait rassuré que ses hommes veillaient à une protection maximale, aussi bien de lui que de Yanaka et de Bauer.

- " Je vous l'ai dis, il ne me manquait que l'appât ", se targua Matters avec effervescence


[17:45:55]


Un agent de terrain inspecta la limousine et Yanaka sous tous les angles avant qu'il n'entre dans la casse.
Caïn et les talibans progressaient accroupis sous un renfoncement qui menait jusqu'à l'intérieur d'une caverne.
Les représentants demandaient une pause à Kurt Brainer, qui ne parvenait à quitter Sorensen du regard, sentant une menace peser.
Imperturbable, Jack se préparait à la confrontation, redoutant le plan de la CIA à piéger Yanaka.



[17:49:19]


En voyant les roues de la limousine faire vaciller les grains de sables mêlés aux graviers lorsqu'elle s'arrêta net, Jack songea au fait que la fugue ne pouvait pas être une option pour Yanaka étant donné le manque de discrétion, ce qui signifiait qu'il se savait surveillé et qu'il agirait en conséquent. Ainsi, l'agent fédéral n'allait sûrement pas être mené directement en captivité, et d'une façon ou d'une autre, les hommes de Yanaka joueraient d'une illusion pour aveugler la CIA.

- " Jack ? Vous êtes prêts ? ", demanda Carrell en l'évacuant de ses doutes
- " Ouais...", déportant son regard vers l'océan au loin

Le suppléant du chauffeur que Yanaka avait fait assassiner quitta son siège pour ouvrir la portière arrière. Tous les regards étaient concentrés sur le chef mafieux. Il posa un pied, puis l'autre, et se dressa enfin dans son costume bleu foncé, fixant aussitôt Jack qu'il trouva du premier coup d'œil.

- " Vous êtes en retard ", souligna l'agent de terrain responsable de l'opération

Un vide d'une vingtaine de mètres séparait d'abord les deux hommes, mais l'agent se rapprocha pour qu'aucun micro, s'il y en avait, ne détecte quoi que ce soit.

- " Contraint par le temps. Mais je suis là maintenant, prêt à honorer notre marché ", d'une confiance excessive
- " Qui vous a parlé d'un marché ? "
- " Vous me voulez oui ou non ? Je suis prêt à vous suivre, tout ce que je demande, c'est Sazuki ", autrement dit Jack passant pour un faux témoin d'une affaire montée de toute pièce
- " Pourquoi lui ? "
- " Pourquoi moi ? Les questions peuvent encore durer longtemps, et nous n'avons pas beaucoup de temps. Procédons à l'échange je vous prie "
- " Une dernière chose. Même si les charges n'étaient pas suffisantes au procès, rien ne nous empêche de vous coffrer jusqu'à la fin de votre vie. Du temps perdu donc...pourquoi ne craignez-vous pas de repartir avec nous ? ", cherchant à lui faire admettre que les russes étaient là
- " Parce que je sais que vous aurez un rôle à me proposer. Celui de transfuge m'irait comme un gant n'est-ce pas "
- " Il faudrait déjà avoir confiance en vous..."
- " Il y a ce proverbe japonais qui dit que le meilleur miroir ne reflète pas l'autre côté des choses. Je suis on ne peut plus d'accord là dessus "

De toute évidence, Yanaka cherchait à s'assurer que la CIA le désirait vraiment en tant que transfuge.

- " Fais-les venir ", ordonna Ledger

Les deux silhouettes de Radford et Matters se dévoilaient soudainement face au yakuza, qui jugea le pari risqué puisque beaucoup de personnes en avaient après l'ancien directeur Delta.

- " Radford peut vous rapporter bien plus que Sazuki non ? ", dit-il avec plus de vigueur
- " Ne me faites pas perdre mon temps ! Envoyez Sazuki à mon chauffeur et je suis à vous ! ", négligeant ses deux connaissances
- " Sinon quoi ? "

Ledger jouait le jeu jusqu'au bout, persuadé qu'il pourrait faire sortir les espions de leurs repères.

- " De toute manière, même si le jugement du procès est prononcé en ma défaveur, je finis sous les barreaux "
- " Ou peut-être savez-vous que nous vous laissons repartir "
- " Vraiment ? "
- " En plus d'être à nous, on découvrira ce que vous planifiez. Pour l'instant, prenez-le et apportez-nous la valise "

Jack, qui apercevait Yanaka depuis les deux trous découpés au niveau de ses yeux s'apprêta à se diriger vers lui. Carrell lui donna aussitôt le signal, alors Matters appréhendait la sincérité de deux camps dont il ignorait les plans. Au fur et à mesure qu'il avançait, Jack cerna de mieux en mieux les yeux du japonais, d'un gris froid qu'il n'avait jamais vu. Ils n'étaient plus qu'à dix mètres l'un de l'autre, puis sept, cinq, trois...
Au lieu de poursuivre, l'ancien capitaine Delta s'arrêta à mi-chemin, suscitant l'interrogation de la contrepartie qui ne savait comment réagir.
Puis contre toute attente, il l'asséna d'un coup de deux poings liés au visage puis au ventre, et lui fit perdre son équilibre en le frappant à la jambe droite. Il passa alors ses bras autour du cou de Yanaka, à genoux et écarta la mallette d'un revers du pied.

- " J...qu'est-ce que vous faites ?? ", s'inquiéta Carrell qui saisit son arme par réflexe
- " Il va tout faire capoter ! "
- " Avant qu'on le perde de vue, je veux savoir pour qui travaille Radford ! ", exigea t-il sans délai " Et je ferais ce qu'il faut pour avoir ma réponse. Y compris éliminer Yanaka ! "

Cela demeurait problématique autant pour la CIA que pour les russes, qui craignaient que Karamazov révèle ses infos à la CIA s'il arrivait quelque chose au yakuza. Jack supposait deux options: soit Radford était avec Bergman et la Coalition, ce qui supposait qu'il était allé loin dans son jeu en torturant Bauer pour voir ce qu'il savait. Soit ce n'était plus le cas, dans quelle situation il chercherait vraiment à la traquer.

- " Dites-moi une chose ", à Yanaka en amplifiant l'étreinte " Est-ce qu'il a prévenu vos hommes de sa position, dans cet immeuble au nord de la ville à 13h "
- " En...en effet...il voulait me rencontrer..."
- " Donc il ne craignait pas d'être repéré par les satellites ", l'affrontant du regard " Il savait peut-être qu'on allait faire pression sur la CIA pour ignorer sa présence en ville "
- " Lâche-le Jack ! ", réclama Radford en pointant une arme, foutant définitivement à l'air la couverture que la CIA avait préparé pour les russes

Tandis que Carrell s'engagea à tenir Radford en joue, Ledger s'empressa d'aller chercher l'agent censé le surveiller dans la voiture: l'homme demeurait inconscient.

- " Mais il n'est pas avec Bergman ! ", soutint le chef du crime organisé " Sinon il ne m'aurait pas donné pour mission de le suivre à la trace et découvrir ce qu'il savait ! "
- " A moins qu'il cherchait à vous duper..."
- " Radford aurait employé la manière forte pour me faire parler quand on s'est rencontré. Or, il voulait vérifier ma fiabilité, parce que lui-même ignorait avec qui je travaillais "
- " Un détail encore Jack, je savais que la CIA n'allait pas effacer les clichés satellites me concernant. Je comptais me livrer à l'agence pour recevoir ma grâce et menacer la Coalition d'une exposition médiatique s'il m'arrivait quelque chose. C'est pourquoi je vous demande de baisser votre arme agent Carrell "
- " Quand vous aurez relâché la vôtre et que Jack laissera repartir Yanaka ! "


[17:55:02]


- " On a besoin de tout sauf ça maintenant...Je vous l'ai dis Mme Evans, Yanaka serait le transfuge idéal pour dire si Karamazov pourrait être un triple ou pas. Mais nous ne savons pas s'il est de notre côté. Il avait déjà travaillé de près avec les russes le 11/9. Pas sur les attentats en eux-mêmes, mais il connaissait une partie du plan de ben Laden "

Elle sentait la sincérité dans la voix du directeur d'antenne, mais sans pouvoir affirmer qu'il n'essayait pas de la faire parler pour découvrir ce qu'elle savait. La vérité, il lui en avait dit plus en deux minutes qu'elle n'en avait découvert en un an.

- " J...", elle se tourna vers le directeur " James m'a dit que lui et Yanaka ont délivrés un message aux russes, aujourd'hui midi: que Karamazov savait énormément de choses à leur sujet, qu'il n'a pas dit à la CIA je suppose "
- " De quoi est-il question ? ", incertain d'avoir bien entendu
- " Vous ne voyez pas ? Si Yanaka est en danger, je pense que Karamazov balancerait tout à la CIA ! Il protège Yanaka de toute menace "
- " Bordel...les russes rêvent d'avoir la peau de Karamazov alors, ils pourraient ensuite éliminer sans risque Yanaka pour éviter les fuites ! Merde ! ", en saisissant le combiné
- " Qu'est-ce que ca fait, Karamazov est en lieu sûr ? "


- " Ecoutez Jack, c'est dans notre intérêt à tous de le relâcher ! ", hurla Ledger de sa voix grave de fumeur
- " C'est bon Steve, je m'en charge. On va éviter de tous perdre notre temps maintenant. M. Yanaka, vous voulez Bauer, parfait. Mais avant, je veux savoir une chose: est-ce que Karamazov agit vraiment pour le compte des russes "
- " Qu'est-ce qui vous fait croire que je vous le dirais ? "
- " Ca..."

Accrochée à un pavé magnétisé d'un mètre de diamètre qui était rattaché à une grue, une vieille voiture toute décrépie qu'on posait lentement dans une benne destinée à compresser les voitures en forme carré.
Lorsqu'elle arriva presque à hauteur du sol - moins de deux mètres -, Yanaka saisit aussitôt qui était le personnage bâillonné à l'intérieur: Karamazov lui-même, que la CIA avait sortie pour le grand jeu.
Même si sa mine se décomposa lentement, Bauer savait que c'était du bluff puisque Karamazov pouvait encore s'avérer très utile à l'agence, d'autant qu'on ne pouvait pas le liquider de sang froid. Personne ne savait sur quel pied il dansait et mis face à son public, il pouvait plus aisément dévoiler son jeu. Par contre, si les russes étaient réellement là comme le désignaient les rumeurs, ils n'avaient plus à craindre de faire payer Yanaka pour sa récente trahison pourtant involontaire si jamais Karamazov était éliminé avant. Yanaka devait parler maintenant, où ses informations seraient à jamais scellées dans sa tombe.


- " Au moins, Karamazov ne peut pas être du côté des russes ", assura-t-elle alors que Martins restait plaqué au téléphone
- " Impossible de trouver une ligne Monsieur ", répondit une femme du département communication " Je peux contacter l'unité de surveillance ? "
- " Faites vite ! ", en couvrant ensuite le microphone " Il me faut une ligne sécurisé pour contacter Carrell, je ne veux pas que Braxton s'interpose. Personne ne doit savoir que les russes ont laissés Yanaka en vie pour acheter le silence de Karamazov. Quelle merde...Bergman voudra éliminer Yanaka en mettant sa mort sur le compte des russes ! "
- " Afin d...obtenir les aveux de Karamazov ? Mais bien sûr..."
- " Quel enfoiré...Bergman savait tout ça...il cherche à éliminer deux témoins gênants, et la CIA n'aura rien obtenue au bout ! "


Si la situation n'était pas aussi chaotique que c'était le cas, Caïn n'aurait pu s'empêcher de ricaner à l'idée que la tête pensante de ce plan qui semblait n'être qu'une immense fiction résidait dans une sorte de grotte aménagée, surveillée par un troupeau de fidèles afghans. Il s'imaginait déjà la barbe hirsute et une taille à porter un corset. Puis il se demanda si tous ces hommes connaissaient le monde extérieur ou s'ils préféraient rester dans une telle condition. Arrivé à une embouchure, on le guida jusqu'au fond d'une voie qui paraissait accueillir de la lumière venue d'une lampe.

- " Alexandre est au bout, il vous attend ", signala l'homme en beige, qui disparaissait dans l'obscurité
- " Attendez ! Comment il pouvait savoir que..."


- " Je veux savoir ! ", imposa Jack d'un ton impératif
- " On arrangera tout ça à la maison, maintenant libérez-le ", implora Ledger
- " Je ne peux pas ! ", en trainant Yanaka jusqu'à l'intérieur de l'entrepôt pour éviter d'être encerclé

Carrell acquiesça d'un signe de tête à l'homme qui contrôlait la benne. Le plafond s'abaissa par à-coups, écrasant peu à peu le toit de la carcasse métallique.

- " Son sort dépend de vous M. Yanaka, et ironiquement, le votre dépend du sien. Mais vous savez comme moi que tout est déjà déterminé... "

Le pare-brise commença à se briser alors que le toit s'abaissait encore de quelques centimètres. La fatalité avait déjà condamnée Karamazov en le plaçant sur les deux fronts, et pourtant, le silence ne le terrifiait à aucun moment. Il continuait de semer le doute jusqu'au moindre règne du maléfice.


- " Ce que je vous dis, nous sommes une poignée squelettique à le savoir dans ce pays "
- " Bien sûr... Mais pourquoi faites-vous cela ? "
- " Vous n'avez rien récolté de solide sur la Coalition avec votre travail en freelance "
- " Ce qui justifie votre franchise ? "
- " Non, pas tout à fait. Je vous expliquerais pourquoi. A vous et aux autres "
- " Mais vous vous mettez à dos votre hiérarchie ! Qui êtes-vous ? Et comment savez-vous tout ça ? "
- " Je suis un honnête fonctionnaire de l'agence. Braxton aussi, je le croyais...mais nous sommes tiraillés entre les exigences de la Maison Blanche, Logan, et puis ceux de la Coalition, les ordres de Bergman ! Mais j'en ai déjà trop dis... "
- " J'en sais déjà trop en effet. Et je suis aussi la seule qui peut vous aider à sortir de ce pétrin. Ni vous ni moi tenons à ce que Karamazov soit éliminé ! "
- " Un ancien de la Défense m'a mis en place ici, pour m'occuper du cas Yanaka et empêcher que les câbles ne s'emmêlent entre la CIA et la Coalition. Et...il m'a surtout donné la consigne d'engager Bauer, de le surveiller de très près. Merde, comment je vais maintenir une couverture crédible..."
- " Vous êtes très crédible..."
- " Vous ne me croyez pas ? Vous ne saisissez donc pas les plans que j'avais pour vous tous ? "

La prise de conscience fut si brutale que Martins ressentait comme un fléau qui pesait en lui. L'éclairage émit alors un rideau de lumière aveuglant qui transperça ses rétines et qui le poussa s'éloigner dans la pénombre. Il était donc vrai que ce passage de l'aveuglement à la clairvoyance n'était que souffrances.


Caïn approchait de l'entrée de l'alcôve où siégeait le Libérateur.
Brainer toucha quelques mots à la presse au sujet de la vidéo des talibans.
Radford avait baissé son arme, impuissant face à la providence.
Karamazov se démenait pour ne pas sentir la carcasse écraser son front.
Yanaka tenait à s'assurer qu'il ne s'agissait pas de bluff. L'indétermination frappait tout autant Jack.
Les bombardements à Kaboul se raréfiaient tandis que les hostilités armées avaient recommencé.



[17:59:16]


Jamais Danny Caïn n’avait connu un tel espoir de désenchantement, alors que la luminescence provenant des lampes étalées tout autour de la demeure souterraine terrassait son visage autant que l’ombre de cet homme qui venait à sa rencontre.

Bien que le Libérateur tournait le dos à l’entrée, le soldat, dépouillé de ses armes et enchainé le temps du voyage ne releva pas de pilosité exagérée mais bien un silhouette maigre et droite qui semblait contempler un horizon imperceptible.

Une vieille tunique délavée par-dessus un large pantalon noir de paysan, impossible de distinguer si cet homme venait du pays ou de bien plus loin.

- " Je ne suis pas venu pour ne voir que des ombres "
- " Que voulez-vous alors ? Connaitre la réalité ? "
- " C’est impossible…je n’oublierais jamais cette voix… "

Cette voix, celle du maître qui avait inspiré les premières heures de son éducation et qui l’avait guéri des ignorances les plus vulgaires. Mais en quoi était-ce un libérateur ? Retenu au fond d’une grotte, sous l’emprise d’un excès de lumière, croire à la fabulation était plus tentant.
Et pourtant, combien de fois Caïn avait rêvé de lui depuis leur brutale séparation ? Un songe à l’intérieur d’un songe, était-ce même possible ?

-" Général Donovan Hendersen… "
-" Tu ne rêves pas, c’est bien moi. Je suis bien celui qui éclaire ces illuminés de la Coalition "

A la fois émerveillé par ses souvenirs et confus par la signification de ce théâtre encore inintelligible, Caïn commença à déplorer que même dans ses fantaisies les plus démentes, il n’aurait pas imaginé revoir un jour l’ancien directeur de la Defense Intelligence Agency, visionnaire en péril, ou du moins, de ce qui avait semblé être un échec, en réalisant l’opération Crépuscule, il y a presque dix ans de ce jour.

Henderson était un homme qui ne savait que trop bien que tout n’était jamais déterminé malgré toutes les chances – plus que les moyens – qu’on mettait en sa possession. La projection de sa vie s’apparentait plus à un jeu d’échec imprévisible qu’on se bornait sans cesse à prévoir.

Désormais, sa dernière espérance était que les fruits de sa semence, dont l’attentat par ce sous-marin qui était si prometteur, puissent conduire à la révolution tant rêvée.

Car comme Emil Michel Cioran le disait avec tant de justesse, « espérer, c’est démentir l’avenir ».




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Fan-fiction Operation Crepuscule:Terminée
Fan-fiction Operation Aurore Boréale:Terminée
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Fan-fiction Opération Sombres Soleils: Episode 12 disponible


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Mr. Jack
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 Message Posté le: Ven 09 Jan 2009 - 2:00    Sujet du message:
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Précédemment dans la fan-fiction de Mr. Jack :

Danny Caïn fit diversion en donnant l’ordre de bombarder la zone de reconnaissance afin de partir seul à la rencontre des talibans. Arrivé au point de rencontre, il fut conduit jusqu’à une grotte où se cachait la tête pensante de tous ces évènements : Donovan Hendersen, ancien directeur de la DIA et responsable de l’épisode Crépuscule.

L’échange entre Yanaka et Bauer tourna au vinaigre : la CIA était contrainte de laisser le yakuza en liberté pour que les russes ne se doutent pas que Bergman cherchait à les piéger.
Seulement Jack s’interposa, et Karamazov fut présenté comme un dernier recours : en l’éliminant, Yanaka n’aurait plus d’assurance vie face aux russes, et mort, il serait le bouc émissaire idéal pour l’attaque des sous-marins qui se tramait.

Nate Sorensen continuait de nier toute implication dans la divulgation de données sur les forages pétroliers russes. Etant donné qu'une source le désignait avec certitude, il proposa aux russes de rectifier médiatiquement la publication des données en échange du nom de cette source qui voudrait amplifier les différends entre les deux pays.

Brainer entendait bien profiter des aveux du prince Nazr avant sa mort pour compléter sa liste des actionnaires de la Coalition et dévoiler les finances détournées du Congrès au profit d’Idéon et de la guerre en Afghanistan.


Episode 7 : ( 18h00 - 19h00 )

Ces événements se déroulent le jour de l'opération Sombres Soleils, entre 18h et 19h, heure de Washington DC.



D’un camp comme de l’autre, l’heure était à la tombée des masques, le Congrès avait exigé un coup de filet immédiat sur le moindre afghan dont l’apparence se rapprochait de celle des insurgés talibans. « Il faut les mettre à découvert, remettre à l’ordre du jour le « nulle part où se cacher », invoqua sous un plateau d’acclamations le vice-président lors de l’assemblée.

Sur fond de belligérance orchestrale, les troupes européennes s’exportaient jusqu’au quartier marchand de Kaboul où plusieurs afghans venus de province désolaient de devoir arrêter les affaires jusqu’à la fin des hostilités. Le haut commandement de l’US Army n’avait guère apprécié les glissements solitaires de Caïn et l’avait déclaré fugitif maintenant que le contact était rompu, en envoyant des troupes inspecter la zone bombardée près du repère taliban.

- « Que…qu’est-ce que vous voulez ? », peina à prononcer le lieutenant-colonel, qui se déporta sur sa droite pour voir le visage de son ancien mentor
- « Mes rêveries n’importent pas, ce sont les tiennes dont il est question. Et je crois deviner qu’elles concernent Sombres Soleils »
- « Sombres Soleils ? »
- « Je ne suis pas surpris. C’est un vieux projet de la Coalition. Et je serais encore moins surpris de ton aveu d’ignorance à son sujet »
Caïn était désorienté par la profusion de ses interrogations qui débordaient sur tout horizon. Sentant comme une bouffée de chaleur, il abaissa la fermeture au niveau du col et posa son casque sur le sol asséché.


[18:05:11]


Le tempo cardiaque de Niouksan Masri hésita à se ralentir depuis que la carcasse avait cessée de s’écraser contre sa peau basanée. Carrell avait ordonné une trêve pour persuader le yakuza de rejoindre les bords de la CIA, voulant en faire un transfuge précisant l’inclinaison de Karamazov.

- « Du calme Ned, personne ne touchera à lui ! Et Bauer va relâcher Yanaka, tout se passera bien… », en affrontant les cernes caverneuses que Jack avait développé avec le temps « J’en prends la responsabilité, croyez-moi je n’ai reçu aucune indication de Bergman »

En négociateur avisé, Ledger s’approcha de Jack, qui commençait à perdre tout intérêt de garder le yakuza plus longtemps puisque la CIA lui offrait une tactique d’approche envers Radford bien plus intéressante.

- « Nous venons d’en découvrir les enjeux M. Yanaka, votre vie dépend de Karamazov. Si vous souhaitez passer de notre côté, vous devez nous donner quelque chose »
- « Il ne vous délivrera pas ses aveux si on le surveille en ce moment ! », exposa Jack

- « Je me charge de mettre Yanaka sous protection dans ce cas », promit l’agent de liaison, s’assurant que Yanaka ne puisse pas se trouver dans l’axe de tireurs d’élite

- « Nous sommes tous à découvert », plaida le japonais « Tout ce que je peux vous dire, c’est ce que les russes attendent de M. Bauer. Mais je veux l’assurance que Karamazov sera sauf ! »


La cellule de Washington n’étant qu’à quelques pas du Capitole, Sorensen s’était décidé à affronter l’ampleur croissante des manifestations en attendant que les représentants ne relancent le débat mis en suspens.

- « J’aimerais voir M. Newell, de la part de Nate Sorensen », au poste de surveillance à l’entrée

Après confirmation, le garant financier escalada les escaliers bétonnés interminables conduisant jusqu’au centre névralgique de l’agence, puis rencontra le directeur en charge, couvert d’une décharge de paperasse que la Division lui avait refilé.

- « Vous croulez sous le poids administratif ? », le sourire léger et pointu
- « Quand on veut recouvrir la voix des opprimés… »
- « Voila Mike, je viens vous voir à propos des derniers chiffres sur les forages russes en presqu’île de Yamal. EuriTrans infirme les données qui ont été subtilisées et rendues publiques »
- « Et je suis votre unique contact qui baigne dans la sphère médiatique ? »
- « Aujourd’hui, le seul en qui j’ai confiance. Je m’engagerais à soutenir les dernières requêtes de la CAT. Tout ce qu’il faut, c’est démontrer que la Russie a engagée de nouvelles installations au Kazakhstan, et une base aérienne en Ouzbékistan »
- « Comment justifier le non-investissement dans de nouveaux gisements ? »
- « Les russes veulent stabiliser le marché après Minsk et ne plus pénaliser d’avantage l’Europe. Un moyen de se faire pardonner »
- « Si je saisis bien, les russes ne veulent pas qu’on sache que l’argent de la rente est investi autrement que dans le pétrole, et attendent de nous qu’on livre de faux chiffres pour détourner les observateurs indiscrets… »
- « Le président veut établir un pacte d’amitié, les russes nous seront reconnaissants au moment venu »
- « Evitez l’excès de papier, je suis trop vieux pour ça. Je contacterais le Post et la CNN »
- « Je vous le revaudrais, ça représente beaucoup»


Même si Jack restait dubitatif sur les conditions de ce briefing, puisque Carrell n’aurait jamais eu le temps de vérifier la véracité des informations de Yanaka, oscillant à tenir informée la CIA de son savoir, il renonça à maintenir son emprise sur le mafieux qui ne manqua pas d’afficher quelques signe de mépris à son égard.

- « Ecoutez, peu importe ce que les russes savent ou qui signe vos chèques », convint Carrell « On pourrait bien vous prendre pour cible afin de forcer Karamazov à rompre son silence, c’est pourquoi nous allons le mettre en sûreté. Tout ce qu’on attend de vous, c’est nous dire la vérité et on se charge de votre protection ! »
- « Seule la CIA s'insatisfait du silence de Karamazov, en allant à Langley je sauterais dans la gueule du loup ! »
- « Un loup peut en attaquer un autre. C'est votre seule chance, mais ça doit se faire ici »
- « Ici ? Mais c’est de la folie… »
- « Exactement, et plus vite vous parlerez, plus vite vous serez à l’abri »
- « Votre humour si bien distillé me laisse rêveur. Je suis censé tomber dans votre panneau ? Qui voudrait ma peau dans le but de faire parler Karamazov si ce n’est vous ? »
- « La CIA s’attache à vos infos. Dites-nous au moins pourquoi vous vouliez Bauer, le reste se fera entre portes closes »

La gorge aussi sèche qu’un désert arabe, Yanaka n’avait que pour unique alternative de se fier au jeu de la CIA pour les convaincre de gagner les eaux territoriales avant la fin de la journée.

- « Le FSB m’a simplement assuré qu’on tenait à lui pour infiltrer une base sous le niveau de la mer, le long de la côte. Le Kremlin veut certaines informations qui s’y trouvent »
- « C’est ce que je craignais…et ils ne lâcheront pas la grappe avant d’avoir eu ce qu’ils cherchent »
- « J’irais », accorda Jack « Ca ne sert plus à rien de maintenir vos doubles jeux, Yanaka peut leur montrer que la CIA se tient plus qu’à l’écoute »
- « L’idée n’est pas insensée », affirma Matters « Les russes mettront tous leurs hommes dessus, et ça vous laissera la voie libre pour récupérer Yanaka plus tard »

Carrell emmena les anciens Delta à l’écart, et lança une tape amicale à Jack, ne savant comment considérer le geste.

- « On va suivre le plan de Martins : je veux rétablir l’unité freelance, sauf que vous bossez pour nous »
- « Bergman cherche probablement à mettre la main sur moi » , suggéra Radford d’un ton plein de méfiance
- « Bergman est à des kilomètres d’ici et il a d’autres choses en tête. Vous connaissez tous Crépuscule aussi bien que moi, la CIA est sur un siège éjectable et les russes seront ravis de presser sur le bouton…tout ce que je cherche, c’est nous sauver de ce procès »


[18:13:03]


Avant de repartir pour les sentiers battus de Langley, on accorda à Richard Braxton la brève permission d’importuner le président de la Cour entre une gorgée de café et l’audience préliminaire à huis clos qu’il s’apprêtait à présider au sujet d’un criminel récidiviste raciste, traversant les couloirs labyrinthiques du palais d’audience.

- « Le dossier prend la poussière dans de vieux tiroirs, qu’est-ce que nous avons à y perdre ? »
- « Vous rien, moi du temps. J’ai d’autres cas sur le feu. Si on rouvre l’affaire Vechnika, cela signifie qu’il faudra revenir sur le témoignage de cet homme après les évènements de l’opération Crépuscule… »
- « Jack Bauer »
- « Voila, et celui de Gabriel Radford. Le procès pourrait s’éterniser, même si un côté de la balance semble déjà cloué aux abysses »
- « Vous n’écoutez pas ce que je vous dis M. le président, d’autres éléments pourraient intervenir très bientôt ! Bauer est un témoin clé du procès, il accepte de comparaître à nouveau »
- « Alors apportez-les moi et nous rediscuterons de tout cela. Personne ne souhaite remuer le couteau dans plaie ici «
- « Parce que tout le monde a fermé les yeux sur Vechnika au Kosovo, cet entrepôt comptait plusieurs têtes nucléaires actives, le témoignage de Bauer était faux du début à la fin, Radford l’avait poussé à mentir »
- « Donc selon vous c’est lui qui aurait livré ces têtes nucléaires à Drazen ? C’est absurde. Même si l’idée peut plaire. J’y réfléchirais, en attendant, amenez-moi du concret, ce Bauer sera un jour ou l’autre confronté à la sentence »


[18:17:30]


Des guetteurs talibans à la sortie de la grotte remarquaient l’arrivée de camions phares allumés à plus d’un kilomètre de la planque. Hendersen poursuivait ses explications.
Jack précisa les conditions de son infiltration, malgré les réticences de son agent de liaison.
A Kaboul, un taliban fut touché de plein fouet par une balle de calibre .44, sur le toit d’une maison en ruine, alors qu’un tank bombarda un repère près d’une mosquée.
Brainer présenta à un consultant arabe du Congrès la liste de membres affiliés à Idéon.



[18 :21 :57]


- « Lorsque vous étiez Secrétaire à la Défense, vous aviez donc suggéré au président Johnson de créer un regroupement des plus grands investisseurs du monde, essentiellement des américains », tenta de résumer Danny Caïn
- « Kennedy avait donné son approbation pour un nouveau département des renseignements, la DIA, puis suite à son succès, Johnson m’a accordé tout son crédit et m’a confié quelques contacts, en permettant le déplacement des fonds sur de nouveaux projets militaires »

La chevelure blanche coiffée vers l’arrière d’Hendersen disparaissait avec l’extinction des lampes à huiles, après qu’un insurgé lui avait confirmé qu’un détachement militaire se rapprochait, laissant Caïn dans une désorientation qui le perturba.

- « Après Kennedy, personne ne voulait s’enliser dans la course aux armements. Avec quelques hommes à la tête de la Nation, j’étais chargé de contrôler les dépenses pour qu’on ne pompe pas toutes les ressources du pays dans une économie de guerre à cause du Vietnam »
- « Ca n’explique toujours pas ce lieux… Qu’est-ce que vous attendez ? »
- « L’armée allait partir à ta recherche et gérait le périmètre le plus au sud, la disposition des satellites n’était pas à notre avantage. On attend que la tempête se calme… »

Caïn ne pouvait s’empêcher de se sentir intimidé et anormalement nerveux. Pour que les choses fussent claires, il avait souhaité que le récit soit narré depuis le début.

- « A l’aide de juristes, dont le conseiller à la Maison Blanche Matt Sommers », précisa Hendersen en poursuivant « Nous avons profité des failles de la législation fiscale pour dominer les ressources exagérées grâce au complexe militaro-industriel qui se développait »
- « Et donc tenir en laisse la Maison Blanche, qui divaguait trop sur la défensive… »
- « Le Pentagone était obsédé par la mauvaise approche de Johnson au Vietnam. Nous avons donc autorisé certaines sociétés dans les coins les plus reculés du monde à céder leurs pertes à des entreprises rentables sous notre joug, qui payent ainsi moins d’impôts. Ces sociétés ont reçues des subventions avec l’accord du gouvernement fédéral en créant des entreprises sur place, qui doivent déposer le bilan quelques années plus tard, et que j’ai racheté »
- « L’histoire semble longue… »
- « C’est important que tu saches chaque détail. Je ne t’ai pas fait venir pour rien. Tout est basé sur le développement de notre économie, c’est comme ça que s’est réglé le monde »


Brainer se rappelait de ne plus jamais faire preuve de cet optimisme qui lui donnait un air si niais. Le délégué aux échanges budgétaires, Rashid Al-Aijra cherchait l’occasion de se déporter dans la conversation d’à côté, ne sachant refuser les faveurs qu’on lui demandait :

- « Je saisis vos réserves, mais vérifiez par vous-même, plusieurs ex-membres de l’OTAN soutiennent les campagnes de sénateurs après leur arrestation au début de la crise de Minsk. On a versé des pots-de-vin et maintenant, on paie ces pots cassés, l’Organisation est dans une inefficacité totale depuis cinq ans au même titre que l’ONU, et le Sénat n’a pas tiqué de l’oeil. Je ne peux pas m’en remettre à eux, c’est pourquoi je tiens à régler directement cette crise avec les Emirats Arabes Unis. Je conserve l’héritage du prince Nazr, acceptez-le ou non »
- « D’autres sont passés par les mêmes promesses »
- « Qui ? Anthony Lane ? »
- « Nous ne voulons pas de noms, mais qu’aucun consortium ne soumette le Khalifa à ses prix. Idéon a affaibli le Moyen-Orient, les russes ont sautés sur l’occasion »
- « Alors contactez-le. J’organiserais une action directe contre les membres d’Idéon, mais je veux avoir droit à certains traitements de faveur »
- « Concernant ? »
- « La désinformation en place, les alliés de l’Afghanistan, les marchés secrets des années 1990, au début de l’influence des consortiums américains »
- « Il va falloir mettre la main à la pâte si vous souhaitez recoller les pots… »
- « J’ai déjà les doigts englués… »


[18:26:08]


Le col défait par les stigmates de la strangulation, Zan Yanaka se courbait sur le capot d’une Lexus noire dans la posture d’une instance inquisitoire improvisée, sous la juridiction de Carrell, Jack, Matters et Radford, bien soucieux de déceler les véritables intérêts de la Coalition à pousser le mafieux dans les ruelles enneigés de Moscou. Sans doute une technique d’approche pour reprendre le flambeau encore incandescent de la collaboration de l’ancien directeur Delta avec les russes, que la CIA bouillait d’impatience de toucher.

- « Le juge a signé la décharge pour le protection des témoins. Ne ralentissez pas le tempo M. Yanaka », conseilla vivement Carrell, sortant les mains de ses poches
- « Avant de parler défection, vous tenez à vérifier si je suis toujours avec les russes n’est-ce pas ? », alors que Karamazov était reconduit dans une des Ford
- « Qu’est-ce que vous croyez ? Même si je doute de l’existence de cette base sous l’océan,
un ultimatum nous est apposé. Et je n’aime pas offrir du gain de temps quand j’en suis privé »
- « Je vous ai dis qu’ils souhaitaient Bauer, c’est suffisant pour parasiter leur infiltration ! »
- « Pas quand elle est au nom de motifs irréalistes. 23 ans que je suis à la CIA et je n’ai jamais entendu parler de bureaux tapissés de coraux ! »
- « Dans ce cas suivons le plan originel « , proposa Jack « Je me rends au point de rencontre et vous serez informés de ce que les russes recherchent. A moins que l’irréalisme cède à l’hypocrisie ? »
- « Je m’en réfèrerais à Braxton. On n’a aucun moyen de vous couvrir, et encore une fois, on est pris de court. Peut-être une piste M. Radford ou vous voulez voir dépérir votre grâce ? »
- « Et si on s’en tenait au plan de votre supérieur ? Recomposer notre équipe. On suit Jack à distance, Cassandra le couvre sur place »
- « Vous lisez bien mes lèvres M. Matters... », les poings plaqués sur ses côtes
- « Je lis votre jeu tout entier. Les russes seront beaucoup plus vigilants en supposant qu’on connaît leurs intentions, il nous faudra du soutien sur le terrain. Et Braxton a déjà donné son accord », adversatif

Quelque chose échappait aux acteurs de la pièce. Si la CIA était si fermement attachée à utiliser Jack dans ce procès d’envergure, pourquoi risquer de le perdre dans une opération qui n’était fondée que sur de dérisoires espérances, malgré les risques encourues ?


Les symboles arabes défilaient en un texte jaune qui traduisait le message diffusé par un porte-parole des talibans, ne laissant apparaître que ses yeux noirs à cause du voile dissimulant le reste de son visage.
Son anglais demeurait hésitant, mais les grandes lignes furent saisies par le directeur de la CIA à Washington, qui épluchait en même temps quelques dossiers pour relancer l'unité avec Cassandra, en lui cachant qu'un procès flottait par dessus la tête de Bauer et qu'il y avait des chances pour qu'elle y soit mêlée.

- « C'est à peu près les mêmes procédures qu'à la NSA concernant le décryptage des transmissions », dit-il sans prêter attention à l'extrait diffusé pour la deuxième fois en une heure
- « Ca remonte à loin...j'étais d'ailleurs encore à la CIA quand on m'a enseigné ces techniques »
- « Le MI-6 voulait faire la transition entre nos deux agences quand on vous a muté à la NSA. La CIA est sur ses gardes depuis l'affaire Philby, les recrues anglaises étaient autant méprisées qu'une défection amateur russe pendant la guerre froide… »

- « La riposte d'Al Qaïda ne sera qu’une manifestation radicale de la justice, et la guerre sainte continuera de s’ériger par des mesures fantômes, frappant avec force les organes internes bouchées de l’Amérique. Un retournement de valeurs, voila de quoi nous parlons, une dissolution de mœurs sans raison ni passion, mais où règnent en maîtres profit et avidité. Voila les penchants que nous ferons basculer, même si cette lutte vaut de s’acharner jusqu’à la fin des temps… »

Un autre bandeau sur fond noir circulait au bas de l'écran entre les deux logos de la CNN, évoquant la prévision de violentes manifestations le lendemain, quelques blocus dans les grandes villes ainsi que des émeutes à Los Angeles et New York pour les estimations les plus optimistes.


[18:30:52]


Un taliban inspecta le secteur à la sortie de la grotte pour s’assurer que tout était désert.
A la casse, la CIA revérifiait la zone pour pouvoir dégager Yanaka sans danger.
Un radar des Marines cherchait des sous-marins non déclarés tout le long de la côte est.
Newell soufflait à l’idée que son service n’était pas prêt de s’achever en consultant l’heure.



[18:35:19]


Le miroir offrait un reflet décevant pour Mike Newell lorsqu’il se fixa dans la glace, le visage humidifié et blême. Le crépuscule de sa vie approchait – il pointait les 71 ans en novembre – et les années passées à la tête de la cellule lui apparaissaient comme de plue en plus insignifiantes, en dépit de ses efforts contre le terrorisme et sa lutte envers la désinformation. Sa période au Newsweek avait été un bon stage de remise en forme, mais le départ de Caïn et la nomination de Brainer faisaient de lui un sacrifice chargé d’attirer l’attention de cet ennemi intemporel : le mensonge, dont il pensait en avoir trouvé la parfaite incarnation en la personne de Sorensen.

- « Monsieur, navré de vous interrompre mais vous avez un appel, de M. Brainer. Il dit que ça ne peut pas attendre », annonça un stagiaire avec une confiance superficielle


Traînant du pied, il se dirigea jusqu’à son bureau surplombant la cellule, puis devint épinglé sur le portrait de couple avec sa femme au début des années 1990.

- « Si c’est au sujet de ma présence au National Intelligence Council, je crains de ne pas trouver le temps… »
- « La Division envoie ses derniers loups assoiffés de bureaucratie, l’ONU est en manque d’effectifs pour envoyer leurs indic’, ils prennent ce qu’ils ont sous la main »
- « Pourquoi les contrarier ? »
- « Pour voir ce que l’OIS recherche, c’est le moment maintenant que j’ai réussi à lister les héritiers de la Coalition »
- « Les héritiers ? »
- « Les comptes offshore désignés par Nazr ont dessinés plusieurs embranchements intéressants, des investisseurs anonymes, qui détiennent des capitaux sur le budget du Congrès. Bien entendu, des bons au porteur non déclarés, la tirelire du Sénat augmente et on ferme les yeux sur ces investisseurs. Et c’est là que ça devient véreux : certains fonds seraient reversés à des causes américaines oeuvrant à l’étranger. L’une d’entre elle montrait plusieurs incohérences, et j’en ai déduit qu’il s’agissait d’une couverture qui voilait les activités profitant au consortium Idéon »
- « Il faut alors retracer la genèse jusqu’à trouver qui sont ces investisseurs »


Par principe de supériorité morale, Radford s'était juré de mettre un terme à ses pauses cigarettes pour éviter d'empirer un état de santé dont le bilan était plus que médiocre. Pourtant depuis quelques temps, il ressentait une certaine lâcheté à ne plus pouvoir résister, à devoir satisfaire des désirs qu'il ne contrôlait plus, ni n'expliquait. Il alluma son briquet et tira au moment où des écumes vinrent se déposer sur le sable chaud. Lorsque la fumée se dispersa, un visage se dégagea, scrutant les vagues au loin.

- « Ils veulent me mettre un micro »
- « Personne ne peut comprendre les lutteurs qui veulent entrer seuls dans l'arène »
- « Pourquoi m'exhiber comme un trophée dans un procès sans fin alors ? »
- « Ils tiennent Cassandra je me trompe ? », conclut Radford
- « Et toi aussi Gabriel, et tu tomberas avec les Delta Force »
- « Ce n'est plus une surprise, pourquoi j'aurais négocié ma grâce sinon ? Ils finiront de même par te jeter Jack, une fois que leur dissolution aura fonctionné »
- « Carrell a accepté de refonder l'unité, il reste un espoir, mais il va où on l'emmène je suppose »
- « Et toi ? »
- « Près du port de Bayshore. La CIA analyse les possibilités, les russes pourraient me demander de monter à bord d'un bateau. J'ai décidé de me jeter à l'eau de mon propre gré tu sais, toi et moi, je ne suis pas sûr que nous ayons déjà été soudés, mais c'est à toi de me le dire »
- « De te dire quoi ? »
- « Le micro, c'est pour toi. Ils veulent que je te fasse parler »

Radford contempla le reflet du soleil se dédoubler en une infinité de miroirs liquides, sans saisir ce que Jack convoitait dans ces regards croisés, comme posés sur un même horizon. Il jouait là un jeu dangereux en décidant d'avouer à Radford que la CIA comptait en découvrir d'avantage en comptant sur un lien qui était encore trop fictif entre les deux anciens Delta, et si Radford devait pouvoir répondre à cette mise à l'épreuve, il fallait soupeser la réelle solidité de ce lien, qu'il avait jusqu'ici réduite à un ensemble de manipulations selon des finalités détournées.


- « C’est là que tu interviens », reprit Brainer au sujet de ce groupe d'investisseurs, « Les profits des quelques membres d’Idéon ne sont pas déclarés, je n’aurais jamais pu le savoir sans la liste. J’aimerais que tu publies un compte-rendu des hypothétiques fraudes, anonymement bien sur », convenait Brainer
- « Ne me propose pas le gâteau sans sa cerise »
- « J’y viens. J’ai retracé cette genèse, en fait, le nom du principal actionnaire apparaissait noir sur blanc »
- « Un des membres de la Coalition ? Il devenait détenir un gros lot d’actions sur quelques entreprises fructueuses… »
- « Plus que ça, son argent continue de financer des dizaines de secteur chers à la Défense »
- « Nate Sorensen… », réalisa Newell avec contrariété « C’est donc pour ça qu’il est venu me voir, il m’a confié un dossier avec de faux chiffres concernant les dépenses de la rente russe, pour justifier d’autres faux chiffres concernant le pétrole »
- « Ceux qui fournissent les russes en énergie et dans le complexe militaro-industriel doivent être affiliés à Idéon, Sorensen ne veut pas qu’on retrace leur argent »
- « Le souci, si je dévoile ton compte-rendu, c’est que je serais grillé, Sorensen ne me fera plus confiance et verra ça comme une trahison »
- « Noir sur blanc, Nazr n’a pas pu mentir. Si on tient au courant le Moyen-Orient et que Sorensen réagit mal, donc use de son influence pour taire la vérité, c’est lui qui sera grillé, et tout rentrera dans l’ordre. En clair, soit Idéon passe à la trappe, soit on lève le masque sur Sorensen »

Un vieil homme avec ce qui devait certainement être la cravate la plus immonde des représentants - des bandes rose et bleu d'une nuance très à la mode au début des années1990 sur fond jaune - fit signe à Brainer pour lui rappeler que les pourparlers reprenaient dans quelques secondes, à quoi il acquiesça avant d'être forcé à ce qu'on lui éclaircisse le teint par quelques subterfuges cosmétiques.


- « La guerre du Golfe semblait le moment idéal pour sortir de l'ombre ", avoua judicieusement Danny Caïn

La moitié des lampes à huiles avaient été rallumées afin de distinguer sans mal les canaux à emprunter pour sortir de cet immense terrier.
- « Notre discrétion durant la Guerre Froide nous a permis d'acheter des contacts avec notre budget, qui était à l'époque de trois milliards, la majeure partie étant détournée du programme de Carter en Afghanistan »
- « La guérilla des moudjahidine a donc été un excellent justificatif en faisant pression sur Casey à la CIA, même si je ne saisis pas d'où provient l'emprise sur l'argent du Congrès »
- « L'évidence est à la surface des choses: nos dépenses se concentraient dans l'armement, réseau que je contrôlais entièrement à la Défense. La Maison Blanche n'aurait jamais orienté ses doutes sur sa pierre angulaire. Tout cela m'a permis d'acquérir plusieurs groupes après la guerre, dont la Corps Military, gros fournisseur de l'armée en véhicules et armement de combat. L'influence s'est d'autant plus étendue avec l'achat du plus grand réseau de presse mondial »
- « La guerre n'a pas été un si lourd fardeau si je comprends bien, elle a amplifié votre renommée alors qu'elle ne dépassait jamais les arcanes d'un cercle très réduit »
- « Elle nous a surtout permis d'investir plusieurs milliards dans le groupe Exogène, un particulier de l'armement mondial qui finançait des terroristes, afin de se tenir au courant de la fabrication d'armes de destruction massives à l'étranger, pour ainsi détenir 45% de l'actionnariat des nations capitalistes adhérant à Exogène »
- « Les premières pierres de la route pour Kaboul... »

Devancés par une rangée de rebelles armés tenant nonchalamment le fusil à l'épaule, Caïn et Hendersen sortirent admirer la rosée d'étoiles qui se tenait au dessus d'eux.

- « Une division officieuse a été crée, AVP Force, peut-être en as-tu déjà entendu parler... pour étendre nos relations avec le milieu terroriste ici et en Amérique du Sud. Les premiers pavés comme tu dis...Un élément clé du cancer qui se propage dans le monde du renseignement américain »
- « Et j'en suis l'antidote ? »

Le groupe d'hommes progressa dans la pénombre, puis escalada une gorge rocailleuse où un petit plan d'eau demeurait illuminé par l'éclairage lunaire. A mesure que les pas des insurgés troublaient la marre, l'astre devenait informe dans son reflet.

- « Tu en es le virus... »


[18:47:46]


Ledger et Matters repartaient avec Yanaka et une nouvelle escorte pour son bon transfert.
Carrell avait disposé des hommes sur plusieurs points stratégiques du quartier pour suivre le déplacement de Jack, à bord de la limousine.
De retour au Capitole, Sorensen progressa jusqu'au sommet des marches puis s'isola dans l'ombre d'une des imposantes colonnes à l'entrée.
Un taliban retira le voile vert qui recouvrait un véhicule tout-terrain, tandis qu'un autre poussa Caïn à l’intérieur.



[18:51:23]


Rien ne parvenait à troubler le directeur flegmatique du contre-espionnage à la CIA, pas même les centaines de pense-bêtes éparpillés sur son bureau répertoriés en numérotations incompréhensibles pour quiconque tentait de les déchiffrer. Quelques clichés de Niouksan Masri noyés sous les classements apparaissaient aux quatre coins du meuble antique, qui se mariait parfaitement avec la sobriété funèbre de la pièce, génératrice d'inspiration autant que de solitude, ce qui ne rebutait pas pour autant le Successeur, fécond lorsque personne ne venait lui demander son avis toutes les dix minutes. Il n'aimait pas que les choses viennent à lui, prenant cela comme une marque de manipulation potentielle mais attirait avec une intention précise ceux qu'il voulait entendre, ou plus rarement, ceux qui voulaient bien l'entendre:

- " Tu voulais me voir Roger ? ", osa Martins avec quelques réserves, ne sachant pas s'il devait franchir le seuil de la porte ou pas
- " Entre, c'est à propos du débriefing de Niouksan Masri ", ouvrant délicatement son paquet de cigarettes
- " On l’escorte en ce moment, le SWAT nous prête un fourgon. Tu penses toujours qu'il s'agit d'un agent triple ? "

Roger Slattery hésita un moment à lui parler de cette communication en ligne privée reliée au bureau du directeur, puis finalement, se réserva de le faire en poursuivant sur le sujet.

- « Ce serait peu judicieux, même erroné de le traiter comme un triple, encore faut-il définir le sens d'une tel rôle. Il est probable que lui-même ne sache pas toujours pour qui il opérait tellement il était manipulé et subissait les exigences des deux bords »
- « Du peu que j'en ai vu, jamais il n'aurait juré fidélité à la CIA », habitué par son impartialité légendaire et indéchiffrable
- « A dire vrai », d'un ton extrêmement monocorde et bas « Il serait plus juste de croire qu'on profite de lui pour raffermir les hostilités avec le Bureau Soviétique. La situation présente montre qu'il en sait autant sur nous que sur eux. L'enjeu, si Yanaka y passe – ce qui arrivera un jour ou l’autre –, est donc que Masri déballe ce qui lui pèse tant sur le coeur à un des deux camps »
- « Un cri dans l'océan, s'il balancerait sur nous, on ferait vite de taire les bruits de couloir »
- « Admettons que Yanaka, qui est entre nos mains, finit bien par y passer », en commençant enfin par le regarder dans les yeux, la fumée en train de s'élever jusqu'au plafond « Masri, qui penserait la CIA coupable, trouverait un moyen de se faire entendre, et les russes auront la certitude qu'il est bien de leur côté, ce qu'ils cherchent depuis le début »
- « Admettons, même si je ne vois toujours pas comment il pourrait se faire entendre »


La banquette de la limousine évoqua à Jack la vague réminiscence de son séjour au Département de la Défense en tant que consultant budgétaire sur les questions de sécurité nationale, et de fil en aiguille, à la liaison qu’il entretenait avec Audrey Raines, rencontrée lors d’un sommet sur les rivalités américano-palestiniennes, et qui avait relégué Cassandra en un rôle exclusivement basé sur le profit. Et bien qu’outre ses histoires de cœur, la CIA envoyait Jack au front sans savoir dans quel forêt russe il pouvait tomber, il ne pouvait s’empêcher de ressentir une pointe de complaisance à l’idée qu’il menait un jeu prenant avec elle, et qui portait peu à peu ses fruits.

- « Passez-moi Cassandra, et en privée », communiquant par oreillette afin de ne pas éveiller les soupçons du chauffeur
- « Vous prenez des risques… »

Jack expliqua à Carrell comment il voyait les choses, comment il pensait que Yanaka se servait de la CIA pour se mettre à l’abri des russes et comment tout le monde se bornait à croire qu’ils étaient sans cesse surveillés par des russes qui ne montraient pourtant pas le moindre signe de vie. L’agent de liaison accorda bien ce petit privilège puisqu’il fallait bien lui montrer un gage de confiance s’il souhaitait recevoir les informations récoltées sur Radford.

- « C’est sécurisé Jack, l’orchestre reprend le concerto », certifia-t-elle quelques secondes plus tard avec un code qu’il lui avait communiqué
- « Comment ? »
- « Martins est de mon côté, il ne soutient plus tout à fait Carrell »
- « Ca tombe bien, j’ai pu obtenir ce qu’on recherchait »
- « Tu as dit à Radford que la CIA profitait de toi pour l’espionner ? »
- « En comprenant que je retourne ma veste pour lui, j’aurais toute sa confiance. Il n’aura que moi à qui parler, et on va pouvoir retracer les appuis financiers d’Anthony Lane sans problème »
- « Tu sous-estimes la CIA, même si Radford nous dit ce qu’on veut savoir, l’agence ne tombera jamais dans ton filet de désinformation »
- « Elle y baigne pourtant depuis qu’on a orchestré l’intervention à l’hôtel, et a gobé tout ce qui se trouvait sur les ordinateurs, ou plutôt ce qui ne s’y trouvait pas… »

La reddition de Jack sur les parquets de la Compagnie n’était donc qu’une technique de séduction pour charmer la CIA, déjà persuadée que l’équipe freelance avait été montée pour berner Radford selon sa demande. Prouver la détermination de Jack à piéger Cassandra n’était qu’un autre témoignage d’autant plus fort qu’il était trompeur, malgré les différends qu'ils entretenaient.
Défiant le chauffeur dans son rétroviseur, la honte de n’être qu’un automate activé par la grande machine s’était effacée chez l’ancien Delta, cédant la place de spectateur à celui d’acteur, comme l’assurance de son apogée prestigieuse lui laissait croire.


- " J'en viens donc à la première conclusion que K. est soit un pion des russes, soit ils l'ont vraiment retourné pour le placer ici, et nous faire passer aux aveux. Quelle situation ironique...", se perdit un instant Slattery, dans les méandres dans son imagination débordante
- " Mais comme tu as dis, K. pourrait tout autant informer la CIA sur ce qu'il sait des russes ", en suivant la désignation du Successeur pour qualifier Masri " Or, il n'a rien dit et s'est contenté de temporiser "
- " Très juste, en clair, il cherche à brouiller les pistes. C'est pourquoi la déduction la plus sensée serait de croire qu'il se grille lui-même en faisant cela délibérément : il serait aussitôt perçu comme un potentiel agent triple, ce que nous avons été amené à croire "
- " Les russes nous auraient aiguillé vers cette déduction ? "
- " C'était trop évident d'en venir à ce constat. A mon humble avis, il doit subir des représailles, il n'est rien de plus qu'un pion. Il faut creuser du côté de sa famille, à moins qu'on lui a susurré le mot goulag "
- " On a été berné depuis le début...Même si Yanaka passe sa nuit dans une tombe - ce dont je doute fort -, Masri n'aurait pas plus parlé au sujet des russes, sinon, pourquoi l'avoir laissé aussi longtemps en vie ? Le FSB savait qu'il agissait aussi pour nous, et on peut supposer le pire maintenant "
- " Il me manque une dernière évidence, c'est pour ça que je t'ai fait venir. En dépit des risques, j'aimerais que tu laisses Masri à découvert, dans la rue. S'il passe l'heure, ça confirme nos dires. Dans le cas contraire, les russes l'élimineront et je pourrais relier les indices à eux »
- " C'est hors de question, et Braxton ne sera jamais d'accord ! "
- " Alors attends-toi à des mois d'interrogatoires pour se donner l'illusion de croire qu'il pourrait être un transfuge "
- " On a pas ce temps, Bauer est déjà en route "
- " C'est pour ça qu'on doit en avoir le coeur net avant qu'il n'embarque sur ce paquebot, car si Masri est vraiment avec eux, ils savent parfaitement où ils mettent les pieds, et on aura plus le monopole sur quoi que ce soit "
Le conducteur du tout-terrain coupa le moteur devant la cour d’un paysan à l’entrée d’un bourg afghan, réveillant les moutons qui reculèrent avec frayeur. Un vieil homme somnolait à l’entrée d’une bâtisse reconstruite depuis deux mois en tentant de faire abstraction des frappes à quelques kilomètres de là. Lorsqu’il se réveilla à cause du bétail, un type qui ne semblait pas vraiment dans son élément – costume sur mesure en guise de pyjama – posa sa main sur l’épaule du vieil homme et lui demanda de se rendormir, partant ensuite à la rencontre de Donovan Hendersen et sa démarche d’étranger bien intégré au coin.

- « Vous… », désigna Caïn en suivant Hendersen « Je vous connais n’est-ce pas ? »
- « Je laisse ta mémoire à l’épreuve », répondit l’homme en costume
- « Lors d’une audience préliminaire visant à répondre de l’échec de l’opération Crépuscule au Kosovo. Le Major General Jones était remis en cause mais a finalement été disculpé. Et vous étiez sur un banc, au fond de la salle. J’étais là dans le cadre de mon enquête sur un des hommes à la barre »
- « Le monde est petit », ajouta Hendersen
- « Je ne rate jamais l’heure du jugement. L’affaire ne devait pas relier Jones à Donovan, et pour retomber sur nos pattes, il fallait dresser un bon appât au juge »
- « Gabriel Radford… », saisit le lieutenant-colonel « Pourtant ça n’a pas fonctionné, tout le monde s’en est bien tiré »
- « C’était l’idée. Tout le succès de notre démarche était que votre homme à la barre mène suffisamment de preuves pour faire tomber Radford définitivement, et entraîner l’unité Delta dans sa chute vertigineuse »
- « Jack Bauer ? C’est de lui dont il s’agit ? »
- « Nous savons que vous continuer d’entretenir des liens étroits avec lui pour que Radford crache la pilule et me balance…Voila, vous m’avez enfin de vos yeux bientôt médusé, mais ne me faites pas ce privilège… », exprima Bergman avec un semblant d’allégresse « Vous serez bientôt l’un des nôtres, de quoi animer votre ferveur d’une bonne raison »


Jack s’impatienta d’entrer dans l’arène pour voir si la menace russe n’était pas un mythe.
Cassandra vit déambuler Radford dans le couloir principal de la Compagnie à Washington. L’inexpressivité de ce dernier parut la surprendre, comme si les rôles s’étaient inversés.
Newell éplucha la liste qui lui avait laissé Sorensen, puis la relia à celle de Brainer.
Caïn observa les éclairs dans les cieux et se pensa à l’inquisition l’attendant à son retour.



[18:58:25]


Les premières notes du déclin de la journée se faisaient sentir dans le ciel d’été, dont Sorensen remarqua qu’il semblait d’une clarté si opposée à celui de Kaboul – qu’il avait visité il y a un an pour soutenir les troupes au sol - qu’on croirait presque que Washington était la palette d’un grand tableau de Picasso.

- « Une version moderne de La guerre et la paix peut-être… », pensait-il à haute voix lorsqu’un homme en imperméable vert s’approcha, incertain d’avoir vu les lèvres de Sorensen se remuer
- « Désolé du retard, les préparatifs… »
- « Valajdopov a dit vrai ? »
- « Ce n’est pas la première fois que l’indic’ en question mouchardait, le FBI traînait déjà dans ses pattes, mais le juge Abraham le sortait à chaque fois de la boue, les bottes propres bien sûr »
- « Ne me dis pas… »
- « Il fait parti du Comité des affaires étrangères, David Kleinfeld »
- « Très porté sur les questions des ventes d’armes en Russie, je ne suis pas étonné qu’il avait accès aux mêmes informations que moi concernant les forages pétroliers après l’enquête Forman. On sait où il est ? »
- « On sait où il est », confirma-t-il d’une voix posé « J’ai même mes hommes qui surveillent l’entrée de sa résidence. Sans femme ni enfant, et la bonne est allée promener le clebard »
- « Mais ? », en montrant une pointe d’embarras à cause de l’embonpoint de son contact, de peur qu’il attire l’attention.
- « Mais en ces temps-çi…avec l’assemblée… »
- « Je peux remuer le couteau dans la plaie autant qu’il me plaira, je suis à la tête de l’OIS ne l’oublie pas, c’est mon métier d’ajuster la perception de l’opinion public. Même si l’excédant de gras de Kleinfeld nécessite cinquante poubelles, ça ne fera pas plus de bruit qu’un mouette criant en mer un jour de tempêtes »
- « Les mouettes sortent les jours de tempêtes ? », parfaitement intéressé par la question
- « Tu peux donner le feu vert à tes gars »
- « Tu parles en ton nom ou celui de tes confrères ? Je sais que les services secrets russes apprécieront ta démarche au pas de course mais tu vas un peu vite en besogne non ? »
- « Pas aujourd’hui, rien ne va trop vite. Et c’est pour nos intérêts, et ceux de Hendersen que je collabore avec eux. Si tu crois que les russes ont un plus large bénéfice que nous dans notre alliance, tu te laisses prendre au jeu des apparences »
- « Je sais qu’en contrepartie, on gagne un gros pourcentage en matière brutes, même si les nouvelles terres ne sont pas aussi fertiles qu’avec Kingsley »
- « C’est ce que je disais, tu te laisses prendre au jeu des apparences. Et c’est bon signe », confia Sorensen en rentrant à l’intérieur du palais « Je veux que l’informateur soit mort dans la minute. Si tu veux la paix, prépare la guerre »

Laissant derrière lui le teint radieux de la toile pour s’aventurer dans les couloirs caverneux et déployés du Capitole, Sorensen convertit son visage en un sourire si luisant que son visage paraissait avoir été graissé avant d’entrer sur scène, huilé comme une bonne mécanique qui tournait pile à l’heure, sans une minute de retard.





[18:59:57]
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[19 :00]

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 Message Posté le: Mar 27 Jan 2009 - 1:45    Sujet du message:
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Des réac. Un jour. Peut-être. Laughing

Bref c'est pour signaler pour ceux que ça intéresse que j'ai écris le tiers de l'épisode 8 aujourd'hui et le reste devrait se faire dans la semaine si j'ai pas de contretemps, mais je promets rien car pas mal de boulot ce week-end en perspective.

A noter la présence de 3 guests dans la seconde partie, et quelques autres devraient suivre dans les épisodes aboutissant la partie Le Procès.

J'ai pas vraiment écrit ces dernières semaines car j'ai pas mal travaillé sur l'architecture globale des quatre saisons, comment elles vont s'articuler puis comment vont s'achever les trames de Sombres Soleils, ce que je vais garder pour le bouquin ou pas, sachant qu'ici je m'efforce de placer une peu plus d'action et de références à 24, surtout en cette ultime saison qui fermera définitivement le chapitre Jack Bauer, et c'est pas sans intérêt vis à vis du reste de la série Wink
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 Message Posté le: Mer 28 Jan 2009 - 18:17    Sujet du message:
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J'admire le travail que tu fais. Mais malheureusement avec les éudes je viens que deux a trois fois par semaine et j'ai plus le temps de lire des fics. Je te promet que si un jour j'ai le temps je m'y remettrai.
A+++
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 Message Posté le: Lun 02 Mar 2009 - 4:47    Sujet du message:
Répondre en citant

Retard de plus d'un mois pour finir les dix dernières minutes de l'épisode 8, m'enfin je sais pas si on est à quelques semaines près maintenant Laughing

Beaucoup de taf ces derniers temps et je voulais pas trop m'empresser sur la fin. Du coup j'en suis assez satisfait, et comme je le souhaitais, l'intensité monte en flèche depuis l'épisode 7, pas mal de tension avec l'attaque qui se prépare, et quelques révélations sur le grill... Smile

J'ai juste fait l'impasse sur la relecture comme je pense pas pouvoir jeter un oeil à l'épisode avant plusieurs jours, donc j'ai préféré publier directement. Je me chargerais de corriger les derniers défauts en fin de semaine, et je ferais par la même occasion une mise à jour pour les liens d'épisodes à télécharger en première page.

Avec les résumés de la saison 1 et 2 que j'ai écris (topic de l'opération Aurore Boréale), plus aucune raison de pas aller jusqu'au bout de l'aventure hein Twisted Evil

Quoiqu'il en soit, bon épisode à tous Wink



Précédemment dans la fan-fiction de Mr. Jack :

La CIA ne manqua pas de négliger les dernières prévisions concernant l’offensive russe par sous-marins prévue pour 20h, et envoya seul au front Jack Bauer, mené à rencontrer un contact slave de Yanaka, dont le projet était d’infiltrer l’agent fédéral dans une base souterraine de l’agence afin d’y subtiliser des documents avant sa destruction.

Attendant le retrait des troupes, Hendersen révéla à Caïn ce qui avait poussé les actionnaires de la Coalition aux rangs les plus élevés du gouvernement, avant de le conduire à la raison de sa présence en Afghanistan : Frank Bergman. Ce dernier, présent au procès de Jack après Crépuscule avait pour objectif de faire tomber Radford et l’unité Delta sans que les preuves ne retombent sur l’ancien directeur de la DIA.

Pour honorer son marché, Sorensen demanda à Newell d’arranger les derniers chiffres sur les forages russes pour connaitre l’identité de l’indicateur, plutôt que de s’en référer aux membres de l’OIS qu’il dirigeait. Après recherche, il ordonna l’élimination de David Kleinfeld, proche du Sénat. Pour Brainer, qui s’était assuré du lien du donateur avec la Coalition, c’était l’occasion de dévoiler publiquement les faux résultats pour que sa réaction en fasse un coupable aux yeux du Moyen-Orient.



Episode 8 : ( 19h00 - 20h00 )

Ces événements se déroulent le jour de l'opération Sombres Soleils, entre 19h et 20h, heure de Washington DC.



Du désintérêt à la fascination, il n’y avait qu’un pas, aussi proche que celui entre la logique et l’absurdité d’une opération qui ne se montait pas vraiment dans les règles de l’art, mais plutôt dans une contretechnique où la CIA envoyait grossièrement une infiltration au sein d’un réseau russe et où les russes ne cherchaient même pas à déjouer la surveillance en menant naturellement l’agent américain jusqu’au point de rencontre.

L’avancée opératoire d’un trader si épais - à l’image de son menton robuste - qu’il remplissait presque trop sa veste de costume Armani taille XL fut si rapide que même les clients les plus curieux de l’établissement bancaire ne parvinrent à le dévisager lorsqu’il passa sous les écrits cyrilliques gris indiquant Банк федеральный русский, banque fédérale russe.

- « Je vous ai appelé pour une opposition il y a quinze minutes, je suis venu en urgence », signala-t-il au caissier chauve d’une maigreur extrême
- « A quel nom ? »
- « M. Fedorov »
- « Oui…je vois », consultant ses registres « Les comptes n’ont pas bougé, mais quelqu’un est passé il y a un instant au sujet d’un des coffres qui pourrait être le vôtre. Il s’agissait du…124-G2. Il n’a rien pris, mais nous pouvons aller voir que tout est en place »
- « Je vous en remercie »

La femme au manteau de fourrure derrière abandonna son jugement hâtif lorsqu’elle l’avait vu dépasser la file, en compatissant à cette situation qu’elle connaissait, puis le regarda s’éloigner avec le banquier dans une des réserves située au sous-sol sous haute protection.
Après avoir inscrit le code pour pénétrer à l’intérieur du sas blindé, l’expert en finance désactiva le micro relié à la caméra à l’angle des deux rangés de coffres, puis ouvrit l’un deux avec sa clé pour faire croire une conversation strictement professionnelle.

- « Yanaka a été embarqué », indiqua l’homme du haut de ses deux mètres dans sa langue natale « Tout se poursuit dans la plus grande indiscrétion »
- « L’indécence de la CIA témoigne de leur goût pour ces vieux arbres morts dont chaque branche est vouée à se rompre après les avoir pliées dans tous les sens »
- « On ne prend pas les devants ? »
- « Il faut partir du postulat le plus dommageable, que Yanaka leur a tout dit, y compris pourquoi nous voulons Bauer »
- « Pourquoi maintenir le plan dans ce cas ? »
- « Ils sont conscients que nous connaissons la situation nous aussi, ce qui signifie que Bauer est envoyé là bas pour court-circuiter l’infiltration à la base. Nous n’avons pas de temps à perdre en semant les fédéraux, de toute façon il doit être sur micro et enverront une équipe d’intervention barricader les fondations »
- « Qu’est-ce je dis au coupe-circuit ? »
- « La CIA ne nous prendra pas au sérieux tant qu’ils ne verront pas de trace de sous-marins dans les eaux, et je reste encore sceptique quant aux motivations de Bergman pour réduire en cendres sa cour de récréation. Il faudra s’occuper de Kissinger que lorsque Bauer sera sur place »
- « Et pour l’extraction ? »
- « Tout dépend de la mise à feu. La Compagnie sera plus soucieuse de chercher une réaction à la menace que de garder secret leurs liasses de documents »
- « Le lancement des missiles est toujours prévu pour 20h ? »

Le banquier leva la tête en direction de la caméra puis raccompagna l’homme vers la sortie, ne se laissant pas intimider par la différence de corpulence.

- « Escortez-le », à un agent de la sécurité

Désormais hors de sa vue, il saisit son téléphone mobile et referma le casier pour ne pas éveiller l’attention de la direction.

- « Kosgogvin à l’appareil », annonça-t-il en russe « Il est arrivé ? »
- « A l’instant. On étudie la liste des passagers, la DEA sera sur le coup à cause d’un ancien trafiquant. Hormis ce détail, il n’y a pas de braises dans la cheminée »
- « Fais-moi savoir quand ils seront là », au sujet des fédéraux « L’infiltration ne doit pas échouer, le laps de temps est bien trop court »

L’interlocuteur distribua le jeu de carte après avoir raccroché. Il était réuni avec deux camarades autour d’une table ronde dans l’éclairage faible d’une remise qu’on aurait trouvé parfaite pour une scène de torture d’un film de série B, à l’intérieur d’un hangar entouré de grillages pour délimiter la zone portuaire à accès privée.

Deux hommes postés à l’entrée, tous deux en veste en cuir noire comme deux jumeaux parfaits ouvrirent la grille pour laisser entrer la limousine, traversant une ligne droite bitumée qui débouchait sur quelques bateaux et un hors-bord face à l’immense porte métallique qui permettait d’entrevoir plusieurs containers stockés dans l’entrepôt.


[19:07:29]


L’unité recomposée de Radford prenait ses aises dans le département déserté de cryptologie depuis que la NSA avait établi une faille dans l’organigramme de l’agence suite au départ en retraite d’un officier qui ralentissait les recherches en modifiant les codes à décrypter, sans explication concrète ce qui allait le conduire à passer devant la Cour Suprême le mois suivant.

- « Ils vont forcément fouiller Jack, je vois mal comment resserrer votre laisse »
- « On le sait depuis le départ, les russes auraient même trouvé anormal qu’il ne porte pas de micro », précisa Carrell à Matters, se sentant comme une puce dans une boite d’allumette dans les locaux de la CIA « A partir de là, ils vont penser qu’on aura plus aucun repère pour le suivre à la trace. C’est pourquoi on est train de rendre cohérent la couverture de deux de nos hommes, qui monteront à bord du paquebot dans la demi-heure »
- « Perspicace et ponctuel en même temps… »
- « Pour l’instant, rien ne confirme la présence de sous-marins hostiles, les russes pourraient tout autant faire de la désinformation pour qu’on détourne notre regard de Jack »
- « C’est une conception que vous n’avez pas suivi, fruit de l’amour entre Bergman et les japonais », ironisa Matters en voyant Yanaka à quelques pas « Même en étendant les recherches, ce sont des sous-marins nucléaire nouvelle génération quasi-indétectables »
- « Vous savez de quoi vous parlez… »
- « Un ancien FBI avait entamé des recherches dessus, mais ça n’avait aboutit à rien »
- « Danny Caïn, nous consultons ses rapports, en effet rien de remarquable. Mais une filiale de la Défense, Axis Cap, spécialisée dans les sous-marins vient de rédiger un argumentaire peu avant la disparition d’un de leurs employés, Jin Seong. Ce nom évoque quelque chose?»


- « La CIA brouille les pistes, je prends pas de risque, Carrell me surveille de près », murmura Radford pour que ses mots ne soient pas portés jusqu’à l’agent en charge au bureau d’en face
- « Et je ne lui reprocherais pas sa méfiance. Puis de toute façon, je dois assister Jack, on pourrait m’envoyer sur le terrain. Je croyais que c’était ton domaine de prédilection, la persuasion ? »
- « Dire que ça l’est ne ferait que contredire cette idée »
- « Alors pourquoi chercher à te justifier de la crise de Minsk, et à rationaliser l’existence de ces prisons, ce qui, autant que je sache, ne devrait pas être désapprouvé par la CIA »
- « Après Minsk, les retombés politiques des prisons fédérales ont affectées le camp républicain, particulièrement Larry Edwige »
- « C’était un des soutiens de… »
- « J’aimerais vous arranger un entretien. De quoi respirer les bonnes odeurs de Pandore »
- « Même Martins ne te donnera pas son autorisation »
- « Il n’en saura rien. Ce n’est qu’un simple détour avant de retrouver Jack »
- « Ca t’arrange n’est-ce pas ? Ta demande de grâce sera revue à la hausse et Martins aura de quoi se rendre intéressant aux yeux de ses supérieurs »
- « A moins que tu ne cherches à me faire plonger, - et j’encaisserais mal une telle trahison pour être franc -, tu aurais aussi un intérêt à te pencher sur ce fascinant dossier »
- « Et pour Jack ? »
- « La CIA nie, mais ils savent tous pour la base, hormis peut-être Carrell. Ils vont laisser Jack l’infiltrer avant de mettre la main sur les informations qui intéressent les russes, et tout brûler j’imagine »
- « Les informations ou la base ? »

L’ancien directeur des opérations étrangères ignora la remarque de Cassandra, tout cela lui apparaissait comme une évidence : il était question de trouver le plus court chemin pour éviter d’être disposé aléatoirement sur une autre case de l’échiquier de la Compagnie, en l’occurrence, trouver un recours aux écoutes qu’on préparait par l’intermédiaire de Jack.


Renonçant à valider son brelan, le joueur de carte posa la paire de sept lorsqu’on annonça que l’invité de luxe avait été passé au détecteur. La fine nervure de sang – à l’occasion de la puce placée en urgence pour pouvoir le localiser - s’intégrait difficilement au tatouage du bras de Jack, au moins rassuré de ne plus devoir s’inquiéter à l’idée qu’il pouvait être démasqué dans cette infiltration, si on pouvait encore appeler cela ainsi, à l’opposé des conventions.

- « Ce doit être difficile de se lever chaque matin en redécouvrant les séquelles de votre infiltration chez les Salazar. Ce rôle vous colle à la peau n’est-ce pas ? », demanda le russophone, qui avait totalement perdu son accent
- « Qu’est-ce que vous attendez de moi ? »
- « Allons faire quelques pas… »

L’homme, qui répondait au nom de Serpico pour éviter d’être assimilé à toute origine soviétique emmena Jack à l’extérieur du hangar, sur la chaussée qui se nourrissait des derniers rayons intenses de soleil. L’ancien Delta ne manqua pas d’identifier tout indice pouvant préciser l’origine du clan, ne parvenant à s’assurer si Serpico était russe ou non. Quelques cageots de fruits, une motocyclette qui tournait depuis son arrivé, une dizaine de gardes armés, dont trois ouvertement, un deal de marijuana de petite quantité...

- « Yanaka m’a facilité la tâche, je ne vais pas vous le répéter. Pour le reste, vous suivrez nos indications avec un nouvel émetteur… », en prenant celui inséré dans l’oreille de Jack
- « Qu’est-ce qui vous garantit de ma fiabilité, que je ne vais pas tout faire pour aider la CIA »
- « Qu’est-ce qui vous garantit de sortir de là bas vivant ? »

Serpico remarqua tout de suite que Jack songeait à lui subtiliser son Glock serré entre la ceinture et sa chemise bleu ouvrier.

- « Je vous épargnerais les choix fatalistes pour le moment, je n’ai pas besoin que vous fassiez vos preuves »
- « Si je ne coopère pas ? »
- « Le problème avec les hommes de votre veine, et je suis peut-être de ceux là au fond, c’est qu’on doute de tout, composante vitale d’une vie pleine de déception. Et on se sait entouré de gens prêts à trahir, sans pouvoir désigner fermement le traître du doigt, par crainte de perdre les quelques ébauches de relations qu’il nous reste »

Jack se racla la gorge en baissant un court moment la tête pour que ce signe de faiblesse ne soit pas perçu, puis s’apprêta à attraper Serpico au cou avant que celui-ci n’anticipe le mouvement. Il lui saisit le poignet et lui balaya les mollets pour le faire chuter, un geste qui était si familier à Bauer qu’il ne pensait plus devoir le subir un jour.

- « Ce n’est pas une menace, encore moins un signe de rancune ", précisa l'individu non-identifié " Considérez cela comme un avertissement amical. La CIA est aussi blanche que de la poudre diluée dans de la boue colombienne, et finit toujours par contaminer d’une manière ou d’une autre ses employés »

Martins voyait son peu d’espoir partir en fumée dès lors que Serpico n’avait pas fait mention de l’attaque ni même de la cible. Il chercha à se rassurer en se disant que l’identification du suspect donnerait une piste valable, alors qu’un analyste avait passé sa photo au scanner, prise par un touriste en costume devant la grille, mais le résultat ne livra aucun lien avec l’Ours slave, bien que Serpico en avait la carrure et le ventre sous sa barbe noire.

- « Ces foutus islamistes avaient raison, des mesures aussi fantômes que ces sous-marins soi disant indétectables… », à lui-même « Faites cracher Yanaka, et autre chose que de la bave »



[19:16:44]


Braxton attira les foudres du procureur général concernant la libération provisoire de Masri. Radford semblait justement impatient d’entrer en contact avec lui.
Serpico laissa une arme sur l’emballage plastique du costume sortant tout juste du pressing pour Jack, ainsi que le billet de réservation pour la soirée sur le paquebot.
Un afghan prévint Bergman de la présence de soldats américains à quelques kilomètres.



[19:20:18]


L’emir déambulait les marches sans fin de l’entrée de son palais qui n’étaient pas sans évoquer le hall dantesque de Tony Montana dans Scarface, les ornements orientaux en moins. Le voile noir qui entourait son visage cachait une barbe qu’il n’entretenait plus depuis qu’il s’était assis sur le trône appartenant autrefois à Nazr, et que le fils d’un de ses vieux amis qui l’accompagnait, proche du Cheikh et entrepreneur d’une dizaine de mosquées à Abou Dabi et Charjah ne cessait de jalouser.

- « Oui, Brainer a appelé en personne, alors qu’il cherche à contenir le Sénat à propos des actions en Afghanistan »
- « Ce que vous considériez comme un témoignage de loyauté n’était encore une fois qu’une autre marque d’intérêt dissimulée. Il n’est en rien différent des assassins du prince Nazr », vanta le jeune émirien, convaincu que l’Occident tenait à imposer sa désinformation
- « Il risque gros si nous creusons dans les fondations que ses pairs ont construit »
- « Bien sûr, et il aurait obtenu sans moyen de pression les confessions de ce français…Nivers », en cherchant son nom « Il renforce la crédibilité de Brainer à vouloir démanteler le consortium Idéon, mais étrangement, chacun de leur avancée ont été des marches à reculons »
- « Je soutiens ta méfiance Mokdhar, mais une chose déstabilise toute ta théorie : Brainer m’a assuré qu’une mission humanitaire oeuvrait tout autour du Golfe persique, disséminée en plusieurs organisations mineures soutenant une campagne pour la paix »
- « La Croix-Rouge avec un gros fournisseur d’armes indépendant en prime »
- « Ne crois pas si bien dire, après vérification, il pourrait bien s’agir d’une couverture. Et Nate Sorensen détient quelques actions majoritaires dessus, relayées à un compte offshore qui le rend intraçable »
- « Comment Brainer aurait su ? »
- « Il sait que le compte en banque sénatorial y est connecté, la prudence prend du temps tu sais. Comme je l’ai dit, il risque gros rien qu’en ne laissant apparaître qu’une ride creuse sous le voile noir dressé par le Congrès »
- « Ou peut-être qu’il ne risque rien »
Les mains jointes derrière le dos, Serpico s’aventurait jusqu’au bord instable du quai en bois, laissant apparaître l’horizon vertigineux d’une eau dissipée par quelques rafales de vent. Jack, tenant une légère longueur de retard ne cessait de s’agiter sur les probabilités qui feraient de ces fondations souterraines un cercueil emporté par le rivage après 20h.

- « Vous espérez réellement que je me jette dans la gueule du loup ? »
- « A dire vrai, vous y êtes déjà Jack. Vous êtes un bon soldat, je sais que vous irez jusqu’au bout, et cela, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la CIA vous tient en joue, c’est une meute de loup qui s’apprête à vous envoyer devant la Cour Suprême, et vous ne répondrez pas seulement des accusations à l’encontre de Radford, mais aussi de vos opérations du passé. Vous cherchez donc un contrepoids par ces informations que nous recherchons, ce qui m’amène au second point, et ce qui vous rassure dans la mesure où cela fait sortir ce qu’il reste d’humain en vous je suppose : découvrir la vérité, ce qui s’approche plus ou moins d’un sentiment de liberté que vous cherchez à conquérir. Enfin, dans l’hypothèse où tout cela est bien réel, aller là bas est votre unique chance pour empêcher que la base soit anéantie par les missiles des sous-marins »
- « Vous vous méprenez, je ne suis pas un de ces surhommes. Si j’ai bien saisi, vous tenez à ce que je vous livre les informations avant de m’extraire. J’en déduis deux options : soit les missiles rasent la base, moi avec, et je ne vois aucun moyen de l’empêcher, soit vos sous-marins sont un motif pour presser la CIA en m’envoyant là bas sans passer par les recours habituels, et il n’y aurait aucune mise à feu de prévue. La conclusion de cette histoire me laisse penser que c’est relié d’une manière ou d’une autre à l’Afghanistan, sachant que Bergman a officialisé l’achat des navires, et qu’il pourrait s’agir de désinformation pour couvrir la dépense de missiles sol-air, correspondant aux premiers tests effectués aujourd’hui, midi. Le seul risque encouru est que je garde ces informations qui vous sont si précieuses pour moi, pour vous faire chanter, vous et la CIA, c’est-à-dire d’empêcher le procès, et les agissements de Bergman. Vous n’auriez jamais lancé l’opération sans avoir réfléchi à cette question n’est-ce pas ? »
- « Vous savez renifler où il faut. Laissez-moi vous éclairer : croyez-vous sincèrement que la CIA n’est déterminée que par l’unique motivation de vous balancer un procès dans la gueule et de faire payer les pots cassés à Radford ? Quelqu’un vous veut au centre de l’affaire, vous et personne d’autre. Pour ce qui est de sortir de la base avec une égratignure, une plaie infectée ou des yeux crevés, c’est à vous de jouer »
- « Le timing est plutôt serré », concéda Jack, remarquant que la motocyclette s’était arrêtée
- « Un record vous laissera entre les mains de la postérité, peut-être même dans une archive poussiéreuse de la Compagnie. Etre à court de temps n’est pas une si mauvaise chose »
- « Dans moins d’une heure, des agents seront déployés au sol, et les Marines encercleront votre base »
- « Retour à l’expéditeur, et la CIA n’aura même pas besoin de vous tirer les vers du nez. Le pire, c’est qu’ils feront tout pour garder cette histoire secrète, vos aveux en feront son enterrement. Mais pas plus que vous n’êtes un surhomme, vous n’êtes animé par l’idéal de rétablir la vérité. Votre espoir vous a fait muer en un homme plus préoccupé par la quête de sa vérité que celle de justice. J’aime, vraiment », sans savoir s’il était sérieux ou pas « Ca change de ces patriotes héroïsés à outrance. L’égoïsme, pur instinct de conservation de sa liberté »

Le russophone expliqua ensuite que Jack sera escorté jusqu’au parking du port de Bayshore, et que le paquebot sera acosté juste devant. Une fois à bord, il lui donnera les consignes à suivre, en ayant bien en tête la première règle avant de commencer quoi que ce soit : tout témoin suspect sur le bateau doit être impérativement éliminé, la prudence étant souvent, aux yeux de Serpico, plus souvent un gain qu’une perte de temps.

Un éclair à peine perceptible informa Caïn de la position du satellite le plus proche dans les entrailles de la voûte céleste, après s’être demandé comment Hendersen pouvait communiquer en réseau avec l’autre continent, et si la liaison était tracée par la NSA.

- « Le témoin est bien au chaud », confirma-t-on à Bergman par téléphone, préoccupé par les troupes en approche, enfermé seul dans une chambre tapissée de paille
- « C’est l’effet des espaces confinés sans doute, j’en fais l’expérience », essuyant sa sueur
- « On la surveille depuis la rue d’en face. Pas un miaulement de chat viendrait recouvrir les écoutes téléphoniques »
- « Les autres membres de la Coalition restent inquiets. Radford va tenter une contre-offensive dès qu’il aura sa grâce. Et j’en connais un autre qui pourrait rejoindre la danse des canards »

Derrière la porte, Hendersen arrêta de pianoter ses touches lorsque Caïn pénétra à l’intérieur pour l’avertir qu’un raid aérien allait bientôt survoler la zone.

- « On est à l’abri du danger, tout le monde à la Coalition a couvert ses arrières. Je viens de débusquer la balance des russes, un certain Kleinfeld, du Sénat, et le lien avec son employeur sera bientôt mis sous les projecteurs »
- « Cela n’effacera pas la rancœur des russes. Le temps des affaires communes est révolu, ils vont se joindre à la danse, tout peut tomber en pièces »
- « Quand ils ont proposé de se servir de vous et de Radford comme informateurs sur la politique américaine, il suffisait d’un coup pour l’échec et mat. Seulement nous gardions les choses sous contrôle, parce que j’avais toujours le nez plongé dans leurs affaires, bien plus profondément que cette soi-disante taupe agissant au sein de notre groupe »
- « Les faits sont là Nate, quelqu’un s’enrichit sur le dos de la Coalition ! Et si Kleinfeld a été éliminé, je vois mal comment remonter la pis… »


La phrase prononcée de manière très calme et articulée fut annihilée sous le grondement du choc d’obus que personne, ni même Caïn devant l’entrée, n’avait pu anticiper. Un groupe de militaires se déploya dans tout le village puis cerna chaque demeure malgré les paysans qui effectuaient leurs rondes chaque quart d’heure.

Intuitivement, celui qui pressait à distance les commandes de la CIA pensa à se servir de la trappe sous le tapis du salon qui supportait le poids d’Hendersen. Ses prévisions n’étaient plus ce qu’elles étaient, pensa-t-il, persuadé que les troupes avaient rebroussé chemin, en s’abritant ensuite pour ne pas subir les tirs de l’US Army qui investissait la battisse.

- « Face contre terre ! Tout de suite ! », força le lieutenant avec sa voix autoritaire en éblouissant les occupants, sans laisser le temps à Bergman de s’échapper par la cavité au sol

Un soldat sentit une pointe d’embarras lorsque Caïn fut placé aux arrêts, tandis que les deux autres se montraient plus fermes à le plaquer sur le carré de mauvaises herbes.

- « Inutile de me traiter comme l’un des leurs, c’est moi qui vous a signalé notre position ! »


Les serveurs des cellules anti-terroristes de la côte Est furent presque saturés de mémos provenant du FBI, labellés d’une priorité de niveau trois avec quelques clichés qu’un analyste ne manqua pas de faxer au bureau de Newell.
Le directeur attrapa le papier encore collant et passa en revue la scène sous ses différentes prises de vue : un cadavre assassiné de sang froid d’une balle en pleine tête et de trois autres au niveau de l’abdomen gisait sur le lit étroit d’une rivière débouchant depuis une sortie de canalisation en pierre. Le corps avait dérivé de quelques mètres pour se déposer sur le lit en forme de V presque desséché, sous les embranchements de l’autoroute cinquante mètres plus haut, le costume taché de sang. Le mémo comportait une annotation indiquant qu’il s’agirait d’un membre du Comité des affaires étrangères qui ne lui était pourtant pas si étranger.


[19:31:15]


Cassandra quittait les locaux de la CIA pour rejoindre le port de Bayshore.
Serpico consulta sa montre, en indiquant à Jack qu’il était l’heure de partir.
Newell contactait une de ses sources au Post afin d’attendre avant d’ébruiter le meurtre.
Caïn embarquait à bord d’un hélicoptère, les mains liées, côte à côte avec Bergman.



[19:35:57]


- « Vous avez raison sur toute la ligne Richard, ou presque, si je peux me permettre, car il réside une fine limite imperceptible entre un agent retourné et un pion manipulé, bien que les deux s’entrechoquent »
- « Masri sait peut-être tout du plan des russes et alors ? », concéda le DD-O « On peut aussi supposer que sa famille a été menacée pour nous faire croire qu’il agissait sous la contrainte, dans quel cas vous feriez vite de considérer l’étendue de son savoir. Qu’est-ce qui vous laisse penser qu’il agit par conviction ou opinion politique? »
- « Le doute n’est pas plus levé que le rideau, peu importe l’influence de sa position, les russes pourraient bien le jeter aux oubliettes maintenant que nous avons quelques suspicions. Cela signifie que s’il n’y passe pas, il a encore un rôle à jouer dans la pièce »
- « Où voulez-vous en venir ? »
- « Notre indécision ne fait que les délivrer de quelques secondes, autant de temps que Bauer finira par perdre, et nous aussi. Même dans le pire des cas - et je crois que nous y résidons -, les russes savaient que Masri déchaînerait les passions, nous poussant à le passer au crible pendant des mois d’interrogatoires », dépita l’as du contre-espionnage, un scotch en main
- « Une bombe à retardement hein, destiné à pousser Bauer dans ce caniveau. Si je saisis bien, Masri ne serait pas une perte si tragique que ça. Et bien que cela ne nous aidera pas plus à déterminer ses réelles intentions, nous passerons enfin à autre chose »
- « Ce serait bien pour tout le monde je crois »
- « La CIA ne pose pas des contrats sur la tête d’un agent triple ciblé avec une incertitude délirante. Ce sont les gens comme vous qui diffusent l’image manichéenne de notre agence »
- « Juste un détail, qui peut avoir son grain de fécondité délirante comme vous dites. Je crois savoir que Gabriel Radford a fait une demande de grâce. Et qu’il compte fortement sur Masri pour qu’elle soit signée par le président. Mes récentes découvertes appuient le lien entre vous et Lane, puisque vous agissiez sous ses ordres à l’époque, et que vous avez autorisé Masri à changer d’identité. Cela confirme également le lien avec le président. Et il se pourrait que Radford espère s’en servir pour pousser Charles Logan à lui accorder sa demande. Dans quel cas je suis au regret de vous informer que vous tomberez comme un pion si Masri ne tombe pas avant »
- « Vous êtes un fou Slattery. Si vous pensez réellement que nous céderons à ses exigences...»
- « Je suis peut-être fou, mais je suis encore dans la partie »


Le juge Abraham, auparavant en poste à la cour d’appel des Etats-Unis pour le cinquième circuit signa un préambule sur la nouvelle législation à propos des hydrocarbures au Texas, lorsqu’il reçu la visite d’un de ces golden boys au sourire parfait s’il n’avait pas eu les dents si jaunes. Déjà freiné par les requêtes pénibles de Braxton, le juge de la Cour Suprême tâcha de montrer discrètement son aria avant de lui serrer la main :

- « Mettez-vous à votre aise, les investisseurs sont devenus monnaie courante ici »
- « Une monnaie qui ne manque pas de financer l’appui de vos arrêts, ni les fonds alloués à l’Afghanistan… », enchérit l’homme au teint légèrement mat, assis sur la chaise face au juge
- « Je n’ai pas fait preuve de défiance lorsque l’OTAN a coulée au fond de l’eau à cause de son boulet administratif, même si je savais que le poids se déporterait sur les affaires de la Cour. Mais vous commencez à dépasser les bornes, nous ne sommes pas votre banque »
- « Tous les membres de l’OTAN accusés de corruption après Minsk ont été relaxés en se tournant aux côtés du Sénat grâce à vous. Je crois que les autres juges n’apprécieraient guère de voir que les autres investisseurs se sont chargés de les soudoyer pour qu’ils soutiennent les sénateurs en place, afin qu’en échange, on leur efface les frais de justice pour échapper à la sentence. Si jamais quelqu’un fait le rapprochement entre vous et nous…»
- « Pourquoi risquer de me faire tomber si Lane m’a mis en place ici ? »
- « Après le départ de Miranda Peters, il fallait que les mesures du Congrès continuent de prendre plus d’accréditation en obtenant les soutiens effectifs et médiatiques de ces ex-membres. Et même si la plupart ont profités de vacances prolongées, ils ont encore gardés de bons contacts avec les décisionnaires principaux de l’OTAN »
- « Après quoi vous leur avez versé des tuyaux contre quelques belles promesses de postes vacants si jamais l’OTAN était amenée à chuter définitivement. Votre groupe d’investisseurs s’est assuré de ne pas subir les frais de votre opération en discréditant les entités de jugement international, et ce, en guidant l’essentiel des requêtes au Congrès »
- « Certains cercueils sont exhumés en ce moment. L’enquête concernant les détournements de fonds au Congrès est remise sur le tapis. Le procureur ne veut pas laisser tomber les charges à propos du financement des tanks de Minsk, il reste convaincu que Lane est derrière tout ça malgré tous nos efforts pour retrancher le moindre secret dans vos armoires scellés »
- « Encore une estimation de l’OIS je suppose. Pas étonnant, vu que Sorensen calcule les tarifs mondiaux avec vous »
- « Tout ce que je demande, c’est faire preuve de discrétion. Ils finiront par se décourager, et pas un Représentant ne doutera des provenances suspectes des tirelires sénatoriales. Brainer a réagi exactement comme nous le voulions : en se chargeant d’accroître les effectifs à Kaboul, en concentrant les dépense de guerre contre la désinformation là bas, il a convaincu une bonne fois pour toute les plus sceptiques que les derniers capitaux injectés dans la caisse du Sénat ne servait qu’à l’Afghanistan, et pas à construire je ne sais combien de tanks à l’autre bout de l’Europe. Il a finit par discréditer cette histoire de désinformation au sein du Congrès, et tout ce que l’OIS souhaite, c’est que le procureur suive l’opinion générale par votre approbation »
- « En clair, un discours d’américain moyen : la guerre est bonne pour les affaires ? »
- « Et c’est le cas non ? »

La peau suintante dans son costume rayé trois pièces, l’homme à la botte du groupe d’Hendersen se dirigea vers la sortie en tournant le dos au juge.

- « Ne vous tuez pas au travail », poursuivit-il en quittant la pièce

Leonard Abraham jugea qu’il ne tarderait pas à devenir fou s’il restait une minute de plus à entendre le supplice que lui provoquait la pendule résonnant d’un mur à l’autre.


Le moteur de la Derbi 125 Terra ronronnait comme un chat qui appréciait le festin royal desservi par les poubelles d’une ruelle taciturne, jusqu’au moment où le pilote coupa le contact, à proximité de la cabine de balisage maritime. Il ajusta les plis du pantalon de son costume puis révéla une veste plus noire que la nuit, accordée à un nœud de papillon qui manquait un peu de symétrie précisément parce qu’il en avait horreur.

Il fit quelques pas le long de l’embarcadère, se mêlant progressivement à une foule de plus en plus envahissante, sous la ferveur mal dissimulée de personnes qui appréciaient l’excitation d’être conviée à une soirée où les invités étaient plus prestigieux les uns que les autres.

L’oreillette presque greffée recevait bien le signal lorsque Serpico lui délivra les premières indications. Il s’aventura alors sur le ponton où les réservations étaient vérifiées avant de monter à bord du paquebot.

- « Yorke, Michael »
- « Je peux voir votre invitation ? »

Il sortit la carte plastifié de sa veste que la blonde tape-à-l’oeil de l’accueil tamponna avant de lui souhaiter quelques formalités, puis s’engagea à traverser la passerelle en bois qui reliait la terre ferme au bateau de luxe. Le bout du couloir hâlé débouchait sur une réception garnie en apéritifs et déjà comblée de monde. On aurait dit un casino, -les machines à sous en moins – croisé à ces dîners mondains que l’agent fédéral n’avait jamais pu encaisser.

- « Enclenchez votre ceinture Jack, le voyage devrait être tumultueux », avisa le russophone
- « J’entre par la grande porte », dit-il en descendant les marches, dont l’image n’était pas sans rappeler cette scène dans Titanic, ce qui fit sourire la jeune fille passant devant lui
- « C’est le meilleur moyen pour voir si la CIA s’invite à la fête »
- « La fête ? »
- « Appréciez les étincelles quand elles éclateront dans le ciel, le spectacle est pour vous »


Slattery avait donc raison, se résigna Richard Braxton, tout le monde finissait par être convaincu. Il convint que libérer Masri pouvait dévoiler la poudre magique des russes sans pour autant anticiper le tour de magie, et qu’avec un peu d’acharnement, le juge finirait par céder à cette option aussi. Seule ombre au tableau, Radford allait sauter sur l’occasion pour harceler l’entremetteur en raison de ses contacts avec Lane, et ainsi alourdir la valeur de sa grâce. Les bruits qui commençaient à courir depuis le coup de fil de Radford à un ancien directeur de campagne survenaient à un timing parfait : on le laissait faire un bond en avant en le laissant s’intéresser au cas Larry Edwige. Malgré ce que cela pouvait coûter à la CIA, il s’éloignerait ainsi de son objectif initial : plutôt que de veiller à reconquérir sa liberté en restant loin des crocs de l’Agence et de Charles Logan, Radford sautait à pieds joints dans son entreprise de démolition pour finir ce que la Coalition avait entamée le jour de l’opération Crépuscule : couler la Compagnie par une campagne de mauvaises publicités intempestives pour ruiner sa réputation. Bien que le juge se montrait encore réticent à accorder la motion pour la liberté conditionnelle, le DD-O usa de tout son charme de persuasion en assurant que Bauer pouvait découvrir certaines relations compromettantes entre la CIA et le Département de la Justice, et que seul Masri pouvait être le témoin révélateur des inquiétudes du Kremlin.

- « Je veux l’assurance que Karamazov soit sauf ! », exigea le yakuza avant de résilier son contrat cyrillique pour y préférer les factures de la Vinaigrerie
- « Et moi donc… », fit mine de compatir Slattery d’un ton flottant « Avant cela, parlez-moi de la nature de vos relations avec M. Seong »

Yanaka commençait à se demander si le Successeur n’essayait pas son tour de passe-passe en bluffant sur le sort de Masri : même s’il restait en vie, cela n’allait en rien prouver sa sincérité, il pouvait tout autant s’agir de désinformation pour donner l’illusion qu’il n’avait aucune valeur, et donc qu’il en savait moins que ce que la CIA attendait de lui. En réalité, Slattery était conscient que le sort de Jack ne dépendait plus de son savoir. Il était déjà bien trop tard, la CIA s’était fait avoir à cette partie là, et ce jet de fumée qui avait fait gagné tant de temps aux acolytes de Valajdopov crédibilisait d’avantage l’hypothèse d’une attaque imminente.


[19 :47 :26]


Caïn apercevait au loin l’héliport de la base américaine à la bordure de Kaboul.
La CIA envoyait des détachements de l’US Navy le long de plusieurs secteurs côtiers.
Jack mémorisa les rondes des gardes pendant son inspection du Grand Hall.
Pendant que Yanaka subissait les questions de Slattery, Radford réétudiait de près l’affaire concernant Larry Edwige.



[19 :52 :01]


- « Les investisseurs tiennent à ce que l’état de la crise reste en première page, les manifestations consument une bonne partie de l’actualité »
- « On parle d’extorsions sur plusieurs actionnaires du Moyen-Orient et en Asie ! Ce qui signifie qu’on fait pression sur certaines institutions afin de donner une parfaite couverture à leurs organismes locaux »
- « D’après toi, si on remonte aux racines de ces comptes offshore, les opérations bancaires prouveront que les représentants de ces institutions reçoivent des fonds pour accréditer l’existence de faux mouvements d’aide internationaux ? Et tu voudrais que je leur crache au visage en révélant l’origine de ces fraudes ? », résuma le PDG du Washington Post en communication privée dans sa salle de réunion
- « En fait, la publication peut attendre. Mais il me faut ton soutien pour encourager les autres médias à diffuser les chiffres »
- « Du bouche à oreille hein. Ca finira en effusion de sang cette histoire, je ne la sens pas Mike. Et quelque chose me dit que tes relations à la Chambre jouent un rôle là dedans »
- « Ces mêmes relations qui ont soutenu l’argument que la mort de David Kleinfeld est liée à ces détournements de comptes. Le Sénat joue un jeu double à couteaux tirés »
- « Et la lame finira dans notre dos »
- « Regarde la huitième page que je t’ai faxé, la colonne de gauche »

Edward S. Cooper, qui était passé du statut de rédacteur en chef à celui de PDG depuis qu’on lui avait reversé une somme douteuse après la publication d’analyses scientifiques lui permettant de détenir la majorité des actions sans cligner des yeux ne manqua pas de suivre les directives de Newell, persuadé que ses connections au Congrès renvoyaient aux mêmes personnes qui l’avait soutenu pour sa promotion.

La page numérotée du chiffre huit indiquait plusieurs transactions codées dont l’essentiel était néanmoins intelligible : D. Kl. XXX-677-7XX-XXX ; part 4/8 ; 1 million mensuel, activité XX-XX armement russe compte 828DK, verse. NS Caïmans, trésorier Souchnik Nikolaï.

- « NS, comme Nate Sorensen ? »
- « Le trésorier a les mêmes initiales. Celui qui a effectué les virements cherchait à couvrir ses traces. Mais ce n’est pas là que je voulais en venir. C’est plutôt évident que Kleinfeld était un informateur, d’autres signes convergent vers ce constat »
- « Je suis curieux de savoir d’où tu tiens tout cela. Certainement pas de l’ambassade russe, et personne au Sénat ne se serait mouillé là dedans, leur réputation est en jeu…»
- « Le Congrès est impliqué avec le complexe militaro-industriel russe, dont les chiffres des exportations de ces mêmes pays du Moyen-Orient ne cessent d’augmenter »
- « Et faisant part de tes chiffres, on pourrait faire l’inventaire des transferts d’argent sous la veste au Moyen-Orient, et les Emirats se montreraient reconnaissants si on parvient à identifier ceux qui reçoivent des pots-de-vin parmi leurs institutions. En même temps, de quoi remonter à la source du meurtre de Kleinfeld ! »
- « Si NS signifie bien Sorensen, ça implique que quelqu’un cherche à le mettre à découvert, et c’est lui qui sentira la lame sous sa gorge »
- « Je m’en passerais bien depuis le temps qu’il me pince les couilles…seulement les investisseurs du Post m’enverraient à la pendaison sur la place publique »
- « Tout ce que je te demande, c’est du bouche à oreille, l’information se propagera d’elle-même. Sorensen finance ces prétendues œuvres humanitaires, c’est irréfutable »
- « J’y vois plus clair…ta source ne peut venir que d’un Emir là bas, qui tenait à faire tomber des têtes, les corrompus aux sommets des institutions dans son pays pour mieux les diriger »
- « La tête de Sorensen devrait traverser tout Pennsylvania Avenue si on révèle ces infos… »

Cooper décida de ne plus éluder d’avantage le dossier lorsqu’il constata que les bénéficiaires des quelques millions reversés par Sorensen étaient investis dans le marché d’arme russe, dont Kleinfeld, et qu’on cherchait à en couvrir les véritables dépenses. Etant donné que la demande de couvrir les véritables chiffres venait des russes eux-mêmes – en échange du nom de l’indic’ que souhaitait Sorensen -, cela voulait dire qu’ils cherchaient à le mettre à découvert avec ces faux résultats.

Les informations que Nazr avait fait parvenir à Brainer provenaient également du Kremlin, ce qui laissait supposer qu’en les rendant publiques, les russes s’exposeraient aussi, ainsi que leur marché avec le Congrès. Ils semblaient donc se poser en spectateur devant la chute de Sorensen grâce à la rébellion de Brainer et Newell, en comptant par-dessus tout sur le marché économique et énergétique du Moyen-Orient en mettant un terme à l’assise d’Idéon.


De retour à Kaboul pour éviter que des dizaines d’hélicoptères du chef d’Etat major ne bourdonnent au-dessus du camp, Caïn et Bergman furent escortés depuis la cour d’une mosquée sécurisée jusqu’à l’intérieur de l’édifice religieux. L’armée produisait régulièrement certains déplacements forcés des habitants de quartiers sous contrôle pour les regrouper dans une demi-douzaine de centre de culte pour améliorer la surveillance et d’avantage filtrer les opposants à l’invasion.

- « Et le 3ème homme ? », imposa agressivement le colonel lorsque Caïn entra dans la mosquée
- « Aucune trace Monsieur. Il s’agissait sans doute d’un chef taliban »
- « Mettez-le à côté », ordonna-t-il au sujet de Bergman, qui admirait l’épaule à l’aigle argenté

Le lieutenant-colonel – conscient qu’il avait perdu son grade depuis son ordre de bombarder une zone déserte – afficha un air neutre envers son supérieur, montrant qu’il n’était pas enclin à la résistance et qu’il avait une explication rationnelle à ses agissements.

- « Un chef taliban hein… », d’une voix nasillarde contre tout stéréotype « J’ai toujours su que vous étiez un sympathisant dans l’âme. Le prestige que vous a assuré Brainer vous a sauvé de vos opinions désastreuses et idéalistes »
- « Je vous ai contacté de mon propre gré ! Et sauf votre respect, au lieu de se farcir les rites sorciers du mollah, on a enfin rattrapé Frank Bergman ! »
- « Je vois, ce succès est censé vous blanchir de toute accusation ? Ce qui est paradoxal, c’est que l’intervention nous a peut-être permis d’avoir Bergman, mais pas l’homme qui se cachait depuis plusieurs jours dans ce village. Une porte de sortie, en réclamant les honneurs pour avoir attrapé une belle pièce, néanmoins pas celle que nous désirions… »
- « Je ne pouvais parvenir à Bergman que de cette façon, c’est le contre-pied de mon idéal d’attirer le mollah par ses institutions. Je savais que je m’exposerais, et j’assumerais mes responsabilités. Le jeu en valait la chandelle, du moins j’ose le croire »
- « C’était donc une tentative désespéré. Les bombardements ont mis un terme à votre entreprise faussement stratégique, en somme, sans l’aval du Congrès. Et je persiste aussi à croire que le jeu en valait la chandelle, s’il est question de nous foudroyer de cette vérité si clair que vous êtes de leur côté »
- « Leur côté ? Colonel, je crois qu’on s’est mal compris : même le Congrès serait prêt à me dresser un dîner aux chandelles avec les informations que je peux leur transmettre »
- « Elles devront d’abord passer par moi »
- « Ce n’est pas une négociation, les enjeux sont trop gros pour faire du bouches à oreilles. Et Brainer devrait se montrer favorable à mettre en place un petit comité »
- « Caïn, je crois qu’on s’est mal compris : Brainer ne sera jamais tenu au courant de votre situation. Vous dépendez désormais à part entière de l’armée, jusqu’à ce que votre drap d’information soit entièrement égoutté. On ne va pas étendre du linge sale au Congrès… »


A la lisière du centre-ville de Washington, dans un coin reculé où la végétation luttait encore contre les derniers aménagements qui gagnaient l’océan, Cassandra avait décidé de faire escale sur le ponton qui transperçait la plage sablé, confondu à quelques morceaux de bois d’arbres morts, éparpillés entre des talus d’herbe sèche. Le front de mer - qui cachait par un mur de rochers les deux paquebots amarrés près de Bayshore, où Jack se trouvait - déposa une brise légère que Cassandra ne manqua pas d’apprécier. Le zéphyr lui effaça par la même occasion les quelques picotements marqués par l’anxiété que la CIA pouvait deviner l’intérêt de son tracé sinueux, choisir de rencontrer le contact de Radford plutôt que d’assister l’équipe d’intervention sur le navire.

- « L’équipe vous attends Cassandra, on a pas tout notre temps… »
- « J’y suis dans dix minutes », en enfonçant à peine son oreillette
- « Les merdes s’enchaînent…je pense que les russes filtrent les passagers, vous allez devoir usurper l’identité de l’un d’eux »
- « Le timing est serré…Ca va nous faire perdre pas mal de temps »
- « C’est toujours l’intention je suppose »
- « Du nouveau à propos des sous-marins ? »
- « Les nôtres sont tous en place d’après la Navy »

Un jeune agent à la moustache de Cosaque se précipita vers Carrell et lui fit traverser le couloir jusqu’au bureau de Martins plus vite qu’un missile verrouillé sur sa cible. Alors en liaison avec Langley, le directeur de la branche de Washington mit en mains propres quelques clichés faxés en tenant le combiné de l’autre main.

Le détecteur d’anomalie magnétique d’un avion de patrouille maritime, survolant une zone à une dizaine de kilomètres de la côte de Washington affichait le déplacement anormal d’un objet en approche, confirmé plus tard par les sonars d’un navire de surface que la CIA s’employait à analyser en cherchant à anticiper les coordonnées.

- « Ca ne correspond pas au sous-marin que Yanaka a vendu à Bergman. Ils sont plus silencieux que ça d’après lui », lança le balafré d’un oreille distraite
- « C’est donc un missile…surtout vu la vitesse »
- « Mer-Mer, dérivé du SSM-1 japonais. Deux possibilités : soit il va se frayer une voie le long de Potomac River pour toucher une artère névralgique de la ville, soit il vise une de bases de l’armée sur la côte »
- « On a le temps d’organiser l’escorte aéronavale contre les menaces sous-marines ? »

Martins laissa les cadres de l’Agence profiter de l’appel en le mettant sur haut-parleur, sortant la main de sa poche pour paraître plus impliqué qu’il ne devait l’être.

- « Logan voudra neutraliser la menace par un sous-marin d’attaque », présupposa le directeur
- « Merde ! La cible la plus proche est estimée à combien de minutes ? », s’inquiéta Carrell
- « En dessous de dix minutes, on ne pourra plus intervenir. Si la cible est au-delà du Roosevelt Bridge, ça nous laisse un bref délai pour mettre en place un convoi de navire marchands », informa Braxton
- « Pour ce qui est d’éviter les dommages collatéraux, il faudra donc passer notre tour ? », demanda un ancien de l’OSS sur le départ depuis plusieurs mois
- « Je peine à croire la cohérence de cette attaque, si le sous-marin ennemi était hors de portée jusqu'à maintenant, cela signifie qu’on aurait pu identifier le missile avant… »
- « Nos frégates tournaient leurs oreilles sur la ligne de côte, le long de l’océan. Faut avoir des couilles pour nous narguer jusqu’à Independance Avenue »

Depuis le temps qu’il était sous les ordres de Braxton, Martins avait appris à lire entre les lignes. Toute une barrière d’unités navales devait être disposée aux portes sud de la ville avant que le moindre missile ne puisse franchir son pas.

- « Logan est insensé…on ne peut pas faire ça silencieusement. En refusant de sacrifier nos convois, on expose n’importe quel quartier de la ville et de ses alentours »
- « On n’est pas là pour lui reprocher de mettre la poussière sous le tapis Ned. Je dois le voir
d’une minute à l’autre, l’Amiral lui exposera la situation. Et je ne suis pas tout à sûr qu’il cherche à faire ça en douceur »
- « Alors quoi ? »
- « Il veut s’assurer que la menace n’est pas accessoire et gérer les priorités »
- « Gérer les priorités », en effectuant un rotation pour manifester l’absurdité de la situation
- « Un pied après l’autre, la CIA ne le laissera pas faire des sacrifices. Je pense qu’il y a une éventualité à tout cela », affirma le DD-O en balayant l’air d’un revers de la main


[19:58:44]


Jack sentit la même brise que Cassandra parcourir toute la longueur du bateau comme s’il s’agissait d’une course contre la montre sans fin. Il admira les lumières de la ville par-delà le Roosevelt Bridge, qui semblaient s’être intensifiées depuis l’empire de la nuit, qui s’imposait au loin, victorieux de la bataille gagnée d’avance face à soleil ocre rouge sombre.

Il posa ses mains sur le parapet blanc, comme pour exhiber son désir impérieux et éclatant de liberté, comme pour se rassurer que son sentiment était devenu plus mature et moins inaccessible à la perception d’un instant qui se métamorphosait.

Les reflets posés sur la Baie de Chesapeake, manifeste de l’indépendance des Etats-Unis étaient désormais les étoiles les plus vives, impatientes de révéler leur beauté à quiconque persistait encore à fléchir la tête vers le firmament, s’entêtait à la fléchir vers la providence.


Le pas écrasant de sa démarche fit grincer les lattes du ponton jusqu’à ce qu’il fut suffisamment proche de Cassandra pour que leur voix ne subisse par le soupir du vent. Elle lui exprima aussitôt sa fascination envers Radford qui pouvait se targuer d’avoir intéressé un des moins crédules aux règles de manipulations qu’il perfectionnait sans cesse depuis qu’ils se connaissaient.

- « J’espère que ce n’est pas trop absurde », hésita-t-il à admettre de sa voix sépulcrale
- « Vos intérêts communs sont plutôt logiques pour une fois »
- « C’était donc vrai, Radford enquête au sujet de ces prisons secrètes en Europe »
- « Le schéma s’est dessiné avec une telle évidence à ses yeux. Larry Edwige était à l’origine de leur construction, et votre amitié avec lui est l’occasion de faire le lien avec le camp républicain, à savoir Charles Logan »

Le contact contempla le terme du fleuve par un regard voilé ; les illuminations d’une fête foraine de l’autre côté ancrèrent en lui la nostalgie de ces moments animés, si mouvementés par la vie qu’il menait, particulièrement cette nuit en 2001 où il apprenait sa victoire aux élections primaires de Californie.

- « Larry était à la tête de la plus grande entreprise en bâtiment du pays. Il m’a aidé à créer mes fondations caritatives à New-York et dans le Maryland, et n’effectuait jamais ses contrats selon ses opinions politiques », précisa David Palmer comme pour s’en persuader
- « J’imagine que vous avez coupé les ponts après son soutien financier au président Keeler? »
- « Pour tenter de me déstabiliser et me faire porter le chapeau de Minsk, Keeler a voulu inverser la tendance, en rejetant la faute sur le camp démocrate. Sa tentative était un échec, ce qui ne l’a pas empêché de se hisser jusqu’à la Maison Blanche… », refusant de se laisser gagner plus longtemps par la mélancolie « Quand il est arrivé au pouvoir, secondé par Logan, ils ont fait de leur possible pour enfouir le problème sous le tapis, et ont envoyé Edwige à la retraite, en demandant à la CIA de brouiller les pistes sur ses contracteurs. Je vous dirais ce que je sais pour exhumer les dépouilles encrassées de la CIA et de Logan, mais jamais je n’aiderais Gabriel Radford à parvenir à ses fins, le temps ne pourra rien réparer… »





[19:59:57]
[19:59:58]
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[20:00]

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 Message Posté le: Mer 25 Mar 2009 - 0:46    Sujet du message:
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A la demande générale...d'une personne Laughing , je vais effectivement faire le lien entre ma fan-fiction et la saison 5 de la série, bien que je n'en voyais pas l'intérêt au départ, ça peut désormais desservir l'intrigue sur certains points.

On entendra donc parler du nerve gas, des accords de Logan avec les russes, du traité sur la non-prolifération des armes...de quoi réamorcer le lien avec la série sans m'éloigner de ma mythologie Smile
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 Message Posté le: Dim 07 Juin 2009 - 20:42    Sujet du message:
Répondre en citant

Ce fut long, mais l'épisode 9 est désormais achevé Smile

Etant donné que ces derniers mois j'étais à fond dans la rédaction de mon mémoire de licence, il faut comprendre qu'après 5-6h d'écriture, j'avais plus tellement la motivation pour taper d'avantage sur le clavier Laughing

Résultat des courses, je suis très en retard dans mon "planning", puisque je comptais achever la saison 4 cet été. On dirait que je vais devoir repousser ca à décembre, et encore, les choses risquent de se corser puisque l'année prochaine devrait être très chargée niveau boulot...

Quoiqu'il en soit, je vais essayer de reprendre le rythme du début de saison maintenant que je suis en vacances, c'est-à-dire au moins un épisode tous les quinze jours Wink

En ce qui concerne l'hebergement, j'ai toujours pas réussi à mettre les épisodes sur un serveur en dépit de mes efforts...je vais encore tenter d'y remédier, et au pire des cas, j'essaierais de me faire un nouveau compte. En attendant, copier-coller rules Cool

Bon, sans plus tarder l'épisode 9. Enjoy !


Précédemment dans la fan-fiction de Mr. Jack :

Pendant que les Marines organisaient une barrière navale le long de la côte aux abords de Washington, Jack embarqua à bord du paquebot selon la demande des russes, qui veillaient à ce que la CIA ne puisse pas le tracer avant d’être arrivé à la base souterraine. Martins envoya donc Cassandra l’identifier, après une rencontre que Radford avait organisé avec l’ex-président américain David Palmer. Ceci dans le cadre d’un dossier sur les prisons à Minsk qui pouvait donner du poids à sa demande de grâce, espérant pouvoir faire chanter l’Agence et Logan s’il ne suivait pas sa requête.

En fin d’heure, un missile fut repéré au large. La CIA faisait ses premières estimations, et s’attendait à suivre la volonté du président à ne pas ébruiter l’éventuelle collision.

Un raid de l’armée fut organisé dans le village afghan où Caïn avait été emmené, et qui aboutit à l’arrestation de Frank Bergman par son aide. Interrogé par ses supérieurs de l’US Army, Caïn ne fit pas mention de la présence d’Hendersen mais d’un chef taliban, et assura que le Congrès allait se délecter de ses informations. Pourtant, le haut-commandement décida de le priver de ses droits et exigeait d’être servi en premier.

Newell parvint à mettre le doigt sur plusieurs fausses organisations d’aide internationale au Moyen-Orient qui recevaient leur financement de Sorensen, et restait persuadé que le donateur était lié à la mort de David Kleinfeld, qui faisait le lien entre le Sénat et la Russie. Il chercha donc à médiatiser les chiffres que Nazr lui avait légué sur les comptes offshores de Sorensen et espéra retracer le meurtre à sa source.



Episode 9 : ( 20h00 - 21h00 )

Ces événements se déroulent le jour de l'opération Sombres Soleils, entre 20h et 21h, heure de Washington DC.



Comme dans une tentative d’échapper à l’internement sans fin de la bureaucratie et aux stores vénitiens qui écrouaient le peu d’air respirable que la CIA offrait à ses officiers, Radford traîna le pied jusqu’au sommet du siège dans l’espoir d’apercevoir le paquebot par-delà le Tidal Basin avec les jumelles fournies par l’Agence. L’embrasement d’un appartement à quelques blocs du lieu fédéral, lâchant quelques fumées hostiles, l’empêcha de bien repérer tout ce qui se trouvait de front par rapport au Jefferson Memorial.

- « L’isolation lui a fait perdre le sens de la réalité »

Sans même se retourner, Radford avait saisi qui était l’hôte de cette voix à la musicalité grave d’ancien alcoolique et érodée par les douloureux souvenirs de la guerre.

- « Mikhael Drakov. Vous faites bien de rejoindre notre réunion de famille, je ne vous crois pas un grand ami de la solitude non plus. Si bien que vous la fuyez au prix d’une discussion avec le traitre que je suis, bien que de vous ou de moi, je ne sais pas qui est le plus talentueux et impénétrable. Aguillez-moi, c’est la CIA qui vous a arrangé ce petit prix ? », en allumant sa cigarette
- « L’Amérique, par défaut d’un discours cohérent, a toujours eu le don de désamorcer les principes qui lui sont opposés par une attirante somme de billets verts. Comment croyez-vous que la situation s’est calmée à Minsk ? »
- « Vous avez cédé à la tentation en retirant vos hommes pour un bon à vie de vodka haut de gamme. Pas besoin de disserter plus longtemps pour comprendre qu’on vous a fait une offre généreuse, de quoi couvrir désormais vos bleus d’une bonne pommade »
- « La CIA ne m’aurait jamais laissé sortir de ses murs. La question est : qu’ont-ils à m’offrir ? Et pourquoi je leur ferais plus confiance qu’à vous si on était prêt à me laisser croupir au fond d’un cachot. Ici ou au goulag, je ne sais pas où est le pire »


[20:04:49]


- « Votre retour coïncide trop bien avec ma petite investigation privée. C’est au sujet des prisons secrètes de la CIA en Europe de l’Est pas vrai ? Celles que le gouvernement américain a financé, projet appuyé par Larry Edwige et Anthony Lane, et qui a trouvé preneur en votre nom »
- « Je n’attends pas un compte-rendu de votre part, ni la vérité, ce serait plus utopique que de croire qu’aucune nouvelle forme de totalitarisme ne nous guette. Je suis uniquement là pour ne pas vous laisser seul »

Radford se prit au jeu et esquissa un petit sourire dû à l’ironie maîtrisée du biélorusse.

- « Je regrette que nos jeux doubles lors de l’opération Eclipse nous ont rendu un peu plus fatalistes et déçus des relations humaines ; néanmoins, ce que vous me dites, c’est de vous proposer un autre prix je crois ? Ainsi donc, les interrogatoires de Slattery n’ont pas abouti à quoique ce soit de concluant. Ils ne savent toujours pas pour qui vous travaillez, et tentent de vous tester en me demandent de collaborer avec vous »
- « Parfois, d’eux ou de nous, je ne sais pas qui a le plus perdu le sens de la réalité. Mais maintenant que nous respirons l’air libre de Washington, peut-être est-ce l’opportunité pour chacun de tirer son épingle du jeu ? »
- « Il faudrait d’abord retirer la grosse épingle enfoncée dans les roues de la Coalition. Qui que soient vos employeurs, ils voulaient poser des bâtons dans le carrosse de Rosenberg pendant Minsk en m’empêchant d’atteindre Karamazov »
- « Vous n’êtes plus du côté de Rosenberg et de la Coalition maintenant. Si vous souhaitez tant découvrir leur réelle identité, pourquoi ne pas vous joindre à nous ? »
- « Je ne sais pas ce qui est le plus séduisant entre cela et me faire emmurer dans les prisons de la CIA. Jack a peut-être perdu le sens de la réalité en se faisant incarcérer dans votre pays, mais au moins, il reste animé par l’espoir de comprendre les péripéties et contrecoups de la vérité. Vous et moi, nous avons perdu cela. Nous ne croyons même plus à la réalité, alors dites-moi, qu’ai-je à perdre ou à gagner avec vous ? »
- « Du temps. Du moins, c’est ce que mes employeurs pensent. Ce que votre ami Jack est sur le point de découvrir devrait changer beaucoup de choses à ce sujet »


Piétinant le tapis afghan aux motifs rouges destiné à la pratique du muezzin, chargé de l’appel à la prière, le caporal Bowin rechignait plus de devoir pallier l’absence d’un lieutenant-colonel distingué par le Congrès que de perdre la main sur le deuxième fugitif le plus recherché par le FBI.

- « Tu sais comment ça finira, Big Brother aura le dernier mot… »
- « Ce qui m’emmerde le plus là dedans, c’est que l’ingéniosité de notre petit Einstein n’aura mené qu’à une impasse », au sujet de Caïn, dos contre mur dans la pièce d’à côté
- « Le général de division ne pourra plus batailler longtemps, il faudra abdiquer pour tout. Bergman sera libre dans les heures à venir et rentrera au pays comme une lettre à la poste, rayé des listes du procureur militaire. Par un retour de flamme, le Sénat accordera une suspension de notre opération visant à libérer les institutions, et le pire, c’est que les talibans sont sortis de leurs trous à rats »
- « On prépare une intervention sur une des maisons entre le mausolée et le nouveau chantier, mes hommes ont certifié la présence d’une cible reconnue, Ahmad Shariff, qui a été vu avec le mollah il y a quatorze mois. Pour la défense de Caïn »
- « Un mot pour sa défense et c’est toi qui finira devant la Cour »

L’ancien président David Palmer forma une trainée de sable que son escorte de trois hommes dupliqua avec une vigilance indolente, puis s’arrêta devant les débris mousseux d’un château d’enfant inachevé, balayé par une vague :

- « Je ne vois pas », se résigna Cassandra « Edwige savait qu’en acceptant le projet, il en subirait les conséquences médiatiques. Lane prenait soin de payer les investisseurs et d’accorder à la société d’Edwige un chèque dont il fallait s’y reprendre à deux fois pour compter les zéros »
- « A moins que quelqu’un savait que dès le départ, Lane ferait les frais de ces prisons secrètes. Pour la CIA, il ne s’agissait que d’un coup de pub de plus témoignant de son dysfonctionnement contestable depuis le onze septembre »
- « La CIA aurait été au courant pour Lane ? Il était donc le prix d’un sacrifice négocié, peut-être pour blanchir Logan du reste des accusations »
- « Je saisis pourquoi Radford vous a envoyé… », le regard vague, comprenant la ruse
- « En vous soutenant pour la reprise de Minsk, je crois qu’il s’est soulagé la conscience. Mais il se sent toujours redevable », avait-elle observée
- « Radford veut se servir d’Edwige pour attaquer le président sur l’autre front, des rumeurs encore au stade embryonnaire, qui justifieraient ce sacrifice. J’ai entendu dire que Logan souhaitait un traité commun avec les russes, sur la non-prolifération des armes. Il va sans dire qu’il attends quelques nouvelles poignées de main dans les arcanes de l’armement de l’Est »
- « Et vous êtes l’unique contact de Radford attentif aux bruits de couloir politique. Il espère vous donner la pelle pour creuser jusqu’à Logan en découvrir des alliances qui sont sans rapport avec Edwige. Ecoutez, je ne peux pas rester d’avantage, et la CIA pourrait ne pas apprécier mon écart de comportement. Qu’est-ce que vous préconisez? »
- « De fouiner dans ce qui est six pieds sous terre, les dossiers qui ont été enterrés après le scandale des prisons, et qui ont emmenés Lane dans la tombe »
- « J’espère que personne ne nous verra… »
- « Mme. Evans, si vous voyez Jack…

Elle reporta son départ pour écouter ce que Palmer avait à dire, mais ce denier n’acheva jamais sa phrase, et lui laissa entendre qu’il la recontacterait dès qu’il aurait du neuf.
Cassandra remonta jusqu’au sommet de côte ensablé puis retrouva la Ford que la CIA lui avait laissé à disposition, consciente que le système de traçage lui laisserait droit à un petit interrogatoire maison que Radford avait certainement déjà anticipé.



- « C’est une violation territoriale et donc un acte de guerre, nous n’allons pas pinailler des heures bon sang ! », s’accorda à dire Martins à l’ensemble des responsables de départements réunis en urgence dans la salle de crise à Langley

Martins avait pensé bon de mettre Matters et Radford dans la garderie pour mieux gérer la liaison inter-agences depuis Langley dès qu’il avait su pour l’orientation du missile SSM, qui ne semblait finalement pas se diriger sur Washington même.

- « Si seulement Yanaka nous avait fait ces beaux discours dont tu nous a parlé Roger. Tu étais censé l’enfourner sur le grill avec tes interrogatoires miracles », jugea le directeur du renseignement national, qui ne supportait plus l’as du contre-espionnage
- « Quels détails spécifiques vous faut-il entendre ? Yanaka a conclu l’accord avec Frank Bergman, l’ensemble des pièces provient du Japon, et je vois mal comment les sous-marins aurait pu partir de Tokyo pour se retrouver dans l’Atlantique », se justifia-t-il
- « Alors qui sont ces hommes à bord ? Des européens ? Des russes ? Il manque encore trop de pièces au puzzle. L’attaque était prévue pour 20h, et à l’heure actuelle, étant donnée l’évolution des estimations, le missile n’atteindra pas sa cible avant une trentaine de minutes au plus tôt »
- « Le premier créneau était de la désinformation », assura Slattery « Ceux qui sont derrière tout ça cherchent à déterminer à quel point nous étions au courant pour l’attaque, et réagir à notre réaction. C’est pourtant évident, il s’agit des russes »
- « En vous basant sur quoi, le marché de Karamazov avec eux ? »
- « C’est reparti pour une tournée de compte-rendu sur la paranoïa efficiente de Slattery », commenta une voix discrète
- « Il ne s’agit pas d’un acte de revendication, ni d’un laissez-passer pour entrer en guerre. Yanaka a visé juste sur au moins ce point, la cible de l’attaque est probablement liée à cette base sous la Baie. La menace peut donc être neutralisée. Notre indic’ en relation avec la mafia russe ici nous a certifié avoir vu Serj Valajdopov, correspondant du FSB à Washington sortir d’un restaurant appartenant à Yanaka. Voici les clichés »

Les photos de Slattery firent un tour d’horizon sur la table. Chacun ne manqua pas de remarquer qu’elles étaient datées d’il y a trois heures environ.

- « Voila comment je vois les choses : les russes n’ont pas eu le choix de collaborer avec Yanaka une fois que Bergman a officialisé l’achat des sous-marins, quoi de mieux que d’utiliser le grand patron pour faire de notre base la prochaine Atlantide ? D’après ce que j’en ai tiré, c’était la condition du mafieux pour recevoir sa part du gâteau »
- « Tu veux dire que l’ordre d’attaque a été demandé par Bergman et les russes, mais que Yanaka voulait le faire avec ses hommes ? Pourquoi diable aurait-il pris ce risque ? »
- « C’était un frein à toute mes hypothèses au départ, mais c’est ensuite devenu très clair : il se disait qu’en dirigeant l’attaque, les russes ne pouvaient pas le supprimer si facilement, ET le bureau fédéral s’assurait du résultat du procès en début de journée.
- « Un oiseau en cage qui se croit en liberté… »
- « Qu’avaient-ils à perdre, le Japon hérite de toutes les accusations concernant la construction de ces sous-marins, mais peuvent nier maintenant que Frank Bergman a été arrêté. Le président Fugiyako considérera Yanaka comme un électron libre »
- « Et pour les membres de l’équipage à bord du sous-marin ? »
- « Probablement des anciens déserteurs, ou du moins, des personnes sans lien avec le Japon et Yanaka. Bergman n’avait pas prévu qu’il se ferait arrêter, idem pour Yanaka, voila pourquoi les russes ont pris le risque de tout lui raconter »
- « Tout cela est quand même fondé sur le fait que Valajdopov collabore avec Yanaka. Si nous tirons un trait sur leur relation, il ne reste que Bergman, et la théorie d’une attaque sur son propre pays, afin d’effacer les notes à son sujet »
- « Que savez-vous de cette base ? », demanda Martins, ignorant son existence jusque là
- « Aussi constamment ouverte et refermée que la porte des chiottes quand je suis constipé. Mais depuis le dossier Vechnika, la maison tourne à plein régime », stipula Slattery
- « Nous ne égarons pas », proposa Braxton « Pour l’instant, évitons de satisfaire nos pulsions en incriminant l’Ours slave. Je veux d’abord Bergman, ce boucher serait capable de nous éviscérer bien plus que ne le voudraient les russes. Vous ne faites que parodiez la situation, et mon point de vue sur le problème est qu’il n’a fait qu’inviter le FSB pour qu’on se focalise tous sur une altercation mondiale avec le Kremlin. Nous avons tout faux, depuis le début, tout cela ne tient que sur un seul homme »


Jack déambulait dans la grande salle de réception se sentant comme une mauvaise incarnation de James Bond avec son nœud de papillon et sa démarche anglaise. L’avantage du costume, c’était de jouer sur un conformisme qui avait eu son heure de stéréotypes et qui évinçait désormais toute suspicion de penser qu’il pouvait être un agent secret au service du gouvernement, qui plus est, au service des russes. Pensant à ce mauvais pastiche de la littérature d’espionnage, il resta en retrait par rapport à la cinquantaine d’invités qui se rapprochaient de l’estrade où le chef de soirée avait fait son apparition.


[20:16:14]

Nate Sorensen monta dans un ascenseur privé, accompagné de son bras droit.
Jack replaça correctement le silencieux fixé à l’intérieur de sa veste.
Cassandra pouvait apercevoir le paquebot depuis la voie rapide.
Un hélicoptère affrété à la CIA parcourait toute la longueur du port.
A son domicile, Brainer tenta à plusieurs reprises de joindre quelqu’un.


[20:20:33]


- « Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, bienvenue à l’inauguration de la toute nouvelle fondation financée grâce aux donations de Dana Dern et Nate Sorensen, destinée à répondre aux besoin des réfugiés politiques… »

- « Jack, vous y êtes ? »
- « Affirmatif », répondit-il à Serpico pendant qu’il inspectait les visages autour de lui
- « La fête va bientôt commencer, voila l’état des lieux et les directives que vous allez suivre. La CIA surveille le périmètre. Votre rôle est de créer une diversion pour prendre le large en toute sécurité à bord d’un Zodiac qui vous attends à l’arrière du paquebot »
- « Et les voies aériennes, ils ont probablement des hélicoptères qui survolent la zone »
- « J’y viendrais, la soirée s’annonce explosive »

- « …les deux galas en simultanée, dont l’autre se déroule au Ronald Reagan Building, et présidé par M. Sorensen, tandis que nous aurons l’honneur d’accueillir Mme. Dern ici. Face à l’expansion de la crise au Moyen-Orient, les demandeurs d’asiles… »

- « Comment rejoindre la base ? », questionna l’agent fédéral
- « Un propulseur sous-marin suffisamment grand pour une personne en trajet court. Nous avons déjà inscrit les coordonnées, vous longerez les crevasses pour ne pas être repéré par la flotte. En attendant, il va falloir faire votre propre pétard mouillé. Au risque de vous surprendre, ce n’est pas un gâteau piégé… »


Dans l’illustre vestibule du bâtiment fédéral Reagan où se tenait le gala de charité, les fuyantes architecturales donnaient lieu à une perspective remarquable débouchant sur Sorensen et son nouveau trois pièces enfilé pour l’occasion. Le toit en dôme vitré laissait apercevoir les rares étoiles au dessus de la ville, et se retrouvait soutenu par une douzaine de piliers bénéficiant d’un éclairage violet à leur base. Les trois étages qui entouraient le hall demeuraient surexposés par une luminescence vermeil et mordorée qui s’arrêtait aux escaliers marbré menant jusqu’à l’entrée qui affluait d’invités. Le donateur testait le micro avant de faire croire à la foule qu’il improvisait son brillant discours et convia chacun à se rassasier d’apéritifs pour endoctriner la foule sans mal une fois que l’arme fatale de la gourmandise avait fait son effet.


- « En quoi consiste notre petit jeu ? », précisa Serpico d’un ton qui détendait faussement l’atmosphère « Je me suis renseigné sur votre glorieux historique ces dernières années, et le Bureau m’a informé de votre participation à une activité très à la mode, l’assassinant gratuit. C’était il y a quelques années, en France, lors de l’opération Aurore Boréale, ce terroriste albanais de seconde zone, Goran Jovanovic vous avait demandé d’éliminer trois fumiers qui n’avaient pas grand rapport avec vos objectifs initiaux. La fin en vaut les moyens, je connais le discours. La question est : êtes-vous prêt, aujourd’hui, à reprendre du galon en lavant vos mains avec du sang ? »
- « Vous voulez que j’exécute un innocent uniquement pour voler des documents confidentiels à la CIA ? Vous pouvez allez vous faire foutre… »

Jack tourna le dos à l’essaim de quasi-millionnaires agglutiné à la voix suave du porte-parole et s’apprêta à détacher son oreillette lorsque le russophone fut sur le point de détraquer les circuits implantés par la seule tonalité de sa voix.

- « Je vous le déconseille, vous ne voudriez pas en assumer les conséquences ! »
- « Quelle conséquence, réduire en cendres la base ? S’en prendre à ma fille ? Vous ne la retrouverez jamais, j’ai cessé tout contact avec elle…Et je vous défie de trouver un homme, un seul homme qui pourra me regarder dans les yeux et presser la détente »
- « Je croyais que vous n’étiez pas un héros ? Et pourtant, vous allez faire vos preuves »
- « Faire mes preuves ? Je croyais que je ne devais pas me faire remarquer »

Un homme au bouc sans fin fit un signe de la tête à Serpico.

- « Si vous ne remplissez pas nos conditions…je crains qu’il vous sera difficile d’empêcher que cette triste tragédie du tanker français réduit à néant ne se reproduise…comme quoi les choses se répètent. Si la base ne finit pas en cendres, cette réception le sera »
- « Enfoiré ! »
- « Et comme je sais que vous évaluez toujours la situation selon la fin la moins tragique, je dois vous avouer que nos horloges sont vraisemblablement à l’heure : Cassandra Evans sera bientôt à vos côtés. Une fosse commune ? »


- « Le Congrès place toute sa confiance dans les investissements de Sorensen », expliqua Brainer à sa femme, en nouant le nœud de sa cravate face au miroir de chambre
- « D’après ce qu’on en sait, il a pu remplir les poches de ses vieux pantalons grâce à des contrats dans l’industrie pharmaceutique, mais de là à financer des dizaines d’œuvres… »
- « Leurs pilules l’ont sans doute aidé à ne pas devenir fou en voyant s’accumuler tout l’argent de ses soutiens »
- « La Défense n’est peut-être pas innocente, je connais cette compagnie privée, Starkwood, ils font de l’humanitaire en Afrique, et du déshumanitaire ici… »

Sofia Brainer était une ravissante femme aux traits de Greta Garbo à en croire une de ses amies, et qui avait fait quelques années en tant que conseillère en service extraordinaire à la cour de Cassation, jusqu’à ce qu’elle fut emportée – comme beaucoup d’autres cette année là – par la chute d’une juge qui avait défrayée la chronique, licencié pour abus de pouvoir, et remplacée par un certain Abraham.

- « Tu te souviens de cette multinationale au cœur de l’affaire Miranda Peters ? Je suis à ça de la lier à Sorensen », écartant le pouce et l’index d’un demi-centimètre « Le groupe d’actionnaires derrière engendrent certainement les profits consacrés au financement d’opérations à succès, Cyclone en Afghanistan par exemples. Si le destin en avait décidé autrement, je n’aurais peut-être même pas su épeler le nom de ce pays »
- « Allons, tu ne crois tout de même pas que ta nomination à la Chambre… »
- « Tu ne crois pas qu’il y a une raison si j’ai hérité de la guerre à Kaboul ? »
- « Parce que tu deviens sénile », répondit-elle avec une ironie dissimulée

Le président des Représentants remarqua qu’il s’agissait d’un terrain glissant qu’il devait peut-être cesser d’aborder, en se disant que la raison de cet héritage était forcément le legs de Nazr. Sans doute que l’Office de l’Influence Stratégique savait qu’il fouillerait trop dans cette histoire à moins de le surcharger de conseils sur les dispositifs militaires et éthiques sur l’Afghanistan. L’OIS n’avait probablement pas prévu que sa politique l’isolerait du reste du Congrès sans pour autant s’attirer les foudres de l’opinion publique.
Brainer avait réussi à maîtriser le tableau médiatique grâce à Newell, donnée que Sorensen, à la tête de l’Office avait négligé, en plus de la méconnaissance de ce testament de l’Emir.


Dans les bureaux confinés de la police criminelle de Baltimore qui subissait une énième restriction budgétaire, le détective Gough, à moitié sous son bureau en coin attrapa l’emballage d’un sandwich dont les restes commençaient à moisir et essuya maladroitement la tache de café qui s’était propagé sur la moquette grise, lorsqu’un sergent de passage lui déposa le fameux rapport. Démarche visiblement épineuse et sujette à un effort dénué d’intérêt, Gough, aux bouclettes grisonnantes et encaissant une myopie extrême décida d’envoyer ledit rapport au bureau de la CAT de Washington.

Lorsque Newell passa en revue les résultats de l’expertise avant d’aller assister au Conseil des Agences de Renseignements, une liste de CV aux emplois relativement litigieux tiraient le trait d’union avec un suspect déjà dans la ligne de mire de l’enquêteur Rollins, qui avait pris la relève depuis le départ de Caïn.

- « Un bon alibi, comme on pouvait s’y attendre »
- « L’enquête sera bouclée à double tour dans peu de temps. Personne ne veut le voir à Washington, on fera l’impasse sur pas mal de détails, quelque soit l’alibi », confia Newell
- « Et le mobile ? »
- « Le Congrès en trouvera un bon millier. Un lien fictif avec la compagnie gazière EuriTrans, quelques capitaux bonus et une réinsertion dans le marché…Les russes n’ont pas dû se gêner pour qu’il éponge sa dette »
- « Ses comptes ont été gelés pourtant »
- « Pas ses contacts. Le Kremlin aurait bien fait quelques concessions pour avoir accès à ses secrets. Un bon millier, je disais ça au bas mot », corrigea le directeur de la cellule en plaçant les photos du suspect dans les mains velues de Rollins « Radford aurait vendu son âme pour ne pas rester seul. Si bien que tout le monde finit par le désigner comme le coupable idéal. Qu’il soit derrière le meurtre de Kleinfeld ou pas, il ne pourra pas échapper à la pendaison publique Sa fuite n’a fait que repousser l’échéance. Qui sait, c’est peut-être quelqu’un qui a sauté sur l’occasion pour se venger d’une vieille trahison»
- « Le juge va encore écoper d’une pile de charges aussi haute que Babylone »
- « L’édifice ne sera jamais assez haut pour permettre à Radford d’échapper une fois de plus à Dieu. Laisse faire, son sort n’est plus entre nos mains depuis longtemps »


[20:30:02]

Cassandra présenta son invitation et monta à bord du paquebot, quelques secondes avant qu’on leva les amarres.
Jack suivait le discours de Dana Dern en écoutant les directives de Serpico.
Braxton eut la confirmation que le missile se dirigeait vers la base sous-marine.
Sorensen leva les mains pour mettre fin aux acclamations de la foule.
Matters et Yanaka échangèrent un regard évocateur lorsque ce dernier fut conduit dans une pièce isolée par le fédéral chargé de son interrogatoire.


[20:34:59]


Au moment où Dana Dern claqua son talon sur la dernière marche de l’escalier qui menait à l’estrade, Jack se précipita vers le couloir privée menant aux loges des invités de marque, d’abord surpris qu’un agent de surveillance lui cède sa place, puis lorsqu’il réalisa que Serpico devait avoir disposé des hommes à bord, s’engagea jusqu’au fond de l’allée. En continuant de suivre les recommandations du russe, il toqua au numéro 412 et confronta le chef de la garde rapprochée :

- « Vous êtes ? »
- « M. Sorensen souhaite délivrer un message à M. Dern », avoua Jack en répétant ce qu’on lui soufflait
- « Je lui transmettrais le message »

Persuadé qu’il ne pouvait d’avantage le convaincre, l’agent regarda de part et d’autre du couloir pour voir s’ils étaient seul, puis l’écarta d’une balle dans le pied, prenant soin de refermer la porte derrière. Il pointa aussitôt sur le deuxième homme, au fond de la pièce, et leur récupéra l’arme.

- « Votre employeur est en danger, dites à vos hommes de recadrer le périmètre autour de l’ascenseur pour le grand hall ! »
- « Qu’est-ce que vous racontez ? Vous êtes qui ?? »
- « Faites ce que je vous dis ! »
- « Le paquebot vient de lever l’ancre, vous tenez à ce qu’on fouille chaque passager ? »
- « Contentez-vous de faire revenir Dana Dern ici, et sécurisez le couloir. D’après mes informations le tireur pourrait être au même étage »
- « Le tireur ? »
- « On veut se servir d’elle pour que Nate Sorensen prenne au sérieux leurs revendications et passe au confessionnal. Vous, alertez la CIA, dites leur que le Reagan Building n’est plus sûr », en s’adressant au second »


Kurtwood Brainer pénétra dans l’enceinte du bâtiment où se tenait le gala de charité, voyant enfin un avantage à cette résidence qu’un sénateur lui avait vendu à deux pas de là pour ne plus être en retard aux sessions hebdomadaires des Représentants, le Congrès percevant toujours d’un mauvais œil les retards de calendrier depuis qu’il fallait rattraper les mauvais chiffres provoqués par la déchéance d’Anthony Lane.

- « Monsieur, nous avons pu le joindre, il est au bout du fil », signala un agent de son escorte
- « Parfait… », en récupérant le téléphone « Merci de votre temps M. Alm… »
- « J’apprécie ce que vous avez fait pour moi il y a quatre ans, alors appelez-moi Tony je vous prie »

Les cernes pendants aussi bas que ses mains lourdes lorsqu’il saisit sa tasse des Cubs pour se réhydrater la gorge, Tony Almeida, l’ancien analyste de la CAT de Los Angeles, qui avait mis fin à son long congé sabbatique en travaillant désormais pour une compagnie de sécurité informatique fit signe à sa femme de ne pas être dérangé lorsqu’il monta à l’étage de leur retraite, située à Alexandria.

- « Votre témoignage sur Frank Bergman après votre enlèvement s’est avéré très utile, bien que le lièvre n’a jamais tout à fait rattrapé la tortue… », mentionna l’homme aux lunettes
- « J’ai entendu dire qu’il se cachait en Afghanistan ? »
- « Est-ce une affaire de ouï-dire ou bien un nouveau chapitre de vos investigations ? »
- « J’ai arrêté de travailler sur les détournements de fonds du Congrès plus de deux ans. Ce n’était pas faute de compromettre certaines détenteurs de comptes au Caïmans, mais il faut être réaliste, quel intérêt à tout ça ? Faire tomber toute une administration ? »
- « Il est temps de voir plus grand vous ne pensez pas ? Vous avez les cartes en main, j’ai les dés. Et la case sur laquelle je marche en ce moment est celle d’un procureur qui vient de rouvrir l’enquête à propos des fonds détournés, et de vos découvertes »
- « Qu’est-ce qui vous intéresse ? »
- « Je sais qu’Anthony Lane n’était qu’une manœuvre technique, il devait transférer les fonds du Congrès depuis l’argent des investisseurs n’est-ce pas ? »
- « C’est au bord d’une falaise que vous commencez à buter, tout comme moi »
- « C’était donc bien une mascarade préméditée depuis des décennies, la manière dont Palmer a été mis au pouvoir pour se retrouver dépassé par certaines opérations, au Kosovo…et comment il a été mis en retrait pour remettre Lane sur l’estrade publique. Si jamais il y avait une fuite, il allait tout prendre sur le dos sans avoir à se justifier… »
- « Palmer est intervenu sur la scène politique peu après le retirement des troupes russes en Afghanistan. Vous croyez que c’était un hasard ? Je ne sais pas pourquoi, mais ce pays est la clé de tout ce jeu… »
- « Vous pouvez me rejoindre au Reagan Building dans la demi-heure ? »
- « J’évite Washington depuis que le bureau du Sénat chargé de l’Afghanistan m’a placé sur liste noire…mais j’essaierais »


Le crane entièrement rasé depuis qu’il avait commencé à entamer une chimiothérapie pour son cancer du poumon, Kevin Spader, directeur retraité du FBI depuis peu se leva du banc planté au beau milieu de ce couloir interminable et vide, comme de la mauvaise herbe sur une allée de macadam, lorsqu’une secrétaire lui fit signe d’entrer dans la pièce.

- « Merci d’être venu », gratifia le vieil homme bouclé qui vint à sa rencontre, qui n’était autre que le président de la Cour Suprême « Ces couloirs sont tellement désertiques que le moindre courant d’air ne manque pas de m’emmener les dernières nouvelles… »
- « J’imagine qu’elles sont de mauvaises augures si vous m’avez fait venir ici »
- « J’ai appris pour votre cancer, j’en suis navré. Mais je ne pouvais pas me permettre d’être vu avec vous »
- « De quoi est-il question votre Honneur ? »
- « Braxton préconise de rouvrir l’affaire Vechnika, il veut refaire passer Jack Bauer à la barre pour le deuxième acte du procès contre les Delta, bien que je ne sais pas tout à fait si l’organisation est vraiment la plus concernée dans cette histoire »
- « Et un de ces courant d’air a emporté mes rapports je suppose ? »
- « Une source m’a averti que plusieurs documents hautement − au bas mot − confidentiels pourraient être volés, par Bauer lui-même. Ils font mention de plusieurs directives qui ont eu lieu derrière les rideaux politiques lors de Vechnika, autour de Camilla Radford »
- « Vous craignez que Bauer balance à Gabriel Radford ? »
- « J’ai lu vos notes, elle mentionnait que vous avez interrogé sa femme à cause des preuves contradictoires avec le témoignage de Bauer, alors que Radford a contribué à élaborer sa version durant le procès. Il lui a évité les sanctions par la Cour martiale »
- « Tout le monde sait que Bauer a menti, le Bureau ne voulait pas de fuite, donc on s’est occupé de débriefer Camilla Radford. Elle ne présentait aucun danger, elle-même comptait faire disparaitre les preuves »
- « Ce n’est pas tout. Ces documents…ils font mention à quelque chose de bien plus gros, vous comme moi savons que Bauer ne doit jamais les avoir en sa possession »
- « Je connaissais Camilla, jamais elle n’aurait vendu ces informations… »
- « Je ne parle pas d’elle, la portée dépasse de loin les états d’âme que vous pouviez avoir eu sur son compte, et sur les déboires de Radford chez les Delta »
- « Explicitement ? »
- « Personne au FBI, ni même moi ou le président n’avons accès à ces informations. Vos investigations n’étaient qu’un balbutiement de ce dont il est question là dedans ! »
- « Sauf votre respect, j’ai failli m’écrouler en traversant ce satané couloir, donc je doute d’être encore d’une quelconque efficacité »
- « Pensez-vous que… est-ce que vos deux poulains… », hésita à terminer le président
- « Si mon écurie était fiable ? Le FBI n’a jam… »
- « Au diable le FBI, je vous parle de ces deux là ! Pensez-vous qu’ils pourront parler ?? Parce que si c’est le cas, Sorensen ne vas pas hésiter à faire son ménage printanier ! »
Spader se caressa le crane d’avant en arrière et puisa dans les recoins de sa faculté mémorielle pour se souvenir de l’objectif assigné à ces deux agents que le président de la Cour avait évoqué. Pour autant qu’il se souvienne, lui-même avait donné l’ordre d’un ménage printanier.


- « Il te reste cinq minutes Jack, après il sera trop tard », rappela Serpico
- « Dix minutes pour quoi ? Ce qui se cache derrière la diversion même est une diversion, j’aurais pu gagner les eaux de différentes façons ! »
- « Une barrière navale s’étend sur toute la côte pour éradiquer un de nos missiles, l’US Navy n’a pas encore trouvé d’où provenait le tir »
- « Qu’est-ce que…vous voulez pourtant détruire la base sous-marine… »
- « Tu es bien loin du compte, toi-même tu te perds dans ces histoires de diversions. Dern arrive à niveau du 5ème ponton, c’est l’occasion, ou tout le monde y passera »
- « Elle ne sera pas seule !

Jack monta en hâte jusqu’à l’estrade du premier étage qui surplombait le hall, puis entra dans la section réservée aux officiers pour rejoindre le ponton où se trouvait Dana Dern. La seconde d’après, il se retrouva face à elle, et sans même décliner son identité, elle sembla le reconnaître. Alors que son escorte voulait procéder à l’arrestation du fédéral, elle leur demanda de ranger les armes et de l’emmener jusqu’aux calles de l’étage inférieure, réservées au personnel.

- « C’est vous que les russes ont envoyé ? »
- « Comment savez-vous ? », s’étonna Bauer
- « Tout était prémédité, c’est pour vous que je suis là »
- « Qu’est-ce que vous voulez dire ? »
- « Je collabore avec Nate Sorensen depuis plusieurs années, je suis tenu de la confidence mais pour vous, il tenait à faire une exception, compte tenu de ce qui vous attends »
- « De quoi parlez-vous ? Les russes ont truffé ce paquebot de C4, ils filtrent chaque entrée pour tenir la CIA en laisse, ils veulent que je vous élimine »
- « Les russes ont eu veut de mon travail pour la Coalition, ils savent que je suis ici pour vous tenir au courant »
- « Ils veulent vous empêcher de parler… », réalisa l’agent fédéral
- « Sorensen m’a envoyé, ca concerne ce complexe sous l’eau que vous allez infiltrer. Les documents le mentionne à travers certaines affaires que la CIA ne tient pas à exposer, préjudiciables pour la sécurité nationale. Pas étonnant qu’elle nie en bloc donc…Nous cherchons à parasiter les russes en leur coupant la respiration »
- « Un contact à l’intérieur ? »
- « Un consultant qui travaille à la Compagnie et qui vous retrouvera là bas »
- « Pourquoi la CIA n’a pas engagée quelqu’un d’autre mettre les documents à l’abri ? »
- « Parce que la fin est proche…Parce que vous êtes censé savoir que… »

Foudroyantes, les gouttes de sang se dispersaient sur tout le contour du hublot lorsque Dana Dern chuta comme un bête épaisse qui n’avait pas eu le temps d’agoniser, effarant Jack sous un hurlement qui tentait de faire ressortir tout le souffle qui l’étouffait. Par réflexe, d’abord pour échapper à l’œil du tireur isolé, puis ensuite pour échapper à tous les autres regards réprobateur, il s’éclipsa alors derrière la toile d’acier au fond de la salle des machines.


[20:45:17]

Jack s’échappait par une issue du secours, la garde rapprochée de Dern à ses trousses. Cassandra remarquait l’agitation malgré la foule distraite.
Matters tentait de convaincre Carrell d’appuyer un soutien tactique à Jack.
Brainer s’approcha du groupe de personnes qui entouraient Nate Sorensen.
Un sous-marin d’opération défensive longeait la baie de Chesapeake.


[20:50:34]


- « On l’a enfin ce foutu mandat ! », jubila Martins, qui revenait d’un entretien éclair avec le procureur
- « Adrian vient d’intercepter un message d’alerte à bord du paquebot, Dana Dern aurait été assassinée », supposa Braxton en caressant sa moustache pour cacher son air dépité
- « Encore un de leurs subterfuges…c’est de là bas que Bauer doit partir », émit Slattery, mono-expressif « Le mandat ne changera rien, il doit déjà être loin »
- « Alors qu’est-ce qu’on fait ? Nos frégates ont certifié que le missile se dirigeait vers le versant Est de Chesapeake. On pourra sans doute le neutraliser d’après la Navy, mais si une autre attaque suit dans la foulée, la côte sera plus exposée »
- « S’il doit se passer quelque chose, ça ne viendra pas de l’extérieur Ned. Je viens d’avoir le président, il accorde une opération d’attaque amphibienne »
- « En neutralisant leur sous-marin, on ne pourra pas identifier ceux qui étaient à bord, ni disculper qui que ce soit »
- « C’est juste. Bergman va le faire pour nous », convint le DD-O


Au moment où Sorensen quitta le conclave qui ne cessait de l’encenser pour ses œuvres, Brainer s’immisça entre les invités pour le tarabuster au sujet du lien qu’il avait découvert entre Idéon et les partisans russes de l’OIS. L’Office dissimulait le fait qu’on avait cassé le cochon tirelire de la rente pour investir dans un marché de l’énergie suspect, des matières premières vendues à très bas prix pour les Etats-Unis, présumait le président le Chambre, retenant le donateur par le bras.

- « Je n’ai pas le temps de jouer aux subtilités mondaines. A la minute où je vous lâcherais, le monde entier sera au courant de votre petite confédération avec les russes »
- « Kurt, faites donc comme chez vous, l’appétit vient en mangeant donc abattez pour moi tous ces apéritifs », en allant vers l’estrade après avoir retiré la main de Brainer
- « Bientôt, le Moyen-Orient aura la preuve que vous êtes affilié à Idéon, et rejetteront tous vos contrats, y compris ceux qui couvrent les fausses organisations là bas »
- « Prenez le temps des subtilités mondaines, parce que je ne comprends pas un mot. Qu’est-ce que Idéon a à voir dans cette supercherie ? »

Sorensen traversa les loges improvisées en haut des marches, prêt à entrer sur scène.

- « Le groupe s’est beaucoup investi pour m’empêcher de récupérer le testament que Nazr m’a légué, mais manifestement, vos petites acrobaties n’ont pas suffi à vous blanchir. Certaines évidences contredisent les derniers chiffres que vous avez fait publier concernant la gestion de la rente russe »
- « Des installations au Kazakhstan et en Ouzbékistan parait-il, les bases russes seraient déjà en chantier, le ministre devrait pouvoir le confirmer. Cela dit, je ne peux que me réjouir si mon influence politique fait de moi le nouveau magnat-gourou de la presse… », cherchant, par mauvaise foi, à trouver une explication rationnelle à sa bouffée de chaleur
- « Cessez votre politique de dénégation exubérante, doubler vos discours d’une couche d’hypocrisie n’évitera pas la prise de conscience. L’hypothèse d’un bluff de ma part ne pourra pas vous rassurer longtemps. Maintenant, réfléchissez-bien avec qui il est préférable d’abattre vos cartes. Nazr et le Moyen-Orient attendent le moindre soubresaut pour vous ouvrir les veines. En somme, il est possible que les informations que l’Emir m’a transmis avant sa mort, évoquant vos financements problématiques, qui m’ont ensuite permis de conclure cette mascarade avec les chiffres russes ont été transmis par un tiers… Oui, c’est bien aux russes que je pense. Ils ont peut-être cherché à couvrir leur arrière après ce marché passé avec vous, en balançant votre nom à Nazr, je n’en sais rien. Tout ce qui importe, c’est qu’à la seconde où tout le Moyen-Orient sera averti… »
- « Newell vous a lancé sur ces pistes séduisantes n’est-ce pas ? Bien sûr que c’est lui… »


Un filet de sang quitta le menton de Danny Caïn pour tacher une des poches avant de son treillis de camouflage au moment où le tortionnaire de l’armée en remit une couche avec son poing spartiate.

- « Vous pouvez disposez capitaine », lança formellement le caporal Bowin en entrant dans la pièce, puis en refermant la porte

Bowin épongea les plaies avec un chiffon de manière détachée et aida son ancien supérieur à se relever avant de lui retirer les menottes un peu trop serrées qui lui avaient laissé des marques.

- « J’ai l’impression qu’on ne pourra pas tout laisser s’égoutter… »
- « Quoi, je ne dépends plus « à part entière » de l’armée ? », répondit Caïn, offusqué
- « On a…en quelque sorte payé votre caution »
- « J’espère que ce n’est pas un chèque sans provision… »
- « Ne vous inquiétez pas, on en a définitivement fini avec vous. Restez juste dans les parages, Washington attends néanmoins vos rapports. Une opération est en train de se monter pas très loin d’ici, quelqu’un de lié à la nébuleuse afghane. Peut-être que vous passerez en première ligne. Si le Pentagone ne veut pas assister à votre exécution involontaire, je ne sais pas ce qui est en train de se passer… »

Caïn fut presque catapulté vers la sortie de la mosquée, qui débouchait sur les jardins de Babur, alors que l’aube se levait magistralement à l’horizon.

- « Et pour ce qui est du chèque… », reprit le caporal « Le solde de votre compte en banque a été débité d’un million de dollars…

L’intensité du soleil qui commençait à s’affirmer asséchait presque la crème de sang encore étalée sur son visage quand Caïn se demandait depuis quand il était passé au rang de millionnaire, et surtout qui s’était autorisé à faire ce généraux transfert sous la veste de l’armée.
Le Pentagone avait dit Bowin…après tout, peut-être que le Congrès était prêt à étendre le linge sale, et à entendre le plateau d’information qu’on s’apprêtait à leur servir.


[20:55:13]


- « Tout dépend de votre réaction », proféra Brainer pour alarmer l’homme à la tête de l’OIS « Si vous cherchez à taire la vérité, ce sera le soubresaut en trop. L’Emir est au courant, et il sait que si vous tentez d’effacer les fraudes d’Idéon, qui visaient à couvrir leurs activités au Moyen-Orient, vous vous inculperez aussitôt. Néanmoins, le choix est tout à votre avantage : soit vous laissez couler, et toutes les initiatives d’Idéon ces dernières années seront rendues publiques, dans quel cas l’Emir vous relaxera puisque le consortium sera chassé. Soit c’est votre tête qui tombe, et de cette étage, la chute risque d’être vertigineuse… »
- « Vous ne comprenez rien, faire ça reviendrait à déclarer directement la guerre avec toutes les parties impliquées ! Vous ignorez tout…les russes ne peuvent pas m’exclure si facilement, et une chose ne tient pas debout : pourquoi les russes vous auraient communiqué ces informations à mon compte si ça les expose tout autant ? »

Il suffisait à Brainer de dénicher la preuve que Kleinfeld était l’indic’ qui avait soufflé aux russes que Sorensen jouait en traître, et qu’en dépit du marché qu’il avait passé avec eux, son allégeance se tournait d’avantage vers l’Occident. Son jeu double aurait mis la puce à l’oreille du FSB, qui en aurait donc profité pour balancer certaines informations confidentielles sur les transferts d’argent du donateur. Seulement le timing ne coïncidait pas : Nazr était mort il y a plus de quatre ans, et Kleinfeld il y a quelques heures à peine.

- « Mes sources affluent des quatre coins du globe, ce qui explique pourquoi j’ai mis autant de temps à vous relier à Idéon. Vous n’espérez pas que je vais faire marche arrière ? Idéon est désormais forcé à reculer, et la moindre intervention de l’OIS pour infirmer les faits ne ferait que les confirmer »
- « C’est exactement là où je voulais en venir. Les russes ne sont pas encore mêlés à ça, jamais ils ne m’auraient balancé, et si vous faites sombrer Idéon, les représailles de Valajdopov s’étendront bien plus loin que mon cas personnel… Vous voulez connaître le pire ? Si jamais je n’avais pas été là, cette guerre aurait déjà commencé depuis longtemps, et vous n’auriez pas été ici avec vos accusations bidons… »

- « M. Sorensen ? », insista un des hôtes de la soirée qui voulait lui donner la parole, tandis que le philanthrope empruntait l’issue de secours à l’opposé de la scène


Les agents de la CIA se déployaient à l’intérieur du paquebot comme une colonie de fourmis plongeant dans leur fourmilière, le doigt du superviseur de l’opération tantôt axé vers la droite, tantôt vers le haut ou encore indiquant la direction du quai de promenade.

- « Trouvez-moi Bauer en priorité, on passera les invités au crible plus tard ! S’il le faut, on en fera plonger quelques uns… »

Jack enfila la combinaison de plongée que Serpico avait fait cacher derrière le panneau de contrôle de la filtration du bassin, s’inclina au-dessus de la balustrade puis sauta par-dessus bord avant que les troupes fédérales n’arrivent sur le ponton.

- « J’ai fais tout ce que vous m’avez demandé ! Maintenant laissez tout le monde partir! »
- « Ce n’est pas si simple Jack. Ca ne dépend pas que de moi, ni de vous. Renonçons au code éthique un instant, quelques vies valent bien le trépas pour empêcher l’avenir du pire. Après toutes ces années, la seule chose qui vous console illusoirement, c’est l’idée que la fin en vaut les moyens. Et si c’était vrai ? Le sacrifice corrige parfois l’irréversibilité du temps… »

Une fois à l’eau, Jack ignora Serpico et nagea jusqu’à la cavité ouverte à l’arrière du bateau, où se trouvait une pièce intermédiaire, bloquée de l’intérieur, qui permettait les départs en pneumatique. Il remonta à la surface pour entrer dans un sous-marin projectile pas plus grand que les toilettes d’un restaurant bon marché, puis lança le processus d’immersion.


Depuis l’étage supérieur, Cassandra apercevait une trainée d’eau qui se concentrait près de l’hélice du paquebot. Jack prenait le large à bord de la machine autoguidée.
Sorensen disparaissait dans le parking du Reagan Building, tandis que les invités l’attendaient de pied ferme. Brainer consultait sa montre, transpirant
Au Pentagone, Rosenberg s’entretenait avec Caïn pour le prévenir des opérations en place : aucune poursuite s’il gardait le silence sur sa rencontre avec Hendersen.



[20:58:32]


Révélé par l’éclairage au seuil de l’immeuble d’une société spécialisée en bourse, Hendersen franchit les portes rotatives pour se retrouver nez à nez avec un des principaux contracteurs américains qui l’attendait fervemment depuis que les forces armées de la ville s’étaient peu à peu retirées.

Matt Sommers était un allié de longue date, pourvoyeur de services civils à la tête du plus grand réseau de sociétés officieuses qui talonnaient l’armée américaine par des organisations militaires privées. Elles faisaient preuve d’une implication sans précédent dans les conflits afghans et irakiens en s’invitant sur les théâtres d’opérations que le Pentagone était amenée à grommeler médiatiquement, mais qui s’avéraient être un soutien indéfectible aux dissensions périodiques de la guerre.

Ainsi, Hendersen pouvait se contenter de passer par la voie royale en isolant les zones de sureté, qu’il pouvait traverser sans craindre d’être pris en filature par les correspondants de l’US Army. Et même lorsqu’il y avait des démêlés au sujet de l’espace d’occupation et d’influence des troupes officielles face aux corporations de Sommers, comme c’était le cas après l’attentat à Jalalabad, cela avait au moins l’intérêt d’engager une lutte de chiens enragés qui n’allaient pas chercher à renifler autre chose passant aux alentours.

- « Le Congrès sera bientôt averti des derniers projets russes en lice. Officiellement, cela justifiera comment Bergman a pu s’en tirer après avoir été traqué pendant des années »
- « C’était le seul moyen de faire taire les rumeurs à son sujet. Pour la Coalition, Caïn n’aurait jamais dû avoir connaissance de l’existence de Bergman, et nous n’aurions jamais dû négocier cette intervention orchestrée au village pour l’arrêter et lui faire cracher la pilule », résuma Sommers, qui arborait une étonnante tignasse grise censée cacher ses rides abyssales
- « L’armée organise une poignée d’opérations ciblées sur quelques afghans qui auraient des informations sur le marché nucléaire, de quoi rassasier les médias pour oublier la CIA, maintenant que Nate Sorensen commence à battre de l’aile… »
- « Je ne saisis toujours pas le consentement général des autres membres de la Coalition, ni comment tu as pu les duper un par un. S’ils découvrent que c’est toi qui cherche désespérément à excommunier Sorensen du groupe… »
- « Aucun risque, il doit être persuadé que toutes les informations collectées par Nazr, désormais entre les mains de Brainer proviennent des russes. Je ne vois pas ce qui le permettrait de déduire que c’est moi-même qui en a fait part à l’Emir. De plus, personne ne sait ce qu’Old Fates mijote au sujet de Caïn. La Coalition pense que mon petit entretien avec lui était l’occasion de le convaincre de tout abandonner. Or, il s’agissait, à l’inverse, de l’instruire sur nos activités »
- « Que Sorensen ou Caïn soit à nos côtés, ça ne nous empêchera pas de manœuvrer toutes les actions de la Coalition au nom de l’idéal d’Old Fates »

Les deux associés conjuraient les pleins-pouvoirs spectraux de la Coalition depuis assez longtemps pour réaliser que le rôle de Sorensen à l’OIS était primordial pour établir leur propre campagne de désinformation ; et ainsi faire parvenir aux autres investisseurs l’angoisse qu’ils redoutaient tous : devenir à leur tour l’objet d’un mouvement virtuose de manipulation déterminée par une entité encore plus imperceptible et inexistante, Old Fates, que Donovan Hendersen avait un jour entendu en plein contexte de Guerre Froide.

- « Minuit approche aux Etats-Unis. En premier lieu, il faut immobiliser Radford. Tu te souviens de ce délégué au Sénat, au bureau des affaires russes, David Kleinfeld ? »
- « Sorensen a découvert qu’il échangeait des informations aux russes, de la mauvaise publicité qui mettait le FSB en garde du marché passé entre Sorensen, Dojovenko et Mikhaloïv à propos d’EuriTrans. Bien entendu, la Fédération Russe a perdu le sens de la réalité. En découvrant que Sorensen est potentiellement une taupe, c’est le revers de la paranoïa »
- « C’est Sorensen lui-même qui a payé Kleinfeld afin qu’il se fasse passer pour un indic’, et sème le doute dans les rangs de la sécurité intérieure russe. Pour se couvrir, il a cherché à marchander le nom de la balance avec Valajdopov – qu’il connaissait, donc – et a organisé son assassinat. Désormais, le FBI place ses suspicions sur Radford »
- « De quoi palper la température de la cuvette où il risque de plonger pendant longtemps... »
- « Radford ne pourra même plus remonter à la surface pour respirer, ce qui permettra d’engager l’échec et mat final»

Sommers invita Hendersen à monter dans la cage de verre pour franchir chaque étage de l’immeuble jusqu’au dernier. Vu de l’extérieur, les reflets des façades translucides donnaient presque l’impression que personne ne se situait dans l’ascenseur. Arrivé au sommet, isolé du reste des employés, l’ancien directeur de la DIA aperçut les élans de fumée qui s’échappaient d’un bâtiment adjacent en ruine.

- « Il nous reste une intervalle de 3h pour éliminer les derniers pions de la partie. Les fous resteront sur le trône, à moins que le hasard ne renverse le damier avant… »
- « Et Washington ? Le gala de Sorensen, et celui sur le paquebot ? Les russes risquent de tout faire partir en fumée dans les minutes à venir »
- « Et alors ? Ici ou au goulag, je ne sais pas où est le pire »





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 Message Posté le: Dim 07 Juin 2009 - 21:18    Sujet du message:
Répondre en citant

Le problème de l'hébergement des épisodes est reglé, j'ai édité le premier post du topic et chaque épisode jusqu'au 9ème peut désormais être téléchargé Smile
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 Message Posté le: Ven 10 Juil 2009 - 22:01    Sujet du message:
Répondre en citant

L'épisode 10 a été un peu long à boucler sur la fin, ça fait trois semaines qu'il me restait juste les cinq dernières minutes à écrire, puis au moment de rédiger, je me suis rendu compte de quelques incohérences assez majeures et j'ai pas mal bloqué là dessus avant de tout tirer au clair.

Plus que deux épisodes avant la fin de la première partie et les choses commencent à bien se mettre en place pour le final de mi-saison, avec quelques grosses révélations concernant le dossier tant convoité par l'essentiel des pions de la partie dans cet épisode Twisted Evil

Bonne lecture à tous Wink




Précédemment dans la fan-fiction de Mr. Jack :

A bord du paquebot, Jack reçu l’objectif d’éliminer Dana Dern, organisatrice de la soirée et associée de Nate Sorensen qui était censée avertir l’ancien Delta de ce qu’il devait faire pour court-circuiter les plans russes, visant à récupérer des documents confidentiels à la base. Après lui avoir dit qu’un contact de la CIA le retrouverait sur place, Dern fut éliminée par un tireur isolé. Bauer quitta alors le navire en montant dans un propulseur sous-marin, sous les yeux de Cassandra, avant même que le C4 sur le bateau soit désamorcé, tandis que la Navy lançait son opération d’attaque amphibienne.

Pendant ce temps, Sorensen organisait un autre gala de charité, où Brainer s’était rendu afin de lui avouer qu’il s’apprêtait à publier les preuves susceptibles de le faire tomber, d’après les informations de l’Emir Nazr offertes non pas par les russes mais par Hendersen. Pour que le nouvel Emir accepte de fermer les yeux sur la mainmise de Sorensen au Moyen-Orient, ce dernier devait leur livrer les membres d’Idéon pour neutraliser définitivement le consortium.

Après avoir été passé à tabac, Caïn fut relâché par l’US Army grâce à des pots-de-vin d’un million de dollars provenant de son propre compte, sans même en avoir connaissance. Au même moment, Bergman allait être libéré en échange de quelques noms de dissidents. En réalité, pour Hendersen, sa capture était un moyen de transformer la parole de Caïn en or avec ce qu’il avait appris, bien que Rosenberg exigeait que rien ne s’ébruite.



Episode 10 : ( 21h00 - 22h00 )

Ces événements se déroulent le jour de l'opération Sombres Soleils, entre 21h et 22h, heure de Washington DC.




Ecrasant un moustique qui l’avait piqué au cou, le soldat Cohen, cagoule noire sur le visage empoigna son FAMAS si fort que ses doigts prenaient la marque du chargeur 25 cartouches qui n’attendait qu’à être éviscéré sur le repère de talibans potentiels qui allait être pris d’assaut. Le commando piétinait la terre rouge comme si leur empreinte devait rester impérissable, en suivant le leader de mouvements synchrones d’automates.

- « Hitman deux Charlie, prise à revers position nord-est ! Go go go ! »

La bâtisse de pierre mordorée s’élevait sur trois étages, dont les entrées étaient à peine suffisamment étroites pour laisser passer un adulte. Le 1er lieutenant Hatton affectait deux de ses hommes à la démolition du vestibule par du plastique explosif avant de sommer aux derniers civils préparant le marché de rentrer chez eux.

- « Alpha Team, prêt à la charge ? »
- « Aucun moyen de contourner l’entrée principale ? », s’assura une dernière fois le sergent
- « Négatif », concéda l’officier de surveillance posté sur le toit d’un bâtiment surélevé « Une demi-douzaine de capteurs ont été disposés sur toute la façade ouest. On rase un seul de ces fils et tout le bloc de pierre se met à cramer »

La moitié du groupe d’intervention fit le tour de la ruelle du marché pour éviter la caméra du portique des présumés suspects. D’après les informations récoltées par Godfather, il s’agissait d’une cellule de médiation entre les talibans et un comité scientifique composé de spécialistes nucléaires et chimiques pakistanais, cellule qui, à la connaissance de Bergman, servait d’intermédiaire depuis six mois tout au plus, comprenant une petite dizaine d’insurgés.

A l’aide d’un grappin, les forces armées escaladaient les remparts et se disposaient tel un ballet russe sur le long du mur de l’étage, munis de fumigènes à la main.

- « Deux un Alpha ici Deux un Delta, Trois-Trois vient d’amorcer les explosifs. A votre signal. Terminé », lança le second lieutenant au bas de la grille qui allait être abattu

Le sniper sur le toit d’en face repéra un des talibans se lever d’une table, malgré les stores improvisées en toge déchirée.

- « Bien reçu Deux un Delta. Détonation engagée dans : 3….2….1…. »

La secousse enfuma toute la terrasse après avoir dégagé l’accès au peloton qui commença à investir toutes les pièces de l’étage, au moment où plusieurs lacrymogènes de la seconde équipe traversaient les soupiraux pour désorienter les rebelles.

- « Bravo, dégagez à 13h ! », hurla le lieutenant qui envoya ses hommes au sous-sol, bloqué par une porte « Un-Trois demande de renforts ! », alors qu’on réagissait à leur offensive
- « Il nous faut une couverture ! », répéta un soldat, dont une balle l’avait effleuré à la main

Les tirs fusaient au-dessus, deux cibles pris de cours furent touchées à la jambe et à l’épaule pendant qu’un troisième cherchaient à s’échapper par le jardin asséché.

- « Subissons tirs ! Keller, cible à 9h », au tireur d’élite

Le sniper le dégomma aussitôt qu’il avait posé pied sur l’herbe jaune de la cour. Dans la confusion, la balle prit ses appartements au bas du ventre de l’arabe, blessure fatale qui allait en rayer un de plus de la liste d’interrogatoire. Un autre insurgé tomba comme une mouche lorsqu’il tenta de charger une roquette saisie dans une commode, le sang répandu sur les touches du clavier d’ordinateur.

- « Seigneur, on se fait massacrer ici ! », alerta un militaire à couvert devant l’homme qui se retranchait dans un 7m² vide et décrépi, armé de deux armes automatiques tirant à tout va
- « A tous les artilleurs, en attente, déblayez la venelle ! », ordonna Hatton, qui cherchait à faire bon usage du dernier explosif

Une fois la ruelle entièrement débouchée, l’artillerie lourde joua sa symphonie de guerre en torpillant le mur bétonné du dernier suspect isolé pour le fragiliser, avant qu’Hatton n’ajoute le coup de grâce avec sa grenade MkII. Une fois la porte défoncée, le dernier résistant fut heurté par une autre grenade à saturation sensorielle, puis fut alors transporté jusqu’à la zone isolée en retrait du quartier marchand, où les quatre prisonniers se trouvaient ligotés.

- « Quand la fiction dépasse la réalité… », confia fièrement le capitaine, dont un vieux rêve venait de se réaliser lorsqu’il contempla la pellicule de fidèles afghans déroulée devant lui


[21:05:43]


Le sous-marin de classe Virginia avait commencé à piquer du nez peu avant 20h50 pour amorcer son immersion à 400m sous la surface, pointant ses missiles Mer-Mer Harpoon en direction du submersible repéré à 30km au large de Colonial Beach. La station navale d’Anacostia restait à disposition par son soutien tactique que le Pentagone avait jugé bon d’exploiter afin de repêcher les premiers débris et les éventuels corps tout en sécurisant la zone de l’attention médiatique.

- « Les torpilles Mk-48 sont actives capitaine, nous attendons l’ordre de lancement », déclara un membre d’équipage qui faisait ses premières classes

Après vérification de la cible sur les captures des mats photogéniques, le capitaine G. Anders aspira un peu plus ses joues creuses et s’employa à relancer la liaison avec Washington pour avoir confirmation de l’offensive directe.

- « Ici Hawthorne à base SAE Hunter. Confrontation directe engagée avec le sous-marin ennemi. Degré 84°76°23°. Missiles parés. Attendons votre ordre »
- « Demande de repositionnement immédiat, ordre du Secrétaire à la Défense, je répète, repositionnement immédiat. Annulez la mise à feu des torpilles. Inclinaison du SSN de 70° »
- « Vous voulez que nous fassions écran mobile pour dissuader le navire hostile d’une seconde attaque préventive ? »
- « Affirmatif, le groupe amphibie fait demi-tour, vous devez continuer de faire obstacle »


Le fauteuil du DCI flancha d’un coup lorsqu’il tressauta d’indignation suite au revirement du président Logan, alors que Slattery acquiesça de la tête pour allouer sa subvention mentale à tout projet qui allait proposer de sortir la CIA du pétrin où elle s’enfonçait profondément.

- « C’est irréaliste, Rosenberg veut jouer la carte de la légitime défense », dépita Slattery au confort de Langley, en communication avec la base navale
- « Parce que vous pensiez pouvoir échapper à une énième résurrection de l’antagonisme du président en situation de crise ? On nous force la main pour prendre la décision la moins périlleuse, s’il y en a une. Et si le Pentagone croit sérieusement qu’une injection massive de morphine suffit à nous faire consentir à ses indécisions… »
- « Ce n’est pas aux agences de renseignements qu’il en faut le plus…Le président ne cesse de s’affoler à cause de la libération de Bergman parce qu’il sait que les réactions médiatiques vont se tuméfier et le remettre en cause. Un battement d’aile de notre part et cette histoire de sous-marin fera des vagues assez grosses pour que tout finisse par nous retomber dessus », argumenta le directeur du renseignement central en replaçant sa cravate « Les appuis politiques de l’aile droite ne cautionnent plus l’offensive, et la frappe lancée il y a une heure ne va pas tarder à toucher un de nos navires d’amortissement. Saisissons l’occasion : en attrapant les responsables de l’attaque, nous avons de quoi desserrer la corde »
- « Sans vouloir vous retenir plus longtemps », enraya l’as du contre-espionnage au DCI qui était attendu au conseil du renseignement national « Charles Logan ne veut pas s’embourber dans un procès litigieux en accusant les russes, les japonais ou qui que ce soit dans ce sous-marin. Vous l’avez dit vous-même, il ne cesse de s’affoler, il n’y a donc aucune cohérence à ce qu’il s’emploie à découvrir les coupables pour les pendre à notre place sur la scène internationale, d’autant que l’ONU n’arrivera pas à avoir son mot à dire »
- « Quelles sont donc vos nouvelles présomptions mystico-métaphysiques ? », souleva Carrell
- « Avec le traité qu’il s’apprête à ratifier avec les russes, tout indique qu’il ne cherche pas à les inculper de quoi que ce soit. Je songe plutôt à un accord tacite avec le Kremlin »
- « A quel prix ? », questionnait Braxton avec réticence
- « Le prix, nous en subissons les taxes en ce moment : Bergman. Nous sommes tous conscient que le raid dans ce village près de Kaboul ne tenait pas sur les rails et qu’il allait être relâché le temps d’une pulsation de cils. Tout était remarquablement bien esquissé, moi-même je ne voyais pas venir l’appât. Le Pentagone allait lui permettre de retrouver son souffle tandis que le joker Yanaka sortira d’une manche de magicien pour soutenir le témoignage des russes »
- « Celui qui signera le cachet de la culpabilité incontestable de Bergman, en tant qu’il opérait en free-lance donc… », déchiffra le DCI en se levant « Séduisant. Insensé mais séduisant. Je persiste également pour enceindre le sous-marin hostile du reste de notre flotte de proximité»

Le directeur Loomis fit le tour de la table ovale et agrippa la poignée luisante :

- « Il faut que toute cette opération ait l’air héroïque, notre image va être assez ternie comme ca…Richard, informez-moi pour l’antenne de Kaboul, et ne perdez pas Bergman du regard »


La serveuse afro-américaine resserra la ficelle de son tablier et déposa indolemment l’assiette d’œufs brouillés sous le museau décharné de Mike D. Newell, assis à la banquette d’angle d’un coffee shop stéréotypé, dont l’épaule battait incommodée sur la vitre où débordait le O de l’enseigne. La porte diaphane crissa au moment où un quinquagénaire austère tenant par précaution un imperméable beige sur son bras raide traversa la longueur du comptoir pour s’asseoir aux côtés du directeur de la CAT de Washington.

- « Un café, bien noir et profond »
- « La même chose pour moi », à l’employée au nom de Cherry, « La réunion du NIC ne commence pas avant une trentaine de minutes, ça nous laisse un peu de temps »
- « Vingt bornes pour revenir, et en congé depuis 2h, j’espère que ca en vaut la chandelle »
- « Qui a pris le relais au Post ? », s’interrogeait Newell
- « Reeves, que Dieu me pardonne…Si jamais Coltrane n’avait pas insisté pour son poste… »
- « Coltrane bosse pour Sorensen et l’Office de l’Influence Stratégique, donc Reeves publiera le rapport annuel de la réunion selon leurs estimations travesties »
- « Attends, je me suis déjà mis à dos tout le gratin mondain des renseignements, la tête de Sorensen ne virevolte toujours pas sur le parvis du Reagan Building. Si tu espères que je publie d’autres informations pour analyser sa réaction et enrager l’OIS, tu peux t… »
- « Du calme Coop’, Brainer opère sa manœuvre en ce moment, Sorensen va être réduit au silence grâce aux infos qu’on détient sur ses activités financières au Moyen-Orient. L’Al Mukhabarat et même le Mossad sont sur le coup, tu te rends compte ? Les émirs des pétromonarchies se sont achetées les services fédéraux borduriers pour s’assurer que les institutions monopolisées par Sorensen tombent définitivement. Un vrai coup d’état… »
- « Et après ? L’OIS va remettre les pendules à l’heure après la réunion du NIC »
- « C’est différent, cette fois on a le soutien de la Division, de l’ONU…à tel point que j’ai été mandaté pour rapporter les évaluations du Conseil afin de rapporter sans fard ce qui a été dit »
- « Délicat, équilibré…connerie oui, ce Clooney n’était bon qu’à jouer les Batman faussement séduisant », gueulait dans le vide le PDG du Washington Post en goûtant son nespresso


[21:16:06]

Le service de décontamination de la CIA recherchait les explosifs à bord du paquebot.
Au Reagan Building, le scoop macabre au sujet de Dana Dern s’ébruitait doucement.
Jack approchait de l’entrée de la base à près de 600m de profondeur.
Caïn avait eu la permission d’observer la mise en place d’une opération au quartier Nord de Kaboul, qui visait un autre présumé taliban livré par Bergman.


[21:20:27]


- « Ce ne sont que les premières interventions d’une longue série Monsieur… Non bien entendu, au contraire, il s’agit moins d’une croisade millénaire que des interpellations furtives… Non, a priori, aucun lien entre la liste de suspects mentionnés par Frank Bergman… Très bien, je comprends Monsieur… Oui, vous aurez mon rapport dans la journée… Merci Monsieur »

Danny Caïn chassa d’un coup de pied la mauvaise herbe isolée parmi la route de sable telle une île déserte au milieu de l’océan, et reposa le talkie-walkie, qui servait de liaison avec le haut commandement à l’intérieur de la tente qui protégeait des tempêtes de l’aube.

- « Washington vous attends au tournant… », supputa un soldat en attente de directives, assis sur une cargaison de balles pour fumer sa cigarette
- « Le Pentagone tient surtout à confiner chaque guerre dans des frontières délimitées il y a bien longtemps. Un îlot de paradis…artificiel. Rosenberg refuse que nos opérations s’étendent sur tous le Grand Moyen Orient, ca pourrait perturber son projet de remodelage »
- « Pourquoi ne pas nous focaliser sur les talibans ici ? Une démocratie à la fois non ? »
- « Longue histoire. En Irak, en Arabie Saoudite, en Israël, au Pakistan, certaines œuvres humanitaires prônant l’effort de la reconstruction de guerre ne sont en fait que des couvertures pour notre propre diplomatie »
- « Et officiellement, pour se justifier, Rosenberg refuse de démanteler ces organisations, parce que les gouvernements spécifiques verraient cela comme des démarches hostiles ? »
- « C’est ce qu’il prétend. Il cherche à faire croire que ces prétendues œuvres humanitaires profitent aux pays dans le besoin, pour remplacer les centres de l’OTAN. On verra la réaction du Congrès. Trop de suspects leur tombent du ciel. C’est comme un rêve qui se réalise… »

Au même instant, un forcené afghan bascula par-delà la rambarde d’une petite terrasse raccrochée à une bâtisse du quartier pauvre qui prenait la fièvre du lever du jour.

- « En voila un autre qui a le feu au cul… »


La CIA était soumise à un sérieux compromis depuis qu’on lui avait fait part de la présence de plusieurs charges explosives au sein du paquebot qui s’était ancré au beau milieu du Potomac River : soit faire sortir tous les passagers et perdre les infiltrés russes reliés à Serpico, qui prendraient la fuite à la première occasion, soit laisser tous les invités à bord pour ne pas ébruiter le meurtre de Dern mais les laisser en situation de danger.

- « Bauer et Evans sont introuvables Monsieur », signala l’agent Ledger, en liaison avec Braxton, qui explorait les cales où pouvaient être disposé le C4
- « Bauer s’enfonce dans les fonds marins à l’heure qu’il est. Cassandra Evans cherche à le suivre. Nos sonars ratissent le périmètre, l’aire a été écartée de la zone de danger. Le missile va percuter un de nos souffre-douleur flottant dans les minutes à venir, je ne peux pas prendre le risque de faire déplacer le navire. D’autre part, l’évacuation par les airs n’est pas envisageable »
- « Et affréter un autre paquebot pour déplacer les gens ? »
- « La marina nous en envoie un. J’ai seulement ordre de le laisser à distance tant que le C4 n’a pas été retrouvé. Continuez de répartir les invités et envoyez-nous le fichier de chacun d’entre eux, on doit étudier leur profil avant de chavirer sur la terre ferme »

Séparé du directeur de l’Agence par l’entremise d’une porte à moitié refermée, Martins hésitait encore à avertir les Affaires Internes de ses suspicions envers Braxton. Il restait persuadé que le DD-O traitait toujours avec Frank Bergman, sinon, comment aurait-il pu rester tant d’années le gourou chimérique de la CIA ?

- « Comment fonctionnerait la Compagnie si elle s’échappait de l’ère du temps, l’ère du doute ? », répondait Braxton au scepticisme de son adjoint « Oui, Bauer va s’en tirer avec ce que les russes attendent de lui. Des documents classifiés, Loomis en sait plus que moi là-dessus. Réfléchissez, c’est la meilleure porte de sortie s’il s’en tire, sans toutefois laisser les russes s’emparer de ces dossiers. Nous aurons la preuve qu’ils sont bien impliqués là dedans, et la taupe nous mènera tout droit au terrier moscovite… »


Au quatrième parking inférieur du Reagan Building, le trois pièces commençait à coller à la peau de Nate Sorensen depuis qu’il avait spécifié à ses lieutenants gominés de ne pas le suivre jusqu’à sa Range Rover. Même son col d’une blancheur extrême était effacé avec le noir nacré de la vitre conducteur, pendant que l’investisseur qui valait trois milliards patientait au pied du bloc de béton entre deux places pour SUV. Soudainement des étincelles de verre éclatèrent à quelques centimètres de son cou, et le firent détaler comme un lapin rentrant dans sa tanière face au danger :

- « Vous êtes fou ou quoi ??! J’ai dis un vol par effraction, pas une balle de 9mm pour mettre aux enchères ce qu’il me reste de gorge ! C’est une coutume chez vous ? »
- « Il nous faut toujours faire saigner un peu de chair lorsqu’on doute de quelqu’un »
- « Dojovenko est toujours aussi rancunier hein… »
- « Suivez-moi, trop de caméras ici », le guida l’homme cagoulé jusqu’au coffre ouvert de sa Cadillac XLR
- « Si vous espérez que je monte là dedans… »
- « Je suis sûr qu’après avoir fait le lien entre Valajdopov et Yanaka, le FBI appréciera vos exhibitions dans ce plan à trois »


Le mini-submersible éventra les viscères du fleuve à niveau du Georgetown Reservoir quand le protocole automatique abaissa mécaniquement la soute installée au-dessus du moteur, laissant Jack Bauer disparaitre dans l’écrin fluvial muni de sa combinaison en latex gris. La faiblesse du courant lui permit de nager jusqu’à un conduit de filtration d’eau installée par un contribuable sous l’aile déplumée de la CIA. On y produisait depuis deux ans, à quelques mètres d’acier, des prototypes miniatures pour les infiltrations en mer que le SAS britannique avait aidé à mettre au point pour des opérations maritimes. Loin d’être expert en plongée, la formation passée aux côtés de ses amis Stephen Saunders et Lyle Davies parmi les Forces Spéciales lui avait toutefois donné un bagage suffisant pour bien exploiter les ressources en oxygène et s’orienter gracieusement avec ses palmes afin de poursuivre son exploration sur près d’un quart de kilomètre. En passant au travers des grilles de sécurité fondues par chalumeau en début de journée, il pénétra, une fois au bout de ce labyrinthe de conduits, dans un bassin carré large de 50m, profond d’une centaine au moins, et noyé sur plusieurs niveaux. Sorte de gorge industrielle censée décourager les plus gros parasites cellulaires avec des détecteurs de mouvements et des caméras waterproof qui avaient été désactivées dès la fermeture du site après un rapport houleux du Congrès en 1989.

Nul doute que Serpico savait à quoi s’attendre. Si ses méthodes lui donnaient l’air d’un amateur excité de jouer dans la cour des grands, il était probablement plus chevronné qu’il ne le laissait croire. Jack en avait rapidement conclu qu’il répondait au profil d’un Spetsnaz écarté par le Kremlin pour loyaux services après l’Afghanistan, ou une opération avortée dans un des territoires satellites pour ensuite être redirigé vers la lutte anticriminelle à l’OMON, et passer sous les radars américains après la dissolution de l’URSS. La pression, lors de la remontée tel une bulle effervescente, lui occasionna quelques picotements à l’oreille et le ramena loin de ses garnisons théoriques qu’il échafaudait depuis son poste à la CAT. L’instant d’après, Jack posa la palme sur les marches d’un escalier presque entièrement immergé, et éclot son masque respiratoire pour constater que la cave de stockage de containers dans laquelle il s’était infiltré lui rappelait fort les exploitations pétrolières en Alaska qu’il avait visité lors d’un séjour avec le Ministre de la Défense Heller.


Kolia Kosgogvin se fourra à l’intérieur d’une cabine téléphonique à la périphérie d’un terrain de jeu pour enfants, et inséra sa pièce de 50 cents pour passer un coup de fil à l’agent qui servait de coupe-circuit pour éviter de correspondre directement avec Serpico, au cas où la CIA avait réussi à retracer le signal de sa liaison avec Bauer.

- « Je vous contacte pour l’annonce de la Mazda RX6 Cosmos »
- « Il y a encore quelques vérifications à effectuer au niveau du moteur »
- « Contrôlez-le jusqu’au dernier moment », en mentionnant Jack « Je ne risque pas de venir s’il pleut avant minuit »
- « Quelles sont les prévisions de la météo ? »
- « Ca pourrait s’assombrir avec un soleil aussi suffoquant qu’en ce moment »
- « Je me charge de remplir les papiers au garage. Je vous les transmets comme prévu »
- « Parfait, mais faites vite, le garagiste condamne les portes à 22h »

Kosgogvin resta suffisamment vague pour ne pas éveiller les potentiels agents assignés au réseau d’écoute sur le quartier, mais assez précis sur le choix de mots pour annoncer à son interlocuteur que Braxton suivait peut-être encore les consignes de Bergman. Faire du pavillon fédéral le prochain récif touristique du District, tout en laissant Bauer s’en tirer et en donnant à la CIA l’occasion d’appréhender les documents au dernier moment. Le directeur de la banque fédérale russe à Washington s’était rendu à l’évidence : à l’origine, la Coalition ne voulait pas que Jack s’empare des preuves et en fasse mention au procès où il allait devoir témoigner. Ce n’est qu’en voyant que les russes mettaient un point d’honneur à l’infiltrer que la CIA se décidait à laisser l’ancien Delta s’introduire au sein de la base pour impliquer médiatiquement les russes, tout en faisant durer le suspense autour du conflit des missiles.


[21:31:54]

Jack attendait le contact de la CIA mentionné par Dana Dern, sans révéler son intention à Serpico, qui lui ordonnait de se diriger vers le monte-charge.
Un des suspects interrogés par l’armée à Kaboul confirma la possibilité d’une offensive des talibans durant la matinée.
Brainer expliqua aux fédéraux présents à la soirée pourquoi Sorensen avait disparu.


[21:36:33]


- « Objet en phase finale d’approche : plus que 400 mètres avant impact ! », retranscrit l’officier de la Navy assigné à l’analyse de l’écran radar

Aussi bien à la Vinaigrerie qu’au Pentagone, en passant par la salle de visionnage privée du président Logan en Irak, l’opération amphibie était diffusée simultanément en huis clos. Pourtant, si Bergman dernier visait l’infiltration puis la destruction du complexe sous-marin, pourquoi avoir lancé un tir d’alerte relativement éloignée du tiroir secret de la CIA, sachant pertinemment que les Marines allaient avoir le temps d’organiser une défense efficace ? Slattery avait encore opté pour son mot magique, sa substance médicinale, la désinformation. Il était vrai qu’il y avait de quoi perdre la tête : l’attentat par missiles balistiques en Afghanistan aux heures de midi était-elle la diversion de l’attaque par sous-marin, ou était-ce l’inverse ?

- « 300 mètres avant impact »
- « Les soutiens logistiques du Military Sealift Command restent à disposition à un demi-kilomètre du point de collision », récapitula le chef d’Etat Major en liaison avec le président
- « Sommes-nous certains qu’il ne s’agit pas d’un missile anti-navire ? »
- « Négatif Monsieur le Président. A l’heure actuelle, le missile aurait déjà piqué vers la surface si l’un de nos convois était visé. La trajectoire ne peut plus dévier que sur un angle d’environ 30° au kilomètre et il est impossible que la cible soit située en dehors de notre barrière navale »

Pour ne pas risquer de subir une nouvelle coupe budgétaire, le département de la Défense avait opté pour une réaction peu conventionnelle mais néanmoins plausible étant donné que ce n’était qu’un tir préventif, et que Bergman, en toute connaissance de cause, leur avait laissé comprendre cela. Un vieux modèle de frégate de lutte anti-sous-marine laissé pour compte et provenant de la base d’Everett avait pu être rapatrié jusqu’au Potomac et servir de bouclier semi-mobile. Cela ne convenait qu’à moitié à Logan, qui se rendait à l’évidence que les répercussions médiatiques ne seraient pas aussi susceptibles de couler que la cible marine, et que pour riposter, il fallait trouver un argument de vente convaincant : la capture de Frank Bergman. Sous prétexte qu’il s’agissait d’un déserteur ayant rejoint les rangs du FSB lors de la guerre d’Afghanistan, proche de Serguei Sokolov, des groupes Spetsnaz en place, et qu’il allait être jugé pour avoir couvert plusieurs opérations clandestines avec le régime prosoviétique sous Carter. Logan, qui s’apprêtait à ouvrir les négociations pour un nouveau traité sur la réduction des armes stratégiques, succédant à START, pensait qu’il était bon de convaincre l’opinion en dénigrant le traité SALT II de Carter et profitait de Bergman pour condamner les décisions de la Maison Blanche au sujet de la guerre à l’aube des années 1980 ; Pourtant, l’objectif était, semblait-il, de suivre une politique proche de celle de Reagan…

- « 100 mètres avant impact. Opérateurs sur place de classe Seawolf synchronisés »
- « Aucun changement de trajectoire à signaler. La cible est prête à subir des dégâts minimes»

Slattery, comme toujours, restait impassible, bien que presque nerveux à force de se retenir de se griller une autre cigarette, manie qui avait tendance à agacer Braxton de plus en plus. A vrai dire, il songeait d’avantage à la mission qu’il avait confié à ses deux apprentis au contre-espionnage, qui se penchaient sur le cas Serpico.

- « La balance ne penche pas en notre faveur », marmonna-t-il en tapant à répétition son paquet de Lucky Strike contre la table
- « Aussi vite que vous éclipserez votre fumée et que vous écraserez votre mégot Roger, nos torpilles auront heurté le sous-marin ennemi. Ma mémoire commence à flancher, je ne parle plus diversion tellement ce mot ressort de vos lèvres à chaque fois que ma femme serrent les siennes pour…appliquer son rouge à lèvres… », commenta l’adjoint au DD-O

- « 50 mètres. Estimation inchangée, confirmation définitive du point de collision ? »
- « De plein fouet, à une vingtaine de mètres de la bordure sur la coque droite »

Comme un hommage d’événement sportif, tout le personnel de l’Agence et de l’entourage présidentiel resta muet, laissant le spectacle se dérouler dans un désinvestissement presque fataliste. Le témoin vert sur l’écran radar s’engagea à aborder le point central pour ne plus finir que par fusionner avec. 25m avant impact, puis 15…10…5…

L’orage éclata, à moitié englouti par le fluide marin. La réfraction des éclairs s’échappa jusqu’au rivage de Colonial Beach, dont les passants éberlués assistaient à une scène telle qu’elle aurait pu être reproduite par un de ces cinéastes hollywoodiens. Le navire flancha, puis périt peu à peu dans les abîmes d’un azur que la rivière retrouvait durant les beaux jours d’été. Au sol, certaines unités de prévention se mobilisaient pour rassurer les civils, tout était sous contrôle, anticipé et manipulé. La terreur était ainsi une fonction cruciale : une fois déclenchée puis désamorcée, elle pouvait créer le prestige, ultime étape de l’illusion et de la séduction des foules.


Le témoin orange de mouvement du monte-charge clignota pour indiquer qu’un agent venait y poursuivre son tour de garde, au moment où l’alarme laissa retentir ses ondes sur toute l’aire du complexe. Ce fut presque un soulagement de ne plus entendre les artères saignantes de la roche au plafond laisser verser ses gouttes d’eau d’une cadence immuable. Jack en profita pour se mouvoir sous la citerne de propane qui débouchait sur une allée délimitée par des containers de deux mètres sur quatre, puis se positionna de dos à l’un d’eux avant de courir jusqu’à l’élévateur au moment où le garde partait en sens inverse. Il enclencha la manette sur le moniteur puis resta collé près de la grille de sécurité, cherchant à se métamorphoser en une ombre si fine que l’agent ne pouvait le percevoir s’il se retournait. Au cours de l’ascension, Jack se débarrassa de sa combinaison en latex pour retrouver son costume à peine froissée, et laissa respirer son rein auparavant sous la pression du silencieux qui se fondait dans la peau.

- « J’y suis. La CIA a enclenché l’alerte »
- « On s’occupe des caméras et des employés de l’Agence. Ils ne sont qu’une petite vingtaine au total, les bureaux sont déserts depuis que le Congrès a décidé de les faire fermer »
- « Un si grand secret si mal gardé ? »
- « Il y a quelques années, le Pentagone a tenté de démentir l’existence d’une cellule fantôme vouée à la stratégie délibérée de désinformation par les médias. La presse, Internet...cela avait fait son effet au Kosovo par le biais de certaines actions secrètes et activités civiles. Une fuite a fait mention de cette division inofficielle peu après le onze septembre. Après une campagne de désaveux, le Pentagone a effectué une sorte de transfert des pouvoirs à quelqu’un qui pouvait relancer la crédibilité de la Maison Blanche suite à ses déclarations »
- « Nate Sorensen ? »
- « En plus d’avoir un répertoire digne d’un jazzman new-yorkais auprès des familles royales du Moyen-Orient, Sorensen exerçait un puissant lobbying sur la Défense américaine grâce aux membres de son think tank, dont l’influence lui vaudra de recevoir des subventions pour monter des fondations tout autour du globe. Echanges d’informations, ventes d’armes, de quoi bénéficier d’un large éventail de sociétés-écran »
- « Ainsi fut crée l’OIS, organisme d’influence de l’opinion médiatique et politique. La firme de Sorensen avait déjà trempé dans plusieurs opérations de propagande pendant le Koweït et l’Afghanistan. Mais ca ne me dit toujours pas pourquoi l’endroit n’est pas sécurisé »
- « Le groupe de recherche de la CIA qui étudie le programme qui nous intéresse ne voit jamais la lumière du jour, au sens propre. Personne n’y entre ou n’y sort, pas même le directeur inter-agences. Vous vous demandez donc à qui profite ces documents, et si Bergman était à la tête de la Compagnie, pourquoi chercherait-il à la détruire ? Pourquoi laisser à la CIA le soin d’établir ce groupe de recherche si Sorensen dispose des moyens pour le faire ? »

Le treuil se bloqua lorsque Bauer s’avoua vaincu face à toutes ces questions. La grille se déploya et laissa entrevoir toute une rangée de bureaux derrière le panneau vitré qui s’étendait sur toute la largeur du couloir sinistre.

- « Je penserais pour vous. Facile d’infiltrer un étage où il ne subsiste qu’un désert du réel…»
- « Alors pourquoi convoitez-vous ces secrets depuis si longtemps ? »
- « Comme tout le monde, nous attendions sur vous… »


Quartier général de la NSA, Fort George Meade, Maryland.

Dans l’espace confiné qu’il occupait depuis maintenant douze ans, Conrad Blake épluchait en détails la source de l’appel téléphonique effectué depuis le bourg à proximité de Kaboul, où le raid militaire avait abouti à la capture de Bergman et Caïn. En filtrant les parasites et en recoupant les voix avec celles des occupants du village au moment de l’assaut, l’afghan qui avait été mandaté pour passer le coup de fil fut retrouvé et interrogé par les autorités sur place. Ceux là étaient plutôt du genre coriace, remarquait le sergent Dickinson qui tentait de regrouper les témoignages des jeunes fidèles qui n’étaient pas encore tout à fait formés au silence inviolable, et dont certains constituaient une source plutôt fiable pour affirmer que Chikh Ben Massoud avait été désigné pour les communications avec l’extérieur. Une fois qu’il purgea sa première expérience de « l’avenir radieux » auquel il était promis pour reprendre le sergent, lui réservant un 4m² toilettes comprises au sein de Guantanamo, Ben Massoud cracha le morceau et déclina l’identité de celui qui lui avait proposé 200 afghanis en échange de ses services : non pas Bergman, ni ce 3ème homme que l’armée cherchait désespérément, mais le « soldat en uniforme », Danny Caïn. Le président Logan fut rassuré, mais non moins irrité de connaître celui qui avait nargué l’US Army par une arrestation qui n’avait rien d’assez théâtrale et qui plus est, sans preuves convaincantes contre Bergman. Tout le monde avait été pris de court avec cet appel, et l’OIS n’avait pas eu le temps de monter une fausse intervention. Le Pentagone ne courrait plus après un fantôme mais une ombre…


[21:46:13]

La soirée de charité touchait à sa fin lorsque tous les invités furent poussés vers la sortie.
Mike Newell entra au siège gouvernemental où se tenait la réunion du NIC.
Caïn tenta de convaincre Dick Hunter qu’il fallait monter une série d’interventions sur les présumés membres du consortium Idéon, projet que le Sénat était loin d’approuver.
Jack força la serrure d’une réserve afin de rejoindre la pièce adjacente par les conduits.


[21:50:20]


Quasiment ceinturé par deux gardes du corps qui veillaient au grain, le président de la Chambre se retrouva au bas du grand escalier qui débouchait sur le forum du Reagan Building, cherchant parmi les têtes de la foule de moins en moins conquises le visage de Tony Almeida, appréciant peu le tumulte bureaucratique de Washington.

- « Navré du retard, les fédéraux tenaient à grouper les gens pour ne pas semer la panique»
- « Ecoutez, Anthony Lane ne m’a pas perdu de son collimateur », avoua l’ancien analyste à la barbe de trois jours « Pourquoi ne pas faire appel à vos receleurs du Sénat ? »
- « Les Représentants sont divisés concernant les fonds réunis pour la reconstruction au Moyen-Orient, et les sénateurs ne veulent pas lâcher du lest maintenant que nous avons ouvert les porte de Kaboul aux talibans. En clair, ils continuent de viser l’approvisionnement du pays à moyen terme, si ce n’est que par rapport au marché de la drogue »
- « Ce n’est pas nouveau, le Congrès est alimenté par les contrats que propose le groupe à Sorensen. Pour ce que j’en sais, il est soutenu par plusieurs contractuels trempant dans des affaires d’armements ou de pharmaceutique, des investisseurs qui ont tout à gagner en Afghanistan. Leur multinationale engendre tous les profits : les secteurs de la guerre concernant le Congrès sont injectés de capitaux qui accroissent le budget mais qui le rend dépendant des associés de Sorensen qui travaillent dans la Défense »
- « La Coalition…Bergman en est un de leurs pions. Elle détient 90% des capitaux qui forment le budget du Congrès, et qui ne fait qu’enfler avec l’Afghanistan et l’Irak, puisque l’augmentation de la demande en matériel – tanks, robots, armes lourdes – s’achève par l’augmentation des revenus, notamment par le biais d’extorsions puisées dans les poches de cellules dissidentes. Ce cyclisme est une constante du gouvernement depuis des décennies…»
- « Un gain mutuel surtout. Le Congrès permet à l’industrie de la Défense de s’enrichir », alors que Tony autant que Brainer ignorait qu’elle était dirigé par Hendersen « Ce qui contribue ensuite au maintient budgétaire du Congrès, sans que les fonds soient entièrement connus du public. Beaucoup de personnes spéculent sur cette théorie, mais comme les investisseurs de votre Coalition ne sont pas côtés en bourse, il est impossible de connaître le taux d’échange monétaire avec précision, et à quelle fréquence. Le rôle d’Anthony Lane était ainsi de nous leurrer sur la distribution des fonds de la guerre, qu’il a notamment drapé par son programme de recherche sur le clonage »
- « A l’heure qu’il est, le NIC va tenir son conseil. J’ai peut-être un moyen de relancer la croissance économique si nous remportons la croisade contre les talibans »
- « Est-ce réellement l’enjeu ? Tout n’est qu’une question d’importations pétrolières ? »
- « Je peux convaincre le Congrès de miser sur le développement du Moyen-Orient et de migrer une partie de nos fonds de guerre vers le programme de santé en Afrique par exemple. Mais je dois savoir la vérité sur le dispositif de désinformation en Afghanistan, et vous seul pouvez réellement convaincre celui qui nous en dira plus… »
- « Ne me dites pas…Jamais il ne parlera…Anthony Lane restera muet comme une tombe… »


La table en chêne était tellement reluisante qu’on pouvait apercevoir les visages déformés des députés nationaux du renseignement qui venait de s’y regrouper autour en vue de l’évaluation annuelle des plans stratégiques, essentiellement des tensions sempiternelles dans le Caucase et une majeure partie de l’Eurasie, ainsi que la crise extensive qui sévissait au Moyen-Orient depuis plus d’une décennie désormais.

- « Bien, nous sommes tous au complet je présume », entama Peter Abrogavio, éminent professeur à Stanford qui présidait là sa seconde année au NIC « Avant de commencer ce briefing global, je voudrais souligner la présence de M. Newell, commissionné par la Division Centrale ainsi que Mme. Cordallo, représentante diplomatique du cabinet Douglas & Ferch et ancienne directrice de campagne de James Baker, et pour finir, M. Glassner, du Bureau des Communications Internationales »

Un camouflage verbale de l’OIS, rechignait Newell dans sa tête, se sentant presque, malgré son âge avancé, comme un enfant faisant sa rentrée dans une classe qu’il ne connaissait pas.

- « Je crois qu’en vue du lobbying des sociétés privées qui se glissent dans les terriers poudreux du Moyen-Orient, je suis à mon tour, un peu forcé de procéder vis-à-vis de cette réunion par un lobbying de « corporatisme géopolitique » pendant plusieurs sessions étant donné le large programme que nous devons étudier. Le président attend le rapport pour samedi matin à la première heure, et il est convenu que la CIA nous assistera sur l’exposé des prévisions de la guerre en Eurasie jusqu’en 2025. Avant d’évoquer les interventions planifiées sur la scène afghane et irakienne, j’aimerais insister sur la révélation de plusieurs contrats pétroliers officieux émergeant probablement des sources du Washington Post, et qui contredisent d’autres versions rendues publiques »
- « Les chiffres sur la rente russe auraient été falsifié pour couvrir les stands actifs du marché noir je crois », intervint le vice-député « Quelqu’un au Post soupçonne qu’on se sert de la presse pour cacher des échanges énergétiques peu communs entre certains lobbyistes et des vendeurs russes recherchés par le Kremlin, probablement parce que les fédéraux russes soutiennent le consensus »
- « En fait, l’alliance semble convoiter un objectif commun : ce consortium, celui qui s’est développé par le biais de Peter Kingsley je suppose, reçoit des fonds pour installer des instances d’aide internationales au Moyen-Orient, surtout dans un cadre scientifique et médical. Ce que ce reporter suppute, c’est que russes et américains touchent des pots-de-vin grâce à ces institutions, de l’extorsion de mafieux à grande échelle où l’Organizatsiya envoie ses gros bras pour s’assurer qu’aucun affilié à ce consortium ne soit remarqué »
- « C’est une fable mélodramatique moderne, nous sommes tous d’accord », concéda Cordallo, femme de souche hispanique qui se conservait très bien pour ses cinquante ans « La Maison Blanche a reçu une archive enregistré par les talibans, message hostile des plus banals. Il est évident que cette vidéo a été diffusée pour faire diversion sur le réel problème : des aveux qu’aurait fait l’émir décédé il y a trois ou quatre ans au sujet de ces contrats sur le pétrole, mais qui en réalité, ne révèlent rien »
- « Comment s’assurer que ce témoignage n’était pas authentique ? », demanda Abrogavio
- « Admettons que cet émir cherchait à mettre fin aux intimidations du consortium en voyant qu’on piochait dans ses réserves pétrolifères. Pour quel motif son successeur n’aurait pas soutenu ses arguments en faisant appel à l’ONU »
- « Peut-être parce que son pays était pris à cheval entre les exigences de l’Occident et de l’Orient. Peut-être parce que l’ONU ne sait même plus séparer deux bambins dans une cour de récréation. Nous ne nous voilons pas la face non plus, nos relations ne sont pas au beau fixe avec les Emirats, même rengaine pour les russes »
- « Je suis de cet avis aussi. Ces extorsions ne sont pas si fictives que ca. Ce qui l’est, c’est de se rassurer par une théorie du complot qui entend que cette histoire soulevée par le Washington Post est crédible uniquement parce qu’aucun des membres de ce consortium n’est trouvable, parce qu’il ne subsiste aucune preuve de ces représailles envers le Moyen-Orient. En clair, on se plait à rêver que si la vérité n’est pas là, c’est parce qu’elle a disparu »


Pendant que Braxton fut averti du dernier coup de filet à Kaboul, il prit sous le bras la pile amaigrie de rapports synthétisée à propos d’une opération coordonnée entre l’armée américaine et ce qu’il restait des troupes de l’OTAN ancrées aux frontières avec le Pakistan. Chargé d’anticiper l’éventuelle contre-attaque sous-marine par Loomis, affecté au conseil du NIC, le directeur de la CIA enchainait les suppositions pour comprendre l’infiltration de Bauer orchestrée par les russes. La destruction du complexe devait être l’occasion de répandre un peu de poussière aux yeux de ceux qui s’aviseraient de les prendre en filature une fois les documents en leur possession, mais il était clair que Braxton n’allait pas laisser un agent incontrôlable folâtrer entre deux piquets de la bannière étoilée avant de saisir des renseignements dont le DD-O lui-même n’en connaissait pas le contenu. D’un autre côté, pour que les russes tombent dans le piège, la CIA devait dresser le tapis rouge à Jack, et faciliter les conditions de l’infiltration, malgré les contre-évidences tel l’alarme qui avait été enclenché. Personne à l’Agence ne savait ni pourquoi ni comment Bauer avait été sélectionné pour cette virée sous la rivière, mais les briscards fédéraux comme Martins savait que le directeur recevait directement ses ordres de l’au-delà, l’intangible Coalition par le biais de Frank Bergman. Il aurait donc été peu judicieux de dénoncer un supérieur soutenu par le Congrès, subissant le lobbying des investisseurs de la Coalition. Ainsi, dans le dernier mémo codé, il fallait s’assurer que Bauer bénéficiait d’une autorisation d’accès de niveau cinq, rencontre le contact au nom de Huggins, et que pour des raisons confidentielles, il n’y avait, en plus de lui, que quatre autres hommes pouvant accéder à ces documents classifiés. A titre plus officiel, on venait d’annoncer le désamorçage d’une faible quantité de plastique explosif sur le paquebot après avoir envoyé les passagers sur le bateau amarré un peu plus loin grâce à une dizaine de canoës de sauvetage, tandis que la Maison Blanche redoutait l’intervention au Reagan Building, faisant déjà trop de bruit pour aucune menace réellement concrète.

L’alerte ne fut pourtant plus artificielle lorsque le poste de commandement de la Navy transmettait une description de l’inclinaison du submersible de provenance japonaise, d’après les suppositions revue à la hausse en fonction des dires de Yanaka. Une deuxième frappe allait être produite, et Slattery avait vu juste quand il disait que le premier créneau n’était que de la désinformation, que le second missile frapperait aux environs de 22h. Pourtant, Logan avait insisté pour éliminer la menace qu’une fois le tir engagé, et se contentait de maintenir un flottement au sein du Pentagone sur la stratégie efficiente à adopter.


Quelques heures plus tôt et la Cadillac inscrivait ses traces de pneus sur la surface bétonnée d’un futur bureau d’angle en construction, dans la pénombre d’un chantier à la limite de Washington, conçu par des pontes de la mafia rouge qui investissait dans l’immobilier au sein de la Capitale pour blanchir leurs affaires sur le marché new-yorkais, et s’approcher de secteurs ordinairement administrés par les industriels de la Coalition. Sorensen fut révolté lorsqu’on déchargea le coffre et repassa d’un geste de la main le pli sur sa veste avant d’être conduit jusqu’aux chaussures cirées du magnat de l’Organizatsiya et émissaire du Kremlin.


Jack traversa entre les halos qui transperçaient la passerelle en ferraille, ceinturant le laboratoire au 3ème niveau, et s’arrêta derrière le prototype en métal que le département spécialisé dans les nanomachines utilisait pour ses expérimentations avant de rejoindre l’autre extrémité de la cellule quasiment déserte – un scientifique y effectuait des allers-venus au rythme d’une rotation planétaire −, puis de rentrer dans l’ascenseur qui menait au dernier niveau. Au moment où les portières déclinaient transversalement, une forme à peine distincte recouvrait la perspective du couloir surréaliste et arracha l’agent jusqu’à la pièce rouge sang réservée au développement photographique.

- « Je s… »

Bauer posa le doigt sur les lèvres familières de son contact et examina la chambre en un rapide coup d’œil pour s’assurer qu’aucune caméra n’y était plantée.

- « Qui t’as envoyé ? », lui murmura Jack à l’oreille pour ne pas être entendu par Serpico, déjà à moitié couvert par le bruit de l’alarme
- « Dana Dern, elle t’avait parlé d’un contact et c’est moi. Le nom de code est Huggins »
- « La CIA est au courant ? »
- « L’initiative vient de l’Agence. Les fédéraux m’ont prévenu de mon rôle à la dernière minute mais je pense que Braxton le savait depuis bien plus longtemps… »
- « Pourquoi Dern ne m’a pas dit que ce serait toi ? Je doute qu’elle se soit entendu avec la CIA pour t’envoyer ici »
- « Elle allait te prévenir au moment où le FSB s’est chargé de l’éliminer. Celui qui t’as engagé se servait de toi pour qu’on ne relie pas le meurtre aux russes, mais ce sont eux qui ont tout commandité. Ils voulaient faire appel à un de leur tueur mais ca les aurait incriminé, et cherchaient donc quelqu’un de neutre. Dern avait délibérément organisé le gala sur le paquebot parce qu’elle savait que c’était le point d’accès idéal pour rejoindre la base, que les russes se pointeraient et qu’on pouvait te prévenir de la situation »
- « Comment pouvait-elle savoir que tu viendrais ? »
- « Tu crois quoi, que les russes m’ont envoyé te rencontrer ? Je te l’ai dis, quelqu’un à la CIA avait accordé ses violons avec Dern il y a un moment. La roue a tourné et j’étais ce que l’Agence avait de mieux pour établir un contact avec toi. J’en viens à me demander si je n’ai pas été arrêtée et recrutée pour ça… »

L’ancien officier des Forces Spéciales palpa l’instantané qui trempait dans le bain liquide, le plan serré d’un homme, figé dans le temps et noyé sous cinq centimètres d’eau couleur grenadine. L’idée qu’on ne pouvait jamais se défaire de l’instant lui traversa l’esprit, pour ne pas dire qu’elle était plantée comme une aiguille dans sa tête depuis des années, et qui le plongeait dans un fatalisme renié. Devait-il s’effrayer que ces dix dernières années apparaissaient de plus en plus comme une cause perdue, qu’il coulerait avec cette image insupportable qu’il avait de lui-même, toujours plus distante de ce qu’il était réellement ? Il sentait le fléau qu’il devait supporter, un coupable comme éclairé par une lampe inactinique qui ne comprenait pas d’où venait le tort, qui sentait qu’on voulait lui faire payer des crimes que le temps n’arrivait pas à effacer.

- « Si c’est vrai, on a un gros problème… », avoua-t-il à Cassandra en revenant à son objectif « Je suis censé rencontrer un agent sous l’aile des russes, qui doit me conduire jusqu’aux documents visés. Si tu nous suis, ils nous verront sur les caméras de sécurité »
- « Langley a tout sous contrôle, on diffuse en boucle des plans fixes à chacun des mes points de passage. Mais personne n’a jamais entendu parler d’un espion dans leurs rangs »

En sortant le cliché de la solution liquide, le papier photosensible révéla l’image que Jack ne pouvait se retenir d’identifier. Les blancs étaient devenus grisâtre et le contraste n’était pas vraiment prononcé. Elle suffoquait presque de ne pas s’enivrer dans le bain acide censé arrêter l’action du révélateur.


La Navy réorganisa sa barrière navale en voyant que le sous-marin hostile était en train de réarmer ses missiles. Le Pentagone attendait de déclarer l’ordre de riposte.
Nate Sorensen se débattait pour ne pas être attaché à l’adossoir d’une chaise.
Braxton fut averti des images concernant la présence de Cassandra au complexe.
Un des dissidents interrogé par l’armée à Kaboul affirmait avec retenu qu’une base d’entraînement des talibans avait été installée dans les montagnes du nord-ouest.


[21:59:39]


Derrière l’écran, l’appareil de surveillance pivota dans une remise embrumée d’obscurité, pareille à des catacombes s’engouffrant dans l’espace happant d’un trou noir. Le ventilateur sourd asséchait la trainée de fines gouttelettes de sang tracées jusqu’au pied d’un cadavre, à moitié ingurgité par la bouche d’aération − qui prenait effet dans le coin déjà obstrué par deux rayonnages emplis de classeurs XXL, dont leurs lectures suffisaient à servir de culture pour les générations à venir −, et laissant dépasser un badge rabattu au ras du sol.

Un meurtre parfait sonnait si élégant au cinéma. Ici, il ne s’agissait que d’un travail en demi-teinte, manquant non seulement d’esthétique mais aussi de logique, aurait soutenu n’importe quel inspecteur découvrant le corps inerte. Avec un peu de persévérance, la scène révélait à l’œil avisé un indice qui ne pouvait échapper au nettoyage printanier que la Compagnie allait mener sous la juridiction du Congrès : le nom annoncé sur le badge était celui de P. Huggins, semblable au code du contact de la CIA que devait retrouver Jack, et finalement enterré plus bas que terre avant sa cérémonie funèbre.

Tout contraste disparaissait, deux possibilités qui s’annihilaient réciproquement : ou on avait éliminé Huggins afin de se faire passer pour le contact envoyé par la CIA à sa place, ou bien le teint blanc du mort assurait que ce dernier souffrait régulièrement du froid polaire de Moscou, qu’il était bien le contact russe qu’avait évoqué Serpico, et qu’il avait fini par être découvert. Le costume noir et blanc portait à confusion, deux contacts, mais l’un seul avait embrassé le trépas, tandis que l’autre améliorait encore le négatif – par usurpation − de la pellicule, se déroulant sous les yeux hilares et hallucinés d’un maître du temps.




[21:59:57]
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[22 :00]

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Mr. Jack
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 Message Posté le: Jeu 13 Aoû 2009 - 4:04    Sujet du message:
Répondre en citant

J'ai achevé l'épisode 11 avant de partir en vacances pour quelques jours. Pas eu le temps de faire la relecture mais ça viendra dans la semaine.

Au final j'en suis vraiment satisfait, et je dis ça sans chercher à vanter l'épisode. C'est surtout que pas mal de choses me contrariaient quand j'ai commencé à l'écrire, et je suis dans une période où je doute pas mal de mon style. Ce qui explique pourquoi j'ai bcp traîné pour le finir, je suis plus vraiment satisfait de ce que je fais depuis quelques temps, mais je dois avouer qu'au bout du compte, je suis très content du rendu final de l'épisode Smile

Ne pas oublier qu'il s'agit de l'avant-dernier de la saison (de la 1ère partie "Le Procès", mais qui est à considérer comme une saison à part), donc les choses se regroupent et les révélations arrivent en fanfare Twisted Evil

Enfin bon, je vais pas en dire trop, pas le temps d'élaborer vu que j'ai un train à prendre dans 2h, mais je voulais absolument finir l'épisode avant de partir, et pour autant, il est loin d'être baclé à mon sens.


Bonne lecture Wink





Précédemment dans la fan-fiction de Mr. Jack :

La libération de Frank Bergman avait été négociée en échange de quelques noms de dissidents proches des talibans, dont les arrestations programmées par l’armée avaient porté leurs fruits. Caïn profitait ainsi de l’effervescence du Pentagone pour demander le démantèlement de fausses organisations humanitaires au Moyen-Orient, que Sorensen pouvait accorder en désagrégeant officiellement le consortium Idéon. Dès lors, les émirs des pétromonarchies allaient garder le silence sur son implication dans ces œuvres caritatives. Seulement le FBI ne parvint à mettre la main sur le multimillionnaire, emmené rencontrer Serj Valajdopov, haut placé du FSB dans un lieu isolé à la frontière de Washington.

A l’heure où les navires de l’US Navy organisaient leur riposte dès lors que le sous-marin hostile frappait le premier, Bergman n’attendait plus que l’attentat finisse par discriminer la scène japonaise. Le président Logan comptait bien s’en servir – notamment en faisant parler Yanaka – pour annoncer sa capture comme succès médiatique.

Pendant que Newell suivait la campagne de désinformation de l’OIS au conseil inter-agences au sujet des évidences qui planaient au dessus de la tête de Sorensen, mais qui faisaient état d’échanges énergétiques entre la Russie et les lobbyings américains affiliés à Idéon, Kurt Brainer aspirait à faire parler l’ancien politicien à la tête du Congrès Anthony Lane à propos de la désinformation en Afghanistan, selon l’accord qu’il avait passé avec les émirs arabes.

Infiltré dans le complexe sous l’eau, Jack retrouva le contact, nom de code : Huggins, dont Dana Dern avait fait mention avant sa mort. Il s’agissait de Cassandra, que l’Agence avait envoyée pour suivre l’ancien Delta à la loupe, persuadée qu’il lui ferait confiance. Pourtant, ce que Bauer ignorait, c’est que l’employée nommé Huggins avait été assassinée, signifiant qu’on usurpait de son rôle de contact pour saisir les dossiers que Jack avait ordre de récupérer.



Episode 11 : ( 22h00 - 23h00 )

Ces événements se déroulent le jour de l'opération Sombres Soleils, entre 22h et 23h, heure de Washington DC.



L’écrin militaire que le Pentagone avait fait installer à l’orée de Peshawar, non loin des sentiers courants depuis Jalalabad, recevait à bras déployés les négociateurs que les services fédéraux pakistanais avaient envoyé pour répondre à l’insurrection talibane. Comme en leur enfonçant une piqure de rappel en plein cou pour extraire l’armée américaine des mois de barbituriques lorsque la junte afghane restait effacée, le délégué du Lieutenant Général Ramasi, Mahmoud Ahmira (qu’on affectait habituellement au Cachemire) pris la décision de lancer l’offensive visant à éliminer certains chefs de l’insurrection installés dans la vallée.

- « Ce n’est pas qu’une affaire de pouvoir, Kaboul ne sera pas renversée de sitôt, et vous vous doutez que ce n’est pas notre priorité », assura Ahmira, le bouc clair entourant une bouche miniature « Près d’une quarantaine de groupes aux ethnies multiples coopèrent activement et gravitent autour du réseau d’Al-Qaeda. Explosifs, kamikazes, sessions d’entraînements dans nos montagnes…Ces micro-organisations sont devenus un danger pour nous aussi »

La bâtisse, dont les stores en tissu souffraient le soleil pour laisser la pièce dans l’ombre donnait presque l’impression de fondre sous la température avoisinant les 40 degrés. Retranché sur un sommet de côte stratégique qui facilitait l’observation des conflits tribaux au nord du Pakistan, le Colonel Colion émettait des réserves envers la Direction pour les Renseignements Interservices. Selon lui, elle était financée par la drogue et les récoltes abondantes des champs de pavot contrôlés par les talibans, et misait sur les rebelles afin d’effrayer l’ennemi commun, l’Inde, dont elle redoutait son installation en Afghanistan.

- « A dire vrai, la démocratie n’est pas l’enjeu pour nous non plus. La précédente administration avait fait la promesse d’un nouveau plan Marshall qu’elle n’a pas tenue. Nous aimerions réparer cela, et cessez les coûts drastiques de cette guerre à notre contribuable. Lorsque vous avez cédé la vallée du Swat aux insurgés, les talibans en ont fait un lieu de réarmement et de recrutement pour consolider leurs positions », accordait Colion
- « Al-Qaeda espère ouvrir d’autres fronts pour bénéficier de la modernité, téléphone, internet...L’armée pakistanaise avait rencontré deux échecs cruciaux, personne n’était formé pour une contre-insurrection, et nos troupes sont encore déployées sur la frontière avec l’Inde. La Direction vous laisse un accès complet à ses informations sur les installations talibanes, et l’armée vous accordera ses meilleurs hommes si vous menez l’assaut »
- « Le Congrès acceptera majoritairement vos services. Ce que M. Rosenberg craint, c’est que toute cette exaltation s’étende sur le Grand Moyen Orient pour arrêter plusieurs cellules dissidentes, et le Sénat reste très divisé sur ce point. Ceci dit, à ce stade de la guerre, l’aide au développement va devenir indispensable pour mater l’insurrection et nous accorder la pleine coopération de la population locale »

Brainer verrait là son rêve se concrétiser depuis qu’il affichait son soutien à la reconstruction des infrastructures. Le soulèvement des talibans apparaissait comme un retour de flamme depuis que la Maison Blanche se complaisait de la désillusion en Afghanistan, et depuis que l’armée coupait court au marché de la drogue en saisissant les récoltes saisonnières, elle ne cessait de se mettre à dos paysans et pakistanais. Les opérations éclairs que Bergman avait permis avaient éclaté les réticences des renseignements au Pakistan en tissant un filet assez grand et organisé pour acculer une bonne partie des groupes ethniques liés à Al-Qaeda.


[22:05:22]


- « Sous-marin nucléaire d’attaque exposé au missile ennemi ! Demande de révision finale du secrétaire à la Défense ! »
- « Protocole quatre immédiat, réaction offensive. Confirmation que les hostiles ont déclenché la procédure de tir. Cible visé : les installations d’épuration près du Georgetown Reservoir »
- « Barrière navale en situation critique dans dix minutes, possibilité de contournement du missile par le sud degré 56°44°48 »

Les bureaux de la Défense au Pentagone bénéficiaient d’une liaison instantanée avec la Navy, venant tout juste de confirmer les craintes du Secrétaire, poussé à augmenter le niveau d’alerte d’un rang suite à l’affrontement marin qui s’était haussé d’un ton.

- « Il faut préparer un communiqué national pour évoquer des potentielles retombées toxiques dans la rivière », concéda le 1er conseiller de George Rosenberg « Cela dissipera tout soupçon sur cette histoire de complexe fédéral officieux »
- « La presse va rapidement voir plus loin. Maintenant que le missile a été lancé et que la riposte est déclarée, le sous-marin sombrera au fond des eaux pour minuit. Les recherches lancées dans la matinée confirmeront l’identité des hommes à bord, en certifiant que les japonais, et probablement Zan Yanaka sont derrière l’attaque. Même si leur ministre nous martèlera au sujet de l’indépendance du mafieux, la CIA va tout faire pour que la responsabilité retombe sur le Japon »
- « La CIA en parlera comme d’une menace de guerre, est-ce vraiment judicieux d’aller au bout de leur pensée ? »
- « Ca ne fera pas les gros titres. Nos satellites démontreront, preuve à l’appui, que nos bases restent dans un calme inviolable. Cela fera penser à une faiblesse de notre part de ne pas réagir, mais nous ferons croire que nous laissons l’ONU s’occuper des sanctions à adopter »
- « Et comment allons-nous intervenir en réalité ? »


Classification Top Secret. Source HUMINT : Bob Schleret. Sujet : KUDESK/KUFATES. Braises des données de HT Lingual sur le comité Abraham à propos du département secret de la CIA à Washington.

Constitution d’une commission d’enquête en 1989 pour réparer les révélations énoncées par le New York Times à l’égard du projet Clockwork. Suite à cela, la commission d’enquête présidentielle Abraham complète l’équipe formée par le Congrès. Objectif : éclaircir publiquement les activités menées par la CIA sur plusieurs sujets humains par l’expérimentation de psychotropes après la mort de deux d’entre eux. Conclusion de l’enquête interne : étant donné qu’aucun sujet ne connaissait la nature exacte de la substance, dérivé mortel de la mescaline, la CIA est tenue pour principale responsable pour avoir engagé le Dr. Friedrich, et pour lui avoir demandé d’assigner son équipe de biochimistes aux techniques d’interrogatoires de prisonniers en Europe de l’Est. Hypothèse de l’assassinat sur le patient zéro écartée. Décision : fermeture définitive du complexe secret, compensation financière aux familles des défunts, procédure de jugement à l’encontre du Dr. Friedrich et fermeture temporaire des blocs d’Europe de l’Est (réouverture en 2005). Rapport épilogue de Frank Bergman : le programme avorté sur les psychotropes a abouti, comme souhaité, à la suspension intégrale des activités confidentielle de la CIA aux yeux du Congrès et du Département de la Défense, hormis le cas Rosenberg. But de l’opération : a) consacrer une unité d’expertise et de contre-espionnage aux projets PN/Retreat et SS/Retreat. b) relancer l’intégration de Nate Sorensen dans un marché passé avec les russes (cause : G. Radford. écarté de l’affaire après sa disparition) en deux temps : d’une part, la proposition des pièces manquantes nécessaires à la fabrication/duplication de Pluie Noire. D’autre part, en leur proposant de mener une action coordonnée par sous-marin (vente effectuée par Z. Yanaka et N. Masri). Couverture de l’opération permettant de laisser en fonction le complexe : lancement de plusieurs submersibles d’origine japonaise à Snake River. Information soulevée dans un rapport de la Défense par M. Seong après l’enquête sur la base de Snake River. Récapitulation : la fermeture du complexe en 1989 a permis la mise en chantier d’une aire d’entrepôt des sous-marins dans le but de brouiller les pistes sur PN/Retreat et SN/Retreat. Examen définitif : découverte par les russes du complexe (taupe à la Coalition ? Bergman ?). Réaction : remise des informations à KUFATES (J.B.). Impératif : localiser AEDUNE !

L’officier retira le rapport scellé et chassa le cheveux gris qui était tombé à la naissance de son poignet. AEDUNE…Les feuilles n’avaient glissé d’aucune main à la CIA, mais y avait-il véritablement une taupe à débusquer, où fallait-il n’y évaluer que de la désinformation – folie virale – pouvant infecter la troupe de Slattery dès qu’on posait le regard sur le cryptonyme ?


La marque d’huile de cirage s’imprimait presque sur l’étendard de l’Agence que Slattery venait d’écraser d’un pas lourd lorsqu’il bondit jusqu’au débriefing de Zan Yanaka, sur le point d’être achevé à son grand regret. Son intervention au NIC ayant déjà été repoussé de quelques minutes, il avait dû confier le travail à un de ses cadres perfectionniste mais qui selon lui, n’arrivait pas encore à trouver sa propre patte méthodique, encore trop semblable à celle du Successeur.

- « Il confirme notre chronologie des événements », après avoir retrouvé Slattery derrière le miroir « Quand il a commencé à faire affaire avec Masri en 2006, il ignorait que Frank Bergman allait intervenir dans cette histoire de sous-marins. Il a directement été connecté avec Valajdopov, qui lui a présenté le projet de Bergman un peu plus tard »
- « Financer la construction de ces sous-marins, en vendre à l’étranger pour émettre quelques rumeurs nébuleuses quant à leur origine, et préparer l’assaut d’aujourd’hui »
- « Même un gosse de trois ans sur son tricycle pourrait escalader les courbes du graphe…Yanaka a tout de suite été très franc. Son rôle était de réunir une vingtaine de déserteurs pour constituer une équipe tactique et prendre la responsabilité de cette attaque »

Slattery était à deux doigts de percer la glace des yeux lorsqu’il tenta de cerner ceux du japonais, renonçant toujours à détendre sa cravate.

- « Son discours n’échappe à aucune logique : c’est Bergman qui l’a mis en mauvais posture en lui demandant cette opération. Il lui a tendu le bâton, quoi de plus normal pour Yanaka de le dénoncer à son tour »
- « Pourquoi Bergman n’aurait rien vu venir ? »
- « Parce que sans le savoir, il s’est fait poignarder par ses alliés »

En réalité, depuis que Radford s’était éclipsé, mettant un terme au contrat passé avec les russes qui faisait de lui une sorte d’informateur infiltré au sein gouvernement américain, le Kremlin doutait également de l’utilité à long terme de Bergman, au rôle similaire. Les russes n’avaient plus qu’à attendre que la CIA finisse par coincer Yanaka, et que ce dernier accuse ouvertement son employeur principal. Un petit détail venait pourtant enrayer la roue : si Yanaka ignorait que la Compagnie l’avait dans son collimateur depuis longtemps, il avait compris que quelqu’un avait confirmé son lien avec l’Ours slave, en l’occurrence, Niouksan Masri, ajouté à cela quelques clichés de son repas avec Valajdopov.

- « Pour Logan, il sera toujours plus facile d’incriminer Bergman plutôt que le Japon ou la Russie, c’est un trophée qu’il attend depuis que son mandat a un air de déjà vu sur la scène politique…Le département de la Défense ne va pas apprécier ce manque d’initiative. Etant donné le nouveau marché de matières premières dont nous profitons amplement, et les capitaux d’EuriTrans sous notre contrôle, Rosenberg n’arracherait pas un poil à l’Ours, dans l’immédiat »
- « Quoique révèlent ses aveux, Yanaka ne pouvait pas échapper à un procès sanglant envers son pays, et Bergman s’en retrouve entaché »
- « Tu comprends donc pourquoi le polygraphe ne ment pas ? Cette pièce derrière le miroir est pour Yanaka sa seule échapattoire… »


La transpiration secrétée par la réaction émotionnelle au protocole d’alerte qu’avait déclaré Langley avait tendance à réveiller Jack de sa mort cérébrale – ce qu’il considérait comme l’ensemble des processus administratifs ou tout ce qui ne le menait pas au terrain −, comme un demi-bouteille de whisky délivrait l’ivrogne en devenir d’une confiance à pouvoir déplacer des montagnes. Jack, lui aussi, voyait le terrain comme l’iris qui révélait le monde. Ce n’était qu’un envers du monde qui s’y superposait : aller là où on voulait qu’il aille, le déplacer sur les cases, lui dresser un parterre de satisfactions et déguiser ce que certains appelaient comme de la folie par un sentiment de liberté qui survivait tant qu’il restait en mouvement ; tant qu’il échappait à l’inertie du corps, tant qu’il pouvait encore se convaincre qu’il y avait encore un but, encore quelque chose ou quelqu’un à rattraper, jusqu’à finir par le palper du regard. Puis s’assurer, actes après actes qu’il ne s’agissait pas d’un espace infini d’illusions, d’un néant qui avait usurpé la réalité.

- « Crois-moi, personne à la CIA ne cherche à t’attraper maintenant. Braxton veut que tu les guide aux russes, il me l’a dit avant que je parte. C’est plutôt ce contact que tu dois rencontrer qui m’inquiète », concéda Cassandra en le conduisant jusqu’aux salles blindées censées receler plusieurs produits expérimentés par les laborantins de l’Agence
- « Tu penses à une mise en scène ? La CIA sait que je sauterais sur la moindre occasion pour les faire chanter, je veux en finir avec tout ça…et ils ont raison, quoique contiennent ces documents, je m’en servirais à mes fins »

- « Aucune nouvelle de notre homme Jack », interrompit Serpico, qui entendait à peine les cris incessants de l’alarme « Si seulement c’était si facile de se volatiliser… »

Il baissa le volume du poste de télé, dont les images éclairaient la pièce de manière saccadé, puis continua les recherches sur un Macintosh assisté d’un ancien informaticien à mi-temps des services secrets russes, qui passait son temps à cultiver l’art d’être un bon orthodoxe quand il ne cultivait pas autre chose.

- « Qu’est-ce que je dois chercher ? »
- « Croyez-le ou pas, personne ne le sait. Sauf une poignée d’irréductibles, le DCI peut-être, votre Secrétaire d’Etat…le FSB est dessus depuis près d’une décennie »
- « D’où teniez-vous l’information ? »
- « Quelqu’un de haut placé… »
- « Si haut que même avec la came que mon cousin a ramené… », commença l’orthodoxe avant d’être assassiné du regard par Serpico (bien que la barbe l’effrayait plus que son regard)
- « C’est une histoire sans fin, mais – et c’est peut-être là le comble de l’ironie – la CIA est un peu une couverture pour ce complexe. Je veux dire par là qu’elle n’en tire pas les ficelles, et que les locaux ne sont pas tout à fait au nom du gouvernement », poursuivit le slave
- « Ce qui veut dire…qu’on cherchait à exposer ces documents ? »
- « Exposer, mais dans l’ombre d’une cave oui. Ca vous ressemble bien. Je ne vous vois pas Jack, vous êtes bien en salle 2 du département des études radioactives ? »
- « C’est plus prudent d’éviter les caméras au cas où la CIA rétablirait les surveillances. Je me dirige vers où ? »
- « Quartier nord par l’issue de secours, vous tomberez sur un point d’accès aux salles blindées. Le code est 2746 B 1985. Une fois à l’intérieur ca se corse, scanners rétiniens, infrarouges et rondes de quatre hommes armés »
- « Comment je m’y prends ? »
- « Le sésame s’ouvrira de lui-même. Contentez-vous d’attendre sans bouger »


[22:17:47]

Logan s’éclipsait de sa réunion avec le ministre irakien.
Le communiqué national mis sur papier parvenait dans les mains de Rosenberg, plus soucieux de savoir si cela allait dissimuler les bombardements sous-marins en cours.
Caïn s’abritait à l’intérieur de l’office du tourisme abandonné, où s’étaient mobilisés les soldats pour riposter aux attaques groupés des insurgés.
Cassandra comptait les pas du garde par l’entrebâillement de la porte.


[22:22:31]


- « Personne n’a jamais rien filmé, ils ne veulent garder aucune trace ! »
- « Considérez cela comme une assurance M. Sorensen. Je crois que vous-même savez manier ce jeu », affirma Valajdopov avec son accent taillé sur mesure à sa silhouette

Les ongles déchiraient presque la paume de ses mains tellement les liens de Sorensen étaient méticuleux et surtout très serrés. Et encore, il aurait préféré y laisser dessus l’empreinte à vie de ses doigts plutôt que de permettre l’empreinte de l’instant, que le caméscope planté devant lui s’apprêtait à marquer.

« Moi envoyé à Washington pour enregistrer testament, témoignage complet sur votre compréhension de OIS, que vous dirigez depuis maintenant seize années, et de…associés à la Coalition », cherchant le nominatif « Bureau soviétique ne compte rien faire de cassettes, si il s’avère que président Logan poursuit collaboration avec premier ministre Kaliouskoï. Et si il s’avère que vous, camarade, avez bien fait affaire dans intérêt à nous »
- « David Kleinfeld, il vous vendait des fausses informations, et je m’en suis occupé »
- « Sans même chercher pourquoi il faisait cela ? »
- « La dissidence et l’égoïsme existent même à la Coalition. Quand on a enterré le cadavre de Kleinfeld », dit-il symboliquement « On a aussi creusé dans l’éventualité d’un agent retourné.. Enfin je ne sais pas comment appeler ça, taupe, espion, agent double, ça sonne trop film d’espionnage industriel »
- « La Vie et la Mort de la Coalition, faites-moi donc en le réçit »
- « Pourquoi ne pas parler de la vie et la mort de notre alliance dès que vous m’avez planté le cul sur cette chaise ? Tout ça n’a rien à voir avec la Coalition, ni même avec les transactions énergétiques passés avec Anthony Lane et ses prédécesseurs »
- « C’est pour faire bon figure que nous avons continué marché, mais alliance était déjà morte depuis longtemps, depuis que Radford et Bergman ont cessé d’avoir influence sur votre gouvernement ! Comme vous, nous avons creusé, sans rien trouver. Peut-être que Bauer nous dira enfin plus. FSB s’est donc tourné vers insurrection Moyen-Orient depuis guerre du Golfe. Kosovo, Géorgie, Biélorussie, toutes ces détournements de populations, et pour quoi ? Faillite du marché de l’énergie russe ? »
- « Vous êtes donc là à propos des parts que j’ai sur EuriTrans ? La fusion du capital à 50% ne vous a pas suffit, vous voulez que je me retire définitivement du holding au risque d’effondrer le marché ? »
- « Trop zones d’ombres qui seront bientôt exposées, avec ce que sait Congrès sur vos activités avec Moyen-Orient. Cela pourrait éclater à notre figure. Si jamais vos histoire finit mal, mort de la Coalition, nos histoire finit mal. Sauver peau à nous avec enregistrement si jamais cela se réalise »
- « Avec un " biiip " à chaque fois que je prononce le nom Russie ? Remarquez, la censure est un pan si grand de la réalité chez vous qu’on pourrait finir par appeler votre pays comme ça »
- « N’ayez crainte, il restera toujours traces de idéal communiste. Et si jamais cela venait à être ensablé sous néant capitaliste, votre OIS pourra toujours creuser et exhumer bobines de L’Homme à la caméra », en prononçant d’abord le film en russe

Prisonnier de l’instant, Sorensen suffoquait d’être dans l’étreinte du cadre, dont seuls les angles semblaient lui laisser un coin pour respirer. Le moteur vibrait, d’une fière allure sur son trépied, et l’obturateur paraissait gémir d’avoir enfin un appât à enserrer lorsqu’il filtra la lumière. Les nerfs optiques s’entrechoquaient, collision frontale de deux regards, de l’homme et de la virtualité. Le réel s’échappait dans une temporalité trouble, le champ de la caméra s’évadait dans un horizon d’artifices − bien que le millionnaire tachait de garder son teint plastique – qui était au fond insignifiant : n’importe quelle monteur inspiré du talent de Dziga Vertov pouvait modifier la picturalité du réel et arranger les mots qui seraient prononcés. A quoi bon faire des aveux, personne ne pouvait être là pour les entendre.


En claquant d’un coup de talon le carré de moquette qui gênait son appui, Sofia Cordallo fit naître un relief accidentel à sa lèvre inférieure que le président du NIC ne manqua pas de graver dans sa mémoire. Poursuivant l’art du probabilisme sur la guerre en Afghanistan, le vice-député balaya tour à tour le scepticisme de la représentante diplomatique hispanique.

- « C’est un dialogue de sourd, les talibans n’accepteront aucune forme de pacte parce qu’ils sont transnationaux. Là où certains sont recrutés par idéologie, d’autres le sont par contrainte voir par coutume. Les objectifs des différentes ethnies, à commencer par le mouvement des talibans du Pakistan, sont aussi fragmentés que les éclats d’un miroir brisé. Toutes ces factions ne respectent pas la même hiérarchisation, quand il y en a une ; il n’y a pas d’homogénéité à cause de luttes internes »
- « N’y allons pas par quatre chemins », déclara le responsable du Bureau du Renseignement et de la Recherche en affichant son soutien « Les talibans, ce n’est qu’un éventail bourré de paille, de torchons, de bout de bois et de légumes pourris, recouvert par une immense cape qui la rend imposante, indépendante et animée. Mais il n’a jamais pris vie… », d’une conviction qui provoqua des masques d’indignation, d’embarras et de railleries au sein de l’assemblée
- « Et les vingt-sept victimes de l’attaque kamikaze à Kaboul il y a six mois, des corbeaux-charognards qui méritaient la mort, chassés par un coup de vent ? »
- « Ce n’est pas ce que je voulais dire. Simplement que toutes ces tribus se cachent derrière un nom, et que ce qui apparait comme de la solidarité est en réalité parcellaire. A force de faire le premier pas pour avancer dans le dialogue, nous allons sortir de la marelle… »
- « Je conçois que M. Logan hésite encore à tendre la main », avança Cordallo sans froisser les conservateurs dans le public « Mais aujourd’hui, l’impératif doit clairement être de démembrer cette entité "parcellaire" comme vous dites, et c’est par le biais d’opération comme celle à proximité de Peshawar, dans la vallée du Swat que nous pouvons ralentir la cadence des insurgés. C’est-à-dire ralentir l’enrôlement, les formations militaires et le culte religieux, en d’autres termes, le cursus type pour les assassinats de leader politiques. Ce que les gouvernements afghans et pakistanais redoutent le plus, et donc ce qui freine d’avantage la possibilité d’une discussion à l’unisson avec eux »

En envoyant Mike D. Newell râteler la propagande de l’OIS, Brainer rêvait de découvrir comment le Bureau de Sorensen menait sa désinformation au Grand Moyen Orient. Il supposait qu’un pacte avait été passé avec les talibans. Et voir Cordallo persuader l’auditoire qu’un tel pacte était inconcevable faisait de son discours un mensonge à contre-courant pour ne soulever aucun soupçon sur le fait que l’OIS avait bien passé un marché avec les insurgés.


Le sanctuaire afghan crachait les balles des tirs qui se chevauchaient, pénétrant par les orifices de forme carré qui étaient disposés, telles les cases d’un damier, sur toute l’étendue du mur côté rue de l’office du tourisme de Kaboul. Entre temps, l’ambassade avait contacté Danny Caïn, précisant qu’il devait retrouver au plus vite les services secrets locaux, accompagné d’un supérieur militaire mandaté afin de déposer son rapport sur son entretien avec Bergman. En principe, le corps du Juge-Avocat Général n’allait faire preuve d’aucune clémence, en le tenant à l’écart des zones de combat dès qu’un point d’exfiltration s’offrait à lui. Seulement Caïn savait exactement ce qu’il devait révéler ou non pour soulever un intérêt suffisamment profond lui permettant de ne plus fuir la situation : soit le Sénat allait le blanchir de toute accusation, soit il allait devoir prêter serment de silence, hypothèse plus probable.

Sous une nouvelle toile tissée de balles traçantes de 7,62 mm, il réalisa que Hendersen avait planifié chaque renseignement confessé pour le sortir du bourbier à ce moment précis. Après tout, c’était Hendersen qui avait ordonné l’appel anonyme pour faire intervenir l’armée, le pétard mouillé de l’arrestation de Bergman, l’impasse dans laquelle étaient confrontés les fédéraux sur la présence d’un 3ème homme. Une fois que Caïn avait appris sa leçon sur la Coalition, il n’y avait plus qu’à préparer sa défense lors de son retour au sein de l’armée, et de feindre la surprise lors de l’intervention au village.

- « Le coup de fil vous a été refusé Monsieur », notifia le sergent épais comme une armoire contenant la garde-robe d’une diva « Le président de la Chambre des Représentants sera prêt à vous entendre une fois que votre rapport sera ouvert à l’étude de la Cour »

Caïn ignorait donc tout du coup de génie fomenté par Brainer pour achever une bonne fois pour toute le consortium sévissant au moindre plissement de rides de Sorensen. Il ignorait que la position médiatique du donateur était telle qu’il fallait impérativement faire couler Idéon au risque, dans le cas contraire d’exposer son rôle dans la mise en place de fausses organisations humanitaires (au risque cette fois-ci de scandaliser l’opinion publique, et de déclencher un conflit entre les pays du Moyen-Orient et ceux derrière ces organisations, mais il s’agissait d’un autre problème). Ainsi, pour être rayé des colonnes de la presse, Sorensen devait dissoudre le consortium et frapper tous les partenaires du groupuscule, pétroliers notamment, à un mutisme perpétuel pour ne pas fondre avec eux.

Alors qu’au même moment, Valajdopov lui avait annoncé son intention de tout révéler sur son compte s’il s’avérait qu’il avait fait faux bond aux russes en trafiquant les termes de leur marché. Dans tous les cas, livrer Idéon était le minimum syndical à faire pour se sortir de la mauvaise passe entamée lorsque l’émir Nazr avait part de certaines informations nuisibles tenues des mains de Hendersen lui-même. Qu’est-ce qui justifiait donc que le cerveau de tous ces événements décide de mettre dans une position embarrassante un de ses alliés à la Coalition, en prenant le risque de rendre publique des opérations confidentielles entre la tripartition Etats-Unis/Moyen-Orient/Russie ? Caïn gardait la réponse de Hendersen très claire dans sa tête, bien qu’il ne savait pas encore comment Sorensen pouvait tomber : il fallait toujours quelqu’un sur qui on pouvait cracher dessus une fois que le sanctuaire était profané.


[22:32:01]

Un technicien de la CIA contrôlait une des caméras de surveillance du complexe.
Plutôt que de le défigurer, Valajdopov fit insérer un sérum dans le bras de Sorensen pour le faire parler au sujet de cette société énergétique nommée EuriTrans.
Le Colonel Colion observa par les jumelles les montagnes qui se dressaient face à lui.
L’US Navy organisait sa riposte ultime contre le sous-marin hostile.


[22:36:24]


- « Il y a des jours où je regretterais presque le froid sibérien de Minsk…»

Jack restait figé telle une sculpture de Pygmalion avant qu’elle ne prenne vie, sans prêter attention aux abstractions de Cassandra. Elle se replongeait la scène où elle avait tiré Jack d’un lac gelé en pleine hypothermie, dans ce violent blanc de l’hiver. D’ailleurs, avant de chuter, on l’avait littéralement saigné à blanc : il apprenait que le nom de code Pluie Noire, dont l’objectif principal de l’opération Eclipse était d’en découvrir sa nature ne renvoyait pas à des nanotechnologies d’origine coréennes. Aujourd’hui, − et même le DCI Loomis l’ignorait −, Jack était remonté à la surface pour découvrir définitivement le sens du code que la NSA avait entendue fortuitement sur le réseau d’écoute Echelon. Bien entendu, il était encore à quelques profondeurs sous l’eau, mais cette fois-ci, il se sentait véritablement entraîné sous l’impulsion d’une poussée d’Archimède sans que personne n’ait à lui prendre le bras pour le relever et lui retirer cette épine paralysante, machine enrayée qu’était l’erreur.

- « Je ne sais pas comment Serpico veut s’y prendre, mais on ne pourra jamais accéder à la salle blindée, il n’y a aucune intervalle de passage pour se frayer entre les gardes. L’autre moitié de l’effectif doit être en mode de recherche, ils ne vont pas tarder à revenir sur leurs pas », concéda-t-il sous une chaleur vitrifiante
- « Je me demande bien comment les russes ont appris pour cet endroit, Bergman connait son existence depuis longtemps, mais…rien sur ces archives qu’il nous faut »
- « Et le paquebot ? Tout le monde s’en est tiré ? Le C4 a été désamorcé ? »
- « Ou…oui, je crois… », déstabilisée par l’attirail de questions
- « Pourquoi Dern avait choisi de me rencontrer là bas ? Pourquoi la CIA n’était pas au courant ? Serpico avait parlé d’un feu d’artifice, mais si Dern était un problème pour les russes, quel était l’intérêt de menacer les passagers ? »
- « Je te suis pas…Dana Dern a organisé le gala car le paquebot était un excellent point d’immersion. Tout le reste, c’était du bluff… »
- « Ca ne tient pas debout… »

Bauer claqua subitement le moustique qui drainait son sang au niveau du biceps gauche, puis ratissa le coin de l’œil du doigt pour faire partir une poussière. Manière de dissimuler la fatigue qu’il commençait à ressentir à cause du rouge étourdissant qui éclairait tout le complexe par les alarmes plafonnières en fonctionnement ininterrompu.

Croyant peu à peu à une simple simulation, l’agent qui effectuait des gardes devant la première porte blindée relâcha un peu sa tenue, et puisqu’il en éprouva le besoin, se décida à laisser fuir cette mélodie du bonheur qu’aimaient tant composer les hommes dès qu’ils le pouvaient : des gaz intestinaux à ne plus en finir qui témoignaient (c’était certain) d’une gastro-entérite naissante. Cassandra sourit, non pas à cause de l’acte en soi, mais parce que la situation faisait penser au ressort scénaristique idéal où le soldat délaisserait son poste pour accourir aux toilettes et ainsi laisser le champ libre au héros à cours de solution.

L’homme qui faisait le guet commença à être tellement ballonné qu’il marcha discrètement à reculons pour poser ses fesses sur la barre cadenassée de la porte métallique avant d’être soufflé contre le mur tel un moustique que la pure force d’une déflagration venait d’écraser. Jack et Cassandra furent éjectés derrière le comptoir de fioles, en inaugurant alors un massif de verres brisés très vite décimés par le décor qui changeait le tracé de la pièce. Comme si un mouvement de plaques tectoniques avait entraîné l’anéantissement des 2ème et 3ème sous-sols, chacun tentait de réagir au cataclysme du mieux qu’il était possible de le faire, face aux murs qui se dérobaient devant le torrent fluvial venant conquérir la base fédérale.

L’alarme fut elle-même noyée sous le flot intempestif qui s’engageait à submerger le corps de Jack comme une ultime épreuve. Si le recul lui permettrait, Jack avouerait que Héraclite avait bien tort en affirmant qu’on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve : à ce moment précis, il avait ce sentiment de déjà vu, comme si les choses se répétaient immuablement. Irréversibilité, impuissance sur le destin, fatalisme ? Les idées noires n’étaient plus vaincues par le blanc d’hiver mais par le bleu de l’eau, peur pathologique et toujours victorieuse.

Lorsque Cassandra chercha à l’extirper de la crevasse architecturale sans fond, Jack arracha son bras pour se dépêtrer de lui-même, puis progressa jusqu’au couloir qui donnait accès à la salle blindée, à moitié sous la domination des eaux.

- « t…ché…pr….ssil… », cherchant en vain à se faire comprendre sans atteindre Jack
- « S…vé..rdi…code… »
- « Je n’…tends rien ! »

Ils nagèrent jusqu’au garde constipé, mais l’état d’inconscience après le choc frontal ne l’avait pas épargné. Une fois à l’intérieur de l’immense pièce moderne, ils furent emportés contre l’une des quatre rangées de superordinateurs avant d’être poussés dans une galerie de vitre où s’étaient échappés quelques souches d’un antivirus en développement. Cassandra plongea la tête sous l’eau pour identifier le plan de l’étage mais ses pupilles se refermèrent par réflexe à cause de la salinité de l’eau.

- « Jack, vous me recevez ? », essaya Serpico malgré les grésillements
- « Espèce d’enfoiré ! Vous le saviez depuis le début ! », alors que le niveau de l’eau montait
- « Vous auriez fait marche arrière si je vous l’avais dis ! Maintenant écoutez-moi bien : les sous-sols -2, -3 et -4 vont s’effondrer sous leur poids et devraient exposer la façade est du complexe aux turbines de l’usine d’à côté. Vous avez peu de temps pour récupérer ce qu’on veut, mais sachez que l’eau ne montera pas au-delà du rez-de-chaussée et que de l’extérieur, il n’y aucun signe d’affaissement »
- « C’est un missile du sous-marin de Yanaka pas vrai ? Vous êtes autant responsable que lui ou que Bergman ! », pendant que Cassandra lui indiquait un passage sous l’eau
- « C’était nécessaire pour accéder à ce qu’on cherche et vous sortir de là sans faire trop de bruit. De toute façon, Bergman tenait à inhumer ce complexe »
- « Alors quoi, je suis un sacrifice nécessaire ? »
- « Arrêtez de parler sacrifice à longueur de temps, arrêtez de vous poser en victime face à la fatalité, Bauer, vous ne comprenez pas qu’on vous donne une chance ? »

L’instant d’après, Jack fut attiré sous l’eau à cause d’un écroulement qui déforma le plancher et l’éloigna d’avantage de l’échelle qui menait aux passerelles où il était passé plus tôt. Il commençait à perdre le contact, bien que Serpico avait prévu des oreillettes électroniques résistantes à l’eau, et remarqua qu’il avait perdu de vue Cassandra.

- « Imp..rtant Jack », une fois qu’il remonta la tête hors de l’eau « …bout n…veau 2…il y a vitrine…illon…j…tez-le…cell… »
- « J’entends mal ! », peinant à rester à la surface
- « …et eff…ctuez l’analyse biom…trique…rte s’ouvre, mais le sas…se remplir…aites vite pour récup… colis…prenez…grille sous…ascens…et monter jus…l’eau devrait vous hiss… »

Un détail plus ou moins mineur envahissait ses pensées : en l’envoyant sur le paquebot pour éliminer Dana Dern, les russes savaient qu’elle risquait de parler pour contrecarrer leurs plans. Excellent point d’immersion, peut-être le seul, certes, mais il y avait autre chose : aux yeux des russes, elle devait fournir certaines informations précises qui les arrangeaient. Avait-elle eu le temps, ou avait-elle été éliminée avant ? Et dans ce cas, par qui ?

Le hall, déjà à moitié recouvert par la passerelle effondrée était désormais annexé par le courant qui ne perdait pas en intensité. L’alarme dysfonctionnait, et merveille de technologie, les arrosoirs d’eau au plafond en cas d’incendie s’étaient déclenchés. Soudain, un grondement indiqua que la pression d’une des turbines sous les mètres de béton venait de pulvériser quelques blocs de pierre et aspirait les éléments vers elle. Regain de vitesse et crawl à contre-courant, Jack s’aventura jusqu’aux accès démunis de lumière à l’extrémité du niveau 2 pour trouver la vitrine et le portail biométrique lui permettant d’accéder au sas. La respiration pénible était devenue tellement forte qu’elle prévalait sur le phrasé apocalyptique de l’eau qui se déployait à chaque espace. A mesure qu’il avançait, ses émotions étaient hors de prises, perdues dans un no man’s land intérieur qu’il ne connaissait pas, si bien que sous la pluie conquérante, il semblait couler sous son propre poids.

Toujours sans le moindre signe de Cassandra, il passa sous une averse d’étincelles provoquée par le dérèglement d’une porte électrisée, et sans se laisser perturber par le troisième grondement qui marqua une légère secousse, il gagna le panneau de verre qui s’étendait sur la moitié du mur. Sorte d’aquarium expérimental qui faisait la liaison avec la pièce suivante, il brisa la glace pour passer entre, puis nagea enfin jusqu’à une nouvelle porte blindée qui demandait une reconnaissance biométrique par capture de l’iris. Malgré l’eau qui arrivait à son cou, le système paraissait bien fonctionner. Un complément d’information n’aurait pas été de refus, mais le contact avec Serpico était définitivement rompu, alors il chercha une victime noyée pour y sectionner l’œil. Etant donné que la zone était à accès très restreint, il n’avait pas remarqué l’ombre d’une personne. Désespérément ou intuitivement (il ne savait plus trop), Jack se résolut à ce que la caméra miniature balaie ses yeux lorsque contre toute attente, il fut piqué nerveusement d’une seringue en direction de la veine jugulaire externe.

Sa tête pivota et chavira dans l’eau avant de remonter par la poussée qu’il lui fallait pour ne pas se noyer à son tour. Cassandra évita aussitôt de laisser flotter le corps et prépara une seconde injection qui engendra un bref spasme, avant de se servir du pantin inanimé pour déverrouiller les mécanismes réagissant à l’identification de Bauer.


[22:45:10]

En inscrivant la morphologie de la main de Jack dans le scanner, Cassandra accéda à un sas sécurisée qui contenait une minuscule valise qui semblait contenir des feuilles.
Slattery montra sa carte au nouveau gardien posté à l’entrée de la réunion du NIC.
A cause du sérum, Sorensen déclara forfait dans son face à face avec la caméra.


[22:49:52]


L’arrivée en grande pompe de Roger Slattery réveilla tout le monde d’un sommeil thérapeutique, causée par la voix nasillarde et les mots raboteux qui émanaient de la bouche du vice-président. Un petit personnage qui approchait des 70 ballets, moustache et bouc plus blancs que blanc qui faisaient contraste aux énormes taches de vieillesse sur son visage, témoignant par ailleurs de rondeurs provoquées par sa passion pour le saucisson.

- « A vrai dire, j’ai reçu un mémo avant mon départ de Langley », avoua Slattery « La division affectée à la reconnaissance du Swat commence à avoir la marque des jumelles autour des yeux. L’opération ne sera pas engagée avant plusieurs jours, sauf si un œuf surprise tombe dans nos mains », en faisant mention au crane chauve de Mike Novick, conseiller du président Logan qui avait tendance à lui souffler les décisions qu’il n’osait pas prendre « Et croyez-le, j’aimerais que ce soit le cas, seulement nous piétinons sur nos propres formalités »
- « Cessez votre langage codé Roger, que voulez-vous faire comprendre ? »
- « Rien de codé à cela Arthur », s’adressant au vice-président « Nous avons la population locale à dos à cause des nombreuses interventions musclées dans les villages afghans, où des maisons ont été détruites, des civils innocents ont été blessés ou tués…et tout cela à conduit à un début d’exode, temporaire peut-être, mais qui s’est déroulé au moment des récoltes »
- « Il fallait bien couper l’herbe au pied – et je dis cela au sens propre – des paysans sur le marché de la drogue. Les taxes dessus financent une partie de l’armement aux afghans non ? »
- « Les difficultés de denrées alimentaires ont rendu inflexibles la population, ce qui signifie que nous manquons d’informations et que nous ne sommes pas près pour cette intervention dans les montagnes, que les talibans connaissent bien mieux que nous. Nos deux seules sources, c’est l’armée locale, dont nous hésitons encore à faire confiance, et Frank Bergman »
- « J’ai également lu le rapport avant de partir, et j’ai constaté que Bergman nous a susurré quelques noms de dissidents pakistanais. Sauf qu’aucun déploiement n’est envisageable là bas, Etat souverain oblige. Nous sommes donc coincé si le dialogue est impossible »
- « A qui la faute, les talibans ne s’en sont jamais pris aux pauvres, contrairement à l’armée », intervint le député du National Reconnaissance Office « Les déplacés pakistanais nous en veulent férocement. A court terme, la solution qui s’est banalisé est celle des drones, mais jusqu’ici, nous n’avons atteint qu’une dizaine de cibles importantes, et beaucoup de civils sont morts à cause de nous...Nous radicalisons la population, et malgré toute la confiance que je peux avoir en l’armée, l’issue n’est pas militaire »

Newell, qui jusqu’à présent était muet comme une tombe osa exhumer un semblant d’opinion qu’il avait préservé durant ces années de débats, bourbon en main avec Kurt Brainer.

- « Le Pakistan ne nous aidera jamais à éteindre ce feu de forêt, l’insurrection », se corrigeant à l’idée que certains n’avaient pas saisi l’expression « A défaut de nous retirer instantanément de l’Afghanistan ou de cesser les offensives éclairs, il faudrait renouer les liens avec la population en soutenant un retrait des troupes progressifs et établir un véritable ordre de priorité dans leurs besoins, ce que M. Slattery a évoqué plus haut : des denrées alimentaires, de quoi nourrir les enfants du pays et sécuriser le secteur du travail »
- « Ce que le président de la Chambre a toujours vanté, une reconstruction au service de la ruralité. Moi qui croyait qu’en tête des priorités et des privilèges se situait la démocratie… »


Bien que Valajdopov avait passé ses jeunes années auprès des camps d’entraînement du KGB − son père avait hérité d’une datcha voisine à celle d’Andropov, lorsqu’il présidait les services de renseignements −, il ne possédait pas la moindre expérience en ce qui concernait les techniques d’interrogatoires. Un notable proche de l’ambassade russe s’était donc chargé d’envoyer un gros bras faire le salle boulot. Sauf que depuis son arrivée, il n’avait pas sorti un mot de sa bouche, pas même un son. Valajdopov se résigna rapidement de lui faire une remarque à ce sujet face à la panoplie imposante du spécialiste, coupe au bol blonde, gueule carré et buste de gorille. Il se retira un moment en attendant que le sérum administré à Sorensen fasse effet, tournant le dos à celui qu’on surnommait « la barrique », tour à tour guide touristique, auxiliaire de vie et divertissement par sa stupidité naturelle. La barrique pesait près de 200 kg, son ventre était aussi arrondi qu’une femme enceinte de triplé, mais en plus disproportionné, et il ne pouvait jamais s’empêcher d’effacer l’allure de nigaud qu’il prenait lorsque ses sourcils étaient relevés de stupéfaction, c’est-à-dire tout le temps.

- « C’est au moins fiable ces injections ? », se demandait Valajdopov à lui-même dans sa langue natale
- « L’Histoire nous prouve que rien n’est plus fiable que le sommeil pour faire parler quelqu’un. C’est vrai quand on y pense : combien d’agents double se trahissaient lorsqu’ils parlaient durant leurs rêves ? Enfin, il faut déjà réussir à trouver le sommeil… »

Valajdopov évita de prendre considération de ces remarques, sans essayer de cacher son air dépité derrière ses lunettes surdimensionnées et son crane sans le moindre cheveux qui lui donnaient l’impression d’être un vieil aigri (ce qu’il était parfaitement).

- « Vous savez que pendant notre sommeil », continuait de philosopher la barrique « il est prouvé scientifiquement que durant toute une vie, une personne avale en moyenne sept araignées ? Quand j’y pense, ca me fout la chair de poule ? Avaler des araignées, leurs pattes qui chevauchent notre langue et qui se laissent glisser à l’intérieur de la gorge…Et puis après, qu’est-ce qu’elles peuvent bien faire ? »

Sur le point de rendre les armes face à tant d’inepties, l’émissaire du FSB se mit hors de ses gonds pour pouvoir apprécier le silence avant les bavardages de Sorensen.

- « Parce que tu connais beaucoup de scientifiques à la con pour t’observer toutes les nuits de ta vie de merde quand tu dors, sans cligner de l’œil, en comptant combien de putain d’araignées te sont entrés dans la gorge ??? », lui donnant une tape derrière la tête en continuant à gromeller en russe « Quel crétin tu fais, c’est ce genre de foutues rumeurs qui inventent les phobies… »

- « Il est prêt parler », délivra l’autre en tenant Sorensen, comme s’il assumait enfin sa voix

Valajdopov s’empressa de le rejoindre, la barrique dans son ombre.

- « C’est fiable ? »
- « C’est fiable »


L’émissaire replaça dans sa tête les choses dans leur contexte. Il savait que son gouvernement faisait affaire depuis plusieurs années avec une sorte de caste américaine surnommée la Coalition, qui avait littéralement explosée financièrement depuis la Guerre du Golfe, et qui attisait fortement la curiosité de certains oligarques. La nouvelle diplomatie russe aurait passé un marché dans l’intérêt des deux camps : deux gouvernementaux haut placés, Gabriel Radford et Frank Bergman devaient être placé en haut de la pyramide du Renseignement pour l’infecter de l’intérieure. C’est-à-dire leur rapporter, avec le consentement des membres de la Coalition, des informations sur le fonctionnement de l’Intelligence Community, et parasiter le système en y engageant des espions affiliés à des cellules dormantes du monde entier. Quelle intérêt pour la Coalition ? Elle souhaitait en finir définitivement avec l’organisation actuelle du monde du Renseignement. Bien que leurs idéaux étaient plus complexes, c’était leur désir, du moins ce qui est parvenu aux oreilles des russes, qui n’ont jamais cessés de douter des réelles intentions du groupuscule. En échange, la face cachée du Kremlin acceptait d’offrir une large mainmise sur les matières premières que la Russie contrôlait jusque là, notamment en aidant Idéon à exercer leur oppression sur le Moyen-Orient.

La Coalition, consciente que la confiance en Bergman et Radford allait prendre du temps profitait de l’occasion pour temporiser sur les réels objectifs des russes. En outre, les deux directeurs étaient une chance unique pour verser au goutte-compte de la désinformation et découvrir peu à peu les desseins des russes. Bergman prouva d’ailleurs rapidement sa loyauté en s’occupant d’embrigader plusieurs taupes telles que Nina Myers, Sandra Newton ou Sullivan Mack, sans attirer les soupçons de la Maison Blanche. Ses contacts lui ont d’ailleurs permis de retrouver plusieurs groupes terroristes, permettant à la CIA de faire ses coups de filets annuels sur les cellules dissidentes autour du globe. Bien sûr, pour la Coalition, ce plan de destruction des agences américaines ne réussirait jamais en intégralité et serait toujours court-circuité. Lors de l’opération Crépuscule, lorsqu’on commit plusieurs attentats (certains avortés, d’autres non, pour ne pas éveiller trop de soupçons), le système ne s’était pas arrêté de fonctionner pour autant. Les russes s’en sentiraient d’autant plus frustrés, et auraient occasionnellement des périodes de doute sur la sincérité de la Coalition, mais au final, le but restait de temporiser, pour les alliées de Donovan Hendersen. A ce titre, on accepta de transmettre au Kremlin les nanotechnologies dernier cri grâce aux conspirations mises au point par Radford, ce qui leur laissait un os pour se distraire quelques temps. Ce dernier avait un plan remarquablement bien rôdé pour faire couler les Delta Force : l’ordre d’abattre Tony Almeida pendant l’opération Eclipse, les mensonges sur le président Palmer, la présence de deux traitres lors de l’opération Crépuscule (engagés par Hendersen)…Pourtant, le procès contre l’organisation Delta continuait de s’éterniser, et les russes contemplaient, sans le savoir l’araignée tisser sa toile.

C’est là qu’intervint Sorensen. Il n’y avait plus beaucoup de doute pour le FSB sur le fait qu’il était membre de la Coalition depuis le début des années 1990. C’est même Rosenberg qui en fit mention aux russes. Après avoir eu vent du grand projet de la Coalition au cours des années 1960 (PN/Retreat et SS/Retreat, codes évoquant Pluie Noire et Sombres Soleils), les russes avaient pour visée de découvrir de quoi il s’agissait, et d’après les quelques informations récoltées, d’en reproduire leur propre modèle. Chose que Valajdopov ignorait : excepté Hendersen et Rosenberg qui gardèrent l’information pour eux, personne à la Coalition ne savait que Sorensen avait été employé par les russes afin de leur communiquer le mode d’emploi de ce grand projet. Le Kremlin permit alors à Sorensen d’obtenir une place d’honneur au siège d’EuriTrans, qui régnait sur les exportations de gaz et de pétrole. Accord qui n’allait pas déplaire à Hendersen et Rosenberg, à la tête de l’industrie de la Défense, puisqu’ils allaient bénéficier de tous les renseignements concernant le marché de l’énergie russe, et donc connaître les points faibles de leurs concurrents. Ce que voulait donc savoir le FSB, c’est si Sorensen était vraiment fiable. S’il travaillait réellement dans l’intérêt des russes pour dupliquer PN/Retreat et SN/Retreat ; s’il n’avait dit à personne, y compris Hendersen qu’il possédait une bonne partie du capital d’EuriTrans ; si la Coalition savait clairement ce que les russes mijotaient… A ce moment là, redoutant ce que Sorensen allait lui révéler, il racla sa gorge. Non pas par crainte de la vérité, mais par crainte qu’il arrive quelque chose à l’enregistrement vidéo et qu’il finisse par être chargé, comme son rôle d’émissaire le demandait, à rapporter les informations à ses supérieurs au FSB. Conscient qu’il était comme la première bouche du jeu du téléphone arabe, il songea à ce que lui avait dit la barrique : que se passerait-il s’il avait comme une araignée coincée dans la gorge ? Après tout, il était plus difficile de ne pas déformer la vérité plutôt que l’inverse.


Cassandra parvint à ouvrir la valise et à en extraire les documents sous pochettes.
Bergman remercia le consul avant d’embarquer en avion à destination de Londres.
Les bombardements sur le sous-marin hostile venaient d’être achevés, tandis que les unités de la Navy partaient déjà pour inspecter les décombres.
Caïn fut emmené auprès du corps judiciaire pour déposer son rapport oral.
En quittant la salle d’interrogatoire, Yanaka jeta une dernier regard au miroir pour défier les novices du contre-espionnage.



[22:58:03]


Sans parvenir à décrypter la moitié des codes inscrits sur la vingtaine de feuilles cartonnées, Cassandra posa sur les barreaux d’une échelle les rares copies qui avaient quelque chose d’intelligible pour elle. Après les avoir passé en revue, et une fois assurée que Jack n’aspirait plus les écumes qui s’écrasaient contre les débris de béton, elle saisit un émetteur enfermé à l’intérieur d’un boitier et le colla à son oreille. Une fois la fréquence entrée sur l’interface reliant l’oreillette avec un fil, elle se hissa pour rester éloignée de la marée artificielle et contacta l’interlocuteur qu’elle s’empressait d’écouter :


- « C’est moi, tu peux m’entendre ? »
- « C’est le bordel ici, les employés quittent le navire, tout le monde a peur que le reste du complexe s’écroule »
- « Tu peux me rejoindre ? »
- « T’as peur que quelqu’un vous intercepte ? »
- « Tu t’y connais bien en codes ? »
- « Celles de femmes, pas tellement…le reste, disons que je suis un amateur »
- « J’ai ce que la CIA et les russes convoitent. Je ne peux lire qu’une partie, l’autre devra attendre les analyses sanguines, et j’ai besoin de quelqu’un pour me déblayer le terrain… »
- « Il n’y pas un chat, mais si tu insistes...Juste par curiosité, qu’est-ce que t’as récolté ? »
- « Rien concernant Sombres Soleils », en montrant des regrets d’un geste de la tête « Mais d’après ce que je vois, on y parle du programme de Frank Bergman, qui visait à faire entrer plusieurs espions russes au sein du gouvernement, essentiellement à la CIA »
- « Et il fallait un sous-marin nucléaire à deux milliard pour ça ? »
- « Le FBI ne savait rien de Frank Bergman. Ils ont donc lancé une enquête, conjointement avec la CIA pour traquer ces espions »
- « Qui s’en chargeait ? »
- « J’ai juste un nom de code, Capri, comme l’île italienne. Et puis deux agents sur le coup y a cinq ans, Shane Summers et Renée Walker. Je crois qu’ils étaient là à Minsk pendant l’opération Eclipse. L’enquête a été arrêtée au moment où ils allaient retrouver leur principal suspect, on les a éjecté du FBI à cause d’une histoire de meurtre sur un dirigeant coréen. Ils étaient sur le point de retrouver le coupe-circuit qui traitait avec l’agent d’une cellule dormante russe »
- « Il suffit de mettre un nom sur ce coupe-circuit et on retrouve les membres de la cellule dormante »
- « J’ai mieux que ça…l’endroit où se trouvait la taupe en question le jour de l’opération Eclipse… »





[22:59:57]
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 Message Posté le: Jeu 17 Sep 2009 - 18:24    Sujet du message:
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Cher mister Jack, cela faisait longtemps que je voulais te faire part de mes impressios. Cela fait un an que je dévore tes fanfictions avec plaisir. J'ai eu extrêment de mal à m'inscrire à 24fr (il m'a fallu un an pour qu'il accepte enfin mon mot de passe). Je ne vais pas te commenter tes trois premières fanfictions car je sais que ça ne te servirait rien, mais plutôt cette dernière :
- Tu nous fait une fanfiction sans la CAT de Los Angeles, ce qui doit être je suppose un défi difficile à relever. Tu y arrives sans problêmes en nous plongeant dans d'autres univers ( le pentagone, la CIA, la CAT de Washington...). Je sais bien que certains de ces derniers endroits étaient présents dans tes autres fanfictions mais pas avec la même proportion. J'ai aussi pu remarquer que c'est ta première fanfiction ou Jack Bauer est sur le sol américain. Tu donnes donc par conséquent à Danny Cain un rôle majeur en Afghanistan, et je remarque des similitudes entre son personnage et celui de Bauer. Tu as remarqué que ta fanfiction est paru un peu avant la médiatisation de l'Afghanistan suite à la mort des 7 soldats français? Quel coincidence. J'aime beaucoup le personnage de James Matters ainsi que celui de Nate Sorensen, et ne torture pas trop ce dernier s'il te plaît Laughing , je sais bien qu'il a prospéré à des activités illégales mais quand même. On en sait plus sur le consortium Idéon à présent; je t'avoue que je prends des notes sur qui travaille avec qui car sinon je m'y perds un peu. Le meurtre de Dana Dern était l'un des moments les plus spectucalaires de ta fanfiction, même mieux que la poursuite du début entre d'un côté Radford et Bauer et de l'autre les japonais. Je n'avais pas ressenti ce suspens depuis la saison 1 de la série ou Jack ait confronté à un dilemme : tuer Palmer pour sauver sa famille ou ne pas le faire en risquant la vie de ses proches (similitude avec Dana Dern bien sûr). Dans les deux cas Jack Bauer ne le fait pas. Cependant la pauvre Dana a eu moins de chance que Palmer. Dans ton dernier épisode, qu'on aurait pu renommer "vingt mille lieues sous les mers" Mr. Green on se serait aussi cru dans "Le trésor de Rackham le rouge" sauf qu'au lieu d'être Tintin, c'est Jack Bauer qui est à la tête du sous-marin Wink . Pauvre Jack quand même, après s'être fait torturer par la CIA, voilà Cassandra qui lui plante une serringue en plein cou. Mais que contiennent donc les documents récupérés par cette dernière? Je trouve que c'est une bonne chose qu'il y ait des guest-star ainsi que des rapports à la dernière saison (David Palmer,Charles Logan,Tony Almeida,Michelle Dessler,Renee Walker et Starkwood). Sinon j'avais vraiment l'impression que tu faisais un gommage du monde de 24. Tu décris merveilleusement le personnage du président Charles Logan. Je posterais un nouveau commentaire quand tu posteras ton prochain épisode.
ps: Parfois j'ai du mal à savoir qui parle dans tes dialogues. Ceci dit, c'est peut-être moi qui ait un problême car heller the killer trouve la même chose dans ma fanfiction.
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