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L'illusion Palamède
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dr house
Conscience de Jack
Conscience de Jack


Inscrit le: 28 Aoû 2009
Messages: 1675

 Message Posté le: Lun 23 Aoû 2010 - 7:56    Sujet du message:
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Ce deuxième épisode ne contient aucun registre parodique contrairement au précédent et petit à petit j'ai vraiment l'impression que les similitudes sont vraiment nombreuses, voire exactement pareilles entre la famille Bauer de la série et celle de ta fanfiction : "Mais en son fort intérieur, elle ne pouvait s'empêcher de poser cette question qui lui brûlait les lèvres : « Qu'est ce qui a bien pu lui arriver de si terrible lors de cette foutue mission ? »" Le portrait que tu nous décris-là correspond tout à fait à celui de Téri Bauer dans la saison 1 de la série, cette dernière se demandant bien ce qui est arrivé à Jack pour qu'il change autant de comportement et le soupçonnant donc par conséquent d'avoir été envoyé en mission commando (Opératrion Crépuscule) et non en entraînement comme il l'avait prétendu lui-même par ordre de ses supérieurs. La question qui me tourmente est de savoir quand est-ce que notre Jacques Bauer national va rejoindre les feux de la rampe plutôt que de faire quelques apparitions imbéciles? J'ai adoré le second portrait que tu as fait de Thomas Govin dans ce second épisode tout comme le précédent qui nous décrit ses pensées les plus obscures du personnage dans les moindres détails. La scène est d'autant plus marquante qu'elle nous rapelle une scène de la saison 1 de la série. Je veux faire référence à celle ou Téri et Kimberly Bauer sont poursuivies par un homme de Gaines et qu'elles finissent enfin par le semer au bord d'un fossé avant que Kimberly ne tombe dans le ravin avec la voiture et que Téri après être allée vérifier que leur poursuivant avait disparu ne s'évanouisse confuse avant de débuter une pseudo amnésie. Espérons que Govin ne nous jouera pas la même comédie. J'en déduis que la saison 1 de la série 24 occupe une très grand place dans ton classement des saisons car je le ressens à travers ton écriture. Venons en au reste du récit comportant essentiellement trois personnages : Sylvain Cassan, Eugène Duffay et Marlène Govin. A travers ces derniers, tu nous livres une critique d'une société qui se veut infernale. Cette dernière n'hésitant pas à déranger ses employés à n'importe quelle heure si le besoin en est. Le portrait de la femme de Govin semble exténué par ce mode de vie qu'elle trouve détestable. En même temps étant donné ce que devient Marlène Govin à la fin de l'épisode, je ne crois pas qu'elle pourra trop encore se plaindre par la suite Laughing Une seconde critique nous est livrée à travers ton récit : celle d'une société ou ses employés sont en quelques sortes des privilégiés du système judiciaire : "Pendant ce court moment de répit, elle remercia Dieu ne pas avoir mis de forces de l'ordre sur sa route. Non pas qu'elle craignait les amendes. Mais le temps perdu, oui. Les prunes, elles auraient de toute façon été réglées par l'Entreprise." On pourrait même presque dire que cette entreprise chosifie ses employés, ces derniers lui étant toujours redevables à jamais. Celui qui semblait encore le mieux s'en sortir chez Morgan, Stanley & Smith semblait être Sylvain Cassan même si peut-être pas au niveau des MST Rolling Eyes . J'ai même pu remarquer que c'est précisément lui que tu as fait mourir en premier comme si le destin avait voulu le punir avant les autres d'avoir été aussi chanceux. On peut même déceler une troisième critique de l'entreprise : elle ne promeut pas tant sur la compétence mais plutôt sur la répartie de ses employés : "Ils étaient pourtant issus de la même promotion, avaient postulé ensemble pour le même poste, mais le bagout inné de Sylvain, son incroyable sens de la répartie, et sa compréhension naturelle des faiblesses de la nature humaine l'avaient rapidement parachuté dans les plus hautes sphères de la compagnie. Car chez Morgan, Stanley & Smith, on appâtait davantage le client avec de belles phrases qu'avec des prestations de qualité". Et comme tu me l'avais annoncé, nous terminons bien en effet dans le registre pathétique avec la mort de nos trois figurants de ce second épisode et la destruction totale de "Morgan, Stanley & Smith". Et l'implication d'Ibrahim Qati ne fait aucun doute pour ma part.
ps : Juste une petite critique de ma part. Par moment, tes dialogues sont à peu trop à mon goût comparables à du langage parlé : "sans même un « bonjour », sans même un « comment allez-vous Marlène ? »." Cela ne correspond pas trop au reste du récit qui reste dans l'ensemble très sérieux.


Dernière édition par dr house le Lun 23 Aoû 2010 - 14:13; édité 7 fois
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Tony_Almeida_21
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Messages: 63
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 Message Posté le: Lun 23 Aoû 2010 - 12:58    Sujet du message:
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Super Les 2 épisodes !!! Very
Happy On s'ennuie pas !

Vivement la suite ! Very
Happy
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eleonorebauer
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 Message Posté le: Lun 13 Sep 2010 - 12:00    Sujet du message:
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super
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cecilia
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Heller The Killer
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 Message Posté le: Sam 30 Oct 2010 - 3:56    Sujet du message:
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EPISODE 3 : « Un tapis d'or »




« Allez Matt, fait tourner le pétard quoi !
- C'est bon ! Attends deux minutes espèce de vieux drogué...
- Putain, t'as déjà presque tout mé-fu enfoiré, te fous pas de moi !
- Ok, ok gars. Tiens, fume la ganga. » baragouina Matthieu en tendant la main vers son ami assis à ses côtés.

A l'arrière de la voiture garée à moitié sur le trottoir, tout en haut du Boulevard Pasteur, le plus jeune des deux adolescents se jeta sur le joint d'herbe de cannabis, et en aspira une énorme bouffée. Puis, avec un sourire, il renversa lentement la tête vers l'arrière, et expira doucement le surplus de fumée.

« Putain, elle déchire trop ta weed, j'suis explosé... »

En fait, Jonathan ne parlait pas uniquement de la bouffée qu'il venait de prendre, mais de la soirée toute entière. Invités dès 18h à « faire la fête » chez leur ami Julien, les 2 jeunes avaient amené plusieurs bouteilles d'alcool fort ainsi que tout le matériel pour la « fumette » : tabac, feuilles, cartons, grinders, pipes, bangs, et bien sûr, cette fameuse herbe dont toute la bande raffolait. De l'orange bud, 100% Skunk en provenance directe de Hollande. Du moins, c'est comme cela que le dealer de Matthieu la présentait. En réalité, c'était de l'herbe de piètre qualité, cultivée à Paris-même, dans un placard. Mais comment Matthieu, Jonathan et les autres pouvaient-ils le savoir ? Ils n'avaient en moyenne que 16 ans, ils n'étaient que des gamins. Mais pendant cette soirée, ils s'étaient vu comme les rois du monde. Les parents de Julien étaient absents, et les autres n'avaient de toute façon plus aucune autorité sur leur progéniture rebelle. Dès 20 heures, après avoir joué sur la Playstation et regardé des clips de gangsta-rap tout en buvant et en fumant, les 11 fêtards avaient quitté l'appartement, munis de sacs à dos remplis de drogue et d'alcool, pour rallier l' « apéro géant » qui prenait place au Champ de Mars. Julien avait vu sur Facebook qu'une gigantesque beuverie y était organisée, et toute la bande était en effervescence à l'idée d'y participer.

Et jusqu'à 2 heures du matin, le Champ de Mars avait été le lieu d'une orgie massive, alternant entre joyeuse camaraderie, concerts improvisés, bagarres plus ou moins violentes, vomissements et braillements de toutes sortes. Puis, devant les échauffourées de plus en plus fréquentes, les CRS avaient, tant bien que mal, réussi à disperser la masse. La plupart des jeunes de la bande en avait profité pour rentrer chez eux. Mais pas Jonathan, ni Matthieu. Mués par une énergie sans limites, décuplée par les drogues, l'alcool et les bagarres, ils avaient décidé de continuer la fête en empruntant l'immense voiture du père de Matthieu.

En repensant à tout ceci, Jonathan éclata de rire.

« Quand même, on a bien failli mourir tout à l'heure, tu conduis vraiment comme une tâche ! »

Matthieu se joint à l'hilarité de son compère.

« T'as vu ? Truc de ouf ! Mais quel connard aussi ce camion, il pouvait pas s'arrêter ? Bon, en tout cas, je sais pas si t'as remarqué vu la couche que tu tiens, mais j'ai roulé comme une star tout du long, et j'ai même réussi à me garer sans problème, dit-il fièrement.
- Mouais, si on veut. T'oublies quand même un peu qu'on est complètement en travers...
- Wow, j'suis complètement fais, j'entends plein de bruits bizarres, comme des « tac-a-tac » trop chelous..., déclara Matthieu, ignorant la remarque de son ami.
- Clair, complètement fait... », acquiesça Jonathan en riant, tout en tendant le bras vers l'avant de la voiture pour baisser le volume de l'auto-radio. Il fut alors convaincu qu'il ne s'agissait pas d'une hallucination, et ses sens s'éveillèrent immédiatement.

« T'as raison, s'exclama-t-il de façon plus sérieuse. Il tombe des trucs bizarres, comme des petits bouts de verre...
- Ah ! Mais ouais, carrément ! C'est quoi ce délire ?
- J'en ai pas la moindre idée...
- Putain, merde, il y en a de plus en plus ! La peinture de la caisse va morfler, faut qu'on se casse d'ici. Sinon mon père va me démolir !
- Ok, vas-y. Démarre. » prononça Jonathan, qui commençait à être envahi par un confus sentiment de peur.

Mais à peine la voiture démarrée, un bruit énorme retentit, et une secousse saisissante fit brusquement sursauter l'énorme véhicule comme une feuille de papier. Le moteur s'arrêta instantanément. D'abord étourdis par le vacarme, puis déroutés par le mouvement inattendu, les deux jeunes gens n'avaient pas saisi le moins du monde ce qui venait de se produire. Terrorisés, prostrés, ils restèrent immobiles pendant 2 minutes. Puis, reprenant peu à peu leurs esprits, ils regardèrent autour d'eux, mais ne virent qu'une fumée épaisse. Les bruits de verre avaient cessé, laissant la place à une cacophonie de hurlements variés. Après un échange de regards entendus, ils sortirent de la voiture, et la situation s'éclaircit immédiatement. La scène la plus horrible qui ne leur avait jamais été donnée de voir s'étalait devant eux. Un corps brulé, déchiqueté, était encastré dans le capot anéanti du véhicule. Pendant que Jonathan, en pleurs, mains sur le ventre, se penchait pour vomir, Matthieu regarda autour de lui. Un nuage gris, étouffant, avait envahi les lieux. Il leva la tête, et vit la tour Montparnasse brûler de mille feux. Tout le tiers supérieur de l'édifice était la proie des flammes. A certains étages, il crut apercevoir des gens qui se tenaient au bord de la façade, essayant de respirer, d'échapper à la chaleur mortelle. Puis, il vit une personne tomber du flanc nord. Il se demanda si le geste était intentionnel ou non. Dix secondes plus tard, il entendit le bruit fracassant du corps percutant le sol.

Jonathan était terrorisé, il criait. « Putain, cassons-nous ! ». Il tirait le bras de Matthieu. « Putain, Mat, tirons-nous. C'est la fin du monde ici ! ». Matthieu eut un dernier regard pour la voiture de son père, qui n'était plus qu'une épave bonne pour la casse. Il allait devoir la rembourser, ou au moins, travailler tous les soirs, tous les week-ends, pour réparer cette erreur. Dans un réflexe, il se jeta sur le corps qui avait démoli le véhicule, et fouilla ses poches.

« Mais qu'est-ce que tu fous ? hurla Jonathan. T'es vraiment un sale con ! Je me casse ! »

Jonathan prit ses jambes à son cou. Quelques instants plus tard, Matthieu, qui avait désormais la montre et le portefeuille de Sylvain Cassan en sa possession, lui emboîta le pas.



______________________




Au sein du Salon Vert, le lieu de rassemblement favori du Président Grevy, situé au premier étage de l'Elysée, la réunion de crise battait son plein. Le Directeur Général de la Sécurité Extérieure avait rapporté les informations dont il disposait de la façon la plus complète et la plus précise qu'il était humainement possible, malgré les regards accusateurs de Chatenet et Lamassoure. Après son compte-rendu, Georges Masson fournit à chacun des participants une feuille estampillée « Très Secret Défense », le niveau de confidentialité le plus élevé. L'humour habituel dans les milieux du renseignement stipulait qu'il fallait brûler ce type de document avant même de le lire. Mais l'humour n'avait pas la moindre place dans le Salon Vert à cet instant. Un attentat de grande ampleur avait pris place aux abords de la capitale, et même si presque tout avait déjà été dit par le patron de la DGSE, chaque personne reçut le document avec le plus grand intérêt.

« Ce con, il sait comment couvrir ses arrières... », pensait le Ministre de L'Intérieur, Roger Chatenet, pendant la lecture du mémo.

Citation:

Monsieur le Directeur Général de la Sécurité Extérieure
0613 - 9 Avril 2022

Mémorandum pour le Président de la République Française.

Sujet : Informations sur les actes de terrorisme à Clichy-La-Garenne.


1. Considérant les récentes attaques contre notre pays, il est du devoir du département de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure d'informer le Gouvernement de toutes les informations dont la DGSE dispose, qui seraient possiblement liées à l'évènement.

2. Le site d'écoute électronique COMINT situé à Domme, Périgord, a authentifié un message, en date du 6 Avril 2022, faisant état d'une menace immédiate en République Française.

3. Le message est encrypté par plusieurs méthodes, dont certaines nous sont encore inconnues.

4. Le décryptage est actuellement en cours, mais le message reste très incomplet.

5. A l'heure actuelle (06h13-09/04/22), les fragments qui ont pu être déchiffrés présentent la phrase suivante : « […] prophète de notre nouvelle ère […] le feu va se répandre sur les infidèles […] au nord-ouest du centre commencera […] puis, après […] lassitude et la fatigue […] et nous vaincrons. [...] »

6. Le langage reconnu dans ce message est le Pachto. Il appartient au groupe indo-iranien de la famille des langues indo-européennes. Il est parlé majoritairement en Afghanistan et au Pakistan.

7. La locution « puis, après » laisse entendre que d'autres attaques susceptibles de prendre place en un lieu que nous n'avons pas pu déterminer pour l'instant, peuvent se déclencher à tout moment.

8. L'interprétation du message par nos agents n'était qu'une menace globale contre l'occident, c'est-à-dire le « Nord-Ouest », rapport à la position générale du Moyen-Orient par rapport à l'Europe. Jusqu'au début des attentats, la DGSE ne disposait pas d'éléments suffisants pour conclure que le « Nord-Ouest » dont il était question n'était en fait que le Nord-Ouest immédiat de notre capitale.

9. La DGSE reçoit plusieurs fois par jour des informations du COMINT, ainsi que de nombreuses autres sources. Quotidiennement, des menaces de toutes natures nous sont communiquées, 98,56% de celles-ci s'avèrent n'être que des menaces infondées...

10. Les points ( 8 ) et ( 9 ) expliquent pourquoi la DGSE n'a pas jugé utile de mentionner immédiatement ces informations au Gouvernement.

11. Néanmoins, la DGSE présente ses excuses au Gouvernement, et reconnaît humblement son échec dans l'objectif qui lui était confié, en dépit des circonstances évoquées ci-dessus.

12. La DGSE mobilise actuellement la totalité des ressources scientifiques et nationales qui lui incombent, dans l'objectif de déchiffrer au plus vite les informations du message intercepté.

13. La DGSE mobilise également la totalité de ses agents actuellement en poste au Moyen-Orient, afin que les investigations qui s'imposent soient menées contre toute entité dont le but serait de nuire à la République Française.

14. Pour finir, je demande personnellement, et au nom de la Sécurité Extérieure, l'autorisation de recourir aux méthodes qui tombent sous la loi de Juillet 2006, qui stipule que les Renseignements Extérieurs peuvent, dans le cas d'une menace réelle et immédiate envers le sécurité nationale, recourir à n'importe quelle action en territoire neutre ou ennemi, conscient du fait que si un agent se fait prendre en territoire ennemi, l'État niera toute implication, et toute connaissance des évènements.



Le silence qui régnait pendant la lecture était total, et Masson, le seul qui n'avait pas le nez plongé dans le mémo, était particulièrement mal à l'aise pendant ce court moment qui lui semblait durer une éternité. Quand Chatenet prit la parole, tout le monde eut un bref sursaut.

« Putain, c'est pas croyable, vous aviez des informations claires et précises, et vous les avez gardé pour votre pomme ! rugit le Ministre de l'Intérieur.
- Elles sont loin d'être claires, et loin d'être précises, comme l'explique le document que vous avez sous les yeux », répondit Masson avec calme, sans se démonter bien qu'il ait été un peu pris au dépourvu par ce violent changement d'atmosphère.
« Ça, c'est ce que vous dites pour vous couvrir ! Car moi, ce que j'ai sous les yeux, c'est la preuve que ces infos pouvaient empêcher ce désastre ! Vous rendez-vous seulement compte, monsieur le Directeur, qu'à cause de votre négligence, il y a peut-être des centaines de citoyens français qui ont perdu la vie ? Cela vous effleure t-il seulement l'esprit ? Ou n'êtes-vous qu'un robot déficient dont le seul but est de froidement compiler des données ? »

A ces mots, le flegme que Masson s'efforçait de conserver s'évanouit instantanément. Il se leva brusquement de son siège et pointa un index menaçant vers le Ministre. Son visage s'empourpra et sa voix se fit particulièrement véhémente.
« Qu'est-ce que vous croyez, Roger ? Que je m'en branle de ce qui arrive ? Que la mort de nos concitoyens me passe au dessus de la tête ? Mais pour qui vous prenez-vous, pauvre connard, de quel droit me jugez-vous ainsi ? C'est le boulot qui demande cette froideur, cette distance. Pour autant que je sache, il est possible que certains de mes amis ne soient plus de ce monde !
- Tu parles ! "Il est possible"... Ma femme est actuellement enterrée dans les couloirs du métro, et ça, ce n'est pas une possibilité ! » hurla Roger Chatenet.

Confronté à cette information inattendue, tout le monde se tourna, bouche bée, vers le Ministre. Masson, qui se trouva complètement désarçonné, décida de se rassoir et de baisser les yeux, incapable de soutenir plus longtemps ce regard incendiaire qui continuait de le pénétrer.
« Et oui, Georges ! Ma femme, ma bien-aimée, le soleil de ma vie, qui par votre faute, n'est peut-être plus de ce monde ! »
Le Directeur de la DGSE, dans un ton qui semblait hésiter entre compassion, colère et indignation, répondit :
« Mais enfin, Roger, ce n'est pas ma faute ! Ce n'est pas moi qui ai commis ces attentats ! Ce n'est pas moi qui... 
- Silence ! »

Le président David Grevy, de son autorité calme, mais ferme, mit un terme au pugilat verbal. Il avait prononcé le mot avec cette douceur qui, paradoxalement, exprimait de manière non équivoque sa désapprobation et son mécontentement. Masson se tut aussitôt. Chatenet se rassit sans demander son reste.

« Mon cher Roger, je suis particulièrement peiné et choqué d'apprendre ce qui est arrivé à Sylvie. Je te présente, en tant que Président, mais surtout en tant qu'ami de longue date, mon soutien le plus total dans l'épreuve que tu traverses. Cependant, il est de notre devoir de ne pas oublier que tout notre peuple est victime de cette tragédie. Les sentiments que tu ressens en ce moment même sont ceux de nombreuses familles qui, comme toi, se trouvent dans une situation impossible. Mais, comme le disait le Général De Gaule, c'est exactement ce genre de désastres qui forme un peuple, qui définit un peuple. Aujourd'hui, je vous le dis, nous allons nous relever, et nous allons vaincre. Ces criminels seront punis à la hauteur de leurs crimes, afin que quiconque ayant le désir d'entreprendre pareille folie soit prévenu de l'inévitable conséquence qui en résultera. Et quand bien même ils jugeraient leurs propres personnes insignifiantes par rapport à leur abjecte cause, ils apprendront bien vite que notre peuple, notre système, notre civilisation ne saurait péricliter face à de vils projets comme celui-ci, bien au contraire. »

Les paroles fédératrices du Président Grevy engendrèrent un apaisement palpable de l'ambiance qui régnait au sein du Salon Vert. Masson prit timidement la parole.

« Ceci veut-il dire que vous accordez à la DGSE l'autorisation de recourir à la loi de Juillet 2006 sur la sécurité nationale ? »

Rapidement, Grevy parcourut du regard l'assistance, afin de jauger l'opinion. Le regard du Ministre de la Défense était sans équivoque, visiblement résolu à en découdre avec toute son armada, comme d'habitude. Masson, quant à lui, s'était à nouveau habillé du visage fermé, illisible, qui le caractérisait. Lamassoure, le porte-parole du gouvernement et responsable de la campagne de réélection, n'osait plus se mêler de ce genre d'affaires, mais son regard exprimait ostensiblement l'idée qu'il ne fallait pas prendre cette décision. Enfin, Chatenet, qui avait désormais perdu toute posture gouvernementale, implorait de ses yeux, tel un enfant désespéré devant un magasin de jouets, une action concrète et définitive. Les autres participants baissaient les yeux, en tentant de maîtriser leur attitude afin qu'elle soit la plus neutre possible. Ainsi, ils n'auraient pas à subir les conséquences d'une mauvaise décision...

Le président prit une grande inspiration.
« Vous me connaissez, j'ai toujours eu le plus grand mépris pour les décisions qui impliquaient une remise en cause de l'idée que je me faisais de la démocratie. J'ai toujours combattu les lois qui diminuaient la liberté du peuple, la plupart du temps à mes dépens. Vous voyez, pour beaucoup de monde, enfin, beaucoup de nos collègues politiciens, ceci est considéré comme une faiblesse, une attitude dictée davantage par de bons sentiments que par une vision froide et pragmatique de la situation. Pourtant, j'estime que ce n'est pas incompatible, bien au contraire. C'est le pragmatisme qui me pousse à adopter une vision démocratique de notre système. »

Grevy, pensif, leva les yeux vers le plafond du Salon Vert, la seule pièce de l'Elysée où, pour une raison inexplicable, il se sentait bien.

« Car la démocratie n'est pas acquise, loin de là. Elle est attaquée de toutes parts, et c'est de mon devoir de surveiller tout ceci. Il ne suffit pas de garantir sa stabilité, vous savez. Il faut sans cesse la doter de nouveaux outils, de nouveaux attributs, pour compenser les innombrables attaques dont elle est la victime. C'est pourquoi, quand j'étais sénateur lors de la crise de 2016, j'ai lutté de toutes mes forces contre la décision des présidents Obama et Sarkozy d'entrer en guerre contre l'Iran. Et bien que ma voix n'ait pu empêcher la décision fâcheuse de l'ONU, elle a néanmoins soudé le peuple français derrière moi. Aujourd'hui, je suis le seul gouvernant européen qui refuse d'adopter les mesures ultra-sécuritaires que nos collègues européens ont accueilli, parfois de gré, parfois de force. J'en retire une fierté totalement assumée... »

Grevy, le souffle court, ferma brièvement les yeux avant de poursuivre.
« Maintenant, je dois me résoudre, en dépit de toutes mes convictions, à signer cette autorisation sur la sécurité nationale. Je ne vois pas, à mon grand malheur, de réponse plus adaptée au problème qui nous occupe présentement... »
A ces mots, le Président Grevy baissa la tête d'un air résigné, tout en congédiant l'assemblée d'un brusque mouvement de main.

Alors que les divers participants se levaient, la secrétaire personnelle du président frappa à la porte du Salon Vert, puis entra sans plus de précautions.
« Monsieur le Président, le Préfet de Police m'a dit de transmettre au Ministre de l'intérieur un message haute priorité. »
Grevy sentit son sang se glacer en un éclair. Il jeta son bras en l'air d'un geste vague, et la secrétaire courut déposer une feuille de format A4 à la place qu'occupait Chatenet un instant plus tôt, puis disparut en un éclair.
Le Ministre de l'Intérieur, désabusé, prit la feuille entre les mains, lut le message, puis, porta son regard droit devant lui, sans rien dire. Sur son visage se lisait une profonde impuissance.

« Roger, dit Grevy d'un ton ferme, comme s'il voulait le réveiller, que se passe t-il ? »
Le Ministre de l'Intérieur resta encore 5 secondes sans bouger d'un millimètre, à la grande stupeur des autres, puis se tourna lentement vers le Président de la République. Ses paroles étaient sourdes, à la limite de la compréhension.
« La tour... Montparnasse... vient d'être attaquée par des... explosifs. Le tiers supérieur est ravagé par les flammes. Les voies d'accès... sont compromises... pas d'ascenseur... pas d'escaliers... »
Pendant 35 secondes, personne ne fit le moindre mouvement, personne ne prononça le moindre son. L'ensemble des décisionnaires majeurs du tout puissant exécutif français pouvait se résumer, pendant ce court instant, à de grands yeux écarquillées, prostrés, immobiles.
Roger Chatenet, retrouvant soudainement la colère qui l'animait quelques minutes auparavant, rompit finalement le silence.
« Georges, vous allez devoir faire un autre mémo expliquant que vous n'y êtes pour rien ! »



______________________




Au fin fond de la campagne perdue du Périgord, le site d'écoute électromagnétique le plus important, le plus sophistiqué de France, travaillait à plein régime. L'existence même de ce COMINT, que les habitués appelaient « Frenchelon », référence au réseau « Echelon » des Étasuniens, ne fut reconnue officiellement qu'en 2016, suite aux informations de plus en plus précises rapportées par la presse indépendante au sujet de la préparation de la guerre d'Iran.

Les employés du site subissaient le « traitement de crise », tel qu'il était convenu dans leur contrat de travail. Cette clause était fort simple : en cas de crise majeure, et pour le bien de l'État, il devaient se rendre disponibles, quelque soit le jour, quelque soit l'heure où ils étaient appelés sur leur portable, dont le numéro devait obligatoirement être fourni, puis mis à jour le cas échéant, auprès de la Direction des Ressources Humaines. Toute infraction au règlement était immanquablement suivie d'un licenciement pour faute grave sans aucun jour de préavis. On ne rigole pas avec la sécurité extérieure. Le message était parfaitement limpide, et les rares employés qui y trouvaient leur compte étaient des rois de l'informatique et du décryptage.

Il faut dire que les contraintes étaient bien entendu rémunérées en conséquence, et ces dieux du digital touchaient largement 5000 € net par mois. Certains d'entre eux étaient d'anciens hackers, des as du réseau informatique, repérés pour avoir piraté des sites gouvernementaux, comme la base de données internationale des terroristes présumés, ou le serveur principal de la DGSE. Une fois coincés par les autorités, ces ovnis de l'informatique se voyaient proposer un choix : purger une peine incompressible de plusieurs dizaines d'années, ou travailler pour le gouvernement pour un salaire en or. Le choix était généralement vite fait.

Kevin Wozniak faisait partie de ces prodiges du numérique. En fait, il était même le meilleur d'entre eux. Cet énergumène s'était tranquillement infiltré, depuis son dix-huit mètres carré californien, au saint des saints : la base de données ultra-sécurisée de la CIA. Par une chance inouïe, les agents du contre-espionnage numérique français avaient découvert la supercherie avant leurs collègues outre-atlantique, et ils s'étaient empressés d'offrir un tapis d'or à Wozniak en échange de ses services. C'était une des nombreuses rancœurs qui pourrissait les relations entre les services d'espionnage des deux pays, mais c'était de bonne guerre, et la DGSE était ravie d'avoir une telle pointure à son service.

Et, une fois encore, la « lumière du Domme » venait de percer le secret d'un algorithme encore inconnu. Cet algorithme était censé chiffrer le contenu d'un message ennemi, en tout cas, c'est ce que son supérieur lui avait dit quand cette tâche lui avait été assignée. « Eurêka », cria le jeune homme de 16 ans, avec toute la force que lui permettait son jeune corps, et il courut, empli d'une joie que seul le résultat concluant d'un travail harassant peut procurer, vers le bureau de son supérieur pour lui annoncer la nouvelle. Celui-ci fut tellement impressionné par la démonstration du jeune homme qu'il décida de lui donner directement la parole face au grand patron. Après tout, il l'avait bien mérité.

Georges Masson était alors à l'arrière de sa voiture de fonction, qui filait à toute allure vers le siège de la DGSE, situé au Nord-Est de Paris, quand son portable satellite fit retentir la sonnerie dédiée au numéro du site COMINT de Domme. Il décrocha immédiatement.
« Oui ?
- Monsieur Masson, c'est un honneur que de vous parler, un réel honneur, je suis vraiment... très honoré, j'ai beaucoup entendu parler de...
- A qui ai-je à faire ? coupa sèchement le Directeur.
- Euh, je suis un analyste à Domme. Vous savez, le COMINT, là où on...
- Bordel, c'est pas un analyste qui va m'apprendre ce qu'est le « Communication Intelligence » ! Mais comment diable avez-vous pu obtenir mon numéro ?
- Monsieur le Directeur du COMINT m'a transmit la connexion. Je suis Kevin Wozniak, analyste du COMINT, et j'ai du nouveau pour vous. »

Wozniak ! Georges Masson se redressa brusquement sur son siège, et adopta un ton beaucoup plus conciliant.
« Mr. Wozniak... Oui, je vous écoute. » En prononçant ces mots, il réfléchissait à l'absurdité d'appeler un gamin de seize ans « Monsieur »...
« Mr. Le Directeur, clama l'analyste avec un entrain parfaitement joyeux, j'ai déchiffré le tout début du message X639, et j'ai cru comprendre qu'il s'agissait là d'une donnée classée « critique ».
- Euh... En effet, répondit Masson, tentant de conserver son calme.
- Et bien Monsieur, jusqu'alors, les premiers mots étaient « […] prophète de notre nouvelle ère […] le feu va se répandre sur les infidèles […] ». Et bien malheureusement, je n'ai pas tout déchiffré, mais voici le résultat préalable. »

Le Directeur de la DGSE retenait son souffle.

« Très cher Jonas, tu es le prophète de notre nouvelle ère. […] du FLP dans ce grand projet, le feu va se répandre sur les infidèles qui détruisent nos terres et nos familles. »
Silence...
« Désolé, c'est tout ce que j'ai pour l'instant, conclut Wozniak.
- C'est parfait. Continuez ! » dit Masson précipitamment, avant de raccrocher d'un coup sec.
Puis, il se perdit dans ses pensées...
« Jonas... FLP... Impossible ! Tout ceci est terminé ! Qu'est-ce qui se passe, bordel de dieu ! Serait-il possible que... »

Les mains tremblantes, il composa le numéro de son propre bureau, au siège de la DGSE. Sa secrétaire répondit avec la phrase habituelle, mais Masson la coupa sèchement en criant :
« Ici Masson ! Appelez-moi l'agent Jacques Bauer ! Immédiatement ! »



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 Message Posté le: Sam 04 Déc 2010 - 1:04    Sujet du message:
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Double post, please forgive me...

Avis aux modos : ceci est un post parfaitement inutile ! Mr. Green
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 Message Posté le: Sam 04 Déc 2010 - 1:09    Sujet du message:
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Mr. Green

Vu l'enthousiasme fabuleux que suscite ma fic, je n'ai pas d'autre choix que de satisfaire mes innombrables fans avec un autre épisode qui tue la mort ! Mr. Green

Enjoy ! Smile




EPISODE 4 : « Passer à l'étape supérieure »




Jacques Bauer était épuisé. Le souffle court, le visage empli de sueur moite et froide, le corps et les vêtements couverts de sang, il courait. Il courait à perdre haleine. Des hommes le poursuivaient, kalashnikov à la main, et ceux-ci n'hésitaient pas à tirer, tant bien que mal, vers l'endroit où Jacques se trouvait. Bien entendu, en pleine course, il est particulièrement difficile de viser précisément, mais Jacques entendait, et ressentait même, les balles qui transperçaient à toute allure l'air qui l'environnait. Il avait déjà rempli, tant bien que mal, sa mission. Le seul objectif qui présentait encore de l'intérêt à présent, c'était sa survie. Et c'est pourquoi Jacques courait. Il courait pour survivre. Bientôt, il serait arrivé aux abords de la ville de Khost, et la situation serait alors bien plus simple à gérer que dans ce foutu désert où il ne pouvait se cacher, et n'avait pas d'autre choix que de courir. Toujours courir. Ses jambes tremblaient, sa respiration se faisait suffocante, mais la vue du Grand Minaret de Khost qui jaillissait de l'horizon, entre deux dunes de sable, représentait une lueur d'espoir, la seule à laquelle Bauer pouvait se raccrocher dans ce moment de détresse totalement imprévue.

Le sifflement incessant des balles qui parcouraient l'air à des centaines de kilomètres par heure résonnait plus que jamais dans les oreilles de Jacques quand celui-ci arriva finalement aux abords de la cité. C'est alors qu'un évènement totalement inattendu se produisit. Un jeune garçon afghan, sifflotant gaiement un air traditionnel, sortait tout juste des murs de la ville quand il réceptionna en plein ventre une des balles qui étaient adressées à Jacques. Dans un cri de souffrance et d'incompréhension, il s'effondra sur le sol, impuissant de douleur...

Bauer entendit alors une voix mystérieuse, bien que familière, qui, s'élevant des cieux, l'appelait par son nom : « Jacques ! »

Son corps se figea sur place, et il leva la tête, à l'écoute de cette incantation mystérieuse, à la frontière entre le désert sans vie et la cité qui grouillait d'activité.

« Jacques, c'est important ! »

Envahi par une incompréhension totale, il s'aperçut que les projectiles des kalashnikov traversaient son corps de toutes parts sans la moindre douleur. Comprenant finalement la situation, Jacques se souvint qu'il avait déjà vécu cette scène. Il regarda d'un air désolé le gamin qui gisait sur le sol au bord des murs de la ville, et, reprenant peu à peu ses esprits, prononça d'une voix douce : « Je suis désolé, Ibtissem... Vraiment désolé... Je te le revaudrai... Je te le promets... »

C'est alors qu'il se réveilla. Lentement, il prit conscience que depuis les premières minutes de son sommeil, il s'était une fois de plus trouvé prisonnier des horribles pensées qui le hantaient, et fut particulièrement ravi de se rendre compte que la mystérieuse voix n'était autre que celle de Tessy, sa femme bien aimée. Comme souvent, elle avait rompu la connexion malsaine que Jack entretenait, bien malgré lui, avec ces souvenirs qui détruisaient tout son être. Mais cette fois, le ton de sa femme était différent. Elle lui tendait le combiné, et déclara d'un air sinistre : « Jacques, c'est Mr. Masson à l'appareil. La façon désagréable dont il m'a répondu quand je lui ai dis que tu dormais était très claire. Tu dois absolument prendre ce coup de fil, "pour le salut de notre nation", » déclama Tessy en imitant Masson d'un ton faussement officieux, et parfaitement cynique.

Jacques n'avait pas encore retrouvé entièrement ses esprits. Sans vraiment réfléchir, trop heureux de constater que son cauchemar quotidien s'évaporait peu à peu, il se contenta de prendre le téléphone et répondit placidement :

« Georges ?
- Jacques, écoute-moi très attentivement ! Ce que j'ai à te dire est de la plus haute importance. »
Cette seule phrase réveilla Bauer instantanément, mais pas pour les raisons habituelles. Depuis sa dernière mission, Jacques avait profondément changé.
« Ouais, Comme d'hab, répondit-il froidement, retrouvant immédiatement son humeur massacrante.
- Jacques, c'est vraiment pas le moment de te foutre de moi ! Nous avons besoin de toi pour une affaire de sécurité nationale de priorité majeure !
- Dis-moi, Georges, rafraichis-moi la mémoire, s'il te plait. Il me semble que j'ai été mis à pied pour, je cite, attitude incompatible avec l'exercice des fonctions d'un agent de la Sécurité Extérieure, etc, etc... Que peux-tu faire d'un mec comme moi ? répliqua Jacques avec une vibration des cordes vocales qui n'exprimaient pas autre chose que l'indifférence la plus totale.

- Putain, Jacques, tu as vu les infos, comme tout le monde non ? Alors fais-moi le plaisir d'arrêter ton numéro d'ignorant ! Tu es parfaitement bien au courant de ce qui se passe, tu sais parfaitement bien que notre pays traverse la crise la plus importante de la Vème République !
- Et bien, vous n'avez qu'à instaurer la VIème République, rétorqua Bauer d'un ton provocant. Après tout, de plus en plus de monde demande un changement radical, et de nombreux partis politiques dessinent déjà ce que pourrait être une VIème République. Faites comme comme vos ancêtres, Georges, changez de nom, et tout ira mieux ! »

Masson connaissait l'état mental de Bauer. Il avait lui-même demandé pour Jacques une analyse plus approfondie que le traditionnel examen psychologique de fin de mission. C'était finalement la raison pour laquelle Bauer fut mis à pied. Masson avait compris que la dernière mission de son meilleur agent avait été celle de trop. Il s'était rendu compte que Jacques n'était plus lui-même : il était en proie à une haine confuse, dirigée vers toutes les personnes qu'il côtoyait, ce qui lui dévorait l'esprit. Le Directeur Général de la Sécurité Extérieure choisit ses mots avec soin, et prononça prudemment :

« Jacques, je sais que malgré ces paroles, tu restes un patriote. Je sais aussi que malgré les tragiques évènements qui se sont produits lors de l'opération "Faucon Libéré", ton engagement est resté intact. Jacques, tu a servi ton pays depuis toujours. Cela fait bientôt dix-sept ans que tu travailles pour la DGSE. Les rapports que j'ai lu à ton sujet lors de mon entrée en fonction ne tarissaient pas d'éloges sur ton compte, et sous mon commandement, tu as invariablement produit les meilleurs résultats de l'agence. Aujourd'hui, tu restes notre meilleur atout, et particulièrement face à cette crise, pour la bonne raison que... »
Masson prit une profonde inspiration.
« … pour la bonne raison que Jason semble être mêlé à cette histoire. »

Tessy Bauer fut victime d'une soudaine panique lorsque son mari bondit en une fraction de seconde du lit conjugal. Celui-ci se mit à arpenter frénétiquement la grande chambre à coucher, d'une diagonale à l'autre. Il ne disait pas un mot, mais la manière dont se mouvait son corps trapu trahissait un conflit majeur dans l'esprit de Jacques, et elle le savait. Soudainement, Bauer stoppa tout mouvement, puis prononça d'une voix calme et douce qui glaça le sang de sa femme :

« C'est d'accord, j'arrive. Je serai à Paris d'ici trois heures et demi.
- C'est inutile, répondit Masson. Un jet est en route. Il se posera à l'aéroport de Strasbourg dans vingt minutes.
- J'y serai », répéta Jacques Bauer d'une voix décidée. Puis il raccrocha.

Tessy Bauer, encore sous les draps, interloquée par la situation surréaliste et néanmoins familière qui venait de se produire, déclara d'un air dépité :

« Jacques, tu ne comptes pas partir, j'espère ! »
Il avait déjà ouvert la commode et sorti sa valise. Il fuyait le regard de sa femme tandis qu'il posait son habituel compagnon de voyage sur son côté du lit et l'ouvrit d'un geste ferme. Tessy se redressa et referma la valise d'un coup sec.
« Jacques, qu'est-ce que tu fous ? Tu te moques de moi ?
Sans un mot, Bauer se retourna et sortit deux pantalons de la commode.
« Parle-moi bon sang ! Qu'est-ce qui se passe ? Tu veux nous quitter, encore une fois ? Tu veux nous quitter alors qu'on avait enfin une petite chance de reconstruire notre vie ?  »
Son regard incendiaire tentait vainement de croiser les yeux froids de son mari.
« Jack, regarde-moi ! » cria t-elle d'une intensité que seule sa profonde détresse pouvait générer. L'homme qui, depuis quelques secondes, était soudainement redevenu agent de la Sécurité Extérieure, interrompit ses préparatifs, et leva doucement les yeux vers sa femme rouge de colère.
« Tu ne comprends donc pas ? C'est la solution à mes problèmes. A nos problèmes. Je peux enfin mettre un terme à mes cauchemars. Peut-être... »
Un doute fugitif envahit brièvement le visage de Bauer, puis celui-ci se retourna à nouveau, afin de prendre quelques paires de chaussettes.
« Et Cam, tu y as pensé ? Tu vas encore l'abandonner ? Sans même lui dire au revoir ? Et après, tu comptes revenir et maudire l'attitude de ta fille ? Mais Jacques, ne te rends-tu pas compte ? Tout ceci est entièrement et uniquement ta faute ! »
Mais rien ne semblait plus pouvoir influer sur la détermination silencieuse de Bauer.
« Jacques, si tu pars, ce n'est pas la peine de revenir. J'en ai plus qu'assez. Tu le sais parfaitement. Je ne peux plus vivre ainsi. Si tu sors de cette maison, tu peux rayer un trait sur notre histoire ! »
Bauer se vêtit de son unique imperméable et verrouilla sa valise. Il la prit d'une main et, de l'autre, caressa délicatement la joue droite de sa femme.
« J'espère que tu changeras d'avis. »

Plus un seul mot ne fut échangé dans la demeure de la famille Bauer. Jacques se rendit dans la chambre à l'autre bout du couloir pour embrasser sa fille endormie, puis descendit les escaliers, enfila ses Rangers, et ouvrit la porte de la maison.

En la refermant derrière lui, il ne savait pas s'il y reviendrai un jour.



______________________




Olivier Colombani n'en revenait pas. Pourtant, il avait l'habitude. Dans sa profession, un événement chassait l'autre aussi naturellement qu'une abeille volait de fleur en fleur. Une fois de plus, se dit-il, l'incroyable amnésie qui caractérisait le monde médiatique se manifestait d'une manière presque obscène. Il savait déjà de quoi serait fait le journal télévisé de 13 heures et les journaux du lendemain : l'attentat de Montparnasse, et presque uniquement ceci. Déjà, toutes les rédactions de France (et même du monde !) n'avaient que cela en tête, au point d'oublier qu'un épais nuage de fumée flottait toujours au Nord-Ouest de la capitale, et que de nombreuses personnes étaient mortes ou portées disparues à Clichy et aux alentours. Et bien que Colombani n'abandonnait jamais son calme et son urbanité (il était connu pour cela), il était intérieurement excédé par les paroles que lui tenait Bertrand Giesbert, son rédacteur en chef.

« Je regrette, Monsieur, mais je ne suis pas d'accord.
- Pas d'accord ? Ce n'est pas grave, vous n'avez pas à être d'accord. Vous devez juste suivre les instructions. Vous allez couvrir l'attentat de la tour, et vous partez sur le champ. »

"L'attentat de la tour", pensait amèrement Colombani. L'évènement avait déjà été affublé d'un petit nom, une « accroche » simple afin de référer à cette tragédie par une sorte de slogan qui serait répété à l'envi par les divers médias.

« Monsieur, pardonnez-moi, mais je viens juste de commencer mon travail sur les évènements de Clichy, et il me paraît important d'approfondir mes recherches sur ce sujet.
- Et bien justement, mon cher Olivier, vous avez à peine eu le temps de travailler là-dessus, comme vous dites, vous n'avez donc pas beaucoup de matériel à laisser en suspens. Ce soir, vous me ferez un petit papier, vite fait bien fait, sur les nouvelles informations disponibles, mais pour l'instant, vous allez à Montparnasse. Est-ce bien clair ?

- Monsieur, sauf votre respect, vous savez aussi bien que moi que la plupart du temps, "laisser en suspens" signifie "abandonner purement et simplement". Surtout que la situation est, selon moi, promise à d'autres évolutions rapides. Et s'il y a des revendications avant ce soir ? Et si les auteurs de ces actes font publiquement part de leurs exigences ? Et si d'autres attentats ont lieu, aujourd'hui ou demain ? Vous voyez bien que si la totalité de nos forces se focalise à chaque fois sur l'évènement le plus récent, nous ne ferons qu'effleurer toute l'affaire. De plus, j'ai cru comprendre que plusieurs de mes confrères sont déjà en route pour couvrir l'attentat de la tour. »

Giesbert, d'un regard pénétrant, contempla un moment son interlocuteur. Puis, lentement, il se leva et marcha vers la fenêtre, dans l'angle de son bureau.

« Allons, allons, mon cher Olivier, vous êtes un bon élément, le meilleur même, et vous êtes bien trop intelligent pour qu'il soit nécessaire de vous expliquer la situation actuelle de notre journal. »

Néanmoins, Giesbert, le dos tourné, continua :

« Nous perdons de l'argent, Olivier, beaucoup d'argent. Nous devons réagir. Nous ne pouvons plus nous éterniser à mener de longues investigations improductives. Il n'y a qu'en rebondissant continuellement vers de nouvelles histoires que nous pourrons inverser la tendance. Désormais, la ligne directrice est l'immédiat et le sensationnel. Voilà ce qui est vendeur. Et cette tour qui brûle, c'est une image saisissante. Une image qui rapportera bien plus qu'un article d'investigation qui, indépendamment de sa qualité intrinsèque, paraîtra forcément trop tard par rapport à l'actualité du moment. Vous dites que nous ne faisons qu'effleurer les évènements, et je comprends tout à fait votre point de vue, mais je préfère employer le terme de variété. Mieux vaut traiter plusieurs sujets qu'un seul, voilà tout. »

Colombani connaissait parfaitement ce discours, et il y reconnaissait malgré lui une certaine logique. De nombreux journaux nationaux avaient disparu du paysage médiatique ces dix dernières années. La presse écrite payante était effectivement de plus en plus en danger face à internet et aux quotidiens gratuits, ces derniers ayant une longueur d'avance considérable sur cette superficialité qui était devenu un critère économique majeur. Cependant, le journaliste avait un atout en main, et il décida que le moment était venu de le jouer.

« Vous faites erreur, patron, dit-il prudemment.
- Je vous demande pardon ? Prétendriez-vous me faire un cours d'économie sur le marché des médias ? répondit Giesbert en se retournant subitement.
- Oh, non, loin de moi cette prétention, monsieur. Il ne s'agit pas de ça, mais vous avez dit que je n'avais pas eu le temps d'accumuler du matériel pertinent sur les évènements de Clichy. C'est faux. Vous rappelez-vous des articles que j'ai rédigé lors de la crise de l'énergie, quand plusieurs multinationales étrangères ont gagné d'énormes parts de marché dans notre pays ?
- Hmmm, oui, évidemment...
- Depuis cette histoire, j'ai conservé de solides liens avec plusieurs employés d'EDF. Et parmi eux, certains travaillent sur le grand site de transformation de Clichy. Enfin, travaillaient, naturellement... Toujours est-il que ces gens, enfin, ceux qui ont survécu, m'ont fait part d'informations pour le moins suspectes. Selon eux, le cœur du transformateur a subi une maintenance complète il y a deux semaines.

- Bon sang, Olivier, où voulez-vous en venir ? coupa Giesbert. Ceci n'a rien d'anormal, si ?

- En soi, cet événement n'a effectivement rien d'anormal, mais le contexte est étrange. D'après ce qu'on m'a dit, la maintenance est intervenue en dehors de tout calendrier, alors que le cœur est normalement soumis à des contrôles réguliers, et prévus longtemps à l'avance, de façon métronomique. Ceci nécessite une organisation importante, car pendant la maintenance, le cœur ne remplit pas son rôle, et il faut alors complètement redéfinir la distribution d'électricité dans le secteur. D'autre part, d'un point de vue administratif, ce délai permet d'imposer des congés à certains employés qui ne sont d'aucune utilité pendant cette période. Et c'est là qu'une deuxième anomalie intervient : les congés ont été imposés une semaine et demi avant, et pour une durée de quatre jours, au lieu des deux jours habituels.

Bertrand Giesbert commençait visiblement à s'intéresser aux propos de Colombani. Il se rassit à son bureau et fit face à son interlocuteur.

- Hmmm... D'après ce que vous me dites, il y aurait eu un problème imprévu avec le transformateur. Si c'est là la raison des évènements de Clichy, ce peut être intéressant. Avec l'attentat de la tour, tout le monde est persuadé que les deux affaires sont liées. Si l'on arrive à démontrer que ce n'est qu'un accident, ce serait là une exclusivité bienvenue. Mais il faut faire vite, si vous avez obtenu ces informations, rien n'empêche que le gouvernement ou un autre journal ne les possède pas déjà.

- J'en doute, monsieur. Ces gens là vivent depuis plusieurs années dans la crainte de perdre leur emploi. Ils ont vu petit à petit leurs collègues se faire licencier. Ils savent que la situation économique est plus que défavorable. Et par-dessus tout, ils sont parfaitement conscients que la simple mention d'un seul de ces faits à quiconque est une faute grave envers l'entreprise et synonyme de licenciement immédiat, sans préavis ni indemnité. Et comme si cela ne suffisait pas, ils ont reçu l'ordre spécifique de ne rien divulguer sur les irrégularités dont je vous ai fais part. S'ils parlent, à un policier, ou à un journaliste, ils savent que leurs noms seront écrits quelque part. La seule raison pour laquelle ils ont accepté de me recevoir, c'est justement que j'ai, en quelque sorte, défendu leurs emplois en leur donnant la voix pendant la crise de l'énergie. Ils ont visiblement apprécié le fait que, malgré les pressions du gouvernement, d'EDF et des autres multinationales, j'ai tenu leurs noms secrets. Ils me font confiance, et je crois même qu'ils comptent sur moi.

- Pfff, vous allez encore me faire mal voir, je le sens d'ici, prononça lentement le rédacteur en chef en levant les yeux au ciel. N'oubliez pas que les pressions, c'est tout le journal qui en est victime. »

Il sembla peser un instant le pour et le contre, puis décida :

« Bon, et bien c'est d'accord, restez sur ce sujet, ça peut quand même valoir le coup. Mais ne perdez pas trop de temps. Si vous pensez pouvoir démontrer qu'un dysfonctionnement imprévu du transformateur est la cause de tout ce foutoir, foncez.

- Au contraire, patron, je compte démontrer que c'est bien un attentat, et je compte bien en trouver les auteurs.

- Pardon ?

- L'explosion du transformateur seul ne suffirait pas à causer tous ces dommages. Je sais de source sûre qu'il ne s'agit pas d'une simple réaction en chaîne. Le feu s'est déclaré à plusieurs endroits simultanément, d'une manière prédéterminée pour une propagation et des dégâts optimaux. D'autre part, je suis convaincu que le site d'EDF-RTE a été infiltré. Et je trouverai les coupables.

- Je vous trouve bien confiant, mon cher Olivier !

- Je ne vous ai pas donné toutes les informations que j'ai obtenu de mes sources là-bas. Je ne tiens pas à ce quelqu'un d'ici publie prématurément un article basé sur mes informations, voyez-vous ?

- Qu'insinuez-vous là ?

- Rien. Seulement, je fais ce métier depuis assez longtemps pour savoir quand et comment protéger mes arrières, c'est tout. Rien de personnel, patron.

- Vous vous brûlerez les ailes un jour, Olivier.

- Peut-être, mais en attendant, songez à la position unique que me confère mes relations avec les gens d'EDF. Je suis peut-être en mesure de mettre à jour un complot terroriste à l'intérieur même d'une des entreprises les plus importantes de notre pays. Vous vouliez du sensationnel, n'est ce pas ? »

Bertrand Giesbert réfléchit, et, pour la première fois depuis le début de la discussion, finit par esquisser un petit sourire.



______________________




« Monsieur Tom ! Eh, monsieur Tom ! »

Le jeune Anthony Dubourg, 14 ans, se tenait au-dessus de Thomas Govin.

« Eh, monsieur Tom, est-ce que ça va ? Allô ? »

Anthony se pencha vers le corps musclé de son voisin et le secoua énergiquement. Petit à petit, Govin reprit conscience. Il ouvrit doucement les yeux.

« Anthony... Mais... Qu'est-ce... Qu'est-ce que tu fais là ? demanda t-il, sans se rendre compte de la situation.
- Monsieur Tom, t'as démoli ma cabane avec ta bagnole ! T'es complètement fou, dis-donc ! »

Govin tenta de mettre de l'ordre dans ses idées. Il se releva lentement et douloureusement sur ses coudes, afin de jeter un regard autour de lui. Il comprit finalement qu'il était allongé dans le fossé, depuis une durée indéterminée, et vit sa voiture emplafonnée dans ce qui restait de la cabane en bois du pauvre Anthony. Comment cela avait-il pu se produire ? Il ne parvenait pas à se remémorer les évènements. Sa première pensée fut qu'il n'avait pas l'impression d'avoir bu. Il se sentait à bout de forces, ça oui, mais il ne ressentait pas les effets de l'alcool.

Il essaya, tant bien que mal, de solliciter sa mémoire, et finit par percevoir le son de voix qui se chevauchaient, lointaines et confuses. Avec toute la concentration dont il était capable, Govin parvint à isoler une de ces voix, et entendit le cri désespéré d'une femme qui cherchait son fils. C'est alors que tout lui revint instantanément.

Clichy ! Les feux, les débris ! Les corps ! L'apocalypse ! 24 heures de souffrance, pendant lesquelles il avait tenté de sauver des vies ! Il avait réussi, parfois. Et échoué, souvent... Lui, et tous ses confères de la région, avaient été convoqués dans cet enfer innommable, car l'ampleur du désastre était sans précédent.

Il se souvint de son désarroi une fois la crise passée. Il se souvint de la discussion avec son ami Olivier. Il se souvint du debriefing, et du retour chez lui. Il revit la scène pathétique où il avait tourné brusquement le volant pour se garer dans une allée qu'il n'avait pas vu venir. Les planches en bois de la cabane voltigeaient dans sa tête. La dernière pensée consciente qu'il avait en mémoire était celle de l'agacement qu'il avait ressenti quand il avait constaté l'absence de la voiture de Marlène. Puis, plus rien. Trou noir. Il avait dû s'effondrer, là, dans ce foutu fossé, comme un clochard en état de profonde ébriété. Et il s'était finalement endormi, la fatigue physique et mentale ayant eu raison de lui. « Mais, s'interrogea t-il, depuis combien de temps ? »

« Tu vas réparer ma maison j'espère, monsieur Tom ! » clama le jeune garçon avec une voix pleine de désespoir.
- Oui, Anthony, je te le promets. Mais pour l'instant, j'ai d'autres choses à faire. » répondit Govin.

Bien qu'assailli par une fatigue omniprésente qui alourdissait ses membres et ses réflexions, Govin était désormais totalement réveillé. Il se releva, salua Anthony sans un mot, et s'élança d'un pas vif et chancelant vers la porte de son domicile. Une fois à l'intérieur, il se rua vers le téléphone de la cuisine, et composa le numéro du portable de Marlène. Au vu des évènements, peut-être s'inquiétait-elle pour lui. Et de toute façon, il savait bien qu'il fallait préparer sa femme à la perte de ses chers rosiers. Il devait absolument l'en informer avant qu'elle ne le découvre par elle-même. Le combiné à l'oreille, écoutant anxieusement la tonalité, Govin se retourna vers la pendule murale qui était accrochée au dessus de l'évier. Elle indiquait 8h05. Il en déduit qu'il n'avait pas dû s'évanouir bien longtemps.

Pas de réponse. Le répondeur, comme d'habitude. Quand Marlène était au boulot, elle répondait rarement. Govin laissa un vague message demandant à sa femme de rappeler, puis se dirigea vers le salon. Il s'écroula sur le canapé, prit la télécommande et alluma la télévision. Il voulait absolument connaître les derniers développements de l'affaire de Clichy avant de se coucher. La première image qu'il vit était celle d'une vieille série absurde sur des gens perdus sur une île mystérieuse après un accident d'avion. C'était la rediffusion d'une œuvre qui datait d'une vingtaine d'années et que tout le monde avait oublié. Govin changea immédiatement de chaîne. La scène de course-poursuite dans la forêt entre un mystérieux monstre de fumée et une belle femme brune et mince laissa place à une image bien plus actuelle, bien plus réelle, et bien plus terrifiante : une tour qui ressemblait étrangement à la tour Montparnasse, était en flammes.

Govin resta comme immobilisé, prostré par l'émotion incroyable qui le submergeait. Il refusait de toutes ses forces l'atrocité qui se présentait, inévitable, devant ses yeux subjugués. La tour brulait. Des hommes et femmes, au bord des vitres atomisées, semblaient crier leur désespoir. D'autres, ayant apparemment dépassé ce stade, étaient visiblement au bout de leurs forces. Ils semblaient envahis par une panique étouffante, ils criaient de toutes leurs forces, et certains... certains... Quelle horreur ! Certains décidaient de quitter cet enfer, ce brasier suffocant, et sautaient, dans un vain instinct de survie, en chute libre, parcourant leur ultime voyage.

Pétrifié par la vision d'horreur que la télévision fournissait, Govin décida un instant de refuser l'évidence, et se rua vers la baie vitrée de sa demeure, qui donnait vers le Nord-Ouest. La vision rapprochée de la télévision semblait par trop surréaliste. Cependant, de son jardin, il put contempler, de loin, mais sans aucune équivoque possible, le lieu de travail de Marlène, sa femme adorée, qui était la proie de flammes toutes puissantes.

Puis, il s'effondra sur ses genoux, brandit les mains vers le ciel, et hurla, de toutes les forces qui lui restaient, un cri inintelligible, et effroyable.



______________________




Son Œuvre était désormais accomplie. Plus que jamais, Ibrahim Qati avait la douce sensation du pouvoir mérité qui envahissait toutes les veines de son corps. Il était le descendant spirituel du Prophète, il en était convaincu, et Son Dessein s'accomplissait devant ses yeux emplis de joie. Il se tourna vers son bras droit.

« Haji, mon brave, le moment que nous attendions tous est enfin arrivé. Les mécréants sont à bout de forces, leurs capacités de riposte sont anéanties. Les « soldats du feu », tels qu'ils se targuent de se nommer, ne sont plus que des pauvres innocents exténués, engagés dans une bataille perdue d'avance. Nous avons fatigué toutes leurs forces pendant deux jours complets, et ils savent, au fond d'eux, qu'ils sont vaincus. Ils ne sont pas en mesure d'affronter la nouvelle attaque dont ils sont victimes. Nous n'avons plus qu'une chose à faire. Passer à l'étape supérieure. Nous allons contacter l'exécutif français, immédiatement, et nous allons leur faire part de nos intentions. Qu'ils sachent que nous avons, dans tout le pays, des agents susceptibles de mener à bien des attaques tout autant meurtrières. Haji, je te le dis, David Grevy n'aura pas d'autre choix que de se plier à notre volonté. A Sa Sainte Volonté.

- Mon cher Jonas, j'espère de tout cœur que tout se déroulera selon vos estimations...» répondit poliment Haji.



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Dernière édition par Heller The Killer le Sam 04 Déc 2010 - 4:42; édité 1 fois
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 Message Posté le: Sam 04 Déc 2010 - 4:40    Sujet du message:
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J'espère que va y avoir plus de commentaires que lors de l'épisode 3 ! Laughing
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 Message Posté le: Ven 04 Mar 2011 - 2:16    Sujet du message:
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J'ai déjà écrit sept autres zods de cette fic, mais celle-ci s'arrêtera là, pour deux raisons :

Tout d'abord, l'histoire se voulait être une anticipation sur l'histoire du monde arabe et par conséquent du monde en général. Les pays du Moyen-Orient devaient subir la "démocratisation forcée", à cause des guerres actuelles comme celles d'Afghanistan et d'Iraq, et de la potentielle future guerre d'Iran déjà évoquée comme "en cours" dans la fic. Les groupes contestataires devaient se former et prendre leurs forces du côté des pays arabes d'Afrique. Ce n'était qu'un aspect du récit, mais celui-ci a été totalement balayé par les derniers évènements mondiaux, qui montrent que les pays du Maghreb savent se rebeller de bien belle manière. Il me paraît désormais impossible de continuer un récit où les rebelles d'Iran trouvent refuge en Égypte ou en Libye pour préparer leur contre-attaque.

Encore une fois, ce n'est qu'un seul aspect du récit, mais il était quand même un pivot de l'histoire, et je n'ai plus envie de décrire une aventure qui n'a plus aucun sens. Je me trouve con comme Alliot-Marie, sur le coup...

La deuxième raison, plus terre à terre, et qui me conforte dans un certain sens, c'est que tout le monde s'en foutait de cette histoire de toute façon ! Mr. Green


Alors voilà... L'Illusion Palamède, c'est fini, avant d'avoir eu l'occasion de devenir intéressant, mais tant pis, je pense que ça ne sert plus à rien maintenant...

J'ai d'autres idées, mais je ne pense pas les développer ici, vu que tout le monde (et moi le premier) se fout des fan-fics en général.

Le grand méchant Ibrahim Qati n'était bien entendu qu'un pion, et quand Jack arrive à le retrouver, celui-ci a déjà reçu une balle en pleine tête. Tant pis pour lui, il avait pris trop d'initiatives...

Qui l'a tué et quelles sont les ramifications internationales, tel était l'objet de l'histoire... qui est malheureusement devenue totalement contradictoire avec notre surprenant monde...


Mais la mort de ma fan-fic est due à un formidable élan du peuple , et je ne peux que m'en réjouir. Nous vivons un moment historique, même si nous avons du mal à en mesurer les conséquences. Toujours est-il que le message est clair : le peuple a toujours le dernier mot, pour peu qu'il le souhaite réellement. Les gouvernements de tous pays n'ont qu'un pouvoir factice, imaginaire. Si c'est vrai dans des dictatures pures et dures comme en Libye, c'est d'autant plus vrai dans nos "démocraties", dans lesquelles le peuple a déjà acquis un certain pouvoir.

C'est un message qui nous dit : "si tu n'es pas satisfait, ne dis jamais que tu es trop faible, trop insignifiant pour changer le cours des choses".

Car nous sommes tous acteurs dans l'évolution de notre société, personne n'est spectateur. Même ceux qui ne font que "regarder" passivement sont acteurs dans le sens où par leur silence, ils justifient les lois et autres dispositions pour lesquelles ils ne sont pourtant pas d'accord.

Nous avons tous un pouvoir. Nous avons même le plus grand de tous les pouvoirs. Celui de la masse collective, et aucun gouvernement ne pourra jamais lutter contre une masse unie. Si nous arrêtions de nous diviser pour des stupidités telles que des partis politiques, nous pourrions tous nous unir sur des fondements génériques rassembleurs et évidents.


Je m'enflamme, j'ai oublié que je ne suis pas sur le topic politique... Laughing c'est pas grave, je m'en vais de ce pas recopier ceci là-bas...


Et pour conclure, je présente mes plus plates excuses à mes deux lecteurs... Arrow
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